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Billets d'humeur et chroniques

Jeudi 27 avril 2006 4 27 /04 /2006 15:22

Inéluctable…..ou discutable…. ?  Ce billet d’humeur quelque peu  provoquant  de Gilbert Veyret peut nourrir la polémique……ou tout simplement le débat.

 

 

 

« Puisque ces phénomènes nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs »

 

Jean Cocteau

 

  • L’évolution de notre démographie, l’ampleur de nos déficits sociaux rendent inéluctable l’allongement des périodes d’activités permettant de percevoir sa retraite, alors que les carrières stables sont de plus en plus courtes et inéluctable  la maîtrise des dépenses de santé, alors que les traitements efficaces sont de plus en plus coûteux.

     

  • L’atonie du marché du travail, en particulier pour les jeunes, entraîne, de façon inéluctable, une précarisation de l’emploi qui doit bien se traduire par l’ajustement du droit du travail, faute de pouvoir y remédier.

     

  • Notre créativité insuffisante et le coût du travail en France rendent inéluctables les délocalisations d’activités.

     

  • Nos difficultés économiques et politiques à accueillir les immigrés qui cherchent du travail en France conduisent inéluctablement à des mesures répressives à l’encontre de ceux qui tentent malgré tout de venir chez nous, voire même de ceux qui y sont depuis plusieurs années.

     

  • L’usure de notre modèle d’intégration républicaine amène inéluctablement une certaine communautarisation de notre société.

     

  • L’absence d’espoirs d’insertion professionnelle et sociale d’une partie des jeunes de quartiers dits sensibles rend inéluctables des explosions périodiques d’émeutes plus destructrices que revendicatives.

     

  • Notre incapacité collective à réduire nos déficits budgétaires et sociaux nous condamne inéluctablement à réduire nos marges de manœuvre financières et nos capacités d’investissements préparant l’avenir.

     

 Il est effectivement difficile de contester sérieusement  chacune de ces  difficultés ou de trouver des solutions viables à ces constatations, je dirai même ces truismes, sans en avoir une perspective globale et à moyen terme.

 

 Leur conjonction, à ce moment de notre histoire et l’absence de projets collectifs nous permettant de dépasser ces contradictions, marque justement l’échec actuel du politique ou du moins son incapacité à envisager l’avenir au-delà des prochaines échéances électorales. Nous serions ainsi condamnés à cette spirale dépressive dans laquelle nous semblons nous complaire

 

Gouverner ne serait plus prévoir et choisir, mais organiser la débâcle sur « des positions prévues d’avance » selon la formule des généraux en déroute.

 

Dés lors, il est peut être aussi inéluctable que les prochaines élections voient à nouveau le succès  relatif des populistes et démagogues de tous bords, derrière le parti majoritaire, celui des abstentionnistes.

 

 

Gilbert Veyret

 

Par Gilbert Veyret - Publié dans : Billets d'humeur et chroniques
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Vendredi 28 avril 2006 5 28 /04 /2006 11:04

En réponse à « L’inéluctable » de Gilbert Veyret…..

 

 

J’entre volontiers dans la polémique car ce billet me choque. Seul le renoncement peut conduire à présenter tous ces faits comme inéluctables. Ce renoncement me semble coupable car il présente des évolutions qui sont le fait d’ACTES humains comme une fatalité.

 Puisque ces problèmes demandent beaucoup d’ardeur, de volonté (et peut-être aussi un peu de chance, je vous l’accorde…mais la chance se provoque, n’est-ce pas ?) et d’abnégation pour être résolus, feignons de devoir fatalement nous y soumettre…

 

Pourquoi pas une augmentation des recettes plutôt qu’une baisse des dépenses de la Sécu  ?

Pourquoi pas une croissance forte et créatrice de plus d’emplois ?

Pourquoi nos « pôles de compétitivité » ne pourraient-ils pas être des clusters formidablement facilitateurs de croissance et d’innovation ?

 

Evidemment, le coût du travail rend inéluctable la délocalisation de certaines activités de main-d’œuvre peu qualifiées. Mais d’où sortez-vous notre « créativité insuffisante » ? Les Français sont créatifs, les innovations ne manquent pas. La question est celle de leur valorisation et des synergies…

 

Pourquoi pas une économie, un système social et une démocratie suffisamment dynamiques, volontaires et ambitieux pour ne pas chercher de boucs émissaires ?

