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Institutions, Gouvernance

Samedi 22 avril 2006 6 22 /04 /2006 12:28

Ce texte que m’adresse Pierre-Yves Cossé, ancien commissaire au plan et « rocardien » de toujours…peut relancer notre débat sur les institutions et la gouvernance….

 

 

Si vous avez la chance d’avoir un job, vous vous concentrez sur le travail à faire sans penser au job suivant. Vous mobilisez le meilleur  de vous-même sans prendre en compte la suite de votre carrière.

Il n’en va pas de même à la tête de l’Etat. Les ambitions se polarisent sur la Présidence. Depuis Jacques Chirac, la présidence est à la portée de nombreux hommes ou femmes politiques, au moins les postulants le croient. C’est même pour certains d’entre eux la seule perspective qui dicte leur action. Et qui, ministre aujourd’hui, agit d’abord en candidat à l’élection présidentielle.

Si l’ambitieux est Premier Ministre,  le fonctionnement des institutions est gravement  perturbé. Or, dans les deux ou trois ans qui précèdent l’élection présidentielle, c’est le cas pour la majorité d’entre eux …et un gâchis pour le pays.

Comment croire que Dominique de Villepin aurait agi avec une telle précipitation, mâtinée d’incompétence dans l’affaire du CPE, si son objectif principal n’avait pas été de se placer dans la course de 2007 et de marquer des points par rapport à son rival immédiat ? Il s’est comporté en candidat  potentiel et non en Premier Ministre. Et même s'il met sous le boisseau ses ambitions, il est trop tard, sa légitimité étant durablement affaiblie.

 

Dominique de Villepin n’est pas le premier. Les deux dernières années du mandat de Lionel Jospin ont été marquées par le refus des réformes difficiles, comme les retraites, la santé  ou la fiscalité, qui auraient pu susciter  un mécontentement nuisible aux intérêts du candidat. Et, on pourrait remonter la liste ; Edouard Balladur ? Jacques Chirac, Michel Rocard … En comparaison, les Premiers Ministres, privés de perspectives présidentielles, comme Pierre Bérégovoy, n’ont pas renoncé à agir lorsque l’échéance se rapprochait.

Remarquons que ce dévoiement n’a été profitable ni pour le pays ni pour leurs candidatures.

 

Comme il est improbable que l’on renonce à l’élection du Président de la République au suffrage universel, il faut une règle. Elle est simple à énoncer. Un Premier Ministre ne peut être candidat à l’élection présidentielle durant les deux ans qui suivent l’exercice de son mandat. Le Premier Ministre qui voudrait se présenter devra démissionner deux ans avant l’élection et se préparer.

Certes, il serait souhaitable que cette règle relève de la bonne pratique. Mais ce n’est pas réaliste. Seule une interdiction formelle, sous la forme d’une loi organique, peut garantir le résultat. L’ambition des hommes est telle qu’il y aurait toujours un excellent prétexte pour contourner la bonne pratique et justifier une exception.

Voici une mesure pour le programme de nos candidats à la prochaine élection.

La France aurait pendant toute la durée du prochain  quinquennat un Premier Ministre conduisant et déterminant la politique de la nation  et non un candidat caché qui utilise son piédestal pour accroître ses chances d’accéder à la magistrature suprême.

 

Pierre-Yves Cossé

 

Par Pierre-Yves Cossé - Publié dans : Institutions, Gouvernance
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Lundi 15 mai 2006 1 15 /05 /2006 21:31

Après les crises que nous avons connues trois articles sur la « réforme » et la « prise de décision ». D’abord, un court article de Nicolas Tenzer d’avril 2006. 

 

Affirmer que les Français refusent les réformes est une contre-vérité. Depuis vingt ans, des privatisations aux retraites, de la CSG à la mise en concurrence des monopoles, celles-ci ont été nombreuses, quoique pas à la hauteur des défis à relever pour améliorer notre prospérité individuelle et collective et inclure notre pays dans la société et l’économie mondiales. Si, aujourd’hui, les blocages apparaissent si profonds, c’est que les futures réformes devront concerner notre système institutionnel, économique et social de manière globale. Nous n’y parviendrons pas sans lever cinq obstacles.

 

1) Il n’existe aucun consensus sur l’idée de justice ; or, dans une société perçue comme injuste, tout changement attise les craintes et semble illégitime, car le statu quo le plus inacceptable paraît moins angoissant que le changement.

 

2) Dans une société qui paraît obscure, les corporatismes – plus forts au sommet qu’à la base – font figure de digues contre l’aléa, renforçant la mise à l’écart des plus fragiles.

 

 3) Les réformes se font au coup par coup, sans vision positive et perçue comme crédible des objectifs. Cela empêche de négocier et de construire les bases d’un donnant-donnant équilibré à moyen terme pour chaque catégorie.

 

 4) Le milieu dirigeant est étroit en termes non seulement de sociologie, mais aussi de formation, de réseaux et de mentalité, ce qui entraîne une méconnaissance de nombreuses parties de la société française – l’université en constitue l’exemple caricatural. Or, aucun travail, visant à mieux connaître les craintes et les aspirations de celles-ci et à pallier cette coupure, n’est habituellement conduit avant de lancer une réforme.

 

5) Les institutions ne sont pas prioritairement axées sur la décision : la dyarchie au sommet, l’absence du Parlement en termes de propositions et de relais, la faiblesse des partis sur le plan de la réflexion, la quasi-absence des partenaires sociaux au stade de la préparation des projets, l’éloignement du centre de la décision des lieux de conseil stratégique et leur faiblesse ancienne, nuisent à la conception et à la diffusion de l’esprit de réforme.

 

Commençons donc par le début : l’art de gouverner et les institutions qui l’autorisent devraient constituer le premier objet de la réforme, si l’on souhaite que celle-ci ait quelque avenir.

