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Vie politique

Jeudi 26 janvier 2006 4 26 /01 /2006 22:00

OUEST-France a publié cette tribune le 12 janvier 2006

 

 

Aujourd’hui la France a besoin d’un centre. Nous vivons à chaque élection nationale une alternance de la gauche à la droite, puis de la droite à la gauche. Et à chaque fois, le balancier repart fortement dans un sens contraire, les lois précédemment votées et commençant à faire leur effet sont abrogées ou vidées de toute signification. Chaque camp, sachant qu’il a toute chance de rester peu de temps au pouvoir se hâte de démolir ce qu’a fait le prédécesseur, d’imposer les quelques mesures souvent symboliques propres à satisfaire sa clientèle, mais se garde de mettre en œuvre les réformes de fonds qui sont difficiles, provoquent l’inquiétude ou le mécontentement et ne feront effet que longtemps après leur départ du pouvoir.  Un centre capable de gouverner lui-même, en s’alliant si nécessaire et  selon les moments ou les sujets  avec  l’un  ou l’autre camp,  permettrait  d’éviter les violents mouvements de balanciers comme  les retours en arrière  et de réaliser les changements structurels nécessaires en inscrivant  l’action politique  dans le  plus long terme.
 

Mais il   n’a jamais été possible sous la cinquième République, de faire politiquement  exister le centre. Ceux que l’on appelle « centristes »  et que l’UDF représente assez bien depuis près de trente ans se situent en réalité, par leurs traditions, leur manière d’agir et l’électorat qu’ils influencent  au centre droit. Le centre gauche, pour sa part, n’a jamais pu s’affirmer, les radicaux de gauche, qui auraient pu le représenter étaient trop faibles idéologiquement et électoralement et surtout  ne se sont jamais comportés comme tels, s’étant toujours considérés comme partie prenante de la gauche.  Or, un centre véritable  ne naîtra- mettant  ainsi un terme à  la  bipolarisation rigide de la vie politique française - que s’il peut  marcher sur ses deux pieds,  regrouper ou  fédérer les centristes des deux bords, permettre  à ces deux sensibilités d’échapper à  leurs camps respectifs.

 

 

Ce temps est   peut-être venu  aujourd’hui et  on peut penser que  la naissance de ce  troisième pôle que constituerait  un centre équilibré et attractif est possible. Les conditions qui le permettraient  semblent pouvoir être  réunies.

 

 

 La chute du mur de Berlin et la fin du communisme, la reconnaissance largement répandue – quoiqu’en dise l’extrême gauche - qu’il n’y a pas d’alternative crédible au marché et au capitalisme, mais aussi  la « socialisation » du libéralisme qui s’est éloigné de l’ « ultra libéralisme » thatchérien, ont rapproché les positions. Le centre gauche et  le centre droit  ne sont plus, sur un plan théorique, séparés comme ils pouvaient l’être il y a 10 ou 15 ans.  Par ailleurs, et ce n’est contradictoire qu’en apparence, la gauche et la droite institutionnelles actuelles ont tendance à se radicaliser, à ignorer l’une l’efficacité économique l’autre l’exigence sociale,  à se déporter vers leurs extrêmes et à préconiser l’une et l’autre des solutions excessives qui agissent comme des repoussoirs sur les modérés ou les réalistes des deux camps.  Les pôles dominants perdent ainsi  leur capacité d’attraction et de rassemblement ce qui rend  les marges plus libres de leurs mouvements.  Cela est évident à droite et l’UDF montre tous les jours son éloignement vis-à-vis de l’UMP.  Cela commence à apparaître à gauche où  la sensibilité de centre gauche, se reconnaît peu  de choses en commun  avec des partis de gauche  qui hésitent à soutenir l’ambition européenne, se méfient du marché et des entreprises, négligent l’exigence écologique, choisissent l’assistance contre la responsabilité, le conservatisme contre la réforme. Le centre gauche a le plus grand mal à se considérer encore comme un élément de cette « union de la gauche », ou de cette « gauche plurielle » refermée sur elle-même et ses dogmes,  qui n’a su s’adapter ni  à l’évolution du monde ni  aux nouvelles attentes sociales.

 

 

             Si  la polarité des extrêmes est moins forte, encore faut-il que l’attractivité du centre existe.  Cela devient le cas, dans la mesure où  aujourd’hui le centre gauche et le centre droit  ne sont  plus une gauche affadie ou une droite timorée. Ce n’est pas la gauche ou la droite en plus mou, en  plus flou, mais une pensée affirmée, avec des lignes de force que sont :  l’ouverture sur le monde, le choix du développement durable,  la défense passionnée de la construction européenne, la mise en œuvre de l’autonomie et de la responsabilité individuelle, la solidarité et l’équité comme condition d’une réelle égalité des chances, la réforme d’un Etat qui doit être allégé et rendu  plus efficace, la rénovation de services publics qui ne peuvent refuser une concurrence régulée, la régionalisation, la démocratie participative et l’extension des pouvoirs de la société civile, la lutte contre les privilèges et les statuts qui limitent toute possibilité de dynamisme et de mobilité de la société ….

 

 

Idéologiquement un centre réformateur et qui refuse la « pensée borgne » existe, doté de deux sensibilités compatibles qui ont trouvé  lors de la récente campagne référendaire, des occasions de rapprochement et de coopération….Reste à  créer la condition qui pourrait  lui  donner une existence politique.  Cette dernière  condition, comme on l’indiquait plus haut, c’est la création puis le renforcement d’un centre gauche, social, libéral et écologique, clair sur ses valeurs, appuyé sur les acteurs sociaux,  décidé à échapper à l’orbite de l’union factice d’une gauche archaïque et sans projet, pour rechercher les moyens d’une coopération avec le centre droit.   Un centre gauche qui soit  assez fort pour oser s’émanciper de la tutelle du parti socialiste (qui ne peut assumer publiquement son social libéralisme)  et ne pas craindre, en s’alliant au centre droit, de se faire phagocyter par lui. Assez fort aussi  pour donner confiance à ce même  centre droit, et lui donner le courage de couper les ponts avec l’UMP, parce qu’il saura  pouvoir retrouver sur sa gauche ce qu’il perdra sur sa droite  en terme de soutien électoral.