 

Pourquoi pas une intégration précisément par l’économie, la solidarité et la participation démocratique ?

 

Je me suis volontiers engouffré dans la brèche ouverte par M. Veyret dont je salue l’appel à mobilisation des volontés…car rien n’est fatal aujourd’hui.

 

Mais si rien n’est fait en 2007, si nous, citoyens, laissons encore les responsables politiques esquiver les vrais problèmes pour éviter de présenter un horizon clair et cohérent pour les résoudre, oui tous ces faits seront inéluctables.

 

Il ne tient qu’à nous d’imposer ces thèmes pour que 2007 soit le moment des citoyens et du redressement de la France.

 

Charles André

 

Par Charles André - Publié dans : Billets d'humeur et chroniques
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Mercredi 3 mai 2006 3 03 /05 /2006 11:15

Une réflexion politique à travers des extraits d’un échange de courrier entre Pierre-Yves Cossé, qui nous a déjà communiqué plusieurs articles, et un de ses amis….une autre forme d’expression sur le blog d’IES

 

……
Après l'Espagne, l'Allemagne et l'Italie, qui de la Grande-Bretagne ou de la France prendra la quatrième position dans le désaveu des mensonges et de la corruption ?

A côté du parcours de l'équipe en place, le voyage d'Ulysse parait avoir été une promenade récréative ... mais notre président est déjà en chemin depuis plus de dix ans, Pénélope ne l'attend plus et Télémaque perd son âme à repousser les prétendants. Quelle Calypso a neutralisé notre Ulysse quand il était encore temps pour lui de rejoindre Ithaque même si son équipage était détruit ? (Dissolution de l'Assemblée Nationale).
"Rusé, habile et ingénieux, sachant éviter tous les dangers par son courage et son éloquence, merveilleux dompteur de la mer déchaînée, Ulysse était le héros type dans lequel tous les Grecs aimaient à se reconnaître."

 

……………….

 

……………….

 

Bonjour,
Lors de ma découverte des milieux politiques à la fin des année 50, je fus choqué des haines et des règlements de comptes entre"camarade" ou amis proches. J'imputai ces conflits à la décadence de la SFIO et à la médiocrité de Guy Mollet.
J'avais tort. C'est la règle de ce milieu. La quête du pouvoir rend les hommes impitoyables. Ce sont les plus proches qui sont les rivaux à éliminer par tous les moyens.
Et quand le milieu est clos,  les haines cuisent et recuisent sans pouvoir s'exprimer à l'extérieur et c'esp pire. On dit que c'était le cas dans le PC de la grande époque. Et se souvient on des relations entre PMF, Président du conseil et FM, son ministre de l'intérieur (le "péril" communiste servait de paravent).

Ce n'est guère mieux à l'intérieur des églises car on annexe Dieu et l'Absolu pour soutenir sa cause. Je l'ai constaté avec les aumôniers des paroisses étudiantes. Et dans les ordres religieux fermés, ce ne doit pas être reluisant. Dans la vie "civile", les conflits se diluent.

Aussi, je ne suis pas surpris par la crise qui agite la trinité qui nous gouverne.
Il y a néanmoins quelque chose de nouveau: ce sont les progrès accomplis dans notre vie publique...

 

Progrès de la transparence, ces conflits sont plus rapidement connus, ce qui est plutôt mieux, voire amplifiés manipulés  et transformés par les médias, ce qui est un recul .Tout finit par se savoir.
Progrès de la justice. Si plainte il y avait, elle était enterrée .L'on n'avait pas à se plaindre des juges d'instruction. Les affaires n'allaient pas jusqu'à eux.....

 

Pierre-Yves Cossé

 

 

Par Pierre-Yves Cossé - Publié dans : Billets d'humeur et chroniques
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Lundi 8 mai 2006 1 08 /05 /2006 16:19

Nous sommes le mercredi qui suit le premier tour des élections présidentielles. Nicolas Sarkozy qui a obtenu  30 % des voix et Laurent Fabius, qui avec 18 % a légèrement devancé Jean-Marie Le Pen, s’affronteront  au deuxième tour, dans moins de quinze jours maintenant.