Nicolas Tenzer

Par Nicolas Tenzer - Publié dans : Institutions, Gouvernance
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Mardi 16 mai 2006 2 16 /05 /2006 13:27

Suite de notre réflexion sur la réforme et la prise de décision…Après Nicolas Tenzer, c’est à Jean Kaspar que nous donnons la parole par l’intermédiaire d’un article de sa News Letter  qu’il m’a autorisé à reproduire…

 Les évènements que nous avons connus au cours des deux  derniers mois autour du CPE, révèlent une crise profonde de notre système démocratique.

 

Ils ont mis en évidence la nécessité de changer les règles et les processus de décision. C’est en fait toute la question de la conduite des changements qui est posée. Quatre idées simples sont à prendre en compte. Nous les résumerons ainsi :

-a) Il faut oser le pari de l’intelligence. La population est de plus en plus formée et informée. Elle est capable de comprendre que les changements sont nécessaires, à la condition qu’elle puisse en débattre, qu’elle en perçoive le sens et que la confrontation sur différentes hypothèses soit possible.

-b) L’onction du suffrage universel ne transforme pas les élus en guides éclairés en leur donnant le pouvoir de décider sans concertation avec les autres acteurs de la société. Tout ce qui touche au social et au contrat de travail doit faire l’objet d’une concertation avec tous les acteurs concernés. En cas d’impossibilité d’aboutir à un accord, alors, mais alors seulement, la représentation nationale doit, si nécessaire, trancher.

-c)  Un changement ou une réforme ne doit  pas être décidé au pas de charge. Il faut donner du temps au temps pour permettre la mise en route d’un processus de consultation, de concertation et de négociation. Donner du temps au temps ne veut pas dire laisser filer le temps mais l’organiser en fixant une échéance, une date butoir.

-d)  Refuser les à priori du type «  la France n’est pas réformable » ou encore « ce n’est pas possible ». S’enfermer dans une telle logique c’est mépriser le peuple et refuser de voir les évolutions chez certains acteurs. Beaucoup de choses sont possibles si l’on sait poser les actes qui rendront l’impossible possible.

Jean Kaspar

 Consultant en stratégies sociales

 

 

 

   

Par Jean Kaspar - Publié dans : Institutions, Gouvernance
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Mercredi 17 mai 2006 3 17 /05 /2006 16:40

Le troisième article de notre réflexion « Réforme et gouvernance »

 

Les institutions, dans les sociétés contemporaines, sont censées posséder deux vertus : d’abord d’être démocratiques et de contribuer à son approfondissement, ensuite de favoriser la décision plutôt que l’attentisme devant les maux que connaissent nos sociétés, et même, autant que possible, la décision éclairée. Parfois, on oppose ces deux qualités : beaucoup estiment ainsi que la démocratie contrarie la faculté de décider ou, au moins, l’affaiblit et que, inversement, pour décider il faudrait partiellement mettre entre parenthèses la démocratie. Cette conception est erronée : les deux termes sont en fait étroitement liés. Les contrepoids sinon les contre-pouvoirs qui constituent le propre de la démocratie peuvent être analysés plus exactement comme des contreforts – il en va ainsi du Parlement notamment. Toute décision a besoin d’institutions qui appuient la décision. Celle-ci, pour aller jusqu’à son terme, a besoin de prendre corps au sein d’un milieu large à ses différents stades : conception, élaboration, publicité et mise en œuvre.

 

Il serait aussi dangereux de tabler à l’excès sur la vertu ou sur le génie des hommes, qui sont par définition toujours incertains. Les institutions peuvent et doivent limiter le poids de l’arbitraire, de l’absence de vertu, parfois de l’incompétence, même si le facteur humain restera toujours spécifique. Certes, jamais, les institutions ne sauraient offrir de garanties dernières. Mais elles peuvent faciliter ou bien contrarier l’action des réformateurs ; elles peuvent encourager ou freiner le vice.

 

Or, le contexte actuel en France se caractérise à la fois par la faiblesse de la décision et par l’absence de démocratie et, corrélativement, par l’encouragement au vice plutôt que par la reconnaissance de la vertu.

 

Les institutions françaises rencontrent notre sociologie qui n’est pas politiquement libérale : non transparence, faiblesse des contrôles et des contrepoids, faveur des arrangements, précellence de la rente, telles sont les attributs de notre société et de notre monde politico administratif.

 

Enfin, tout, dans notre histoire nationale, renforce la propension à la mythologie que le mythe du président garant entretient de manière funeste. Nous avons un président qui se prétend en dehors de la politique mais dont l’interventionnisme politique est constant, sans le contrôle de la loi – puisqu’il est censé être au-dessus d’elle. Les hommes politiques ne prennent qu’exceptionnellement des engagements sur un programme. Dans la gestion des affaires, nous connaissons un déficit dramatique de stratégie. Et ces travers sont encore rendus plus graves par le fait que, structurellement, le président est mal élu et dispose donc, à l’origine, d’une légitimité faible.

 

Il est déterminant de savoir qui décide et comment, selon quels critères et par quel biais. Il nous faut des institutions « actives » et non pas symboliques ou faibles. Il est indispensable de revoir un système qui favorise l’agitation et l’annonce plus que la décision et le résultat.

 

 

Changer les institutions : pourquoi, comment ?

 

            Je plaide depuis longtemps pour une évolution de la Ve  République vers un régime présidentiel strict. Pourquoi ? Je suis prêt à reconnaître les vertus possibles d’un régime parlementaire, mais elles ne valent que dans un système globalement bipartisan, sinon elles conduisent, comme on l’a vu avec les Républiques précédentes, à une instabilité et à une vie politique dominée par les alliances conjoncturelles et sans fondement autre qu’opportuniste entre tel et tel groupe parlementaire. L’existence de plusieurs partis à gauche comme à droite rendent dangereuse l’installation d’un tel régime en France. Par rapport à la question de la décision et de la démocratie, la « dyarchie au sommet » entraîne confusion, incapacité à gouverner dans la durée et à formuler des engagements crédibles, arrangements au sommet et dilution des responsabilités.