 

 

 Voilà la feuille de route…S’y conformer sera bien difficile, et donner  vie à ce nouveau centre, fort du regroupement de son aile gauche et de son aile droite   sera certainement une tâche de longue haleine… C’est pourquoi nous devons nous y mettre sans attendre.

 

 

 Gabriel COHN-BENDIT et Marc d’HERE

 

 

 

 

  

Par marc dHERE et Gabriel COHN-BENDIT - Publié dans : Vie politique - Communauté : Centre Gauche
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Dimanche 29 janvier 2006 7 29 /01 /2006 07:19

Qui s’intéresse aujourd’hui à la politique ?

 

                       L’image de la vie politique, aujourd’hui,  pourrait être celle d’un stade vide de spectateurs où s’affrontent deux équipes « Droite » et  « Gauche ». De temps en temps le stade se remplit et une Ola venue des tribunes interrompt le  match en laissant les arbitres institutionnels désemparés.

 

Le taux d’abstention record est un indice. Il n’est plus rare dans  des élections partielles, de voir un député élu en ne rassemblant au premier tour,   guère plus de 10% des inscrits. Peut-on  alors, vraiment  parler de démocratie ? Les chansonniers qui faisaient métier de se moquer des politiciens ont du changer de registre : la politique ne fait même plus rire. A qui la faute ?

 

De droite comme de gauche les uns et les autres ont démontré l’impuissance publique à s’occuper des problèmes des Français, et  la démagogie  des promesses ont  achevé de les écarter du débat politique. Seul de temps en temps un vote protestataire, inconséquent, tente de faire exploser le système sans qu’aucun projet ne vienne assurer la relève des forces en présence. La politique semble un champ clos réservé à quelques élites, le plus souvent issues de l’ENA.

 

Initiative  Européenne et Sociale,  veut  changer la politique, pas seulement son contenu mais aussi et d’abord les règles du jeu : il faut re-former avant de réformer.

 

Faire l’analyse critique du Parti Socialiste

 

Pour beaucoup d’entre nous, issus du Parti Socialiste, cela passe par une phase d’analyse critique de cette formation éclairant les raisons  qui nous ont conduit à  la quitter ?

 

Le PS : l’administration comme modèle

 

Disons le tranquillement : le PS c’est d’abord le parti des fonctionnaires. Avec des énarques comme dirigeants, des fonctionnaires de catégorie A comme cadres et de catégorie B & C pour coller les affiches et remplir les meetings, le P.S reproduit les forces et les faiblesses de la tradition administrative française.

 

Du côté des forces, une capacité à produire du texte, à organiser des débats, à structurer des instances et à déployer un contrôle efficace du central sur le local. Du côté des faiblesses, les défauts bien connus du fonctionnarisme : conservatisme, légitimisme, manque d’imagination, suivisme.

 

Pour ceux qui en ont la capacité intellectuelle l’ENA permet de faire de la politique la continuation et même l’accélération d’une carrière de fonctionnaire. Le passage par les cabinets ministériels est un puissant ascenseur, et lors des alternances, on se réfugie dans des sinécures administratives

 

Pour les cadres de niveau inférieur, l’accès à l’existence politique passe aussi, le plus souvent, par la case du salariat administratif des élus : assistant parlementaire ou de groupe d’élus locaux, cadre dans la fonction communale. Le PS devient alors le gîte et le couvert, procurant à la fois les moyens d’existence et les honneurs des responsabilités. Au prix de quelle indépendance ?

 

Le PC comme impossible repère

 

Aujourd’hui le PC n’est plus qu’un noyé qui s’accroche à ses bouées municipales. Il est devenu incapable de penser un projet de société. Il hésite entre sombrer dans le gauchisme et garder les avantages de la gauche institutionnelle qui lui permet de sauvegarder son appareil pour le « jour où ».

 

Pourtant le PS est encore prisonnier des dogmes et symboles de gauche que le PC a créés.

 

Il est victime de cette manipulation des normes qui l’oblige à renier sa social-démocratie à la différence des autres PS européens.

 

Cette nostalgie révolutionnaire est celle qui sert de toile de fond à la dimension protestataire qu’il  s’essaye à reprendre au PC  en accompagnant sans nuance les revendications catégorielles. Pour nombre de dirigeants, le plaisir d’être protestataire fait oublier la nécessité d’être propositionnel.

 

La frustration comme récompense militante

 

Militer au PS pour ceux qui n’en sont pas des membres appointés, c’est ressentir  un sentiment de frustration.

 

Que pensent les 66% de militants qui ont voté oui au traité constitutionnel en décembre 2004, d’avoir en décembre 2005, Benoît Hamon comme secrétaire National à L’Europe ?

 

Ceux qui ont espéré en la deuxième gauche avec Michel Rocard et la CFDT  se retrouvent ils dans l’étatisme rétro d’Henri Emmanuelli, responsable du projet socialiste ?

 

Ceux qui soutiennent DSK pour son réalisme économique se félicitent-ils de l’annonce d’une renationalisation à 100% d’EDF et  sont-ils heureux  de voir Alain Vidalies, avocat de la CGT quand il n’est pas député, redevenir secrétaire national aux entreprises ?

 

Que pensent enfin, celles et ceux qui ont Mai 68 en héritage de voir Ségolène Royal, surfer sur la vague réac ?

 

Cette frustration ce n’est pas seulement celle de voir ses idées sacrifiées sur l’autel d’une synthèse synonyme de confusion, c’est aussi  la difficulté à se faire entendre. La contradiction est organisée, policée, le débat vidé de toute spontanéité. S’agit-il d’apporter une contribution écrite, il est vraisemblable qu’elle sera réécrite par un assistant parlementaire ou un permanent qui font office de plume des dirigeants. Qui voudra encore bien longtemps apporter son énergie à une telle entreprise, prendre sur ses loisirs et son temps de sommeil, mettre sa carrière professionnelle en péril,  pour le seul plaisir  d’être figurant dans une pièce écrite par des professionnels de la politique et jouée par d’autres ?