Il fait beau, presque chaud déjà alors qu’il n’est que onze heures, dans ce joli port  de la côte ouest où, sur une terrasse se pressent journalistes, cameramen et photographes, qui viennent recueillir les déclarations de trois candidats du premier tour qui à la surprise générale ont choisi de faire une conférence de presse commune….Pour lequel des deux finalistes vont-ils se déclarer ?...La question est dans tous les esprits, sur toutes les lèvres….

 Il y a là, assis et souriants, Bernard Kouchner qui a réalisé 9,15% des voix le dimanche précédent, François Bayrou qui a obtenu  7,30% et Corinne Lepage qui a dépassé les 2%.  Ils font plus de  18 % à eux trois et leur décision, si elle est commune, mais comment ne le serait-elle pas s’ils ont choisi de s’exprimer ensemble,  pèsera lourd.

 

Quand Bernard Kouchner prend le premier  la parole, ce n’est pourtant  pas pour aborder ce point mais pour faire observer qu’en France l’élection décisive est l’élection législative, c’est elle qui désigne  la majorité parlementaire dont sera forcément issu  le gouvernement. Et c’est le programme de celui-ci  qui s’appliquera quel que soit le Président de la République. Les trois personnalités ici rassemblées annoncent donc qu’elles ont décidé de regrouper leurs forces et  leurs moyens  pour présenter ensemble, sous une étiquette commune,  des candidats à l’élection législative qui suivra la présidentielle. Dans les 577 circonscriptions un candidat ou une candidate représentera «  Le Sursaut  » appellation du parti qui les rassemblera et qui défendra leurs valeurs  et leurs objectifs, présentera leurs propositions communes.

 

Ce parti de « centre gauche » réformiste et résolument européen, défendra un programme de réformes ambitieuses :  

relance de l’Europe politique,

rénovation et modernisation de l’Etat et des services publics,

limitation des dépenses publiques pour réduire les déficits et la dette,  

politique pour l’emploi mettant en œuvre une vraie « flexsécurité », protégeant les individus et non les activités obsolètes, basée sur l’incitation et la responsabilisation,

politique économique dynamique basée sur l’initiative et la concurrence régulée permettant le développement, condition de la solidarité,  

lutte contre la précarité en ciblant les interventions sur les publics les plus vulnérables,  exigence  écologique   et de développement durable irriguant tous les aspects de la politique nationale et de coopération internationale,

large participation citoyenne et de l’ensemble des acteurs sociaux,

réformes institutionnelles telles que le mandat unique, une forte dose de proportionnelle pour les futures élections et un rôle accru du Parlement….

 

 « Et pour le deuxième tour…Qui soutenez-vous ?...Pour le deuxième tour ?..... » 

« Ah oui…le deuxième tour…..Et bien…celui…. qui s’affirmera le plus proche de ce programme….On l’annoncera mercredi prochain….sans doute… ou jeudi… »

 

 Deux mois plus tard…. Le candidat soutenu par nos trois personnalités a été élu. Aux  élections législatives qui  ont suivi, aucune des deux  coalitions de droite ou de gauche n’a obtenu la majorité absolue des sièges. Le «  Sursaut » avec  91 députés (dont 43 députées) est au cœur du dispositif. Rien ne peut se construire sans lui, sans sa participation qu’il souhaite active.  Il peut gouverner avec les républicains de gauche ou de droite, selon  la place qu’ils sont prêts à accorder à son programme de réformes, selon le courage qu’ils sont prêts à manifester dans l’oeuvre nécessaire de rénovation de notre pays. Le Président de la République a même choisi de désigner en son sein le nouveau Premier ministre, dont on dit qu’il pourrait être une femme….

Le secrétaire général de l’Elysée sort sur le perron, un papier à la main, et se dirige vers le micro installé en haut des marches ….. il fait beau cet après-midi  encore et il y a une très légère brise….

Marc d’Héré

 RAPPEL : La Fabrique Démocratique.

 Rendez-vous avec Bernard Kouchner, le 9 mai 2006,  à 19 heures 30, salle de l’école des mines, 270 rue Saint Jacques,  75005 Paris.    

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par marc dHERE - Publié dans : Billets d'humeur et chroniques
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Jeudi 18 mai 2006 4 18 /05 /2006 13:46

Il y a quelques jours Nicolas Tenzer nous parlait - en Anglais- de Tocqueville, aujourd'hui, Gilbert Veyret nous propose d'en lire quelques lignes...