 

La configuration que je privilégie serait la suivante : un président sans Premier ministre[1] comme dans le système américain, mais qui conserverait une possibilité de dissolution de l’Assemblée nationale. Celle-ci serait toutefois une arme massive de dernier recours, car son usage obligerait le président à remettre en cause son propre mandat, ne serait-ce d’ailleurs que pour conserver une simultanéité du temps des élections présidentielle et législatives. Une telle évolution supposerait aussi – mais celles-ci sont nécessaires de toute manière ‑ des institutions présidentielles. Aujourd’hui, en effet, comme on va le voir, on ne peut qu’être frappé par la déficience des structures de stratégie, de conception et d’appui à la tête de l’exécutif, tant à l’Elysée qu’à Matignon.

 

            Naturellement, la contrepartie de ce changement serait un renforcement des pouvoirs et du rôle du Parlement.

 

1)      En limitant la séparation étanche entre l’exécutif et le législatif, il jouerait un rôle de conseil et d’aide au travail gouvernemental, parfois même de proposition. Cela suppose d’armer un Parlement – dont les membres seraient nettement moins nombreux (300 pour les députés et 190 pour les sénateurs, sous réserve d’une réforme du Sénat que nous n’envisageons pas ici, paraît un chiffre raisonnable) ‑en ce sens.

 

2)      Le Parlement disposerait d’un organe d’évaluation qui lui serait rattaché (sur le modèle du General Accounting Office américain) mais posséderait néanmoins une certaine indépendance dans le choix des évaluations et, évidemment, une autonomie totale dans leur conduite.

 

3)      Logiquement, pour accomplir leur travail, les parlementaires – qui pourraient être mieux rémunérés – seraient contraints à un mandat unique.

 

4)      Un statut de l’opposition serait défini et emporterait de larges possibilités de contrôle et de proposition.

 

5)      Le Parlement devrait également jouer un rôle de contrôle de l’application des lois (suivi des décrets et de leur application).

 

6)      Enfin, comme c’est le cas notamment au Royaume-Uni et au Danemark, il jouerait un rôle accru en matière européenne (mandat préalable pour la négociation des directives importantes, participation d’un parlementaire aux discussions dans les groupes d’experts, reporting régulier au Parlement).

 

Bien sûr, en contrepoint, cette évolution devrait s’accompagner d’une capacité accrue des partis en termes d’intelligence stratégique et d’élaboration de leur projet – mais je reconnais bien volontiers qu’il y a là une part de vœu pieux ! Il est en tout état de cause urgent de revoir le statut des fondations « de pensée », politiques et autres, et de leur réserver une niche fiscale inspirée là aussi de l’exemple américain.

 

 

Pour un pilotage stratégique de l’administration

 

            Sans reprendre ici les idées que j’ai développées longuement dans France : la réforme impossible ? je crois indispensable d’insister sur le fait qu’on ne modernisera pas nos institutions dans leur donner une capacité d’agir grâce à la présence de structures d’appui qui manquent aujourd’hui dramatiquement comme le montrent toutes les réformes avortées comme, d’ailleurs, notre faiblesse internationale en matière de propositions et d’influence.

 

La première nécessité est de connaître la société française. Obligation évidente, mais dont on peut raisonnablement penser que les différents gouvernements se sont allègrement dispensés. C’est dans cette perspective que j’ai proposé depuis 2000 que soit créé un observatoire de la société française placé auprès du Premier ministre, chargé de conduire des études lourdes, approfondies et systématiques sur l’évolution des inquiétudes, des aspirations, des représentations, de la réception des politiques, etc. Bien sûr, le Conseil d’analyse de la société, créé depuis, ne remplit absolument pas, faute de moyens, de telles missions.

 

            La deuxième institution nécessaire serait un Conseil d’analyse européenne et internationale, dont je ne vais pas reprendre ici le schéma proposé, mais dont je crois qu’il est indispensable si l’on entend apprécier à leur juste place les évolutions du monde, émettre des propositions sérieuses et diffuser nos idées – ce qui suppose d’abord en avoir.

 

            Ensuite, il convient d’élaborer une stratégie à moyen terme, dans un lieu ouvert à tous pour mettre sur le tapis les principaux défis de l’heure (syndicats, monde académique, ONG). Cette proposition prenait place dans le cadre d’une délégation générale à la stratégie qui a inspiré la transformation du Commissariat général du Plan en un Conseil d’analyse stratégique. Il reste à cet organisme à faire la preuve qu’il correspond à l’ambition que je lui avais assignée. Corrélativement, un tel organisme devrait travailler sur les missions de l’Etat à moyen terme, seule manière de penser la réorganisation des structures de l’administration et l’ajustement de ses effectifs[2]. Sans cette vision à moyen terme et cette stratégie, organiser une négociation sérieuse et un gagnant-gagnant vertueux avec les organisations syndicales et à proprement parler impossible.

 

            Il faut ajouter que le travail gouvernemental a aussi besoin de remontées d’en bas de la part des échelons premiers de l’administration. Contrairement à une idée véhiculée par certains hauts fonctionnaires, il ne saurait y avoir de coupure entre la conception et la stratégie, d’un côté, la mise en œuvre, de l’autre.

 

            Enfin, il est indispensable de créer un secrétariat général aux politiques publiques (SGPP) auprès de la tête de l’exécutif. Il serait chargé de coordonner les actions des différents ministères et de contrôler le travail au jour le jour des administrations et de veiller à l’application des décisions.

 

 

Repenser la sociologie de la décision

 

            Décision et démocratie ne sont pas des mots abstraits, mais prennent place dans un contexte social. C’est aussi la sociologie qui fait la démocratie et détermine la qualité de la décision.

 

D’abord, il est temps de revenir sur une spécificité française : la coupure entre les différents mondes. En particulier, il n’y a aucun passage entre la sphère académique et le monde politico administratif, ce qui explique aussi la faillite de la connaissance du monde des universités et de la recherche par le pouvoir politique. Cela rend compte aussi de la faiblesse de la pensée des sphères dirigeantes et, inversement, d’un certain mépris pour l’action parfois constaté dans le monde universitaire. Il faut décloisonnement les milieux et les carrières.

