Les Régions au coeur de la gouvernance économique

Publié le par Jean-Claude Prager

Interview dans « les échos » de Jean-Claude Prager, directeur de l’ADIT, Agence pour la diffusion de l’information technologique…..Une suite à l’article sur la politique industrielle et les régions, publié sur notre blog…

 

 

Horizons Régions : Voilà un an que vous avez rédigé un rapport sur « Le

 

Management des régions en Europe ». Pouvez-vous nous rappeler quelles sont les bonnes pratiques du management économique des régions européennes que vous avez pu ainsi relever ? Quelles sont les régions bien gérées ?

 

Jean-Claude Prager : « Nous avons voulu insister dans ce rapport sur la nécessité d’améliorer considérablement les politiques publiques de développement économique régional dans notre pays ; on constate maintenant une grande différence entre ce qu’est le management stratégique des régions dans nombre de régions avancées en Europe et les formes encore très traditionnelles qu’il prend encore dans notre pays. Ceci explique largement le décrochage des régions françaises par rapport à la moyenne européenne, constaté dans toutes les études internationales faites récemment ; l’étude Experian que vous reprenez  en est un nouveau témoignage, même si nombre de ses résultats peuvent prêter à débat. Ce décrochage est d’autant plus regrettable que notre pays a montré, à de nombreuses reprises, qu’il a les capacités de faire la course internationale en tête. C’est un peu une question de crédits publics, dans le domaine de la recherche et du financement des universités, c’est surtout une question de volonté et de gouvernance économique collective. Notre pays vit encore à l’heure du tempo administratif alors que la plupart des autres pays avancés ont passé ce cap, ont placé les entreprises au cœur de la gouvernance de l’innovation et font preuve d’une capacité à décider des priorités collectives et d’une réactivité qui sont indispensables dans la concurrence internationale d’aujourd’hui. Une révolution dans les esprits et les méthodes de travail est nécessaire dans notre pays, elle reste encore à faire ». 

 

Horizons Régions : Récemment l’Etat a réaffirmé l’importance de tel ou tel secteur économique. Notamment ceux de l’énergie et de l’acier à l’heure de la globalisation. Vous écrivez dans votre rapport « qu’il en va des régions comme des entreprises ». Est-ce à dire que les politiques économiques tant nationales qu’européennes vont devoir se centrer désormais, sur le développement du capital économique, social et humain des territoires ? Quels rôles les régions peuvent-elles jouer pour répondre au défi de la concurrence internationale ?

 

 

Jean-Claude Prager : « Les autorités régionales sont, avec les entreprises et les universités, au cœur de la gouvernance économique moderne. La guerre économique mondiale est un art d’exécution et sa réussite passe par la qualité des hommes sur le terrain et non pas par l’élégance des discours sur les stratégies ou le brio des états-majors. Tous les économistes s’accordent aujourd’hui sur le fait que l’innovation a une composante territoriale majeure, car elle dépend de l’intensité et de la vitalité des réseaux locaux de connaissance et de production. Ce nouveau rôle des autorités publiques territoriales doit être assumé d’une manière moderne, non pas d’une manière hiérarchique comme décideur ou coordonnateur principal, mais comme médiateur indispensable de la convergence stratégique entre des acteurs nombreux, variés et indépendants. Les autorités régionales doivent donc mettre en place à la fois des procédures participatives pour associer tous les partenaires, mais également des méthodes de décision efficaces, capables de déterminer les trois ou quatre actions prioritaires des politiques publiques ; c’est un véritable challenge, et il faut un génie collectif que notre complexité institutionnelle n’a pas encore réussi à faire émerger ; la procédure des pôles de compétitivité est un début, mais beaucoup de travail reste encore à faire quand on voit les difficultés de l’inter ministérialité sur ce sujet et les forces de rappel administratives sur le terrain. Mais nombre d’autres pays y sont arrivés, alors pourquoi pas nous ? »

 

 

Horizons Régions : Vous insistez également sur l’importance aujourd’hui des réseaux, sur l’efficacité des systèmes régionaux d’innovation et aussi sur une certaine spécialisation des régions sur leurs pôles de compétence. Quelles sont les niches qui pourraient être exploitées par les régions françaises ?

 

 

Jean-Claude Prager  : « Les niches sont nombreuses et variées. Chaque région en a quelques unes possibles. Le tout est de fixer les priorités sur le terrain. La France a un potentiel de compétitivité considérable dans le monde de demain, et les emplois créés compenseront largement les suppression dues aux mutations technologiques et aux « délocalisations ». A coté de nos grandes niches comme l’aérospatial, les systèmes informatiques ou le nucléaire, nous avons des formidables capacités dans l’agro- industrie, la mécanique, même les textiles et l’habillement…Il est par contre un secteur d’avenir où nous sommes en train de décrocher, c’est celui des industries de santé et des biotechnologies. Nous n’avons pas de pôle comparable à ceux de Cambridge, Munich ou Copenhague - Malmoe, à cause d’une surréglementation dans le secteur, et d’une insuffisance de crédits de recherche publique et de venture capital. Le secteur des industries de santé est prioritaire car la santé représentera vraisemblablement 15 à 20% du PIB dans une décennie et tous les pays avancés ont décidé d’en faire une priorité absolue et d’investir massivement dans le secteur. »

 

Propos de Jean-Claude Prager  recueillis par Antoine Thibouméry

 

Publié dans Economie et social

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marc d HERE 06/11/2006 09:49

Le rôle des régions doit devenir primordial dans le  développement économique et humain. Nous devons insister sur ce point dans notre "projet" et  préciser les moyens d'y parvenir. Jean-Claude, pourras-tu nous y aider?
marc