Si l’on ne considérait que superficiellement l’état de la nation et celui des esprits, il semble que le découragement serait excusable. La plupart des hommes politiques qui depuis dix ans nous dirigent  ont tant de fois changé de principes et de parti qu’il est permis de croire enfin qu’ils n’ont point de principes et qu’ils sont incapables ou indignes d’avoir un parti. Témoin de leurs stériles débats, le peuple tombe de plus en plus dans l’indifférence….Il faut avoir bien peu lu l’histoire des pays libres pour ne pas savoir que la vertu politique ne se trouve guère dans ceux qui les conduisent et que l’ambition de ceux-ci, leur versatilité et leur égoïsme n’ont presque jamais eu d’autres limites que les bornes imposées par l’opinion….Je vois bien que les citoyens montrent moins d’ardeur que par le passé  pour les libertés publiques et moins de confiance en elles.

 

 …C’est une maxime fort répandue parmi les hommes de gouvernement et, en général parmi tous ceux  qui ont possédé ou qui veulent posséder le pouvoir, qu’en politique les principes n’ont rien de vrai en eux-mêmes et qu’il faut les considérer comme des moyens divers appropriés aux diverses fins qu’on se propose.[1]

 

…Je suis navré quand  je vois le parti qu’on tire contre nous des faits dont je parle, les conséquences exagérées qu’on en fait sortir contre la nation tout entière ; je suis navré quand je vois à quel degré la puissance de la France s’affaiblit peu à peu dans le monde… Je crois que les mœurs publiques, l’esprit public sont dans un état dangereux, je crois de plus que le gouvernement a contribué et contribue de la manière la plus grave à accroître ce péril.

 

… C’est parce que l’intérêt a remplacé, dans la vie publique les sentiments désintéressés que l’intérêt fait la loi dans la vie privée.

 

… Eh, messieurs, si vous ne m’en croyez pas sur ce point, croyez en au moins l’impression de l’Europe !.[2]

 

Comment Tocqueville pouvait être aussi bien informé, notamment des vicissitudes du CPE et des turpitudes des affaires Clearstream ?

 

Ses textes avaient, en tous cas, plus de souffle que ceux de nos déclinistes contemporains !

 

On se rassurera en se disant que ce n’est pas la première crise de ce genre que la France doit affronter, ni la dernière !

 

Gilbert Veyret

[1] A. de Tocqueville « 6 lettres  sur la situation intérieure de la France  », publiées par« Le siècle » janvier 1843

[2] Tocqueville « Discours prononcé à la Chambre des députés le 27 janvier 1848

Par Gilbert Veyret - Publié dans : Billets d'humeur et chroniques
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Samedi 20 mai 2006 6 20 /05 /2006 23:42

Il y a quelques jours Gilbert Veyret nous proposait dans « malaise récurrent »,  des extraits de Tocqueville d’une actualité saisissante et évoquait les « déclinistes »…Cela a suggéré quelques réflexions à Robert Bellec.

 

 

Oui c’est amusant de voir à quel point les choses changent bien moins qu’on ne le pense ordinairement.

 

La France a eu des hauts et des bas. A l'époque de Tocqueville aussi il est vrai qu'elle prenait du retard, notamment sur l'Angleterre…

 

 

Je rebondis sur cette boutade à propos des « déclinistes » que certaines sphères francotropes aiment à stigmatiser aujourd’hui. C’est un peu facile en même temps. Il y aurait les optimistes positifs, dynamiques, d’un coté, hissant haut la bannière de la France éternelle et sans reproche, et puis de l’autre les esprits chagrins, les pisse-vinaigre jamais contents qui verraient le mal partout où il n’est pas.

 

Oui, c’est un peu facile quand même, trop facile.

 

Habitué à l’action, je sais que l’erreur est partout et qu’elle est le principal terreau de l’amélioration des choses. A une seule condition : de l’admettre, de la regarder en face, et de la prendre à bras le corps.

 

Alors le refus d’admettre les errements et les risques, me parait toujours bien plus inquiétant que les errements et les risques eux-mêmes.

 

 

A d'autres époques notamment les années 1960 et 70 l'Angleterre a pris du retard sur la France, elle était en perdition de par une idéologie décalée des réalités.