 

            Je parlais au début de la préférence pour la rente : nous avons – et d’abord au sommet – des chasses gardées, des privilèges qui ne correspondent à aucune utilité sociale, une prévalence des corps et des statuts. Nous avons en somme besoin d’un nouveau rapport Rueff-Armand.

 

            Vous me permettrez enfin – car cela participe grandement de la sociologie de l’Etat – d’insister sur la nécessité d’un Etat impartial. Aujourd’hui, les modalités de nomination des fonctionnaires à la discrétion du gouvernement ne correspondent pas à cet objectif, mieux à cet impératif de salut public. C’est dans cet esprit que j’ai proposé que ces hauts fonctionnaires soient nommés après l’avis d’une commission – des parlementaires pourraient d’ailleurs y siéger – qui évaluerait les qualités du candidats et, ce qui est tout aussi déterminants, porterait une appréciation sur leur projet pour la structure qu’ils ambitionnent de diriger – si je dis que c’est indispensable, c’est parce que, dans les faits, ce projet n’existe souvent pas et qu’on nomme quelqu’un en fonction de son appartenance à un corps, de sa provenance d’un cabinet (ce qui devrait être prohibé) ou de sa couleur politique (quand ce n’est pas en fonction de critères plus ou moins inspirés par le souci de faire un geste médiatique envers telle ou telle catégorie). Bien sur, il faudrait aussi devoir le mode de nomination des membres des autorités indépendantes.

 

 

Conclusion

 

Il existe un effet de système de la décision. Il nous faut dès lors penser ensemble les institutions et l’administration, la sociologie et le pouvoir.

 

Ce n’est qu’ainsi qu’on peut espérer vaincre la défiance, qui vient plus de l’absence de pouvoir et de visibilité que de son trop-plein. De fait, l’absence actuelle de maîtrise et de stratégie est un facteur d’angoisse et conduit à la tentation du repli dont le 29 mai 2005 a été une manifestation catastrophique. En cela aussi, la faculté de décision se conjugue avec la démocratie – et inversement.

Nicolas Tenzer

 



[1] J’avoue m’étonner de voir certains ralliés au régime présidentiel hésiter à supprimer la fonction de Premier ministre et enclins à en faire un chef d’état-major. L’essentiel est bien de restaurer une chaîne courte de la décision fondée sur la responsabilité et la maîtrise en même temps de la conception et de l’exécution. Si ce chef d’état-major est faible, il ne coordonnera rien ; s’il est fort, il entrera inévitablement en concurrence avec le président et l’on retombera dans les ornières du système actuel.

[2] Pour reprendre l’idée, que j’avais là aussi émise dans le rapport du groupe présidé par Bernard Cieutat, Fonctions publiques : enjeux et stratégie pour le renouvellement, La Documentation française, 2000.

Par Nicolas Tenzer - Publié dans : Institutions, Gouvernance
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Vendredi 6 juillet 2007 5 06 /07 /2007 14:07
Le Premier Ministre a annoncé que la révision de la Constitution permettrait au Président de la République de se présenter devant les Français. A ce jour on ignore si son intervention sera suivie d'un débat, s'il répondra ou non à des questions de parlementaires, s'il y aura ou non vote de ceux-ci. Mais il est intéressant de reprendre l'historique de cette tradition qui remonte à quelques décennies.

Le fondement juridique de cette situation est l’article 18 de la Constitution : « Le Président de la République communique avec les deux assemblées du Parlement par des messages qu’il fait lire et qui ne donnent lieu à aucun débat ». On pourrait d’ailleurs donner l’interprétation suivante : quelqu’un peut lire son message mais cela ne lui interdit pas d’être présent et de se taire puisqu’il n’y a pas de débat. Les juristes pensent que, puisqu’il ne peut pas lire lui-même son texte c’est qu’il n’a pas le droit de venir. En tous cas, c’est une tradition bien installée.

Aujourd’hui, elle apparaît comme une bizarrerie. Tout part du Second Empire.

La chute de napoléon III en 1870 débouche sur la IIIème République, proclamée le 4 septembre de cette année. La France est occupée pour partie. Un gouvernement provisoire est installé. Des élections législatives sont organisées le 8 février 1871. Elles donnent une majorité conservatrice et monarchiste. Dès mars, la Commune de Paris se met en place, avec ses propres élections, son programme révolutionnaire et son propre gouvernement. Elle sera réprimée et se terminera fin mai avec la « semaine sanglante ».

Il faut rebâtir l’organisation institutionnelle du pays. Dans ce cadre, une loi du 31 Août 1871 (dite Constitution Rivet, Jean Charles de son prénom, député de la Corrèze) précise dans son article 1er que « le chef du pouvoir exécutif prendra le titre de Président de la République française et continuera d’exercer, sous l’autorité de l’Assemblée Nationale, tant qu’elle n’aura pas terminé ses travaux, les fonctions qui lui ont été déléguées par décret du 17 février 1871 ». C’est ce décret qui fit d’Adolphe Thiers un Président de la République, cumulant cette fonction avec celle de chef de gouvernement et l’autorisant à rester député….

Le bonheur du cumul complet ! Il avait obtenu cela parce qu’il s’était engagé à respecter une neutralité sur la question du régime lors de ce qu’on a appelé le Pacte de Bordeaux (10 mars 1871).

La France sort de 20 ans de bonapartisme, sorte de césarisme plus ou moins éclairé, conforté à coups de plébiscites personnels. Elle vient d’élire une assemblée dont la majorité souhaite le rétablissement de la monarchie et attend que la famille royale se mette d’accord sur l’héritier et même sur le drapeau. Le septennat est choisi pour cette raison-là. L’Assemblée fait de Thiers un Président de la République à titre provisoire mais elle se méfie de cet homme devenu irremplaçable depuis la répression de la Commune et la signature du Traité de Francfort avec la Prusse. Il a en effet réussi à conserver Belfort et à faire baisser l’indemnité de guerre. Il réussira à mettre un terme à l’occupation étrangère le 15 mars 1873 par anticipation.

