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Santé, Protection sociale

Jeudi 2 mars 2006 4 02 /03 /2006 11:23

Bernard Kouchner propose à IES   cette tribune qu’il a publiée dans « Libération »  lundi dernier.

 

 

La cruelle flambée de chikungunya qui frappe la Réunion et la menace d'une grippe aviaire qui peut s'avérer fatale mobilisent l'opinion publique française. La critique est facile mais l'art est difficile : mon propos n'est pas d'accuser le gouvernement actuel d'incurie dans la gestion des deux crises en cours, ce serait trop aisé et peu courtois de ma part. Pourtant, comme nous entrons dans l'ère de la santé publique globale, ici, chez nous, et là-bas, chez les autres, il me paraît essentiel d'essayer d'en tirer quelques enseignements. Médecins sans frontières hier et Malades du monde aujourd'hui et demain : la France a inventé l'ingérence sanitaire. En sommes-nous dignes ?

 

 

Trois causes principales sont invoquées pour expliquer la situation actuelle à la Réunion. La plus importante tient à l'essor et à la propagation rapide des maladies infectieuses au XXIe siècle. Voyages, contacts, information, désir de se protéger légitiment les angoisses. Mitoyens de progrès majeurs en thérapeutique, les risques de maladies transmissibles se multiplient, contemporaines d'un sida qui progresse. Les critiques politiques ne suffiront pas plus que l'inclusion subreptice du principe de précaution dans notre Constitution à supprimer ces périls. Dans le midi de la France sévit encore le virus du West Nile, transmis par le moustique aedes. Aux Etats-Unis, ce même virus du Nil, parfois mortel, n'a fait que gagner du terrain et son vecteur, pourtant bombardé d'insecticides violents, par avion, jusqu'en pleine ville de New York, n'a pas été détruit. Le temps des virus ne fait que commencer.

 

 

Deuxième cause : l'alerte de sécurité sanitaire aurait tardé. Ce n'est pas une affaire technique concernant les seuls experts. Il s'agit d'un problème politique qui concerne directement la vie quotidienne de tous. Dans ce ministère de l'urgence qu'est la Santé , la sécurité sanitaire constitue un rapport de forces entre des intérêts contradictoires. Il y a toujours ceux qui pensent qu'informer et agir risque d'entraîner une baisse de la consommation de poulet dans un cas, du tourisme dans un autre, de pénaliser une entreprise française dans un troisième. Toutes les grandes catastrophes sanitaires ­ au premier rang d'entre elles l'amiante ­ se caractérisent par ces conflits entre intérêts contradictoires et par un délai excessif pour trancher dans le bon sens.

 

 

Aucun de mes successeurs au ministère de la Santé n'a cru bon de participer aux essentielles matinées bimensuelles de veille sanitaire. On a affirmé publiquement que la sécurité sanitaire, discipline née après les grandes crises du sang contaminé, de l'hormone de croissance et de la maladie de la vache folle, n'était pas de la responsabilité directe du ministre, et ne requérait que la surveillance des services techniques : terrible erreur. Canicule, chikungunya, grippe aviaire : toutes les angoisses récentes démontrent le contraire. Les agences de sécurité sanitaire doivent faire leur travail en toute indépendance à l'égard des considérations politiques et économiques, et le ministre de la Santé rester en alerte et savoir emporter la décision politique face aux technocrates et à ses collègues ­ Agriculture, Economie, Tourisme, Défense, etc. ­ qui sont toujours là pour défendre une autre ligne.

 

 

La santé, premier bien public global, constitue la conquête suprême des pauvres gens (et des autres, moins pauvres et donc mieux protégés). Il n'y a pas de meilleure lecture des malheurs. A ne pas écouter ces leçons, on a perdu du temps. L'inattendu exige des dirigeants politiques un talent particulier. Cette responsabilité qui impose une attention soutenue vis-à-vis des moyens techniques à disposition ne trouvera son efficacité qu'à l'écoute du corps social, des élus, des associations, des citoyens.

 

 

Gélita Hoarau, sénateur de la Réunion , a interpellé le gouvernement au Sénat, le 10 novembre 2005, sur le chikungunya. Une «véritable catastrophe sanitaire qui ravage l'île», disait cette élue. Des associations, des praticiens élevaient leurs voix. Le ministre est parti pour la Réunion le 28 janvier 2006. Pourquoi ce délai ? Le péril de la grippe aviaire, justement pris en compte, masquait-il l'urgence du chikungunya ? Je ne souhaite pas ici accabler tel ou tel responsable, je connais trop la difficulté de l'exercice pour vouloir recourir à des petites phrases lapidaires ; la santé publique mérite mieux, mais choisir la transparence, c'est accepter la critique.

