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mondialisation

Jeudi 16 février 2006 4 16 /02 /2006 18:18

Entraînées dans les remous de la mondialisation, les démocraties sont visiblement à la peine et placées devant le défi d'avoir à se réinventer. Que pouvons-nous espérer, que devons-nous faire, dans le cadre qui est aujourd'hui le nôtre : une France en partie sclérosée, une Europe momentanément en panne ?  Ce que l'on pourrait faire, on le sait. L'analyse est posée. Les solutions existent. La vague arrive. Et pourtant, sur la plage, rien ne bouge…

 

 

Accepter la mobilité, partager les risques de la précarité

 

La mondialisation n'est pas un mythe, ni un mauvais rêve. Le monde, tel qu'il est - et surtout qu'il change - nous donne l'échelle et le rythme, bien réels, de l'univers dans lequel nous devons désormais évoluer. Dans un tel contexte, on ne peut chercher son salut dans l'immobilisme. La précarité est notre lot. Il faut l'assumer. C'est-à-dire, si l'on est démocrate, en partager les risques. Ainsi, de mon point de vue, on ne peut instaurer le CPE, sans accepter de questionner le CDI lui-même. Au nom de quoi, en effet, peut-on imposer aux jeunes de supporter a priori le risque de la précarité de l'emploi - mais également du financement des retraites et du remboursement de la dette - sans que les moins jeunes et mieux lotis acceptent également de remettre en cause leurs statuts et acquis ?

 

On sait parfaitement aujourd'hui qu'il faut chercher la sécurité du côté de l'employabilité, plutôt que du côté de l'emploi. On sait que la mobilité professionnelle et la formation tout au long de la vie sont les bons horizons.  Et l'on possède tous les outils théoriques et pratiques nécessaires, contenus notamment dans la fameuse Réforme de la Formation Professionnelle.

 

Et pourtant, rien ne bouge…

 

Réinventer la démocratie et l'économie de proximité

 

La mondialisation et la médiatisation croissantes créent un effet d'optique et de fascination qui égare. Dans une société du spectacle, de la sur information et de l'hyper communication, dominée par l'argent roi, l'ordinaire est dévalorisé au profit de l'extraordinaire, le proche vidé de son intérêt au profit du lointain. La richesse de la relation humaine est pourtant faite de proximité. Elle s'inscrit et se construit dans une durée, dans un être et un faire ensemble au quotidien. Elle ne se délocalise pas, ne "se zappe" pas. Sinon, elle s'évapore. Certes, la proximité n'est pas, en soi, gage d'efficacité et de cohérence. Elle ne l'est que dans le cadre d'un projet partagé. Cependant, quand elle ne produit plus rien, c'est la logique des camps, des citadelles, de l'auto-justification et du dénigrement qui s'impose. Il semble bien que nous en soyons là. Et à grande échelle.

 

Réinventer la démocratie et l'économie de proximité, c'est possible. On sait très bien comment faire. La Région est évidemment la bonne échelle pour réorganiser la citoyenneté, la créativité et l'employabilité.  Pour y parvenir, la condition préalable est toujours la même, à la fois simple et difficile, en tout cas radicale : accepter de remettre en cause statuts et acquis.

 

On le sait. Et pourtant, rien ne bouge…

 

Promouvoir une Europe de projet, inventive et généreuse

 

L'Europe est en panne, parce qu'elle est sans projet. On le sait. On sait aussi qu'elle pourrait très bien s'en forger un… De quoi rêvent les européens? De paix et d'équilibre planétaire, de respect de la vie et de l'environnement, d'enrichissement mutuel par considération, mais aussi brassage des différences. L'Europe est riche de ses cultures, de ses traditions et de ses terroirs. L'Europe est très peuplée, possède peu d'énergies fossiles, mais elle ne manque pas de matière grise. Dès, lors, la voie à promouvoir est-elle pas évidente ? L'Europe pourrait devenir, pour son plus grand profit, le chantre et l'ingénieur mondial du développement durable. La santé, l'agroalimentaire, l'énergie, l'habitat, les transports conçus dans cette perspective constituent, pour elle, de larges et profondes réserves de créativité, de technologies et de "valeurs ajoutées", tant économiques qu'humaines.