La France se méfie toujours des hommes forts d’après guerre, Thiers en 1871, Clemenceau en 1918, De Gaulle en 1945. Elle s’arrange pour les encadrer, les battre et les faire partir.

La loi Rivet du 31 Août 1871 dans son article 2 accordait une place plus normale au chef de l’Etat dans sa relation avec les parlementaires : « « Le Président de la République promulgue les lois dès qu'elles lui sont transmises par le Président de l'Assemblée nationale. Il assure et surveille l'exécution des lois. Il réside au lieu où siège l'Assemblée. Il est entendu par l'Assemblée nationale toutes les fois qu'il le croit nécessaire, et après avoir informé de son intention le président de l'Assemblée. Il nomme et révoque les ministres. Le Conseil des ministres et les ministres sont responsables devant l'Assemblée. Chacun des actes du Président de la République doit être contresigné par un ministre ».

Deux ans après, en 1873, c’est trop lui consentir. Le 15 mars, Thiers a signé la convention d’évacuation du territoire par les troupes étrangères. Le 24 mai, il sera d’ailleurs renversé et Mac Mahon lui succédera, acquis à l’ordre moral et au retour du Roi.

Dès le 13 mars de cette année 1873, une nouvelle loi dite Constitution De Broglïe, Albert de son prénom, député de l’Eure, chef de file des monarchistes, très conservateur (il se battra contre les enterrements civils) est présentée à la Chambre. On l’appelle aussi Loi des Trente parce qu’elle fut proposée par un comité de trente membres. Son article 1er est ainsi rédigé :

« Le Président de la République communique avec l'Assemblée par des messages qui, à l'exception de ceux par lesquels s'ouvrent les sessions, sont lus à la tribune par un ministre. Néanmoins, il sera entendu par l'Assemblée dans la discussion des lois, lorsqu'il le jugera nécessaire, et après l'avoir informée de son intention par un message. La discussion à l'occasion de laquelle le Président de la République veut prendre la parole est suspendue après la réception du message, et le président sera entendu le lendemain, à moins qu'un vote spécial ne décide qu'il le sera le même jour. La séance est levée après qu'il a été entendu, et la discussion n'est reprise qu'à une séance ultérieure. La délibération a lieu hors la présence du Président de la République. »


Dans la pratique, il était donc prévu que le Président de la République ne devait plus communiquer avec l'Assemblée que par des messages. Par exception seulement, il pouvait monter à la tribune, mais l'accès en est rendu difficile par des conditions rigoureuses, particulièrement en ce qui concerne les débats de politique intérieure. Il était convenu que le Président de la République ne pourrait, en règle générale, intervenir que dans les débats de politique extérieure, les ministres répondant seuls des actes qui les concernent pour la politique intérieure. Toutefois, dans ce dernier domaine, le Chef de l'État pouvait quand même exceptionnellement intervenir ; mais il fallait pour cela que par une délibération spéciale communiquée par le vice-président du Conseil des ministres à l'Assemblée avant l'ouverture de la discussion, le Conseil des ministres déclare que les questions soulevées se rattachent à la politique générale du gouvernement et engagent ainsi la responsabilité du Président de la République. Ce dernier pouvait alors prendre la parole, mais à la condition d'observer les formes mises à son intervention dans la discussion des lois : le Président ne pouvait intervenir dans la discussion d'une loi qu'après avoir, dans un message, informé l'Assemblée de son intention ; la discussion était interrompue par l'arrivée du message et le Président ne pouvait, en principe, être entendu que le lendemain.

Ce cérémonial fut présenté comme un hommage à l'éminence de Thiers. En réalité, les parlementaires espéraient que les interventions du Président de la République ne se produiraient que sur les questions les plus graves et que l'Assemblée jouirait, d'une manière générale, de sa liberté de décision.

Dans les faits, le Président de la République n’avait droit qu’au monologue. Tellement complexe, la procédure fut dénommée « cérémonial chinois » en référence aux subtilités de l’Asie et de l’Orient compliqué.

Voilà pourquoi et comment le Chef de l’Etat fut exclu d’un dialogue direct avec la représentation parlementaire. Des personnalités étrangères ont pu cependant être entendues dans l’enceinte de l’Assemblée : Woodrow Wilson, Président des Etats-Unis en 1919, pour un hommage solennel au lendemain du premier conflit mondial. Il faut ensuite attendre 1993 pour que d’autres personnalités pénètrent dans la salle des séances : le roi d’Espagne Juan Carlos, le Secrétaire Général de l’ONU Kofi Annan, le Premier Ministre Britannique Tony Blair, le Président de la Commission Européenne José Manuel Barroso.

Mais de Président français, point ! Alors qu’il vient devant les députés européens quand la France préside l’Union. Ce fut le cas en juillet 2000 et en décembre de la même année pour Jacques Chirac. Ou en juin 1995 pour rendre compte de la présidence française que François Mitterrand avait ouverte par un discours remarqué le 17 janvier de la même année. C’était étonnant de voir Jacques Chirac dialoguer avec des parlementaires européens, José Manuel Barroso avec des parlementaires français dans leur hémicycle respectif.

C’est un peu le monde à l’envers, à un moment où il est admis que la politique européenne a cessé d’appartenir au domaine de la politique étrangère.

Cela conduit le Chef de l’Etat à participer aux quatre Conseils européens dans l’année sans venir devant les représentants de la Nation pour présenter les orientations qu’il défendra puis commenter les conclusions retenues et les compromis passés. Notre déficit démocratique européen est d’abord à Paris avant d’être à Bruxelles.

Il y a deux façons d’y remédier : soit le Conseil Européen est limité au Premier Ministre et il n’y a pas de problème de relation avec le Parlement, soit le Président de la République continue d’y aller et il faut lui permettre de venir s’exprimer et dialoguer dans les enceintes parlementaires.

Il est peut être temps de tourner la page d’Adolphe Thiers !