 

 

Troisième cause : la Réunion serait délaissée par la métropole. Bénéficiant d'un réseau hospitalier de qualité, dotée d'infrastructures modernes, intégrée à tous les dispositifs sociaux de santé, l'île se trouve dans une situation sanitaire acceptable. Et cela, malgré des conditions naturelles difficiles, comme en témoigne la situation des Etats voisins.

 

 

On lutte contre la contagion par la «démoustication massive» et par l'accès à de nouvelles techniques de lutte antivectorielle et des moyens de protection individuelle : moustiquaires imprégnées, répulsifs ; plus encore par l'assainissement et le développement. Pourquoi ne pas avoir mis, précocement, l'accent sur la mobilisation des jeunes Réunionnais, qui, encadrés, auraient pu se charger des détritus épars et des dépôts d'immondices, des flaques résiduelles ou des bouteilles vides qui sont de redoutables nids à moustiques autour de leurs habitations ? Ils auraient préfiguré ces tâches que nous confierons, un jour prochain, aux jeunes garçons et filles du service civique que nous prônons depuis vingt ans.

 

 

Il faut, devant une crise aiguë de santé publique, savoir créer des solidarités sans attendre l'arbitrage du Premier ministre. Mettre en place un plan de solidarité, c'est le rôle des maires sous la responsabilité du préfet. Les a-t-on assez sollicités ? A-t-on cherché à se rapprocher des Réunionnais, à aider les personnes vulnérables, soulager les douleurs, donner à boire, soutenir les gens chez eux pour ne pas surcharger les hôpitaux ?

 

 

En temps de crise, les décisions résument les stratégies. A la Réunion , on aura vu la loi plutôt que les faits, les procédures plutôt que les urgences, les dossiers au lieu des hommes, l'impossible certitude qui paralyse plutôt que le doute et la nécessité qui poussent vers l'avant. Appliqué à un domaine aussi sensible que la santé publique, un tel parti pris de routine devient une erreur funeste. Ce choix n'est pas fortuit, si l'on gouverne sans les gens, on ne gouverne pas pour eux. Je le sais bien : le sentiment du malheur est inversement proportionnel à la distance. Jean-Marie Le Guen a raison de dire que nous aurions été plus attentifs si une telle attaque sanitaire s'était produite en métropole, sauf qu'elle n'aurait pas été identique puisque le climat diffère.

 

 

Exercer son droit de critique ne doit pas conduire à l'aveuglement. Le chikungunya à la Réunion nous rappelle aussi cruellement nos échecs collectifs de la lutte antivectorielle dans les zones tropicales. Aujourd'hui, dans de très nombreux pays d'Afrique et d'Asie, en face de la Réunion , le paludisme transmis par le moustique tue chaque année plus d'un million de personnes, et surtout d'enfants.

 

 

Que conclure ? D'abord, qu'il serait peut-être utile d'adjoindre au ministre de la Santé un secrétaire d'Etat ­ médecin ­ chargé de la sécurité sanitaire. J'ai plaidé pour que l'assurance maladie et la santé publique soient dans le même giron. C'est fait, mais il manque encore une pièce dans le dispositif. Ensuite, il serait utile que les décisions en matière de grippe aviaire soient régulièrement soumises à confrontations. On gagnerait à composer un comité avec des représentants de la société civile, du milieu associatif, des médecins de terrain, des vétérinaires, qui pourraient, à côté des experts, apporter un regard critique. Tous les mois, le ministre devrait être auditionné, en alternance par le Parlement et par la presse, pour présenter le dispositif, entendre les voix discordantes, etc. Enfin, en ce qui concerne la Réunion , au lieu de dire que tout a bien fonctionné, je pense qu'il serait sain que le ministre soit le premier à demander une évaluation indépendante de l'ensemble du processus de décision.

 

 

On s'apprête à célébrer, ces prochains jours, la loi du 4 mars 2002, qui créa la démocratie sanitaire. Il s'agit de prendre la mesure de ce «bien public global» et de lui donner toute sa place dans l'action politique.

 

 

Bernard Kouchner

 

 

Par Bernard Kouchner - Publié dans : Santé, Protection sociale
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Jeudi 1 juin 2006 4 01 /06 /2006 23:43

Cet article de Jean-Claude Prager a été publié par Libération le 23 mai 2006

 

 

A l'idée fortement anxiogène de mondialisation, la santé vient ajouter son lot de peurs. Les grandes épidémies et les délocalisations font bon ménage dans l'imaginaire collectif de notre pays tétanisé par son avenir. Mondialisation et santé, le sujet mérite pourtant mieux que ce degré zéro de la médiatisation : il s'agit tout simplement des emplois et de la qualité des soins de demain.