 

Si la Région est la bonne échelle pour organiser efficacement l'action de proximité, l'Europe est le bon cadre pour énoncer et partager le projet. Les nations européennes, en effet, sont désormais trop dépendantes les unes des autres pour projeter seules. Elles pourraient le faire très efficacement ensemble, à condition de savoir mieux partager, d'être plus solidaires. Au premier chef, cela impose de mettre en place rapidement ce sur quoi le projet constitutionnel a principalement buté : l'Europe sociale. Ce qui implique, tout aussi nécessairement, de poser la question de l'Europe politique.

 

Là encore, statuts et acquis, de souverainetés ou de lobbies, doivent être remis en cause.

 

On le sait. Et pourtant, rien ne bouge…

 

Jean-Paul Lahaye

 

Par Jean-Paul Lahaye - Publié dans : mondialisation
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Vendredi 24 novembre 2006 5 24 /11 /2006 11:24

Un ami m’adresse cet extrait d’un article paru en son temps dans « les échos »…..

 

 

Les évolutions technologiques ont contribué à la quasi-stagnation des salaires réels pour les travailleurs peu qualifiés aux Etats-Unis et ailleurs depuis une trentaine d'années, et les citoyens n'y peuvent pas grand-chose. En revanche, ils peuvent influencer le cours de la mondialisation.

 

 

Selon les théories économiques, tout le monde ne ressort pas vainqueur de la mondialisation, mais les bénéfices nets sont positifs, et les gagnants peuvent donc dédommager les perdants sans perdre leur avantage. Mais les conservateurs soutiennent que, pour rester compétitif à l'échelle mondiale, il faut réduire les impôts et la protection sociale. C'est ce qui a été fait aux Etats-Unis, où les impôts sont devenus moins progressifs, et où des avantages fiscaux ont été accordés aux vainqueurs, c'est-à-dire à ceux qui bénéficient à la fois de la mondialisation et de l'évolution techno- logique. Résultat, les Etats-Unis et leurs disciples sont en train de devenir des pays riches aux populations pauvres.

 

 

Les pays scandinaves ont cependant montré une autre voie. Certes, le gouvernement, comme le secteur privé, doit rechercher une efficacité maximale. Mais des investissements dans le secteur de l'éducation et de la recherche, assortis d'une bonne protection sociale, peuvent stimuler une économie plus productive et plus compétitive, avec plus de sécurité et un niveau de vie plus élevé pour tous. Une bonne protection sociale et un marché proche du plein-emploi créent un climat qui incite tous les acteurs - travailleurs, investisseurs et entrepreneurs - à prendre les risques nécessaires pour l'investissement et la création d'entreprise.

 

 

Le problème est que la mondialisation de l'économie a devancé celle de la politique et des mentalités. Nous sommes devenus plus interdépendants, d'où la nécessité d'agir ensemble, mais nous manquons de cadres institutionnels pour le faire de manière efficace et démocratique.

 

Les organisations internationales comme le FMI, la Banque mondiale et l'Organisation mondiale du commerce sont plus indispensables que jamais, et pourtant la confiance qu'elles inspirent est au plus bas. La seule superpuissance mondiale - les Etats-Unis - méprise les institutions supranationales et s'efforce de les affaiblir. L'échec imminent du cycle de négociations commerciales « du développement » et les atermoiements du Conseil de sécurité des Nations unies au sujet du cessez-le-feu au Liban ne sont que les manifestations les plus récentes du dédain des Etats-Unis pour les initiatives multilatérales.

 

 

C'est en comprenant mieux les maux de la mondialisation que nous pourrons trouver des remèdes pour traiter les symptômes et s'attaquer aux causes profondes. Il existe un large éventail de politiques susceptibles de profiter aux habitants des pays développés et en développement, et qui donneraient donc à la mondialisation la légitimité populaire qui lui fait aujourd'hui défaut.

 

 

En d'autres termes, la mondialisation peut changer. Il est même évident qu'elle va changer. Reste à savoir si le changement sera la conséquence inéluctable d'une crise ou le fruit mûrement réfléchi d'un débat démocratique. Une crise risquerait de provoquer des réactions hostiles ou une réorientation désordonnée débouchant à terme sur de nouvelles difficultés. En revanche, en prenant dès aujourd'hui le processus en main, nous pouvons façonner une mondialisation différente, capable de réaliser enfin son potentiel et de tenir sa promesse : un meilleur niveau de vie pour tous.

 

 

JOSEPH E. STIGLITZ, prix Nobel d'économie 2001, est professeur à l'université Columbia (New York).

 

Par Les Echos - Publié dans : mondialisation
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