 

Repenser la Gauche

 

Initiative  Européenne et Sociale ambitionne d’aider la Gauche à se repenser. Comme l’enfant qui vient de naître, nous ne pesons pas bien lourd, notre existence est  fragile mais nous portons tous les espoirs de l’être nouveau.

 

Notre volonté n’est pas, dans un premier temps,  d’élaborer un contenu programmatique, mais  d’abord de rassembler des hommes et des femmes issus d’horizons différents  autour de quelques valeurs et convictions communes.

 

La politique est l’affaire des gens ordinaires (selon les termes du sociologue François Dupuis)

 

Nous voulons favoriser au maximum la présence dans l’action politique de cette immense majorité de Français qui exercent une activité professionnelle. La  répartition et la rotation des responsabilités, l’utilisation des nouvelles technologies, l’adaptation des horaires doivent ouvrir  l’accès aux responsabilités de ceux qui n’ont pas le temps ou l’envie de faire de la politique un métier.

 

Si une formation politique ne peut à terme éviter d’avoir des salariés, la primauté de la décision doit rester aux mains des militants bénévoles.

 

Le principe de réalité doit prévaloir

 

Un député de la III ° République se vantait de s’être fait élire en promettant dans la partie rurale de sa circonscription le blé cher et dans la partie urbaine, le pain bon marché. Le seul homme politique qui ait vraiment tenu ses promesses fut Winston Churchill parce qu’elles n’étaient autres que « du sang et des larmes ». Et d’ailleurs la politique a-t-elle besoin d’autre promesse que celle de faire ensemble pour le mieux ? Le principe de réalité repose sur deux principes :

 

Le respect des chiffres : dans bien des cas l’équilibre des recettes et des dépenses. Toute proposition devrait être chiffrée, toute dépense assortie d’une recette. C’est pour ne pas avoir respecté cette vérité d’évidence que la France se retrouve aujourd’hui avec une dette faramineuse qui fait porter sur les générations futures les inconséquences d’aujourd’hui.

 

Le respect du temps : le monde ne s’est pas fait en un jour, les transformations demandent du temps et ceux qui veulent forcer l’histoire obtiennent le plus souvent l’inverse.

 

Le courage comme valeur

 

Être courageux en politique, c’est ne pas avoir peur de résister aux modes du moment, c’est  préférer son authenticité à sa réélection. Sur le long terme c’est toujours payant, en tout cas plus que de sombrer dans la démagogie facile qui fait le lit des populismes.

 

Être courageux c’est aussi assumer ses responsabilités plutôt que de s’entourer de fusibles qui sauteront au gré des revers électoraux.

 

Être de gauche

 

Il n’est pas aisé de donner une définition unique de la gauche, pas plus que du socialisme. Elle se définit autant par ce qu’elle veut être que par ce qu’elle ne veut pas être.

 

Au début de la République être de gauche c’était tout simplement ne pas être monarchiste. Au début du XX° siècle c’est la question de la laïcité qui fit la différence.

 

En 1981, la question des nationalisations faisait la différence entre la gauche et la droite, de 1997 à 2002 Lionel Jospin a plus privatisé que Balladur.

 

La gauche est réputée mettre l’accent sur la solidarité sociale et l’égalité, la droite sur l’efficacité économique et la responsabilité individuelle. Mais qui 15 ans après la chute du mur de Berlin oserait remettre en question l’efficacité de l’économie de marché ?

 

Regarder ailleurs en Europe

 

Regardons autour de nous en Europe les politiques menées par les partis de gauche, elles sont à peu prés à l’inverse de ce que le PS s’obstine à  proposer.

 

En Suède les effectifs de la fonction publique ont été divisés par deux. En Grande-Bretagne le reclassement des demandeurs d’emplois s’appuie sur un suivi très efficace sur une courte période plutôt que par une installation de long terme dans un statut de chômeur. Partout d’ailleurs pour ces pays l’efficacité est au rendez-vous avec des taux de chômage qui sont la moitié  de ceux que nous connaissons.

 

L’état ne peut pas tout

 

L’état français est devenu un malade qui s’essouffle du poids de ses fonctionnaires trop nombreux. Le service de la dette, les salaires constituent l’essentiel des dépenses, les investissements sont réduits à la portion congrue. L’état ne joue plus son rôle dans ce qui devrait être au coeur de ses prérogatives : la justice. L’affaire d’Outreau est l’exemple même de cette perte de repères et d’attention à l’essentiel.

 

Le statut de fonctionnaire, qui devrait redevenir un honneur plutôt qu’un sujet d’envie ou de moquerie, a été galvaudé dans des postes trop nombreux d’une administration dispendieuse.

 

Qu’un magistrat, un policier, un militaire, un préfet, ait un statut qui protège leur indépendance, c’est essentiel. Mais est il besoin d’être fonctionnaire pour trier des colis, gérer des télécommunications, être informaticien à la direction des impôts, chauffeur dans un ministère ?

 

Une vraie réforme de l’Etat reste à entreprendre pour passer du trop d’Etat au mieux d’Etat : recentrer ses missions sur ses fonctions régaliennes, faire évoluer le statut des fonctionnaires vers plus de souplesse, revivifier les administrations par le recrutement d’employés venant du secteur privé et permettre à ses agents d’y effectuer une partie de leur carrière (c’est d’ailleurs ce que font déjà les meilleurs d’entre eux). Il faut sans doute aussi être courageux et imaginatif pour promouvoir de féconds partenariats public–privé.

 

C’est l’honneur de la deuxième gauche que d’avoir réhabilité la place de la société civile dans la construction d’un projet de gauche. Les associations, les syndicats, les ONG ont toute leur place dans la régulation économique et sociale et dans la  construction de la solidarité nationale.