Bernard Poignant

Par Bernard Poignant - Publié dans : Institutions, Gouvernance - Communauté : Politique
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Samedi 3 novembre 2007 6 03 /11 /2007 22:56

Par Laurent Wauquiez, secrétaire d'État, porte-parole du gouvernement. 
Le Figaro du 2 novembre 2007

 
Rachida Dati conduit depuis plusieurs mois, avec courage et détermination, une des réformes les plus délicates du gouvernement. Délicate, cette réforme suscite des critiques qui laissent perplexes. On lui reproche à la fois d'être un chambardement de fond en comble de l'organisation judiciaire et une réformette ! C'est sans doute que l'équilibre est le bon. Étape après étape, Rachida Dati trouve le juste chemin.
 
Arrêt sur image : 1958, c'est la date de la dernière réforme de la carte judiciaire. Le gouvernement Debré décide de moderniser les tribunaux et fixe une nouvelle carte judiciaire. Et depuis ? Plus rien ! Les implantations judiciaires n'ont pas connu de changements conséquents. Elles n'ont suivi ni les évolutions démographiques, ni les évolutions sociales, ni les évolutions économiques des territoires. En cinquante ans, la France a changé. Pas la carte judiciaire ! Le fossé entre la justice et les Français n'a cessé de se creuser.
 
Il faut le dire clairement l'organisation archaïque de la carte judiciaire pèse d'abord sur l'efficacité du service public de la justice : trop complexe, trop lent et trop inégalitaire.
 
Notre organisation judiciaire est un monument de complexité. Prenons l'exemple de la justice commerciale. Qui sait, qu'en France, selon le lieu où son entreprise est implantée, on peut être jugé soit par des magistrats professionnels, c'est-à-dire dans un tribunal de grande instance, soit par des juges consulaires dans un tribunal de commerce ? Qui sait que ce double système existe au sein d'un même département ? L'un des objets de cette réforme c'est de simplifier cette architecture. Rachida Dati a ainsi décidé dans la région Nord-Pas-de-Calais, de transférer la compétence commerciale des tribunaux de grande instance aux seuls tribunaux de commerce.
 
L'un des effets du regroupement des juridictions, voulu par le gouvernement, est de créer des juridictions de taille suffisante. La taille des juridictions n'est pas l'objectif en soi, c'est un moyen de mutualiser les compétences et de favoriser une justice moins lente et de meilleure qualité. Si l'on veut une justice collégiale, et permettre ainsi les échanges entre jeunes magistrats et juges plus expérimentés, alors il faut des tribunaux de taille suffisante. La réalité, trop souvent méconnue, est qu'aujourd'hui sur 473 tribunaux d'instance, 280 ont un seul juge. Dans le domaine pénal, l'affaire Outreau a bien montré les limites de l'exercice de la magistrature isolée.
 

 
Tordons le cou, enfin, au cliché qui consiste à dire que l'on abattrait la justice de proximité en regroupant les tribunaux. Qui peut soutenir que la distance kilométrique entre les tribunaux, héritée de la période napoléonienne constitue l'alpha et l'oméga de l'organisation territoriale de la justice ? En matière d'accès à la justice, l'efficacité et la rapidité comptent autant que le nombre de kilomètres.
 
Reste la méthode. Plutôt que de plaquer depuis Paris une réforme nationale, sans tenir compte des réalités du terrain, la garde des Sceaux a choisi d'aller présenter ses propositions dans les régions avec le souci de l'expliquer aux élus et aux acteurs du monde judiciaire.
 
Revoir le fonctionnement de notre justice est un vrai marathon. Rachida Dati a entrepris cette course de fond avec détermination et sens du dialogue. Au bout de ce chemin, il y a une ligne d'arrivée : une organisation judiciaire rénovée. Pour la justice, c'est une chance à saisir d'avoir un ministre qui a le courage politique de conduire cette réforme, première étape pour réconcilier les Français avec leur justice

Laurent Wauquiez

Le Figaro 2 novembre 2007
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Mercredi 26 mars 2008 3 26 /03 /2008 11:45

L'éditorial d'Yves Thréard du 26 mars. Le Figaro

Nicolas Sarkozy avait prévenu avant les municipales : il tiendrait compte du résultat du scrutin, mais il maintiendrait le cap des réformes. Changer la France, il n'a pas d'autre choix. Il a été largement élu pour cela en mai 2007. Reste à ajuster la méthode et à améliorer la visibilité des changements pour que les Français aient, au moins, le sentiment d'en bénéficier. Ce qui est loin d'être le cas. Parmi les textes présentés à cette nouvelle session parlementaire, il en est donc un qui apparaît urgent, celui de la réforme des institutions. La lenteur et la complexité du travail législatif sont la cause d'une partie du mal français.

Les solutions ne manquent pas pour rendre le ­système plus efficace. La consultation du Conseil d'État pour avis préalable à tout projet de loi est-elle toujours nécessaire ? Le vote en seule commission des textes les plus techniques n'est-il pas possible ? Les décrets d'application ne doivent-ils pas être prêts immédiatement ? La procédure des navettes entre Assemblée nationale et Sénat ne peut-elle être simplifiée ? Le rôle de la Chambre haute ne mérite-t-il pas d'être reconsidéré ?

Autant de questions qui ne figurent certes pas au rang des priorités des Français  dont les yeux sont rivés sur le pouvoir d'achat  mais qui ­permettraient de répondre plus vite à leurs attentes. Et d'associer plus étroitement le pouvoir législatif à la politique du gouvernement. C'est le souhait d'une majorité de députés et sénateurs, de droite comme de gauche, qui estiment être régulièrement tenus pour quantité négligeable. Cela éviterait les malentendus et les polémiques inutiles.

Certaines des conclusions du comité Balladur, mis en place par Nicolas Sarkozy pour réfléchir à la modernisation de nos institutions, vont dans ce sens. Mais qu'en restera-t-il ? Le texte sera soumis aux parlementaires début juin.

Forte de sa victoire aux municipales, la gauche se manifestera sans doute sur plusieurs points pour marquer son désaccord. Notamment sur les rapports du président de la République avec le Parlement. Déjà, le PS a affirmé qu'il ne voterait pas en l'état l'avant-projet de loi présenté par François Fillon. Le dossier semble donc mal engagé, d'autant que son adoption requiert une majorité qualifiée (trois cinquièmes) qui suppose quelques ralliements.

