Manifeste "Merci, François"

Publié le par Les Gracques

Manifeste, signé par des hauts fonctionnaires de gauche,  publié par « Le Point »

 

Dans son positionnement  pour la campagne présidentielle, le Parti socialiste proclame son refus des changements dont il sait  pourtant, mieux qu’auparavant, que la France a besoin. Sympathisants ou militants socialistes depuis trente ans, nous n’avons jamais vu nos camarades aussi schizophrènes. En privé, ils n’ignorent rien de ce que l’on doit faire : les réformes conduites avec succès par les social démocraties dans la plupart des autres pays européens. Mais en public ils persistent à emprunter au catalogue de promesses d’un autre siècle.

Quand il tourne le dos à la social-démocratie, le PS délaisse les classes populaires. Le chômage de masse frappe les travailleurs non qualifiés et beaucoup moins les diplômés ; les difficultés de l’école laissent indemnes ceux que la carte scolaire a mis du bon côté des barrières urbaines; la dégradation de l’hôpital public n’affecte pas les clients des cliniques ; le déséquilibre des retraites est sans incidence pour ceux qui complètent leur pension par les revenus de leur capital…et l’avenir s’annonce pire avec l’enseignement supérieur clochardisé, l’absence de financement de notre protection sociale ; quant à la dette, chacun sait qu’elle frappera les jeunes générations à qui on demandera demain de payer la note laissée par leurs parents….Cette société que l’absence de réformes rend dure avec les faibles, douce avec les riches, injuste envers les jeunes, c’est tout ce que la gauche de mouvement combat en Europe.

Pendant des années, le Parti socialiste français a justifié son conservatisme de gauche par les contingences électorales. La France était supposée se prendre « à gauche toute ». Partout ailleurs, les partis socialistes gagnent, parce que experts en « ingénierie sociale », ils réussissent à discipliner et orienter au profit du plus grand nombre l’économie de marché. Mais sous la pression de son aile gauche, la rue de Solférino prétendait qu’en France c’était différent : pour que le PS l’emporte, il fallait qu’il refuse le marché même régulé, la mondialisation même domestiquée, la modernisation de l’Etat même négociée.

Merci à François Bayrou d’être brillamment en train  de démontrer le contraire !

La pauvreté intellectuelle du débat après la défaite de Lionel Jospin a autorisé toutes les postures et les impostures, jusqu’à l’invraisemblable virage anti-européen, altermondialiste et gauchiste de certains. Si Ségolène Royal l’a finalement emporté, c’est parce qu’elle semblait en mesure de déplacer les lignes ; oser critiquer les 35 heures, reconnaître les succès du « blairisme »…. Mais beaucoup de hiérarques n’ont de cesse de l’empêcher d’être elle-même.

Les sociaux démocrates n’ont donc maintenant qu’une seule issue : appeler à l’alliance avec François Bayrou.

Pour voter utile parce qu’une coalition avec la gauche pourrait engager un projet de modernisation négociée du pays, nous mettre sur la voie d’une économie sociale de marché modernisée. François Bayrou vient de la droite. Peut-être…François Mitterrand aussi. Mais il a osé rompre avec ses amis. Rompons avec nos préjugés !

Pour rétablir un équilibre des pouvoirs entre l’exécutif et les représentants du peuple. Ni les centristes ni les socialistes ne pourront gouverner seuls ; et du reste, le pays ne veut plus d’une conception clanique du pouvoir. Le prochain gouvernement devra être non plus une cohabitation –cette union forcée des contraires –mais une coalition: une alliance voulue entre partenaires. François Mitterrand avait compris jadis que la majorité se gagnerait avec les communistes ou ne se gagnerait pas. C’est la même situation aujourd’hui entre centristes et socialistes. S’allier avec Bayrou pour voter en faveur d’une coalition de la gauche, des écologistes et du centre.