 

L'opinion publique n'est pas suffisamment informée, chez nous, de la fantastique guerre économique qui se déroule à l'extérieur de nos frontières sur ce secteur qui représentera bientôt un cinquième de l'activité économique. Bientôt, on pourra aller se faire soigner à l'étranger mieux et moins cher que dans notre pays.

 

Les pays émergents, comme l'Inde ou la Tunisie, possèdent des centres de traitements comparables à ceux des pays avancés, avec des coûts trois à quatre fois moindres et des praticiens formés aux meilleures écoles américaines ou anglaises.

 

L'opinion ignore également la réalité de la recherche médicale dans le monde. Son regard est occulté par l'attention quasi obsessionnelle portée sur la dépense de santé. Le secteur des industries de santé et le niveau de qualité des soins sont partout tirés par la prime donnée à l'innovation et à la qualité ; la priorité a été donnée dans tous les pays avancés aux sciences de la vie et au développement des biotechnologies avec, le plus souvent, de considérables moyens financiers. Mais la France reste en retrait, du fait des contraintes budgétaires, de la difficulté à faire des choix technologiques et géographiques, et par la faute d'une régulation du système de santé qui a eu tendance à privilégier le contrôle à court terme de la dépense, au détriment de la compétitivité des industries.

 

La conséquence naturelle en est le décrochage du secteur. Il est encore peu perceptible pour les industries pharmaceutiques, en raison du succès éclatant de quelques entreprises, mais le constat est catastrophique pour les matériels médicaux et l'on commence à enregistrer un retard majeur dans les biotechnologies.

 

Une révolution culturelle s'impose ainsi chez nous, pour éviter de perdre un combat industriel majeur, faute de l'avoir livré à temps. Une révolution pour accepter, sans frilosités sclérosantes, l'opportunité que représente la mondialisation dans le secteur de la santé ; une autre révolution également pour accepter le caractère bénéfique des dépenses de santé pour l'économie ; une dernière pour savoir en tirer les conséquences budgétaires. Trois révolutions en même temps, c'est beaucoup dans une période plutôt portée à l'immobilisme.

 

Les Etats-Unis représentent maintenant plus de la moitié de la recherche effectuée dans le monde et y consacrent environ près de 60 milliards de dollars aujourd'hui, ce qui est un élément majeur de la réussite économique de ce pays. La dépense est financée à égalité par les entreprises et les autorités publiques. Les NIH, National Institutes for Health, piliers du financement de la recherche, sont des agences, principalement de moyens, qui mettent en concurrence en permanence l'ensemble des universités ; le montant des ressources publiques aura plus que doublé en cinq ans, passant de 13,6 milliards de dollars en 1998 à 28,5 en 2006. La recherche médicale représente environ 20 % de la recherche des autres pays avancés. Certains, comme le Royaume-Uni, la Suisse, la Suède ou le Danemark, sont très engagés dans ce secteur.

 

En France, la recherche dans le domaine des sciences de la vie ne fait plus qu'un dixième du potentiel américain, alors qu'elle faisait presque jeu égal il y a quelques décennies. Tous les scientifiques mettent en avant l'écart désormais considérable de réactivité et de moyens entre l'université américaine et la recherche française.

 

Certains praticiens français, comme Philippe Even [président de l'Institut Necker, ndlr], portent des appréciations sévères sur les résultats de la recherche scientifique française dans le domaine de la biologie : «Le chiffre de 3 à 4 % d'articles français publiés dans les très grands journaux n'est pas satisfaisant. Il n'est pas normal que la seule ville de Boston publie deux fois plus que la France entière» (1). La recherche française perd également du terrain par rapport à l'Allemagne et au Royaume-Uni. Et pourtant nos scientifiques sont encore reconnus pour la qualité de leurs formation et compétences, mais pour combien de temps ?

 

Les biotechnologies sont un révélateur caractéristique de ce décrochage, ainsi que l'a montré le rapport fait pour l'Assemblée nationale en 2005 par Jean-Yves Le Déaut, et que le confirment les dernières statistiques disponibles. L'industrie américaine des biotechnologies pèse dix fois l'industrie allemande ou celle du Royaume-Uni en termes d'emplois, et vingt fois celle de la France, désormais dépassée par le Danemark.