 

Elle a commencé son redressement quand elle a cessé de le nier.

 

 

Déclinistes, déclinologues, je trouve ces termes d'un opportunisme suspect.

 

Doit-on occulter, nier les menaces, les erreurs, les évolutions néfastes, lorsqu'elles existent ?

 

Doit-on, sachant qu'une maladie menace, prétendre qu'elle n'existe pas ?

 

La nier, cela aide-t-il à la conjurer ?

 

Il me semble que nier les faits, nier la maladie, c'est se faire le plus fidèle allié du déclin et le rendre inéluctable, alors que si l'on en prend conscience, si l'on en prend la mesure, on peut lutter et tenter d'inverser la tendance.

 

 

Etre optimiste ce n'est pas jeter un voile pudique sur les défis qui se présentent. C'est tout le contraire : c'est les regarder en face afin de les affronter.

 

 

Les vrais déclinistes ne sont-ils pas plutôt ceux là mêmes qui nient la réalité d'un déclin amorcé, attesté par les faits et par les chiffres ?

 

Et auquel on peut résister, mais à condition de regarder la réalité en face.

 

 

Robert Bellec

 

Par Robert Bellec - Publié dans : Billets d'humeur et chroniques
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Dimanche 21 mai 2006 7 21 /05 /2006 13:01

Une deuxième chronique de Robert Bellec....

 En fait, c’est le cas : le chômage n’existe pas. Et l’une des racines du chômage, c’est la croyance aussi générale qu’incongrue au fait que le chômage soit une entité qui existe… Qu’est-ce donc que cette nouvelle provocation ?

 Ce n’est pas une provocation, mais un paradoxe apparent. Je m’en explique.

 Les chômeurs, existent, oui, j’en ai rencontré. Mais un chômage… avez-vous déjà vu passer un chômage ? à quoi diable cela peut-il ressembler ?

 Le chômage est-il rond ? Ovale ? Jaune ? Peut-on le décrire ?

 Non, ce n’est qu’une abstraction dénuée de toute forme de contenu effectif.

 Alors, lutter contre un truc qui n’existe pas, à quoi ça ressemble ?

 Ce qui existe, c’est l’activité économique. Or traiter du chômage séparément de l’activité, c’est comme s’attaquer à la sècheresse indépendamment de la question de l’eau. Je suis président du désert de Pigurie. Je nomme un ministre de la lutte contre la sécheresse, et un ministre de la lutte pour amener l’eau. Et pas de connexion entre les deux. Vous riez ? Mais c’est exactement ce qu’on fait dans un pays farci d’énarques Bac +15.

 Lorsque vous avez un petit creux, est-ce que vous dites : « je vais lutter contre mon manque de nourriture » ? Moi je dis « je vais me restaurer » !

 Lorsqu’on crée un réseau électrique, dit-on « on va lutter contre le manque d’électricité » ? absurde.

 La sècheresse, c’est juste un manque d’eau ou des manques dans la gestion de l’eau. Le chômage, c’est juste un manque d’activité ou des manques dans la conception et la gestion de l’activité économique.

 Les politiques ont trouvé malin de déconnecter la chose et son envers, afin de pouvoir faire semblant d’agir sans s’attaquer aux questions cruciales. C’est un des nombreux exemples des mensonges éhontés dont on abreuve le « bon » peuple.

 C’est loin d’être anodin, car lorsqu’on « lutte contre le chômage » on raisonne comme si le chômage était une entité distincte de son envers, le travail, l’activité économique. On raisonne comme si le « plein emploi » était en quelque sorte une chose préexistante, naturellement due, allant de soi, comme le droit à la paresse.

 Comme si lorsque cette chose préexistante vient à manquer, c’est qu’il y a quelqu’un quelque part qui nous a privé de cet acquis… Non, le plein emploi résulte d’une conception adéquate de la dynamisation de l’activité. Point.

 Alors, on invente des tas de monstruosités inefficaces, qui ont autant ou plus d’effets pervers que d’effets bénéfiques. Voilà pourquoi on peut dire qu’en France depuis 30 ans on n’a pratiquement rien essayé pour traiter véritablement la question, sauf tout ce qui n’a aucune chance de marcher, comme les 35 heures, les emplois aidés, et tous une panoplie de gadgets aussi compliqués qu’inefficaces. En d’autres termes la lutte contre le chômage est un leurre, et tous ceux qui parlent de cette « lutte contre le chômage » sont soit des ignorants soit des menteurs, et puis aussi les gens abusés par ces menteurs et ignorants.