Pour déplacer les lignes du clivage gauche droite. Une alliance progressiste assumée conduira naturellement à l’avènement de deux grands pôles : l’un conservateur, dominé par Nicolas Sarkozy ; l’autre social et européen avec les leaders de la gauche réformiste et François Bayrou. Ce n’est pas la IVème République , ce n’est pas la troisième force, ce n’est pas l’union nationale. C’est la géographie politique de la plupart des grandes nations d’Europe et d’Amérique du Nord. L’offre politique en sera clarifiée et les Français, avec un système électoral en partie proportionnel, réconciliés avec leurs représentants.

Pour dire non au populisme et à la démagogie. Parce qu’une telle alliance interdirait le catalogue de propositions catégorielles ruineuses. Parce qu’elle interdirait de chercher des excuses à l’impuissance du politique en accusant à l’avance les forces mystérieuses de la technocratie ou des banquiers centraux européens. Parce que contre le « compassionnalisme », cette politique des mauvaises solutions et des bons sentiments, et contre le déclinisme qui nous promet du sang et des larmes, elle redonnerait de la dignité à la politique.

S’allier à François Bayrou, enfin, pour dire oui à l’Europe et installer un gouvernement français ouvert sur le monde, au moment où l’Union du traité de Rome est en crise et où la mondialisation précipite la nécessité de notre adaptation. Ce sera aussi l’occasion d’effacer pour la France , vis-à-vis de ses partenaires européens et du monde, la tâche du Référendum du 29 mai 2005 en même temps que la honte du 21 avril 2002.

Voilà pourquoi nous appelons à l’alliance avec François Bayrou. Oui à l’avènement d’une coalition de progrès.

Les Gracques 

 

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Serge 25/03/2007 13:23

Surtout très sarkozyste. De droite dure, en fait.

marc d HERE 25/03/2007 01:15

Vous semblez beaucoup m'en vouloir cher Monsieur....ce qui est votre droit.....Nulle haine de la gauche, mais critique, oui, très critique....

Serge 24/03/2007 23:03

Il y a quelqu'un qui s'appelle Marc Dhere qui signe de nombreux commentaires sur beaucoup de blogs pour cracher sur la gauche et acclamer Nicolas Sarkozy , et qui laisse l'adresse de ce blog.
Pourtant, il ne me semble pas que ce blog soit anti-socialiste ou anti-Royal ou pro-Sarkozy mais il semble que Marc Dhere se dissimule derrière pour laisser libre cours à sa haine de la gauche, très largement étalée.
Je ne suis pas certain que les différents auteurs de ce blog souscrivent à cela, peut-être Monsieur Marc Dhere ferait-il mieux de ne pas associer ce blog à ses prises de position.