 

Le financement public américain des biotechnologies y est pour beaucoup : en 2003, la dépense de recherche en biotechnologie a été de 16,4 milliards d'euros aux Etats-Unis alors qu'elle piétine à 0,6 en France, contre 1,7 au Royaume-Uni, 1,3 en Allemagne, un peu moins de 1 au Danemark, qui en a fait une priorité majeure. Chacun des très grands pôles américains représente ainsi un potentiel presque équivalent à l'ensemble de la recherche française.

 

Face à cela, les mesures prises dans notre pays sont bridées à la fois par des contraintes budgétaires et par la difficulté à faire des choix, face à la crise de la recherche et de l'université en France. Les enjeux auraient nécessité que les moyens nouveaux de l'agence de la recherche comme de la future agence de l'innovation fussent centrés sur le secteur médical. Les deux ou trois centaines de millions d'euros provenant des sources nouvelles de financement de l'Agence nationale de la recherche, de l'Agence de l'innovation et des pôles de compétitivité, quand ces derniers crédits seront définitivement en place, ne représentent qu'une modeste partie de l'écart.

 

La récente loi sur la recherche est loin d'avoir prévu, tant s'en faut, un doublement des crédits dans le secteur médical en France, comme l'avait décidé, pour les Etats-Unis, le président Clinton. Il est vrai que celui-ci avait été porté par la réussite exceptionnelle de sa politique de réduction du déficit budgétaire.

 

Espérons que les prochaines échéances politiques soient l'occasion de débattre de ce sujet. S'il ne soulève pas, jusque-là, les passions des citoyens, il mérite cependant une place à la hauteur de ses enjeux dans le débat électoral à venir.

 

 

Jean-Claude Prager
délégué général du Cercle santé société, professeur de politique économique comparée à l'Institut d'études politiques de Paris.

 

 

 

(1) Les Echos des 9 et 10 mars 2006.

 

Dernier ouvrage paru : Dix-huit Leçons sur la politique économique, avec François Villeroy de Galhau, le Seuil, 2006.

 

Par Jean-Claude Prager - Publié dans : Santé, Protection sociale
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Mardi 20 juin 2006 2 20 /06 /2006 09:50

Une enquête européenne réalisée il y a quelques années indiquait que c’étaient les Français qui étaient les plus mal informés en matière de biologie humaine et de santé publique ; c’est sans doute là le principal obstacle au développement d’une politique de santé un peu moins irrationnelle.

Le rôle des politiques serait grandement facilité s’ils avaient (et si les politiques avaient aussi…) quelques notions de base en ce domaine.

Quelques exemples, en vrac :

De combien augmenterait l’espérance de vie des Français si plus personne ne mourait de cancer ? La réponse est…12 mois ( les cancéreux meurent en moyenne cinq ans plus tôt que le reste de la population, 20 % de la population meurt de cancer, donc : 12 mois).

La prévention ne fait que reculer notre mort, mais elle n’induit pas d’économies, car ceux qui ne sont pas morts jeunes vivraient plus vieux et seraient alors atteints de maladie de la dégénérescence qui coûtent plus cher qu’un cancer du poumon : si tout le monde cessait brusquement de fumer, cela coûterait très cher à
la Sécu

La
médecine n’est pas la santé et la santé n’est pas la médecine : cette dernière réduit les souffrances de tous, mais elle est aujourd’hui impuissante à traiter, par exemple, les conséquences de l’obésité, de l’alcoolisme, des maladies dégénératives.

Les croyances sur les bienfaits de l’éducation à la santé sont trop optimistes : quel est le fumeur qui ignore que « Fumer tue » ? Tous s’arrêtent-ils de fumer pour autant ?

Tous les phénomènes ne sont pas réversibles : manger trop rend obèse, manger moins ne suffit pas toujours à faire maigrir.

En matière de prévention , à des questions comme pourquoi fume-t-on ?, pourquoi boit-on trop d’alcool ?on préfère toujours l’explication psychologique à l’explication socio-économique.

L’OMS a une définition utopiste de la santé : « Etat de bien être complet physique, psychologique et social », qui confine à la définition de l’ « imbécile heureux », comme si on pouvait vivre sans angoisse ; il faut lui préférer la définition opérationnelle : nombre d’années de vie sans handicap.

Le but de la vie n’est pas de vivre le plus longtemps possible, mais le mieux possible.

« C’est le dose qui fait le poison » (Paracelse, XV è siècle) ; dire « cette substance est toxique » n’a aucun sens si on ne précise pas à quelle dose, et en combien de temps elle est éliminée.