Bref, contrairement à ce qu’on a pu entendre : « on a tout tenté contre le chômage  », la vérité est à l’inverse, on n’a rien tenté d’efficace contre le chômage, et avec la complicité générale de tous les corps impliqués, patronat, syndicats, consultants de tous poils, partis, gouvernements, intellectuels, médias.

 Pour réussir, il faut juste prendre le problème dans l’autre sens : il faut juste lutter pour doper les facteurs favorables à l’activité, ce que font du reste tous les pays qui ont réussi sinon à conjurer du moins à juguler en partie le spectre du « chômage ».

 Les pays qui « luttent contre le chômage » n’ont pas de résultat parce qu’ils ne peuvent pas en avoir, puisqu’ils luttent contre une entité fictive, sans réalité.  Les seuls effets positifs sont ceux qui résultent de mesures qui s’attaquent aux racines du mal, tout ce qui freine la dynamique de création économique.

Tout ce qui donne envie d’entreprendre, tout ce qui facilite l’activité des entreprises est donc forcément bénéfique, tout ce qui fait l’inverse ne peut qu’échouer. C’est pourquoi les politiques Françaises droite et gauche confondues échouent lamentablement. Faute de compréhension de l’économie et de l’entreprise, faute d’un petit zeste de « culture entrepreneuriale », nos politiques s’obstinent à lutter contre une abstraction, une chimère. Voilà tout.

 Ce n’est pas plus compliqué que ça. Qui l’eut cru ?

 Robert Bellec

   

 

Par Robert Bellec - Publié dans : Billets d'humeur et chroniques
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Mardi 6 juin 2006 2 06 /06 /2006 19:29

Le bureau national du Parti Socialiste adopte son projet le 6 juin 2006, 70ème anniversaire, jour pour jour, heure pour heure, de la déclaration de politique générale de Léon Blum, après la victoire du Front Populaire.

 

Ci joint un petit article pour fêter cet anniversaire.

 

Amicalement

 

Bernard POIGNANT
député européen

 

Le samedi 6 juin 1936, Léon Blum, nouveau Président du Conseil, fait sa déclaration de politique générale à la Chambre des Députés à 15 Heures. Après lui, neuf interventions sont prévues ; à l’époque, on les appelle des « interpellations ». L’une d’entre elles, celle de Xavier Vallat, député de l’Ardèche, futur Commissaire Général aux Questions Juives en mars 1941, est restée dans les mémoires pour son caractère antisémite. Léon Blum décidera de l’ignorer dans sa réponse aux députés et terminera ainsi sa déclaration :

 

«  C’est la première fois, dans ce pays, sauf pendant la guerre, que des socialistes figurent dans un gouvernement. J’entends, bien entendu, qu’ils y figurent sur mandat de leur parti et en restant pleinement fidèles à leur parti. Ces hommes restent des socialistes. Nous ne sommes pas, mes camarades et moi, des hommes politiques qui font du socialisme ; nous sommes des socialistes que leur parti a chargés de faire de la politique et nous n’avons pas changé à cet égard parce que notre parti a gagné des sièges à la dernière consultation électorale et parce que nous sommes passés des travées de l’opposition aux bancs ministériels.

 

 En ce qui me concerne, je voudrais décevoir d’avance ceux qui, en France, et même quelquefois hors de France, s’attendent à ce que le pouvoir opère en moi une de ces conversions miraculeuses comme on en a observé certaines dans l’histoire française et européenne. […] Nous sommes des socialistes, mais le pays n’a pas donné la majorité au parti socialiste. Il n’a même pas donné la majorité à l’ensemble des partis prolétariens. Il a donné la majorité au front populaire. Nous sommes un gouvernement de front populaire et non pas un gouvernement socialiste. Notre but n’est pas de transformer le régime social, ce n’est même pas d’appliquer le programme spécifique du Parti Socialiste, c’est d’exécuter le programme du front populaire (applaudissements à l’extrême gauche et à gauche) Je dis cela aussi clairement et aussi nettement devant vous que je l’ai dit devant le congrès de notre propre parti. Nous sommes au pouvoir en vertu du pacte constitutionnel et des institutions légales. Nous n’en abuserons pas. »

 

C’est utile de rappeler ces phrases au moment où le Parti Socialiste finalise son projet. Ces propos relativisent la fameuse phrase de Lionel Jospin : « mon projet n’est pas socialiste ». Il se situait dans la pure tradition du Front Populaire et dans la continuité de Léon Blum.

