Thèse et Antithèse

Publié le par Robert Bellec

Lorsque nous étions presque en culottes courtes nous avons pour beaucoup d’entre nous goûté avec plus ou moins de volupté les délices de la dissertation formelle, thèse, antithèse, synthèse. C’était bien, non ? mais pas que pour cette raison.

 

Je veux vous conduire à nouveau sur le chemin du lycée et comme avec la madeleine, sentir à nouveau des sensations perdues. Thèse, antithèse.

Mais je vous laisserai le plaisir de concevoir la synthèse.

 

Thèse : La France regorge de talents, nous avons tout pour nous en sortir.

 

Par exemple, l’entreprise et singulièrement la petite entreprise est l’un des lieux par excellence où peut encore se créer à la fois l’aventure et la richesse économique, dans un réseau de relations humaines porteur de toutes formes de richesses humaines « il n’est de richesses que d’hommes ». Les nouvelles technologies, et bien d’autres facteurs nouveaux, changent la donne, poussant à regarder davantage chaque membre salarié de l’équipe Entreprise dans son entièreté, à s’appuyer sur sa créativité, son envie de partager la réussite d’un projet commun.

Le travail peut redevenir une valeur, pleine et entière. A coté de l’être et du paraître, nos intellos ont oublié une dimension essentielle, le « faire », le plaisir par son activité d’apporter sa contribution à une œuvre commune. Or c’est ça l’entreprise.

La France peut redevenir créative.

La France même si bien des choses ont été abîmées, garde des atouts non négligeables, et malgré toutes les promesses démagogiques, au pied du mur, la raison, le principe de réalité, peuvent finir par l’emporter sur les promesses sorties de l’ivresse des campagnes.

Le beau mot d’Entrepreneur est né en France et a été adopté par le monde entier, les Français peuvent redevenir des créateurs, des inventeurs, des bâtisseurs, car ils sont imaginatifs, créatifs, passionnés…

On peut faire marcher la France sur ses deux pieds : la Grande Entreprise et l’Entreprise d’Etat pour conquérir des marchés extérieurs et pour assurer les fonctions dites régaliennes, et puis un tissu vivace de PME, TPE, artisans, commerçants, pour soutenir grâce à leur efficacité la dynamique de la création d’emploi et de richesses.

On peut briser les chaînes et les carcans de fer qui enserrent le potentiel créatif des entreprises, on peut lever les obstacles absurdes que des décennies de bonnes intentions ont accumulés sur leur chemin, les maquis de complexités, d’insécurité, qui font tout pour les dissuader d’oser investir et embaucher.

Et dès lors que de nouveau se crée la richesse, tout devient possible : l’Etat peut prélever sa dîme, les caisses se remplissent, on peut alors sans tuer la poule aux œufs d’or, utiliser cette manne pour enseigner, pour redistribuer, pour l’art et la culture, la recherche, la défense, la santé, la sécurité, la justice…

Et cesser les incantations et les postures bravaches, sachant bien  qu’on ne peut rien lorsqu’il  n’y a plus de sous dans les caisses. Il faut produire la richesse avant de la redistribuer et si  certains veulent l’ignorer,  c’est possible, c’est encore possible.

 

 

 

 

Antithèse : Nos vieux démons sont les plus forts.

 

En raison de la passion Française pour le mythe égalitaire, les bons sentiments, les bonnes intentions, le compassionnel, la préférence du « ce qu’on croit » au « ce qu’on voit », des mythes aux faits, le tout allié au goût pour la posture rebelle, contestataire, et négative, tout discours constructif est vu comme ridicule.

Et puis, en l’absence d’Hommes d’Etat dignes de ce nom capables de se faire entendre, les politiques, surfeurs d’opinion, se contentent de dire au public électeur ce que ce public électeur a envie d’entendre. Pour se faire élire, chacun croit devoir caresser l’électeur potentiel dans le sens du poil, sans se soucier des conséquences à long terme, sans se soucier de faire des promesses intenables ou suicidaires, sans se soucier de semer le vent, qui engendrera l’ouragan.

Dans un tel contexte, seuls les propos complaisants et irrationnels trouvent un écho médiatique et donc électoral. Les propos conséquents et réfléchis passent à la trappe. Dans ces conditions, les fondements d’un retournement de tendance ne sont pas présents, nous allons continuer à gaver un Etat déjà obèse et impuissant, à négliger de nous occuper des conditions favorables à la création de richesse, à redistribuer à l’aveugle ce qu’on n’a pas encore gagné… et qu’on ne gagnera donc pas… Donc à creuser les déficits et la dette, donc à sacrifier le futur.

Faute d’avoir les moyens de la contenir, nous allons continuer à avoir un regard angélique sur la violence de la loi du plus fort qui se répand à grande vitesse, dans les banlieues et ailleurs, à ignorer l’évolution de  « la société », à tout pardonner aux comportements anti-sociaux de ceux qui font tout pour la détruire.

Nous allons continuer à avoir pour seul horizon de « battre la droite » ou « battre la gauche » sans même être capable de dire pour quelle vision de l’avenir de la France dans le monde,  et de définir la stratégie politique en mesure d’y parvenir.

Nous risquons donc de poursuivre la marche inexorable −vers le bas− du paradoxe économique Français : vers 1970, l’OCDE dans une étude internationale et au vu de tous les atouts de la France , prédisait que pour les vingt années suivantes ce pays serait celui qui au monde connaîtrait le plus ample développement, pour devenir en 1990 parmi les plus riches du monde rapporté à sa population.

Prévision largement démentie, et depuis 1980 notamment, malgré tous ses atouts qui étaient réels  et le restent en partie, la France ne cesse de perdre du terrain à tous niveaux sur ses compétiteurs….. Angleterre, Irlande, Danemark, Espagne, Australie, Corée, et puis Chine, Inde, etc., nous ne cessons de perdre des points, sans réagir, sans même réfléchir. 

La France ne cesse de se mirer avec délices dans le miroir médiatique « dis moi que je suis toujours la plus belle ! ». Se raccrochant à telle ou telle de ses « réussites » ignorant consciencieusement les dizaines d’autres critères qui se détériorent, les niant même, car ils la feraient  douter « d’être toujours la plus belle » ?

Pour que la France rebondisse, il faudra d’abord qu’elle touche « le fond ».

 

Synthèse :

Ces deux  thèses sont elles irréconciliables ?

Je laisse à chaque lecteur le soin −et le plaisir j’espère− de tenter la synthèse, et d’en nourrir cet espace de réflexion, en trouvant peut-être ce détour artistique, poétique politique ou philosophique qui amorcerait − qui sait− le dé…clic.

 

Robert Bellec

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J.M. Bouquery 07/11/2006 09:05

Epatant !
Pour la synthèse, dans la vraie vie, c'est le mouvement qui déplace les lignes.
Le dépassement pour la France c'est de sortir des ornières de son nombril en s'inscrivant comme diversité de l'Europe, comme composition de ses régions, comme ferment du monde;  de mettre ses (bons) outils d'Etat à leur service et de renoncer au miroir de ses corporations; ni moins ni mieux d'Etat mais sortir l'Etat de ses frontières pour rendre la nation à la culture.
jm bouquery

Fred 06/11/2006 16:04

Etant donné qu'on a le choix, le lecteur Fred dit qu'elles sont irréconciliables