Le discours écologiste sur la santé est totalement incohérent :

-seule serait grave la pollution industrielle, et pas la pollution naturelle : le pollen tue chaque année un certain nombre d’asthmatiques dans les grandes villes, mais personne ne propose d’y abattre les arbres;

-les maisons trop bien isolées favorisent le développement des acariens et des maladies allergiques.

-les nitrates ne sont pas dangereux pour l’homme.

-la principale source de radiations à laquelle est exposé l’organisme humain reste les radiations naturelles (rayons cosmiques, granit comme en Bretagne), qui n'ont pas empêché le développement tout à fait normal de la vie.

 

 

Elie Arié

 

Par Elie Arié - Publié dans : Santé, Protection sociale
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Jeudi 29 juin 2006 4 29 /06 /2006 11:07

Une nouvelle tribune d’Elie Arié, sur les questions de santé et de protection sociale….qui font partie des réflexions d’IES, dans la préparation de son projet….

 

 

L'Assurance Maladie, créée à l'époque où la médecine ne coûtait pas cher:

- une ou deux consultations du médecin par maladie,
- des médicaments aussi peu actifs que bon marché (il n'y avait qu'un seul antibiotique, la pénicilline, qui venait d'apparaître),
-l'hôpital pour les pauvres (jusqu'en 1942, l' Assistance Publique était réservée aux indigents) et la clinique privée pour les rares interventions chirurgicales,

avait essentiellement pour objectif d'assurer le salaire pendant la durée des arrêts de travail pour maladie (indemnités journalières).

Il a fallu longtemps pour qu'on comprenne que, contrairement à ce que l'on pensait,elle serait structurellement déficitaire, parce que la demande de soins deviendrait illimitée (multiplication des possibilités thérapeutiques mais aussi de dépistage de masse; recherche de réponses médicales à tous les domaines de la vie non "pathologiques": procréation, refus du vieillissement, difficultés psychologiques, retards scolaires, etc., extension progressive de la prévention médicale à des tas de paramètres "hors normes": valeur des chiffres tensionnels ou du cholestérol sanguin, prévention de l'ostéoporose, etc.) .

 

 

 

Sur la création artificielle de besoins médicaux, lire d'ailleurs le remarquable ouvrage de Jörg Blech: "Les inventeurs de maladies"( Actes Sud, mai 2005), qui décrit bien le mécanisme par lequel l’industrie pharmaceutique « fabrique des malades »:

- en imposant toujours des normes de plus en plus basses des chiffres de tension artérielle ou des taux de cholestérol sanguin ,

-en faisant naître la terreur de l’ostéoporose chez les femmes ménopausées,

- en surmédicalisant les femmes, les enfants et les personnes âgées, transformant ainsi un nombre croissant d’individus, jusque-là considérés comme normaux, en consommateurs à vie de médicaments.

Alors que, pendant longtemps, on cherchait une molécule pour guérir certains malades, on cherche aujourd’hui, de plus en plus, des gens susceptibles d’acheter une molécule.

Cette médicalisation croissante de la société dans le cadre de la montée en puissance du « tout-marché », conduit inéluctablement à la mort des systèmes publics d'Assurance-Maladie, conçus pour satisfaire les soins médicaux de toute une population, mais incapables de financer, pour les uns, un impossible apaisement de l'angoisse et des insatisfactions de la condition humaine, et, pour les autres, l'exigence de revenus toujours plus élevés.

 

 

 

On a donc fini par comprendre que:

-un pays ou un particulier ne peuvent pas consacrer des sommes illimitées à se soigner;

-on ne peut pas financer socialement des dépenses non régulées et ne répondant qu'à la loi de l'offre et de la demande illimitées (chacun peut voir autant qu'il veut le médecin qu'il veut, chaque médecin peut prescrire ce qu'il veut et s'installer où il veut, les hôpitaux ont poussé comme des champignons constituant le réseau hospitalier le plus dense du monde qu'il faut ensuite financer de la même manière, qu'ils soient vides ou pleins).

Face à cette prise de conscience de dépenses illimitées, sont apparus, partout au monde, aussi bien dans les systèmes de soins publics que privatisés, les trois concepts de:

-"parcours de soins rationalisé": l'accès aux spécialistes et aux actes techniques coûteux devaient être réservés au cas où le généraliste les jugerait nécessaires;

-"évaluation médicale": réserver les actes techniques et les traitements médicaux aux cas où leur efficacité a été démontrée;

-et surtout de "panier de soins": décider ce que l' Assurance Maladie devrait prendre en charge, en fonction de l' utilité en termes de santé publique et l'efficacité médicale, et ce qu'elle n'aurait pas à prendre en charge.