 

Le pragmatisme comme méthode

 

Mao Tsé Toung disait qu’importe la couleur du chat pourvu qu’il attrape les souris. La réussite économique chinoise doit peut être beaucoup à ce proverbe.

 

Etre pragmatique en politique, c’est chercher les solutions les plus efficaces plutôt que de se  raidir sur des positions idéologiques.

 

Les façons de traiter le chômage dans de nombreux pays européens en sont un bon exemple. Notre déploiement administratif est un échec patent, celui de nombreux autres pays européens une réussite flagrante.

 

Réhabiliter le libéralisme

 

Depuis quelques années en France le mot libéralisme est devenu une insulte. Partout ailleurs dans le monde, être libéral, c’est à dire promouvoir la liberté sous toute ses formes est le signe d’un esprit progressiste, la continuation de l’esprit des Lumières. Pour  Initiative Européenne et Sociale, le libéralisme s’illustre bien dans le titre de l’ouvrage de Monique Canto-Sperber « les règles de la liberté ». Non pas bien sûr ultra libéralisme, abolissement du contrôle et loi du plus fort, mais au contraire encadrement de l’initiative privée par des règles de bon sens : respect des droits de l’homme, de l’environnement, de la solidarité sociale.

 

Sauver l’Europe

 

Cambadélis n’a pas tort de dire que le non au référendum sur la constitution européenne est une victoire posthume de Georges Marchais sur François Mitterrand. Ceux qui portent la responsabilité de cet échec sont nombreux : il y a les opposants de toujours au projet européen et ceux qui, comme Fabius, ont cru bon de hurler avec les loups. Jouer l’Europe aux dés pour assurer sa promotion personnelle est un mauvais service qui disqualifie  un homme qui veut encore croire à son destin national. Quoiqu’il en soit il faut « sauver l’Europe » pour reprendre le titre d’une association à laquelle plusieurs d’entre nous collaborent.

 

Initiative  Européenne et Sociale inscrira son action en coopération avec les autres formations sociales démocrates  et progressistes Européennes. Elle s’efforcera dans tous les cas de repérer les meilleures pratiques dans les autres pays et d’en mesurer l’intérêt pour la France.

 

Définir une nouvelle stratégie politique

 

Les défis posés à notre pays ne permettent pas de perpétuer  les méthodes et les recettes qui ont conduit à l’impasse des dernières élections présidentielles. En votant successivement pour la gauche et la droite depuis près de trente  ans les Français n’expriment pas seulement une désespérance politique, ils passent aussi un message fort à la classe politique. Ils ne veulent pas confier tous les pouvoirs à un seul camp, ils souhaitent aussi que droite et gauche puissent cohabiter.

 

Actuellement le débat politique est bloqué par la fracture droite gauche qui réduit le centre à la portion congrue. L’UDF qui représente le centre-droit est en partie l’otage de l’UMP du fait de l’absence de proportionnelle dans le scrutin législatif. Il faut de ce point de vue, un courage politique certain à François Bayrou pour s’opposer au gouvernement en ne votant pas le budget.

 

A Gauche, le PS reste encore très attaché à son alliance avec le Parti Communiste des années 70. Pourtant la dépendance électorale est beaucoup moins forte que celle qui peut exister entre l’UDF et l’UMP (François Mitterrand se serait il encombré d’un PC à 5%). Les Verts sont venus fort heureusement renouveler la donne politique mais leur instabilité politique en font des partenaires parfois difficiles. Cette situation est elle immuable ?

 

Combien de socialistes et d’hommes de gauche se sentent plus prés de Simone Weill que d’Arlette Laguiller, de François Bayrou que de Maxime Gremetz ?

 

Tourner la page de l’Union de la Gauche , recréer un Centre Gauche

 

Quel peut être l’avenir de l’union de la gauche telle qu’elle a été définie dans les années 70 ?

 

Qui peut croire un instant à une synthèse entre un parti social démocrate et un PC moribond ou bien encore avec la LCR.

 

Regardons ailleurs en Europe et même au delà : y a t-il un seul parti social démocrate qui s’encombre d’alliances avec ceux qui n’ont jamais vraiment  abjuré leur stalinisme ?

 

Non seulement le Parti Socialiste Français n’a pas fait son aggiornamento comme les autres partis sociaux démocrates, mais il n’a tiré aucune leçon de l’effondrement du mur de Berlin.  Globalement encore aujourd’hui le PS a un problème avec l’économie de marché et préfère dans ce domaine se réfugier dans l’ambiguïté chère à François Mitterrand que de prendre une position claire.

 

En invitant Romano Prodi à son congrès du Mans,  François Hollande s’est bien gardé de relever ce qui fait la spécificité de la gauche italienne : son acceptation claire de la notion de centre gauche.

 

Plus loin de chez nous au Chili ou au Brésil avec Lula, pourtant idole de certains gauchistes, c’est encore l’alliance avec le centre qui reste l’axe de la stratégie des socialistes.

 

Au congrès d’Epinay, François Mitterrand lançait : «  ceux qui n’acceptent pas la rupture (avec le capitalisme) ne sont pas des socialistes ». Aujourd’hui il faut retourner cette phrase pour dire : «  ceux qui n’acceptent pas l’économie de marché, ceux qui continuent à privilégier l’alliance avec le Parti Communiste et autres nostalgiques de l’économie administrée, ne sont pas des sociaux-démocrates ».

 

Il faut franchir le Rubicon de la frontière Gauche Droite, tendre une main fraternelle aux autres centristes et convenir avec eux d’un projet politique nouveau.

 

Hors du PS point de salut ?

 

Beaucoup d’entre nous ont cru pendant longtemps que le PS malgré ses défauts présentait l’espoir d’une évolution. Michel Rocard hier, DSK aujourd’hui, Jean-Marie Bockel ont incarné  la  promesse d’un renouvellement. Les 0.65% de la motion Bockel sur un projet clair de socialisme libéral ont montré les limites de l’exercice. Même si, comme le montrait un sondage de Libération, 17% des sympathisants socialistes se retrouvent dans ses propositions, le PS n’est pas encore prêt à prendre la voie des autres formations sociales-démocrates européennes.