 

Bernard Poignant Député européen

 

6 juin 2006

 

Par Bernard POIGNANT - Publié dans : Billets d'humeur et chroniques
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Vendredi 9 juin 2006 5 09 /06 /2006 15:49

Sérieux ?...pas sérieux ?....un billet de Gilles Norroy

 

 

Décidemment, comme beaucoup, vous me plaisez chaque jour d’avantage.

D’abord vous avez dit du bien de mon ami Tony Blair, ce n’est que justice.

Ensuite, vous affirmez bien fort que la sécurité ne doit pas être un sujet abandonné à la droite, cela fait vingt ans que je le pense.

Enfin vous déclarez que les 35 heures de votre amie Martine Aubry auront plus profité aux cadres qu’aux smicards qui ont besoin de gagner plus.  Tous ceux qui comme moi, travaillent tous les jours dans une entreprise ne peuvent qu’abonder dans votre sens.

C’est bien, il faut quand même continuer. Si vous voulez avoir le soutien et  l’investiture « d’Initiative Européenne et Sociale » il vous reste à franchir trois Rubicon *.

Le premier c’est celui du trop d’Etat.

Vous pourriez par exemple déclarer : «comme mes amis socialistes Suédois qui ont divisé les effectifs de la fonction publique par deux et limité le statut de fonctionnaire aux seuls postes régaliens, je pense qu’il est temps en France d’entreprendre une vaste action pour le moins et le mieux d’Etat. »

Le second c’est celui du Centre Gauche. Il vous suffirait de rappeler que Mme Bachelet, la Présidente Chilienne   que vous avez eu plaisir à soutenir se revendique de cette étiquette, qu’il en va de même pour Romani Prodi et le Président Lula au Brésil. Vous pourriez ajouter une phrase forte : «en tant que femme politique, je me sens plus proche de Simone Veil que d’Arlette Laguiller. »

Le troisième Rubicon c’est celui de l’économie de marché. C’est vrai que le parti socialiste Français a du mal avec ça. Vous pourriez par exemple dire «  L’économie de marché a démontré sa supériorité sur toute autre forme d’organisation économique, pour produire des biens et des services »

Ces trois fleuves franchis, vous pourriez  vous mettre en marche vers le royaume que vous convoitez, et, pourquoi pas,  avoir des chances de l’atteindre.

Ah j’allais oublier : il faut régler le problème de François et de son encombrant programme

On peut l’envisager de plusieurs manières.

La première serait de le sacrifier à votre destin en reprenant la célèbre phrase d’Henri IV : « Paris vaut bien un François »

Mais c’est trop cruel.

Il vaudrait mieux lui donner un poste qui réponde à son désir d’exercer des responsabilités opérationnelles. Par exemple vous pourriez le nommer « ministre chargé du suivi  de l’application du programme socialiste ».

La situation est délicate mais je suis persuadé que vous saurez la  gérer, vous qui n’avez   manifestement pas oublié les leçons de votre premier maître en politique, un certain François Mitterrand…..

 

Gilles NORROY

* Ce terme n’est évidemment pas une allusion aux trois  autres principaux candidats du PS.
Par Gilles Norroy - Publié dans : Billets d'humeur et chroniques
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Samedi 10 juin 2006 6 10 /06 /2006 11:30

A la manière de, et en hommage à Jacques Rouxel et Claude Piéplu)

 

(Il va de soi que cette fable se situe dans un pays imaginaire, et qu’elle  serait inimaginable en France.)

 

 

Les Shadocks avaient été écartés du pouvoir par les Gibbies, quatre ans auparavant, parce qu’ils n’avaient pas su juguler la montée d’une délinquance, qui avait le grand tort de ne jamais lire les textes répressifs qui la concernaient. Ils ne lisaient pas davantage les textes, censés plus efficaces, édictés par les Gibbies, ce qui amenait législateurs et délinquants à vivre dans des univers parallèles qui ne se croisaient jamais.