Mais, en France le panier de soins en vigueur (l'expression reste d'ailleurs taboue), sans qu’il y ait eu vraiment de décision volontariste en ce sens, inclut l’homéopathie, les cures thermales (souvent mono industrie de certaines villes), les prescriptions de médicaments à service médical rendu jugé insuffisant ou nul, mais exclut pour l’essentiel les lunettes, les prothèses dentaires, dont on ne peut pas vraiment dire à l’inverse que ce sont des produits inutiles. Y a-t-il une logique dans ceci ? Non, il y a le produit de l’histoire qui accumule les rapports de force, sans chercher à arbitrer entre  besoins de santé publique, aménagement du territoire et subvention d'emplois non producteurs de santé.

 

Elie Arié

 

Par Elie Arié - Publié dans : Santé, Protection sociale
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Mercredi 25 juillet 2007 3 25 /07 /2007 10:13

Par Claude Le Pen et Guy Vallancien, économiste et chirurgien, tous deux membres du Cercle Santé Société.

 Le Figaro du 19 juillet 2007 
La volonté politique d'instaurer une franchise médicale ne suffit pas à en faire un dispositif bénéfique mais, inversement, elle ne la transforme pas ipso facto en mesure fatale ruinant les plus faibles. Les critiques du projet sont rarement fondées sur des arguments objectifs. Faire participer les usagers au coût des soins est vécu comme une régression sociale tant la revendication d'un remboursement à 100 % de tout à tout le monde est ancrée dans les mentalités.
 
Alors pourquoi une participation financière des usagers est-elle souhaitable ? Parce que la gratuité tend à ôter toute valeur matérielle et symbolique aux biens et services de santé. Elle transforme l'accès aux soins en un droit sans devoir. Elle ôte toute responsabilité. Cette notion de déresponsabilisation est mal acceptée car assimilée à une mise en cause du patient, mais faut-il rappeler que tout individu tend à abuser d'une ressource libre ?
 
Les malades ne sont pas les seuls à perdre toute responsabilité dans l'offre de soins. Certains médecins usent du système en ne regardant pas à la dépense. Les caisses d'assurance-maladie elles-mêmes ne sont pas responsables quand elles acceptent que les mêmes médecins s'installent n'importe où et prescrivent larga manu examens biologiques et radiologiques dont pourraient se passer certains malades. La gratuité offerte au consommateur de soins et l'usage de la carte Vitale créent l'illusion que la santé est sans coût ; mais la gratuité n'est possible pour les uns que si d'autres payent ; la gratuité occulte ainsi le principe de solidarité en faisant glisser le concept du « j'ai le droit » à « je me sers ».
 
Après soixante ans de Sécurité sociale, après l'instauration il y a plus de vingt ans d'une prise en charge à 100 % pour les maladies graves, suivie d'une généralisation à 92 % de la population de la protection complémentaire et l'extension du tiers payant, on pourrait espérer voir disparaître les inégalités en matière de santé. Or elles persistent. Si la gratuité n'est pas responsable d'un tel état de fait, elle a l'inconvénient d'enfermer la question de l'équité dans sa seule dimension quantitative et monétaire : peu importe la qualité des soins pourvu qu'ils soient gratuits ! Voilà l'erreur.
 
C'est pourquoi le principe de la participation financière des assurés est légitime, au-delà des prélèvements obligatoires pour assurer la pérennisation du système de soins.
 
C'est parce qu'il paye que le consommateur génère une amélioration de la qualité des prestations et on ne peut défendre le principe d'information et de décision des malades sans les engager dans une dynamique de partage du financement des ressources.
 

 
Dans un tel schéma d'action, la franchise s'avère supérieure aux autres formes de participation, en particulier au ticket modérateur et aux prélèvements divers tels le forfait hospitalier ou l'euro non remboursé par consultation. La franchise n'est pas proportionnelle à la dépense. Elle favorise donc plutôt les gros consommateurs de soins au détriment des petits consommateurs. C'est l'inverse pour le ticket modérateur.
 
La franchise offre la possibilité d'une modulation en fonction des revenus, ce qui ouvre une perspective en rupture avec la tradition française : introduire de l'équité « verticale » entre riches et pauvres dans un système conçu dans une logique exclusive de redistribution « horizontale » entre malades et bien portants. Résultat : le reste à charge avant la participation des complémentaires est d'environ 10 % des revenus pour les ménages les plus pauvres et de moins de 1 % pour les ménages les plus riches. La Sécu favorise les « riches ». L'introduction d'une discrimination positive au profit des plus pauvres par l'intermédiaire d'une franchise modulée atténuera cet effet.
 

