Thérèse Delpech, dans son remarquable opuscule consacré à
(Seuil, 2002) remarque que “ ce que montrent les attentats du 11 septembre 2001, c’est, encore une fois, on avait tendance à l’oublier, que les être humains continuent de se battre et de mourir pour des idées. Si cette vérité nous revient sous une forme aussi effroyable, c’est peut-être le signe que la lutte est à conduire de ce côté, et non sur le seul terrain militaire ou policier.”
J’ajouterai que ces attentats ont aussi démontré l’asymétrie du message de ‘Justice’ qui semble ne plus avoir la même signification selon que l’on se place sur les bords opposés du rubicon de
Aujourd’hui, l’agenda international est en grande partie gouverné par la chose religieuse ou par des groupes qui utilisent le fait religieux comme moyen ou comme alibi. Pour s’en convaincre, il suffit de compter le pourcentage du temps du ‘JT’ qui lui est consacré (57% du temps des News sur Sky News dans la semaine du 20 au 24 Février, par exemple). Le rapport entre le respect de la diversité des formes du Sacré et la liberté d’expression protégée par la constitution, est définitivement de nature non linéaire, c’est à dire sans relation directe de cause à effet. Ni un discours rationnel ni l’approche laïque ne semblent pouvoir résoudre cette problématique complexe.
Théorie des systèmes complexes :
Nous savons aujourd’hui un peu mieux ce que sont et comment fonctionnent les systèmes complexes, dits chaotiques. Ce sont des systèmes constitués de composantes nombreuses, de natures différentes, en interactions permanentes, et gouvernés par des processus non linéaires qui engendrent des dynamiques d’allures variées et pouvant présenter des changements qualitatifs et quantitatifs rapides (appelés bifurcations par les experts).
Application de cette théorie au terrorisme :
Les évènements violents d’origine islamiste, tournés soit vers l’occident, soit vers les musulmans eux-mêmes, et les différentes conceptions du « djihad » semblent confirmer la nature complexe du système de l’Islam fondamentaliste. Les composantes sunnites et chiites, par exemple, en interaction plus ou moins violente dans tout le Moyen-Orient, sont à l’origine de vives réactions qui peuvent aboutir à l’établissement de structures politiques plus ou moins tournées vers la violence ouvertement affichée.
Les bifurcations que suivent ces structures sont souvent imprévisibles et sont donc la source de bien des soucis pour les pouvoirs en place, par exemple dans les « zones tampon bifaciales », à la fois trop occidentalisées pour les musulmans et trop islamisées au goût du monde occidental comme l’Egypte ou l’Arabie Saoudite.
La formule initiale du désordre:
Les fractales – ces figures fascinantes dont la forme et les détails expriment graphiquement la complexité et la répétition de formules mathématiques en boucle – illustrent parfaitement la dynamique des figures mouvantes du terrorisme islamiste international. Celle-ci est l’expression fidèle des caractéristiques des groupuscules organisés selon des lois extrêmement rigoureuses et répétitives. La ‘formule terroriste’ initiale est entièrement encapsulée dans l’entretien de Ben Laden avec un journaliste de Time magazine, le 11 janvier 1999:
Le Time magazine: « Les Américains affirment que vous essayez d’acquérir des armes chimiques et nucléaires. »
Ousama Ben Laden : « L’acquisition d’armes pour la défense des musulmans est un devoir religieux. Si j’ai effectivement acquis ces armes alors je remercie Dieu pour me le permettre. Et si je cherche à les acquérir, c’est mon devoir. Ce serait un péché pour les musulmans de ne pas essayer d’acquérir ce type d’armes afin d’éviter que les infidèles ne nuisent aux musulmans. »]
Le système des réseaux :
Contrairement aux systèmes hiérarchisés, il existe ici une différence majeure qui distingue les groupes islamistes éparses héritiers de cette mission de protection du monde musulman. Leur organisation se fait en réseaux composés de connections flexibles et rapides, ou évoluent des groupes autonomes et sans cesse mobiles. Leur mode d’action locale est intuitivement en phase avec le plan stratégique global du système avec l’aide évidente de moyens de communication sophistiqués.
Toute opération militaire ou policière directe contre une partie du réseau apporte certes un effet contraignant sur l’ensemble de la ‘toile’ mais relativement inefficace. L’onde de choc de l’impact est en effet absorbée par le système qui utilise cette énergie hostile pour générer sans cesse davantage de liens.
Il apparaît comme fondamental de tenir compte de la nature complexe des systèmes islamiques fondamentalistes qui pourrait se trouver en dormance parmi les 15 millions de musulmans européens. Il importe aussi d’évaluer avec précision les différents niveaux de radicalisation au sein de la sphère islamique globale grace à l’appui de l’analyse des services du renseignement et de la prospective.
La recherche de solution :
La lutte contre les éléments islamistes les plus radicaux qui utilisent la terreur, qu’elle soit matérielle, sociale, morale ou sprirituelle, doit aussi comporter une branche idéologie, voire même, pourquoi pas, et ce serait un service exceptionnel que pourrait nous procurer l’Islam aujourd’hui, une action politique globale puisant sa source dans
Ainsi que le signale Thérèse Delpech: “ Une des plus graves menace auxquelles le monde est confronté à l’aube de ce siècle résulte du décalage croissant entre les progrès des moyens de destruction et la médiocre qualité des hommes et des idées politiques.”
Avant de tirer à hue et à dia toutes les cordes de notre évantail militaro-industriel contre le radicalisme islamique, il est aussi efficace d’étudier les lois qui régissent la complexité de son système et de puiser dans sa structure même les éléments qui permettront d’élaborer l’antidote politique. Son effet curatif sera à la fois local et global.
Patrick Papougnot
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