Dommage. Car si l'occasion est manquée, elle ne le sera, une nouvelle fois, que pour des raisons de « politique politicienne ». Vieux réflexe qui paralyse notre pays. Il n'y a pas si longtemps, pourtant, certaines voix dans l'opposition s'étaient montrées plus audacieuses. Elles réclamaient une refonte totale de nos institutions, une VIe République.

L'action de Nicolas Sarkozy, depuis son arrivée à l'Élysée, a permis de faire sauter des tabous, d'ouvrir des débats. Des commissions d'experts ont été nommées. Des réformes, réputées difficiles, ont été engagées. D'autres sont attendues, sur le contrat de travail, la modernisation de l'économie, la protection de l'environnement. Si l'ensemble paraît parfois un peu brouillon, rarement notre pays a connu pareille effervescence. Mais pour que les Français en récoltent rapidement les fruits, il faut simplifier nos mécanismes de décision.

Yves Thréard
Le Figaro 26 03

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Lundi 7 avril 2008 1 07 /04 /2008 18:16


Par Patrick Roger, Le Monde daté 08 04 08...

L
'examen du projet de loi constitutionnelle réformant les institutions devrait commencer à l'Assemblée nationale le 20 mai. Le gouvernement espère qu'il pourra être adopté en Congrès, le 7 juillet. Voici ce que propose l'avant-projet de loi qui a été transmis au Conseil d'Etat. L'article 1er indique qu'une loi précisera "les droits respectifs des partis et groupements politiques qui ont déclaré appartenir à la majorité qui soutient le gouvernement et ceux qui ne l'ont pas déclaré".

 

 

EXÉCUTIF

 

Président de la République. Il ne peut accomplir plus de deux mandats successifs (art. 2). Certaines nominations sont soumises à l'avis d'une commission de parlementaires (art. 4). Le chef de l'Etat peut "prendre la parole devant le Parlement réuni en Congrès ou l'une ou l'autre de ses assemblées. Son allocution peut donner lieu, hors sa présence, à un débat qui n'est suivi d'aucun vote" (art. 7). La prorogation de l'état d'urgence au-delà de douze jours doit être autorisée par la loi (art. 14).

Gouvernement. Le nombre maximum de ministres est fixé par une loi organique (art. 3). Le gouvernement n'est plus "responsable de la défense nationale" mais "met en oeuvre les décisions prises" par le président de la République (art. 8).

 

PARLEMENT

 

Le Parlement "vote la loi, contrôle l'action du gouvernement et concourt à l'évaluation des politiques publiques". La représentation des collectivités territoriales au Sénat est assurée "en fonction de leur population". Les Français établis hors de France sont représentés à l'Assemblée nationale (art. 9). Les parlementaires peuvent être remplacés temporairement pendant l'exercice de fonctions gouvernementales.

Redécoupage. Le redécoupage des circonscriptions et la répartition des sièges de députés et de sénateurs sont soumis à une commission indépendante (art. 10).

Commissions. Le nombre de commissions permanentes de chaque assemblée est limité à 8, contre 6 actuellement (art. 18). Leurs auditions sont publiques, sauf décision contraire (art. 11).

Séances. La discussion des projets de loi en séance porte sur le texte adopté en commission et non plus sur le texte transmis par le gouvernement. Elle ne peut intervenir qu'après un délai d'un mois suivant le dépôt du texte, quinze jours en cas de déclaration d'urgence (art. 17 et 21).

Ordre du jour. L'ordre du jour des Assemblées, hors projets de loi de financement, est partagé entre les textes inscrits à la demande du gouvernement et ceux dont l'inscription est décidée par la conférence des présidents. Un jour de séance par mois est réservé à l'examen des textes proposés par l'opposition. Les séances de question au gouvernement ont également lieu pendant les sessions extraordinaires (art. 22).

L'engagement de responsabilité du gouvernement sur un texte de loi - art. 49-3 de la Constitution - est limité aux projets de loi de financement et à un autre texte par session (art. 23). La conférence des présidents de chacune des deux assemblées peut s'opposer à la déclaration d'urgence du gouvernement sur un texte de loi (art. 20).

Politique étrangère. Le Parlement doit être informé "dans les plus brefs délais" de toute intervention des forces armées à l'extérieur. Si la durée de l'intervention excède six mois, sa prolongation doit être autorisée par le Parlement (art. 13).

INSTITUTIONS ET CITOYENS

Conseil constitutionnel. Le Conseil constitutionnel peut être saisi par les présidents des assemblées ou par soixante députés ou sénateurs au bout de trente jours d'exercice des pouvoirs exceptionnels accordés au président de la République au titre de l'article 16 de la Constitution (art. 5). Possibilité de saisine directe à la demande d'un justiciable (art. 26).

CSM. Le président de la République et le garde des sceaux ne font plus partie du Conseil supérieur de la magistrature (art. 28).

CES. Le Conseil économique et social peut être saisi par voie de pétition (art. 29). Il est consulté sur les projets de loi portant sur la préservation de l'environnement (art. 30).

Droits des citoyens. "Toute personne s'estimant lésée par le fonctionnement d'un service public peut adresser une réclamation" à un défenseur des droits du citoyen, nommé par le président de la République pour un mandat de six ans non renouvelable (art. 31).

UNION EUROPÉENNE

Un comité chargé des affaires européennes est institué au sein de chaque Assemblée (art. 32). Pour la ratification de l'adhésion d'un Etat à l'Union européenne, le président de la République a la faculté de choisir entre référendum et vote du Parlement réuni en Congrès (art. 33).