Les Shadocks avaient donc grande envie de récupérer ce pouvoir à la prochaine échéance électorale. Ils ont donc élaboré un programme pour séduire tous les mécontents du gouvernement des Gibbies. Ces protestataires étaient évidemment majoritaires, comme cela se produisait toujours, à l’égard de tout gouvernement vieux de plus d’un an, dans ce pays lointain.

Leurs programmes étaient généralement très complets. D’une part parce qu’il fallait bien justifier la dizaine d’heures  de débats nocturnes nécessaires à leur élaboration et puis parce que chaque candidat aux prochaines élections, présidentielles ou cantonales, devait y retrouver un petit quelque chose susceptible de plaire à ses électeurs.

Mais pour ne pas lasser les lecteurs, on se contentera de citer quelques propositions, parmi les plus emblématiques.

Ø      Ainsi, lorsqu’ils étaient au gouvernement, les Shadocks s’étaient surtout illustrés par une réduction sensible de la durée du travail. Outre les avantages de ces mesures, du moins pour ceux qui avaient les moyens d’en profiter, la plupart des observateurs avaient bien dû constater que cela avait entraîné un retard des salaires de ce pays, en particulier ceux des ouvriers, par rapport à ceux des pays voisins.

Il était temps que cette injustice cesse ! Le programme Shadock proposa donc ce rattrapage des salaires… et la généralisation de la réduction de la durée du travail qui avait notamment entraîné ce blocage des salaires.

C’était de l’excellente logique ; celle qui, constatant que les consommateurs se plaignent d’un excès de sucre dans la confiture, décide d’en rajouter, afin que leurs récriminations soient pleinement justifiées.

 

Ø      Ils voulaient aussi que l’Etat rachète la totalité du capital d’entreprises publiques dont les Gibbies avaient cédé des actions à des particuliers, notamment des salariés de ces entreprises.

Vous me direz que les Shadocks en avaient privatisé bien plus quand ils étaient au pouvoir.

Certes, mais les Shadocks s’étaient contentés de privatiser des entreprises qui avaient été précédemment nationalisées par un gouvernement Shadock, sous un Président Shadock, alors que les Gibbies prétendaient ouvrir le capital d’entreprises qui avaient été nationalisées sous le règne du général dont ils se réclamaient. C’était proprement intolérable !

Ø      De même les Gibbies avaient entrepris d’allonger les périodes de cotisations nécessaires pour obtenir sa retraite, sous prétexte d’études, réalisées pendant le gouvernement Shadock, qui montraient qu’il y avait de plus en plus de retraités et moins d’actifs pour payer ces retraites.  La simple arithmétique montrait que çà allait nécessairement casser. Dans leur grande sagesse les Shadock décidèrent donc que tout le monde serait vieux à 60 ans, quel que fut son métier. Il serait toujours temps de voir ensuite comment on allait financer tout ça. L’essentiel était, dans l’immédiat, de rassurer tous ceux qui avaient mal au dos ou qui étaient un peu trop stressés, en leur assurant qu’ils n’auraient pas trop longtemps à attendre, pour se mettre sérieusement au bricolage.

Ø      Pour un étudiant, l’autonomie c’est d’abord trouver du boulot. Mais ça aurait exigé des réformes de tout le système éducatif et du marché du travail sur lesquelles personne n’aurait été d’accord. Et puis l’Etat ne peut pas tout faire, comme l’avait dit fort justement un ancien chef Shadock. Alors, ils ont inventé « l’allocation d’autonomie » qui permettrait aux étudiants bénéficiaires d’être plus longtemps dépendants du budget de l’Etat.

Evidemment tout cela coûtait pas mal de sous. Mais les Shadocks avaient une formule magique pour payer leur programme : la croissance ! Bien sûr pour relancer cette croissance mythique, il fallait d’abord y investir des sous… qui seraient ensuite remboursés par la croissance.

Ai-je été assez clair ? Si tel était le cas, c’est  que je me serais mal fait comprendre, comme le disait  un grand argentier américain.

Gilbert Veyret

09/06/06

Par Gilbert Veyret - Publié dans : Billets d'humeur et chroniques
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