BHL, humilité et ambition politique

Publié le par Gilles Norroy

Par Gilles NORROY


Je viens de lire le livre de BHL « Ce grand cadavre à la renverse ».
BHL est tel qu’à l’ordinaire, attachant et irritant. Mais quand on est de gauche, trouver BHL attachant c’est un peu s’apitoyer sur soi-même. On lui pardonnerait même, nous les Progressistes, d’avoir parlé dans la Barbarie à visage humain de « l’idée réactionnaire du progrès ». Mais on nous rétorquera que nous sommes la gauche qui n’est pas « mal à droite »…
Voilà qu’il veut passer du statut de nouveau philosophe à celui de nouveau romantique en adressant à la Gauche les paroles de la chanson de Piaf : « elle est moche, elle est cloche, mais je l’aime ».
Nul ne saurait avoir le monopole de la gauche. BHL apporte sa vision et fait en se sens un livre utile, une pièce à verser à ce débat sans fin.
Pour lui la gauche est d’abord un esthétisme à l’instar de son emblématique chemise blanche: il fait de quelques clichés l’alpha et l’oméga de la gauche : Blum en 36, Malraux et l’Espagne etc.
Au-delà de la gauche, le sujet de son livre, c’est le statut même de la politique.
BHL s’en veut d’être né trop tard, il aurait voulu être Malraux, ce qui explique que le débat politique aujourd’hui lui semble d’une consternante banalité.
C’est vrai que trancher la question de la TVA sociale, fixer un agenda pour l’allongement du délai de cotisation retraite des régimes sociaux ou réglementer la détention des chiens dangereux a moins de résonnance intellectuelle que le front antifasciste en 1936 ou les brigades internationales.
Et si c’était d’abord cela la politique ? Non pas vouloir des lendemains qui chantent mais un aujourd’hui qui change ?
Est-ce que la politique n’a pas été tuée pour avoir manqué à la fois d’humilité et d’ambition ?
L’humilité pour rester à sa place. La politique n’est pas là pour résoudre les problèmes philosophiques de l’homme, il y a des temples pour cela. La politique n’est pas un défouloir pour homme malheureux en recherche d’une aventure, il y a la psychanalyse pour cela. La politique n’est pas un esthétisme, il y a des musées pour cela.
L’humilité, surtout pour partir du réel. On ne demande pas autre chose aux politiques que d’être des architectes du changement de la vie quotidienne. Faire plus et mieux pour l’emploi, l’environnement, la sécurité intérieure et extérieure.
Rien de grandiose là dedans.
Peut-être aussi que, parallèlement, la politique souffre d’un manque d’ambition quand il s’agit de tenir les promesses qui ont permis d’être élu. Pasqua disait cela avec son style sans pareil: « les promesses n’engagent que ceux qui y croient ».
Dans ces conditions, l’ambition serait tout simplement de faire preuve de ténacité pour vaincre les pesanteurs et les défaitismes, de force pour rassembler au delà des clivages, de souci du long terme.
On pourrait dire de la politique ce que nous voulons pour l’Etat : une place plus modeste, une action plus efficace.
Alors, cher Bernard, cessez de vous lamenter sur ce grand cadavre à la renverse, aidez-nous de votre talent à remettre la politique à l’endroit. Aujourd’hui l’espoir ce n’est plus celui de l’épopée mais ces victoires minuscules qu’il faut gagner chaque jour. Proust a su montrer la grandeur du quotidien, pourriez-vous célébrer celle de la politique utile ?

Gilles Norroy

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