 

Initiative Européenne et Sociale pour quoi faire ?

 

C’est donc la mission de IES que de prendre cette relève à l’extérieur. Cela n’interdit pas de garder des liens privilégiés avec ceux qui à l’intérieur du PS continuent à se battre pour le faire évoluer. On ne peut préjuger de l’avenir. La défaite peut créer un big bang au sein du PS.

 

Être authentiquement sociaux-démocrates, s’appuyer sur les autres formations en Europe, recréer un centre gauche, nos tâches sont immenses. Être de gauche n’est-ce pas vouloir prendre le risque du changement pour s’opposer aux forces de la réaction ou de l’inertie ?

 

Partout dans le monde l’expérience montre que c’est hors des sentiers battus que se trouvent les voies du progrès. La possibilité d’une gauche sera au bout de ce parcours.

 

Gilles NORROY

 

Par Gilles NORROY - Publié dans : Vie politique
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Mercredi 1 février 2006 3 01 /02 /2006 00:04

Les trois gauches

 

Reprenant et actualisant une  tribune que j’ai eu l’occasion de signer  dans Libération, je voudrais tenter une « classification » des gauches en France, et encourager l’une d’elles à se manifester au grand  jour.

 

 

Trois courants de pensée traversent la gauche française.  Pour les caractériser  schématiquement, on peut retenir  deux critères : celui de leur attitude face au marché, celui de leur conception du  progrès  social.

La gauche archaïque  manifeste une hostilité viscérale vis à vis du marché qu’elle voudrait  contraindre et enfermer dans  une réglementation émanant d’un Etat, par définition  omniscient et omnipotent. Elle estime  possible et nécessaire  d’administrer l’économie au moyen de règles contraignantes et   à l’intérieur d’illusoires frontières. Quant au progrès  social elle l’exprime dans un « toujours plus » égalitariste, sans tenir compte des possibilités ou des réalités politiques et  économiques. Curieusement pour des mouvements qui ne renient pas l’héritage marxiste, l’économie et  la production  sont  destinées à suivre, l’essentiel  est de redistribuer, ou de prétendre le faire. Deux termes pourraient caractériser  cette gauche, ceux de réglementation et d’égalitarisme.

 

 

La  gauche traditionnelle, qui se découvre sociale démocrate trente ans après le reste de l’Europe, a vis à vis du marché une attitude faite de méfiance plus  que  de franche hostilité ;  elle en reconnaît du bout des lèvres  certaines vertus mais la crainte  qu’elle éprouve pour ses conséquences sociales la conduit à vouloir en limiter strictement  le champ. Consciente, avec nostalgie, qu’elle ne peut plus administrer l’économie, elle déclare vouloir  la « réguler », en   confiant  cette responsabilité exclusive à un Etat interprète et  défenseur unique de l’intérêt général, agissant par l’entremise d’ une administration pléthorique et envahissante. Cette régulation nationale a pour objectif  la justice sociale, entendue  comme une égalité républicaine théorique que l’on prétendra  atteindre par  la mise en œuvre  de mécanismes globaux et  centralisés.  Pour caractériser cette gauche sociale-démocrate, on peut retenir les termes de régulation étatique et d’égalité formelle.

 

 

La gauche moderne ou sociale libérale, regarde le marché comme une donnée incontournable et veut utiliser toutes les opportunités d’innovation et de croissance  qu’il offre. Consciente des  inégalités qu’il  provoque elle estime, elle aussi,  qu’une régulation s’impose mais  elle ne l’attend que partiellement d’un Etat, acteur important mais pas unique de la société. C’est de la société elle-même, de sa prise de responsabilité,  que doit émaner pour  une large part la  régulation : des collectivités locales qui doivent pouvoir décider et gérer au plus près des réalités et des attentes; des médias qui doivent permettre la transparence nécessaire au contrôle démocratique ; des partenaires sociaux qui doivent pouvoir  prendre toute leur place dans l’évolution du « social » ; des associations, des citoyens dont les initiatives et  l’exigence de responsabilité contribueront à transformer et à revitaliser la démocratie. Pour cette  gauche responsable, la  justice sociale  ne peut résulter de réglementations nationales et  de caractère général,  mais d’actions ciblées, dirigées en priorité vers les plus faibles et les plus vulnérables, destinées à servir de tremplin  vers  une « égalité des possibles ». Pour caractériser cette gauche moderne les termes de responsabilité et d’équité sont  les plus adaptés.

 

 

 Aucun parti n’est  aujourd’hui constitué d’une seule « gauche », les trois se retrouvent parfois cohabiter plus ou moins harmonieusement,  comme c’est le cas au sein  du  Parti socialiste.  Dans ce parti, la gauche traditionnelle est  dominante.   Libre de toute « conviction pesante », elle est  disponible pour les synthèses les plus improbables, prête à des  propositions  d’inspirations diverses pourvu qu’elles puissent s’intégrer dans un  discours conforme  aux dogmes. La tendance archaïque participe fortement  au débat, auréolée  du curieux  « prestige » de ceux qui  s’obstinant à ignorer l’évolution du monde,  défendent encore  au 21ème siècle,  avec une constance qui force l’admiration militante,  les idées et les projets du  Front Populaire et de la Libération ….. Reste le pôle moderniste, qui  se fait discret, modeste, silencieux  de peur d’être accusé de « droitier », voire, ce qui serait politiquement meurtrier,  de « libéral ». Certes on en trouve la trace dans quelques organisations proches de la deuxième gauche, quelques personnalités, en ordre dispersé,  envoient des signes, esquissent des pistes de réflexion, posent des jalons,  mais  aucune force organisée  n’a, jusqu’à présent eu  l’audace  de faire sortir ce mouvement de pensée de sa clandestinité prudente. Pourtant  ces idées, constitutives de la pensée de gauche dès son origine,  appliquées par de grands partis en Europe, sont largement représentatives de l’opinion de gauche et du centre gauche et  ont sans doute  vocation à être majoritaires.  Mais, la politique est ainsi faite, les préjugés sont si forts, les rapports de pouvoir si prégnants,  que le social libéralisme campe aux lisières  de l’action politique sans y participer vraiment. Ses partisans, nombreux lors de  conversations privées  ne se découvrent  pas et donnent même  volontiers  des gages aux traditionalistes, voire aux archaïques,  dès lors  qu’ils se sentent soupçonnés d’hérésie sociale libérale  ….

