Jean-Louis Bourlanges au Figaro: Je voterai Sarkozy

Publié le par Jean-Louis Bourlanges. Entretien du Figaro

 

Le député européen UDF prend ses distances avec la stratégie de François Bayrou
et critique l’ouverture au centre de Ségolène Royal.

 

LE FIGARO. – Vous aviez dit au Figaro, il y a un an, que la stratégie de François Bayrou était chimérique. Finalement, vous l’avez soutenu au premier tour, pourquoi?

 

Jean-Louis BOURLANGES. – J’ai toujours été hostile à la stratégie du ni droite ni gauche, et j’avais en décembre dernier écrit à François Bayrou que cette stratégie le condamnerait à l’issue du 1er tour à choisir entre «Canossa et le temple solaire», l’humiliation ou l’explosion. Si je me suis finalement résolu à soutenir le président de mon parti, c’est parce qu’il m’avait alors assuré qu’il n’arbitrerait pas en faveur de Ségolène Royal. La situation a peu à peu évolué: le ni droite ni gauche s’est révélé beaucoup plus porteur électoralement que je ne le pensais, tandis que les attaques contre le candidat de l’UMP rendaient chaque jour plus hypothétique un accord de second tour. Dès lors, sans la victoire ­totale, on ne voyait plus très bien l’avenir du centre.

Que pensez-vous de la future création, annoncée par François Bayrou, du «Parti démocrate» ?

 

L’intensité de la ferveur qui a conduit sept millions d’électeurs à voter Bayrou garantit-elle sa pérennité ? Le noyau dur des « antisystème » ne représente sans doute que la moitié environ de cet électorat, le reste étant constitué de gens qui, dans le cadre d’un système majoritaire, seront tentés de rejoindre leurs camps respectifs : chiraquiens antisarkozystes à droite, allergiques au ségolénisme à gauche. Tant que la proportionnelle n’aura pas été instituée, un parti indépendant de la droite et de la gauche aura du mal à disposer de la masse critique nécessaire à sa survie électorale. Le centre a besoin d’alliés, qu’ils soient de droite ou de gauche. Le système majoritaire à deux tours permet de faire échec au bipartisme, pas à la bipolarisation.

 

Une alliance avec la gauche réformiste est-elle possible ?

 

Une majorité de centristes et de sociaux-démocrates constituerait un formidable instrument de déblocage de la société française. À ce jour, cependant, le Parti socialiste ne me semble pas prêt à en payer le prix, en termes de clarification idéologique comme de solidarité électorale. Mme Royal nous demande de nous rallier à des gens qui nous expliquaient il y a huit jours que nous n’étions pas dignes d’être leurs alliés. La candidate prétend ouvrir le jeu mais l’appareil du parti veille au grain électoral, et n’imagine pas un instant de ne pas s’opposer à nos candidats aux législatives.

 

François Bayrou n’a pas donné de consigne de vote. Est-ce également votre ligne ?

 

J’avoue ne pas bien comprendre. François Bayrou refuse d’apporter son soutien à M. Sarkozy, dans lequel il voit une menace de première grandeur contre la démocratie. Mais, en même temps, il laisse à ses électeurs et à ses élus la liberté de voter Sarkozy. Les députés disent benoîtement préférer le candidat de l’UMP contre lequel leur chef sonne le tocsin. On ne peut pas à la fois dénoncer la grande menace et s’y résigner.

 

Nicolas Sarkozy est-il donc, selon vous, une menace pour la démocratie ?

 

Je crois, sur la base de ce qu’on observe dans les Hauts-de-Seine et en Poitou-Charentes, qu’aucun des deux finalistes ne peut prétendre au titre de champion de l’État impartial. D’où l’intérêt de ne pas donner tous les pouvoirs au parti du président, et de constituer au Parlement une majorité plurielle. La violence des attaques concentrées sur le seul Nicolas Sarkozy me paraît trahir en revanche les contradictions d’une gauche qui a viscéralement besoin d’un diable pour tenir debout et masquer sa crise identitaire.

 

Voterez-vous Nicolas Sarkozy ?

 

J’ai l’intention de voter pour Nicolas Sarkozy. Pour deux raisons. D’abord parce que je crois, comme François Bayrou, que le projet économique de Ségolène Royal serait absolument calamiteux pour le pays. Et la France ne peut pas se payer le luxe de cinq nouvelles années d’erreurs ou d’immobilisme. Je pense ensuite que seule une nouvelle défaite de la gauche permettra de faire éclater la contradiction du PS et de rendre demain possible cette convergence entre sociaux-démocrates et sociaux-libéraux, qui n’est à ce jour qu’un piège à centristes.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