 
Il faudra adjoindre à la franchise des dispositifs complémentaires mutualistes ou assurantiels rénovés en admettant en vrai partenaire l'Union nationale des organismes complémentaires d'assurance-maladie, car la franchise ne se substituera pas à toutes les autres formes de participation des usagers. La création d'une consultation de prévention annuelle prise en charge à 100 % évitera refus d'accès aux soins et retard dans le dépistage et le traitement de certaines affections graves. Cela aura un coût qui pourrait être financé grâce à la franchise !
 
Une telle démarche responsable ne doit toutefois pas occulter l'urgence de la restructuration de l'offre de soins publique et privée dans le cadre d'une véritable politique sanitaire innovante. Il est plus qu'urgent de changer de cap, de sortir du vrai-faux débat entre maîtrise « comptable » et « médicalisée » et de s'attaquer aux réformes de fond qui assureront la pérennité d'« un système de santé efficient et équitable ». Seule une volonté politique présidentielle affirmée et durable pourra porter un tel projet .

Dans Le Figaro du 19 juillet 2007
Par Claude Lepen et Guy Vallancien, pour Le Figaro - Publié dans : Santé, Protection sociale
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Lundi 1 octobre 2007 1 01 /10 /2007 22:59
par Jean-Louis Caccomo

Le débat en cours concernant les comptes de la sécurité sociale pourrait avoir quelque chose de risible s’il ne mettait pas en cause tout l’équilibre de notre fragile édifice. C’est un rire jaune, un rire amer car, au-delà de la tragi-comédie qui se joue sous le feu des médias, c’est le sort d’une nation asphyxiée et endormie qui est en jeu. Car si gouverner c’est prévoir, notre pays n’est plus gouverné depuis plus de 30 ans. Cela n’a rien d’étonnant puisque les différents gouvernements se contentent de reconduire un pacte social imposé par décret à l’issue de la seconde guerre mondiale, et dont les règles du jeu sont contrôlées par des partenaires sociaux qui échappent à toute sanction. Alors, les gouvernements reconduisent un statuquo pourtant intenable, et c’est la collectivité qui trinque. Les français l’ont compris et c’est pourquoi ils ont massivement sollicité une rupture de trajectoire. Au passage, il est pittoresque de voir que le premier ministre doit affronter aujourd’hui un problème qu’il avait annoncé résolu quelques années auparavant en tant que ministre. Espérons qu’il en tire une leçon. En tout cas, ce n’est pas faute d’avoir écrit depuis des années qu’il ne servait à rien de boucher des trous en inventant de nouveaux prélèvements ou en augmentant les prélèvements existants, c’est-à-dire en accentuant précisément les causes fondamentales qui conduisent aux déficits structurels.

 

A force de dire que la santé (ou l’éducation, la culture…) n’est pas un bien comme les autres, on finit par le croire. On finit par croire que la santé est un droit acquis, que le système de santé est gratuit, qu’il ne nécessite aucun arbitrage, aucun investissement, aucune formation, aucun effort de recherche. Et on installe les conditions de la pénurie structurelle : l’offre sera tarie, faute d’être entretenue et renouvelée, alors même que l’on déchaîne une demande infinie en promettant la gratuité pour tous ou le remboursement systématique. La collectivité découvre la facture de biens et services que les membres de cette collectivité voudraient obtenir gratuitement. Et cette facture, personne ne veut la voir. Ce serait indécent, antisocial. J’entendais hier sur les ondes, à l’occasion d’un débat radiophonique, un médecin déplorer que « la dimension financière risque de perturber la relation entre le patient et le médecin ». Diantre, cachez cette dimension financière que je ne saurais voir !

 

C’est un peu comme dans le jeu de la patate chaude, chacun veut s’en débarrasser tant elle nous brûle les mains. Personne ne veut voir la facture que tout le monde contribue pourtant à grossir. Mais le tapis ne cache plus la poussière aujourd’hui. Et M. Fillon a la lucidité d’admettre que les comptes sociaux sont au bord de la faillite. Et l’on ne voit pas très bien comment l’Etat pourra se porter au secours de la sécurité sociale alors que les comptes publics ne sont pas dans une meilleure situation que les compte sociaux, sauf à réinventer une nouvelle usine à gaz destinée à camoufler un prélèvement supplémentaire, qui ne fera que reporter le problème, mais non le résoudre. Ce refrain est désormais usé.