 

 

Parce que je le sais désireux de   rénover la pensée, la pratique et la stratégie  d’une gauche qu’il veut imaginer responsable, parce que je le crois  attentif  à  ce qu’expriment   à l’extérieur de nos frontières nombre de mouvements sociaux-démocrates ou libéraux  européens,  je souhaite que le mouvement « Initiative Européenne et Sociale », sache  faire sortir le social libéralisme  de sa clandestinité  pour  lui  permettre   d’irriguer  un centre gauche audacieux et  modernisé.

            Marc d’Héré

 

 

 

 

 

Par marc dHERE - Publié dans : Vie politique - Communauté : Centre Gauche
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Dimanche 19 février 2006 7 19 /02 /2006 13:21

La deuxième chronique de Patrick Papougnot…

 

Le franc succès de l’édition américaine « Pour Les Nuls » me pousse à copier le style de son auteur hexagonal, Jean-Joseph Julaud, Professeur des Ecoles, démissionnaire de son état. J’oserai ainsi paraphraser humblement sa verve linguistique et assouvir la curiosité du lecteur, par définition inculte, à l’aide de savantes réparties libérées des contraintes de l’Education nationale, depuis le plus noble effet jusqu’au plus mesquin détail. Notre sujet, vous l’avez deviné, portera sur la Politique , autrement considérée comme l’art ou la science qui traite des rapports de pouvoir, de l’Etat.

 

Commençons par le commencement, et rendons hommage à la Grèce pour qui Polis a toujours eu un sens militaro-politique de citadelle, forteresse. Par extension, ce terme prendra le sens de la Cité , de l’Etat.

 

Chez Aristote, la politique ne se comprend que par différence avec la peuplade (ethnos) et la maisonnée (oikos). Chose en apparence commune qui sépare en fait le bon grain (les auteurs de ce blog…) de l’ivraie (vous, chers amis lecteurs). C’est un peu ce que considérait Mr Giscard d’Estaing lorsqu’il évoquait la classe moyenne sur laquelle s’est appuyé une bonne partie de son pouvoir: “Je retrouvais le récit de cette humanité moyenne, ratée, timide, capable de sentiments doux et de vengeances perfides, et qui aimait à dériver le dimanche sur des canots, dans l’ombre feuillue de la Seine “. Ainsi que vous pouvez le constatez, en politique, il y a de l’arrogance dans l’air. Il y a aussi de l’imprévu ou de l’imprévoyance. C’est ainsi que Mr Franz-Olivier Giesbert décrit l’objectif  de François Mitterrand fraîchement élu en 1981: “ F.M. à probablement été dépassé par son propre succès. D’ailleurs, en dehors de sa victoire, il n’avait pas prévu grand chose”. Mais de cela faisons silence afin de ne pas présenter un profil pointu aux foudres d’une Mazarine plus entremettante que jamais.

 

Karl Marx, dans sa description de la différenciation progressive de l’Etat d’avec la société civile en fonction du statut de la propriété, a oublié de mentionner le paramètre le plus important pour l’espèce humaine, par nature généreuse et cruelle à la fois: son Humanisme. Celui-ci conduit les hommes et les femmes à exprimer ce qu’ils possèdent à l’intérieur et non plus seulement à essayer d’intérioriser ce qui les possède de l’extérieur, comme dans une transe subtilement entretenue par la folie consumériste dans laquelle nous baignons actuellement. Pour Saint Thomas,  “ La misère de notre esprit est de demeurer parfois indigent au sein du plus somptueux avoir. De toutes les richesses qu’il recèle en son intime, il ne parvient à la possession totale que d’un petit nombre. Le fait qu’il les détient n’implique pas qu’il en ait l’entière propriété. […] Tant qu’il  n’a pas réussi à les incruster d’une formule claire, concise, portative, elles gisent en lui à l’état latent, obscur, et confus, sans plus de valeur immédiatement utile qu’un métal brut. […] Ce n’est que lorsqu’il leur a fait acquérir l’état de représentation transparente que son emprise sur elles devient dominatrice.”

 

Cette doctrine, source de liberté individuelle absolue, apporte à l’Etat équilibre voire stabilité. “La multitude tire de son sein, gouvernants et gouvernés, et, à la faveur de causes très diverses, elle fait émaner de la raison, ses pouvoirs, ses organes, ses institutions, ses formes simples d’association; de sorte qu’on n’oppose pas Etat et agglomération humaine comme deux réalités, mais comme deux principes d’une seule et même réalité.”  Et pan sur le bec du communisme enchaîné!

 

Il nous reste à traiter – sans précautions – de l’évolution future de la topographie politique hexagonale. Nul doute que les limites conceptuelles fondées sur la révolution industrielle du XIXe siècle entre la Gauche et la Droite sont aujourd’hui troublées par la tempête libérale. Et nous observons ici l’émergence de trois libéralismes à ne pas confondre:

 

Le néo libéralisme Américain de type ultra-libéral qui n’a rien de nouveau mais est tout entier dévoué au profit. Il s’agit de la forme la plus dure du darwinisme social, hostile à toute forme de charité ou d’aide aux plus faibles. Il prône l’individualisme absolu  et la poursuite de l’intérêt personnel. Il est aussi favorable à la disparition de l’Etat. Maintenant remplacé par Ben Bernanke à la tête de la Fed , Alan Greenspan a incarné de façon magistrale les principes du marché financier pendant près de 18 ans, sans concession ni compromis. Ce modèle ne semble pas s’exporter aussi radicalement dans les pays en dehors de la sphère WASP (White Anglo-Saxon Protestant).