marc d HERE 02/05/2007 12:10

Autre réponse de Sarkozy (avec AFP......)
Nicolas Sarkozy s'est demandé mercredi, à propos des polémiques sur sa proximité avec certains patrons de grands médias, "qui peut croire" que "les médias sont à (sa) solde".
"On me dit que les médias sont à ma solde. Mais qui peut croire une chose pareille, quand on voit le déchaînement qu'a suscité ma candidature, mon projet", a-t-il déclaré sur France Inter.
Le quotidien Libération "fait campagne ouvertement pour Ségolène Royal, et tous les jours essaye de me démolir", a déclaré M. Sarkozy.
"Libération appartient à M. Edouard de Rothschild qui n'est pas parmi les plus modestes de France. Est-ce que je dois en conclure que Mme Royal est liée aux puissances de l'argent?", a-t-il demandé.
"Le Nouvel Observateur appartient à M. Perdriel, l'une des grandes fortunes françaises. Le Nouvel Observateur a choisi Ségolène Royal, est-elle pour autant prisonnière des puissances de l'argent?", a-t-il ajouté.
"La totalité de la presse a pu constater la violence des attaques à mon endroit", a-t-il dit.
Le candidat UMP a également répété que Arnaud Lagardère (dont le groupe possède notamment Europe 1, le Journal du Dimanche, Paris-Match, des titres régionaux) et Martin Bouygues (dont le groupe possède TF1), qui entretiennent des relations d'amitié avec lui, "n'étaient pas" à son meeting de Bercy, contrairement à ce qu'avait dit le numéro 1 socialiste Français Hollande.
M. Sarkozy a été accusé par ses adversaires d'avoir exercé des pressions pour tenter d'empêcher la tenue du débat entre Ségolène Royal et François Bayrou, ce qu'il a fermement démenti.
 

marc d HERE 02/05/2007 12:04

Une réponse de Sarkozy aux critiques systématiques d'une certaine gauche.....Ce matin sur France inter:
"Le discours est toujours le même : attention, la droite revient, la brutalité revient", a poursuivi Nicolas Sarkozy, qui a de nouveau accusé la gauche d'être "sectaire".
"Si je ne suis pas d'accord, je suis brutal. Si je dis quelque chose qui ne va pas dans le sens de la pensée unique de gauche, je suis illégitime. Je suis un danger pour la démocratie pour la seule raison que je n'ai pas les idées de la gauche", a dit l'ancien ministre de l'Intérieur. "Quand j'avance une idée, c'est une polémique. Quand la gauche avance une idée, c'est un débat. Quand je remporte les élections, je suis populiste, quand la gauche les perd, elle est populaire."
 

André Landesman 30/04/2007 16:15

Il est intéressant de noter que partant de l'axiome qu'une nouvelle majorité est nécessaire, sous la forme, pour simplifier, d'une alliance PS-UDF, ces deux personnalités, dont je lis toujours les réflexions avec soin, arrivent à des conclusions différentes. Cela prouve tout simplement qu'ils ont tous les deux raison de plaider contre un clivage droite gauche simpliste.
J'ai une raison supplémentaire de voter maintenant Ségolène Royal: c'est le meilleur moyen de provoquer au PS le big bang nécessaire pour se débarrasser de la gauche archaïque, au PS et hors PS. Il est plus que temps que le PS fasse son Bad Godesberg et se transforme en véritable parti social démocrate, ce que Ségolène Royal peut contribuer à faire, qu'elle soit élue ou battue. C'est une condition nécessaire, sinon suffisante, pour réaliser cette majorité PS-UDF souhaitée.
Il ne faut pas s'illusionner: la constitution de la 5ème est faite pour rendre un tel recentrage difficile. J'avais voté contre cette constitution en 1958 et je ne regrette rien. Il y a d'abord le mode de scrutin. Je ne suis pas contre sa modification, mais surtout contre une proportionnelle intégrale qui donne des assemblées ingouvernables. Pourquoi ne pas adopter un système mixte comme le mode d'élection au Bundestag allemand, que je rappelle. Un électeur allemand dispose de deux bulletins: 1-un bulletin pour une vote de circonscription uninominal à un tour; 2-un bulletin pour un vote proportionnel à l'échelle du Bund. Presque 60 ans d'expérience montrent que des majorités au Bundestag sé dégagent toujours et que les minorités y sont représentées. Par exemple les verts doivent une bonne partie de leur représentation au scrutin proportionnel. Bien entendu ce système allemand peut ne pas être copié à l'identique mais il faut savoir que cela marche.
Au fait pourquoi le mode de scrutin en France ne ferait il pas l'objet d'une loi organique ou de l'inscription dans la constitution ?

André Landesman

marc d HERE 29/04/2007 22:43

Nicolas Sarkozy recueillerait 52% (+1) des voix au second tour de la présidentielle et Ségolène Royal 48% (-1), selon un sondage TNS-Sofres pour RTL, LCI et Le Figaro, rendu public dimanche.
17% (-3) des personnes interrogées n'ont pas exprimé d'intentions de vote.

marc d HERE 29/04/2007 14:18

"Oui, le syndicat a été délibérément l'instrument d'une campagne orchestrée. Non, Mme Royal, il n'y a pas eu de pression de Nicolas Sarkozy. En revanche, il y en a eu de très fortes de votre côté, exercées directement par votre équipe, et aussi par vous-même à travers vos déclarations", déclare le président du SPQR. Il réaffirme par ailleurs ne pas avoir rencontré Nicolas Sarkozy jeudi matin, contrairement aux affirmations de Mme Royal.
Le Président du Syndicat de la presse régionale remet les choses en place.....