Bayrou l'amnésique?

Publié le par Bernard POIGNANT

Le débat de la Présidentielle aujourd’hui tourne beaucoup  autour du vote Bayrou……Je vais donc publier successivement deux articles de deux de nos « amis politiques » même s’ils ont de positions diamétralement opposées sur ce sujet. Aujourd’hui un article, à connotation historique, que m’a adressé le député Européen PS, Bernard Poignant (défavorable à Bayrou) puis un de Jean-Louis  Bourlanges  favorable à F. Bayrou)  que me communique un membre d’IES. Même si les sympathisants d’  IES se rangent  plutôt dans la catégorie des « favorables à Bayrou », cette expression contradictoire m’a paru utile…..nécessaire même.

 

 

Pierre Mendès-France aurait eu cent ans cette année (il est né le 11 janvier 1907). 

 

 

 

François Bayrou est gonflé de parler de lui comme il le fait. Dans le 

 

journal « Libération » du 15 mars 2007, il indique que son modèle de 

 

gouvernement était celui de la grande coalition allemande. Au journaliste 

 

qui le relançait par la question suivante : « Mais cela ne s'est jamais 

 

produit en France ! », il a répondu : «  Cela s'est produit deux fois autour de Pierre Mendès-France et autour de De Gaulle ». 

 

 

 

L'héritier du MRP (Mouvement Républicain Populaire), lui-même ancêtre du CD 

 

(Centre Démocrate) de Jean Lecanuet, premier patron politique de François 

 

Bayrou, devrait moins torturer l'histoire. 

 

Pierre Mendès-France est choisi une première fois par le Président René Coty, pour former un gouvernement. 

 

Le débat d'investiture s'ouvre le 3 juin 1953 à la Chambre des députés. 

 

Immédiatement une campagne s'engage contre lui sur le thème 

 

« Mendès le bradeur » (d'empire), « Mendès le crypto-communiste ». A la 

 

pointe de ce combat on trouve le MRP. à l'exception notable de Robert Buron, 

 

le député de Mayenne. Mendès-France n'obtiendra pas l'investiture. Il aura 

 

301 voix, il lui en fallait 314. René Coty se repliera sur un notable 

 

normand, Joseph Laniel. 

 

 

 

La crise s'accentuant avec la guerre d'Indochine, le Président de la

 

République revient vers Pierre Mendès-France et lui confie la Présidence du 

 

Conseil le 13 juin 1954. Le débat d'investiture commencera cinq jours plus 

 

tard : ce sera son 18 juin à lui ! Cette fois il sera investi par 419 voix 

 

contre 47 et 147 abstentions. Parmi ses adversaires les plus acharnés on 

 

comptera toujours le MRP. à l'exception de Robert Buron et de André Monteil. 

 

le député de Quimper ! Au premier Pierre Mendès-France confiera le ministère 

 

de la France d'Outre-Mer, au second celui de la Marine. Le MRP les 

 

sanctionnera en les excluant du groupe parlementaire (sous la IVème 

 

République les ministres ont le droit de vote à la Chambre ). 

 

 

 

Pierre Mendès-France et son gouvernement seront renversés le 4 février 1955.

 

273 députés lui conserveront leur confiance ; 319 la lui refuseront ; il y 

 

aura 22 abstentions. Le MRP sera là encore à la pointe du combat 

 

anti-Mendès. Il ajoutera cette fois une raison supplémentaire : Pierre 

 

Mendès-France ne s'est pas engagé dans la Communauté européenne de défense 

 

que la Chambre des Députés refusera de ratifier le 30 août 1954. 

 

 

 

François Bayrou ferait bien de relire ces pages de notre histoire. Elles 

 

augurent mal de ce qu'il propose. Qu'il n'oublie pas non plus ce que dit 

 

alors François Mauriac du MRP. Il dénonçait ce parti des « pieux renards » 

 

qui a étranglé « Mendès-France entre deux portes ». 

 

 

 

 

 

 

Bernard POIGNANT

 

 

 

Député européen

 

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marc d HERE 28/03/2007 17:38

Sous le titre Bayrou réécrit l'Histoire, Le Monde daté mercredi 27  publie cet article.....Cette fois-ci c'est nous qui aurons été plus rapides, car Bernard Poignant m'avait adressé son article.....

Yves Lenoir 26/03/2007 12:41

Je trouve amusant que l'auteur, qui semble être un inconditionnel de PMF, rappelle à fort bon escient que le MRP ne renouvela pas la confiance notamment au motif que PMF avait fait moins que défendre la CED. L'Europe politique ne s'est toujours pas remise de cet épisode, contrainte de cantonner sa structuration à la sphère économique. Elle reste un nain politiquye, dont la faiblesse transparaît dans les affres de la rédaction de la déclaration de Berlin lue hier par Angela Merkel.

PMF fut un bon Président du Conseil français mais un piètre européen, sans réelle vision.

Quant à invoquer des filiations sur la longue période, on tombe vite dans l'anachronisme folklorique, cf Le Pen et Jehanne d'Arc.

Lahaye 26/03/2007 08:43

Effectivement, ce genre d'argument historique est dérisoire.
Et le vrai débat est effectivement celui de la refondation.
Pour certains, il s'agit seulement d'empêcher Bayrou d'accéder au pouvoir.
Si l'on veut s'opposer à lui, il faudrait plutôr se poser les questions suivantes :
- s'il accède au pouvoir, est-ce que cela ne sisque pas de partir en vrille ?
- Pourquoi est-ce que cela pourrait partir en vrille?
- Comment faire en sorte que cela ne parte pas en vrille ?
JPL


Jean-Pierre 25/03/2007 12:32

Tout à fait d'acord avec Gérard Jaulin. J'ajouterais que si nous devions attendre encore cinq ans, la pression des extrèmes pourrait être encore plus forte.

marc d HERE 25/03/2007 11:07

Merci de ton commentaire, dont je partage les termes, cher Gérard Jaulin. Je profite de cette occasion pour informer nos visiteurs et amis de la création de ton blog "IES Normandie"
http://gerardjaulin2007.blogspot.com
et pour en signaler la qualité....
Bien à toi et longue vie à IES Normandie...