 

Le libéralisme européen, philosophique et cartésien repose, lui, sur un réseau historiquement stable de relations sociales protégées par l’accession aux écoles élitistes nationales, par l’appartenance aux grandes familles industrielles ou bien encore par les diverses noblesses plus ou moins bien intégrées au tissu social en fonction des évènements historiques nationaux de type révolutionnaire. Ce libéralisme recherche avant tout la liberté de circulation des biens et des personnes ainsi que la moindre participation à l’effort fiscal avec, en prime, un souci incontestable de la discrétion et de l’efficacité relationnelle. Ce type de libéralisme participe activement au développement social dans la mesure ou celui-ci favorise son implantation durable.

 

Le libéralisme social, concerne quant à lui l’équité et l’égalité des chances, plutôt que l’égalitarisme. Il recherche l’idéal d’une société qui offre à chacun des possibilités concrètes d’action, qui développe l’autonomie et l’incitation au travail plutôt que les seules mesures d’assistance. Il recherche un équilibre entre la flexibilité et la sécurité, les droits et les obligations, la responsabilité individuelle et la solidarité collective. Il prône enfin la réforme de l’Etat qui doit recentrer son rôle autour de ses fonctions régaliennes, améliorer son fonctionnement et limiter son coût de fonctionnement.

 

Alors comment définir aujourd’hui l’appartenance citoyenne en fonction des structures politiques existantes? Cela parait chaque jour plus difficile compte tenu du brouillage économique des fréquences d’émission des principales formations politiques.

 

Mais ne nous faisons pas d’illusion: La politique est l’art d’évaluer le rapport de forces et d’agir pour le modifier. La seconde patte de cette bête pas commode à dresser reste  l’opinion qui, ainsi que l’estimait Pascal dans ses Pensées “est comme la reine du monde, mais la force en est le tyran.”

 

Sachons, pauvres humanistes que nous sommes, faire la différence entre le vivre-entre-soi (ce qui est naturel) et le vivre-ensemble (ce qui requiert une ouverture sociale librement acceptée) au moment du vote. Car le suffrage universel fait de tous les citoyens, selon Jean Jaurès,  “une assemblée de rois”. Ultime paradoxe politique.

 

 

 

Patrick Papougnot

 

Par Patrick Papougnot - Publié dans : Vie politique
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Mardi 21 février 2006 2 21 /02 /2006 15:45

La première responsabilité des politiques est celle de l’espoir. Porter un regard sur l’histoire politique c’est souvent faire la chronique des déceptions. La vie politique semble marquée par un inéluctable rythme ternaire : l’espoir arrive au pouvoir, les premières difficultés apparaissent, enfin vient le temps du rejet.

Ce phénomène n’est pas nouveau mais ce qui est remarquable c’est son accélération. L’alternance  est venue remplacer les révolutions et les changements de régimes. On prend, on regarde, on jette. Les sondages, sortes de prophéties auto réalisatrices, ne laissent même plus le temps à une politique de s’installer dans le long terme.  L’usure du pouvoir semble une loi immuable. L’histoire est aussi remplie de théories politiques qui ont porté des idées et en détruit le principe même dès lors qu’elles se sont illustrées dans la réalité. Le communisme a détruit l’espoir d’une société égalitaire en lui faisant emprunter le chemin du Goulag. Le nazisme a jeté l’opprobre sur le culte de la nation et rendu suspect  l’éloge de la volonté. En France, la constitution et la séparation des rôles entre le Président et le Premier Ministre fait de ce dernier un bouc émissaire sacrifié à la première averse.  

A Gauche la gestion de l’espoir a subi des évolutions. DSK au congrès du Mans a dit, et j’aime la formule, qu’il préférait les lendemains qui changent aux lendemains qui chantent. C’est un premier pas, rapidement gâché par son souci de plonger dans la soupe commune pour réclamer des nationalisations provisoires, lui qui a tant privatisé quand il était au pouvoir. La question se pose dés lors de savoir si le Parti Socialiste ne porte pas la responsabilité d’une perte de confiance dans les valeurs de la Gauche. Je me contenterai de quelques preuves de cette irresponsabilité car cela prendrait trop de temps d’en dresser le catalogue complet.

Jeter aux orties, comme Fabius, 50 ans de construction européenne pour plaire au Parti Communiste dans une improbable alliance électorale c’est être irresponsable car détricoter l’Europe c’est prendre le risque d’un réveil des populismes, puis des nationalismes, c’est livrer les états européens aux assauts des Etats Unis, de la Chine, bientôt de l’Inde.

Mettre la retraite à 60 ans en 1981 quant tous les indicateurs montraient que la charge en deviendrait insupportable, proposer sans rien prévoir à la place d’abroger les lois Fillon sur les retraites, c’est faire preuve d’irresponsabilité économique et sociale.

Laisser monter l’endettement de l’Etat c’est être irresponsable car c’est laisser aux générations qui nous succéderont le soin de payer cette dette.

Proposer de renationaliser EDF c’est être irresponsable car cela n’a d’autres fins que de gaspiller l’argent de l’état pour faire plaisir  aux puissants corporatismes de cette entreprise.

La question se pose aujourd’hui de bâtir une gauche responsable qui se distinguerait de ce que l’on peut qualifier comme une gauche irresponsable dont le Parti Socialiste n’a pas l’apanage mais le partage avec les communistes et les gauchistes.

Quels seraient donc les principes d’une gauche responsable ?

 

La responsabilité du réalisme.

 

Ce qui caractérise la politique Française de droite comme de gauche c’est un déni des réalités.

Le volontarisme du menton, comme Chirac, ou des poings, comme Raffarin, tiennent lieu de méthode d’action. La France se rêve encore en puissance impériale, croit que son modèle des lumières peut encore s’imposer et qu’elle peut donner des leçons à la terre entière.

Comme dans le conte d’Andersen, personne n’ose dire au roi qu’il est nu.

La responsabilité c’est d’abord celle de faire preuve d’humilité devant les faits et les chiffres, plutôt que de casser le thermomètre afin que le patient n’ait plus la fièvre.