Candide 24/03/2007 15:54

Les jeux ne sont pas encore fait que l’on peut sans craindre d’être désavoué par les urnes annoncer la reconfiguration du paysage politique.
Le lendemain du second tour sera cruel pour la gauche. Les deux partis qui ont façonné notre vie politique pendant plus d’un demi siècle vont subir le contre coup d’un rejet massif des options qu’ils représentent par un électorat peu dupe de leurs vieilles lunes.
D’abord un parti à la dénomination incongrue, si ce n’est provocatrice. Un parti qui se prétend communiste, alors que cette idéologie ne peut plus régner qu’à l’ombre de quelques sanglantes dictatures. Le parti de Mme Buffet va sombrer avec sa secrétaire. Ses oripeaux et ses dépouilles seront disputés par des ayant droits incapables de s’entendre avant l’élection sur la présentation d’un candidat commun et dont on sait qu’il se déchireront pour faire main basse sur le trésor du PC. Les municipalités rouges et le flux financier associé assureront à ceux qui se l’approprieront un trésor de guerre propre à exciter les convoitises des vautours qui guettent les derniers spasmes du moribond.
La gauche de la gauche défendra ses idées aux antipodes de l’économie de marché. Elle continuera à laisser croire que les libertés peuvent être préservées quand l’économie est dirigée. Alors que nulle part cette chimère ne s’est concrétisée. Elle prétendra distribuer sans expliquer comment elle peut produire. Elle invoquera la main mise sur le capital des grandes sociétés en oubliant que les flux informels peuvent se délocaliser instantanément et assécher la substance vive des entreprises industrielles et plus vite encore celle des entreprises du tertiaire. La possibilité d’une mondialisation avec un secteur productif nationalisé n’est pas une illusion c’est une utopie. L’autarcie serait la solution mais à quel prix ?
La gauche du PS qui a refusé l’aggiornamento réalisé par les partis socialistes européens viendra grossir les rescapés du PCF aux quels les anti libéraux d’extrême gauche se rallieront pour bénéficier de la manne communiste au soir de l’annonce de son décès. C’est dans un nouveau parti anti libéral situé aux limbes de l’archaïsme et de l’utopie que vont se réunir les Besancenot, Fabius, Emmanuelli et Laguiller et autres Bové pour « trotskyser » en rond.
Quand au parti d’Epinay, il est aussi en voie de désintégration. Sa culture du compromis lui a permis de survivre au séisme du non à  la constitution européenne. Mais la scission entre les partisans de l’économie de marché teintée de quelques additifs keynésiens et les nostalgiques de l’économie dirigée est inscrite dans l’après 8 mai. Le rabibochage à des fins électoralistes du congrès du Mans ne résistera pas à l’échec de Marie Ségolène. Les sirènes de Bayrou n’auront fait que mettre en évidence le schisme qui couve au PS. L’implosion du parti en une frange social démocrate et un groupe étatique ne serait évitée que si les urnes donnaient au PS une majorité de députés. Mais alors comment conduire les réformes promises par un candidat de droite ou du centre si l’assemblée nationale était à gauche. Une dissolution viendrait mettre un terme à ce bégaiement.
L’aggiornamento tant attendu est donc pour demain. Au PS comme à l’UDF ils s’y préparent fébrilement. C’est la chance de Bayrou. Son parti croupion est condamné à la figuration lors des législatives qui suivront le 6 mai. Mais son statut de présidentiable lui donne un insigne avantage sur son concurrent du PS, Strauss Kahn. Nul doute que le béarnais saura profiter du momentum acquis par sa performance inattendue du premier tour pour tenter l’OPA à son profit. On le voit déjà grand chef de l’opposition, le ténor du non ! D’ailleurs la posture d’opposant lui sied comme un gant. Lui dont on cherche en vain à citer une seule réalisation, hormis de ne pas avoir voté le dernier budget. Il a réussi à se faire un nom en critiquant, jamais en proposant. Le voila en futur chef de la gauche sociale démocrate, sous réserve de ne pas indisposer les éléphants survivants. Lui qui parle à l’oreille des chevaux devra témoigner que ses qualités ne s’arrêtent pas à la porte de ses écuries. C’est autre chose que de se coucher devant les syndicats.
Une France politique reconfigurée : c’est la clarification que cette élection va apporter. Deux partis au centre. L’UMP, centre droit héritier d’une tradition nationale et libérale, un UDF/PS reformaté en parti social démocrate au centre gauche, défendant les valeurs sociales dans une économie ouverte sur le monde réel et deux partis aux extrêmes sans vocation à gouverner.
L’alternance entre les deux formations du centre sera la clé de cette nouvelle donne. L’alternance que Bayrou propose de jeter aux orties s’impose en suite logique de sa stratégie qui a précipité l’implosion du PS.
Il n’en est certainement pas conscient, encore à la chimère de son impossible élection. Il devra se réveiller vite car au lendemain de son échec du 22 avril, il aura peu de jours pour abattre ses cartes et créer une dynamique de repolarisation autour de son camp. L’alternance c’est sa seule chance d’être président… en 2012. !

politic-tac 24/03/2007 11:34

Une petite compilation des affiches électorales de ces 30 dernières années, ça vous dis? Alors venez faire un tour par ici.