 

La liste des biens vraiment gratuits, qui tombent miraculeusement du ciel, est très rare. La plupart des biens et services que nous consommons, ou que nous désirons consommer, nécessite d’être pensés, conçus, fabriqués et distribués, autant d’étapes qui nécessitent de l’investissement, du travail et de l’activité humaine. Qu’ils soient publics ou privés, cela ne change pas le fait qu’il faudra payer la facture d’une manière ou d’une autre. Soit le ménage paie directement en tant que consommateur, soit indirectement en tant que contribuable ou assuré.

 Jean-Louis Caccomo

http://caccomo.blogspot.com/

Par Jean-Louis Caccomo - Publié dans : Santé, Protection sociale - Communauté : Les Sociaux libéraux
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Jeudi 17 avril 2008 4 17 /04 /2008 18:24
AFP et Le Monde.fr Le 17 04 08...


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icolas Sarkozy a présenté, jeudi 17 avril lors d'un déplacement à Neufchâteau (Vosges), les grandes orientations de sa réforme des hôpitaux. Le chef de l'Etat a repris à son compte plusieurs propositions du rapport du sénateur UMP Gérard Larcher, notamment une aide financière prioritaire pour les établissements publics qui accepteraient de former une communauté hospitalière et le renforcement des prérogatives des directeurs d'hôpitaux. Défendant une réforme qu'il qualifie de "majeure", M. Sarkozy a fixé pour objectif un équilibre d'exploitation des hôpitaux "d'ici 2012". "C'est l'avenir de l'hôpital qui est cause. Ces évolutions que j'ai proposées jettent les bases d'un système de santé efficace, moderne et juste", a-t-il déclaré.

Financement et mise en réseau des hôpitaux. Pour aider les hôpitaux publics, dont la gestion doit être "plus libre" et avoir "davantage de réactivité", M. Sarkozy propose "que les aides à la contractualisation et les subventions du programme Hôpital 2012", à hauteur "d'une dizaine de milliards d'euros", reviennent en priorité aux "communautés hospitalières de territoire, c'est-à-dire des établissements qui acceptent de se mettre en réseau". Ces "communautés", envisagées par le rapport Larcher, doivent inciter les hôpitaux à se regrouper notamment pour mutualiser leurs moyens."La réforme de l'hôpital, ce n'est pas la fermeture des hôpitaux, c'est le refus de la réforme qui conduira à la fermeture des hôpitaux", a lancé le chef de l'Etat aux nombreux professionnels du secteur et élus locaux, qui craignent la disparition de plusieurs centaines d'établissements depuis la publication, la semaine dernière, du rapport Larcher. Sur sa "une", Le Parisien-Aujourd'hui en France de jeudi titre ainsi "235 hôpitaux sur la sellette", en publiant la carte de France des établissements menacés.

Renforcement des pouvoirs des directeurs d'hôpitaux. "J'ai promis que l'hôpital aurait un patron et un seul. Je tiendrai parole. Ce patron, c'est le directeur", a d'emblée annoncé M. Sarkozy. Une décision qui, selon-lui, permettra à la France de subvenir à son besoin "d'un hôpital fort, d'un service public dynamique, d'un secteur privé conforté".

Statut des médecins. "Deux cadres d'exercice seraient proposés aux médecins : un cadre statutaire et un cadre contractuel", a indiqué le chef de l'Etat."Le cadre statutaire pourrait comporter sur option une part variable [de rémunération] permettant de mieux reconnaître les responsabilités et l'activité. Le cadre contractuel serait déterminé par accord entre les parties et s'inspirerait du droit du travail" du secteur privé, a-t-il poursuivi.

Urgences et maisons de santé. La création d'un "numéro unique" d'appel permettant d'accéder aux urgences hospitalières ou au médecin de garde a également été annoncée. "Ce numéro unique mobilisera la médecine de ville quand il le faut et l'hôpital quand c'est nécessaire", a précisé M. Sarkozy, et sa responsabilité sera confiée "aux agences régionales de santé".  Il a aussi confirmé la "création de cent maisons de santé pluridisciplinaires" en 2008, "pour les soins de premier recours" et annoncé qu'autant seraient créés en 2009.

Recherche et enseignement. "Je ne veux pas d'exception culturelle (...). L'enseignement et la recherche en santé doivent obéir aux mêmes modes d'évaluation et de financement que les autres", a souligné le président, demandant à ce que les équipes de recherche médicales soient publiquement "évaluées par l'Agence d'évaluation des établissements d'enseignement supérieur et de recherche". "Les travaux de recherche seront menés dans des universités autonomes devenues à la fois opératrices de recherche fondamentale, actrices de recherche clinique, et théâtres privilégiés de la formation des jeunes médecins", a-t-il conclu.

Par Le Monde.fr 17 04 - Publié dans : Santé, Protection sociale - Communauté : Politique
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