Patrick Roger
Par Patrick Roger pour Le Monde - Publié dans : Institutions, Gouvernance - Communauté : Politique
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Vendredi 23 mai 2008 5 23 /05 /2008 10:25

LE MONDE | 22.05.08 | 09h08  

 

Voulue par la gauche comme par la droite lors des dernières élections présidentielle et législatives, la réforme des institutions devrait rassembler toutes celles et tous ceux que l'état de notre démocratie inquiète. Atonie citoyenne, personnalisation excessive de la vie publique, déséquilibres persistants des pouvoirs, atteintes au pluralisme, discrédit des responsables politiques, la France connaît depuis de nombreuses années une crise démocratique et représentative que la pratique présidentielle actuelle accentue.

Force est de constater que les réformes institutionnelles récentes n'ont pas permis de répondre à cette dégradation et l'ont même amplifiée ! L'adoption du quinquennat "sec" et l'inversion du calendrier électoral ont renforcé la présidentialisation du régime au détriment du Parlement.

Cette réforme inachevée doit s'accompagner au plus vite d'une revalorisation du Parlement sous peine de le voir durablement affaibli comme en témoignent la dégradation du travail législatif et son insuffisante capacité de contrôle. De même l'ajournement de la réforme de la justice en 2000 par le Président de la République d'alors a contribué à l'affaiblissement d'une institution dans laquelle les Français ont de moins en moins confiance.

Il y a donc urgence à réformer un système institutionnel qui ne remplit plus aujourd'hui sa fonction de manière satisfaisante. Comme il y a urgence à donner des droits nouveaux aux citoyens à travers la possibilité de saisine du Conseil Constitutionnel (dès lors que son mode de désignation est précisé) ou l'extension du référendum, deux réformes voulues par la gauche depuis de longues années.

Notre conviction est que, face à cette urgence et à l'importance de l'enjeu pour notre démocratie, les petits calculs politiques n'ont pas leur place à droite comme à gauche. Réformer la constitution n'est pas un acte législatif comme un autre. Il touche aux fondements et aux principes de notre organisation démocratique et suppose de dépasser le cadre partisan traditionnel. C'est en cela que s'explique la nécessité de recueillir une majorité de trois cinquièmes pour toute modification parlementaire de celle ci.

Députés, nous entendons assumer, avec honnêteté et fidélité au mandat qui nous a été confié, notre rôle de législateur qui consiste à discuter et à amender une réforme que nous considérons dans ses grandes orientations comme prometteuse.

Elle se traduit en effet par un certain rééquilibrage des pouvoirs entre le Parlement et l'exécutif (partage de l'ordre du jour, encadrement du 49-3 et de la procédure d'urgence…), par une amélioration sensible de son fonctionnement et une reconnaissance du statut de l'opposition. Rien dans cette réforme, après les reculs de la majorité, ne donne des pouvoirs nouveaux au Président de la République, si ce n'est la possibilité toute symbolique de se rendre devant le Congrès alors qu'il a renoncé à bouleverser l'équilibre des pouvoirs entre le Président de la République et le premier ministre.

AVANCÉES APPRÉCIABLES

Dans le même esprit, cette réforme prévoit des avancées appréciables, obtenues le plus souvent par la discussion en commission. C'est le cas en matière de nominations ou de justice avec la création d'un nouveau Conseil supérieur de la magistrature plus indépendant et plus équilibré. Plus important encore à nos yeux, la réforme donne des droits nouveaux aux citoyens en leur permettant de saisir le Conseil constitutionnel, proposition faite en 1990 par le garde des sceaux et bloquée par le Sénat, mais également le Conseil supérieur de la magistrature en matière disciplinaire. Il instaure en outre un "défenseur des droits des citoyens" qui permettra de mieux garantir les libertés individuelles.

Enfin, la possibilité de recourir au référendum citoyen répond à une attente forte des Français. Chacun peut mesurer l'importance de ces dispositions qui répondent pour la plupart à des revendications auxquelles la gauche est attachée depuis de nombreuses années.

Cette réforme est certes pour le moment encore largement perfectible à nos yeux. Comment pourrait-il en être autrement compte tenu de son origine politique ? Les socialistes ont raison de souligner ses insuffisances et de demander des améliorations. Il est anormal que le Sénat ne puisse connaître l'alternance et que le temps de parole du président de la république ne soit pas comptabilisé.

Mais il est vrai aussi que l'adoption d'une réforme des institutions nécessite par définition un compromis qu'il faudra bien préciser à un moment ou à un autre du processus en cours. Si la gauche était en responsabilité, elle serait confrontée à la même obligation. C'est donc une démarche à laquelle nous ne pouvons échapper et à laquelle nous devons donner une chance, sauf à différer pour de longues années toute réforme de cette nature. Si demain, aux responsabilités, nous proposions des orientations identiques, la droite aurait beau jeu de bloquer notre initiative.

Il faudra donc tirer le bilan des débats parlementaires. Il ne saurait y avoir pour nous une appréciation dictée par une condition impérative, fût-elle légitime. C'est l'ensemble du projet qui devra être évalué en fonction des avancées réelles qu'il apporte à notre vie démocratique. Parce que le parti socialiste a fait de la réforme des institutions, de leur démocratisation et de la revalorisation du Parlement une priorité de son projet politique, il ne saurait se soustraire à ses responsabilités au moment où des progrès importants peuvent être obtenus dans ce domaine. Pour notre part nous sommes prêts à les prendre.


Patricia Adam, députée du Finistère; Patrick Bloche, député de Paris; Jean-Christophe Cambadélis, député de Paris; Christophe Caresche, député de Paris; René Dosière, député de l'Aisne; Paul Giacobbi, député de Haute-Corse; Guillaume Garot, député de la Mayenne; Jean-Patrick Gille, député d'Indre-et-Loire; Gaëtan Gorce, député de la Nièvre; Danièle Hoffman-Rispal, députée de Paris; Jean-Marie Le Guen, député de Paris; Armand Jung, député du Bas-Rhin; Sandrine Mazetier, députée de Paris; Didier Migaud, député de l'Isère; Dominique Raimbourg, député de Loire-Atlantique; Jean-Jacques Urvoas, député du Finistère; Manuel Valls, député de l'Essonne.

Par 17 députés socialistes, dans le Monde - Publié dans : Institutions, Gouvernance - Communauté : Politique
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