 

 

 

La responsabilité de l’efficacité

 

A la différence des hommes d’entreprise dont la survie économique dépend de la pertinence des décisions et de leur suivi, les hommes politiques se préoccupent rarement d’efficacité. Quand ils sont dans l’opposition, ils ont le ministère de la parole et peuvent se faire plaisir en étant contents d’être mécontents.  Quand ils sont aux affaires, la brièveté de leur passage, la dilution des responsabilités, le poids de la technostructure sont autant de raisons d’un échec annoncé. Une gauche responsable c’est celle qui cultive le souci de l’efficacité. C’est à dire celui du temps investi comparé aux résultats, de la vitesse de mise en place, de la pérennité des solutions retenues, du rapport entre le budget investi et les réalisations sur le terrain.

La responsabilité des équilibres économiques 

 

Etre responsable c’est tout simplement ne pas dépenser plus que l’on gagne. En d’autres termes si l’on veut faire des promesses (mais est ce bien responsable ?) il faut chiffrer les dépenses et les recettes. Simple bien sûr, mais rarement fait.

Etre responsable c’est aussi évaluer les résultats. Par exemple les aides à l’emploi combien cela coûte, pour combien d’emplois créés. Les 35 heures combien cela a coûté et qu’est ce que cela a rapporté. Cette mesure doit bien sûr être faite par des professionnels de l’évaluation, des experts indépendants, des politiques de différents bords. Il est frappant de constater que l’évaluation des politiques publiques est la base de l’action publique dans les pays Anglo-Saxons et la grande absente de la vie politique Française. Dommage, ces comparaisons auraient permis de voir que le pragmatisme est souvent plus efficace que la proclamation ou la posture idéologique.

La responsabilité dans le long terme 

 

Beaucoup de politiques inscrivent leur action dans le court terme. Il s’agit de réaliser quelques jolis coups avant les élections et d’essayer de les gagner. Les agents de l’Etat que sont les Préfets font de même. Il faut soutenir tout et son contraire pendant quelques mois, une prochaine mutation dans un autre département dispensera de mesurer ce qui aurait été entrepris. L’accumulation de la dette de l’Etat en est un autre exemple. Cela fait longtemps qu’il vit au dessus de ses moyens. Quand l’inflation était forte, les recettes s’ajustaient d’elles mêmes aux dépenses qui croissaient. Aujourd’hui que ce n’est plus possible l’accroissement de la dette fait porter sur les générations futures l’impéritie des générations au pouvoir. Il semblerait pour reprendre une formule célèbre que le long terme n’intéresse pas plus les politiques que les économistes puisque sur le long terme nous seront morts...

Anticiper, détecter les signaux faibles des changements, s’adapter voilà qui devrait être les piliers des politiques de long terme d’une gauche responsable.

La responsabilité dans l’espace

 

Pryogine lorsqu’il disait que les battements d’aile du papillon au Japon pouvait générer un ouragan de l’autre côté du Pacifique montrait l’importance de la solidarité des économies. Nul ne peut penser que l’on va bâtir des murs pour dissuader les plombiers polonais de venir remplacer les plombiers Français qui ont disparu depuis longtemps. Le citoyen a souvent devant le marché mondial une sorte de schizophrénie : en tant que consommateur, il se précipite sur les Tee -shirts made in China, achète de la Hi-Tech japonaise, mais en tant que salarié il entend bien jouir du statut de fonctionnaire ou s’en rapprocher.

Cela interdit le « never in my back-yard » ce culte de l’égoïsme et de la petitesse. Les meilleures solutions sont celles qui ont une portée universelle, qui ne déplacent pas les problèmes mais les règlent pour tous et pour longtemps.

Cette vision globale de l’espace politique porte à la fois sur l’intérêt de l’échange comme facteur de régulation des inégalités mondiales (est-il responsable de subventionner aux frais du contribuable les riches betteraviers picards et de faire crever les producteurs de canne à sucre du tiers-monde ?). Elle porte aussi sur nos responsabilités vis à vis de l’environnement car la pollution ne s’arrête pas aux frontières administatives des états. Pas plus aujourd’hui avec le Clemenceau que demain avec le manque d’eau et de pétrole nous ne pouvons continuer à raisonner en mode hexagonal.

La responsabilité morale, les valeurs valent elles encore quelques choses ?

 

Quand Georges Frêche traite un responsable harki de porc et de sous-homme il devient irresponsable. Quand François Hollande considère que l’incident est clos parce que le « papa doc de la Septimanie  » a bredouillé une excuse, il devient à son tour irresponsable car il sacrifie son honneur pour avoir les faveurs d’un puissant féodal du PS.

Cette responsabilité morale a souvent manqué au Parti Socialiste aux grandes heures de l’histoire : En 1914 en votant les crédits de guerre plutôt qu’en continuant à éviter le conflit, en 1940 quand Léon Blum laissera aux parlementaires socialistes le choix de voter ou non les pleins pouvoirs à Pétain et que la plupart le firent, en 1956 quand le très marxiste Guy Mollet effrayé par quelques tomates reçues à Alger envoya le contingent continuer la guerre, en 2005 quand Fabius torpilla le référendum sur l’Europe, pour se rallier les suffrages de ceux qui en sont les adversaires de toujours.

Etre de gauche et responsable c’est se conformer à des valeurs qui fondent l’honneur même de l’action politique : désintéressement, transparence, intégrité, courage pour n’en citer que les plus essentielles.

J’aimerais bien pour tout dire, homme de gauche de toujours que le slogan d’IES devienne

 «  La Gauche Responsable ».

Je prends la responsabilité de lancer le débat

 

 

 

Gilles NORROY

 

 

 

 

 

 

 

Par Gilles Norroy - Publié dans : Vie politique - Communauté : Centre Gauche
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Mercredi 8 mars 2006 3 08 /03 /2006 09:48

Nous ne sommes pas encore en campagne présidentielle, et il n’est pas question,  pour moi en tous cas, et certainement pas aujourd’hui,   de prendre la moindre position sur cette échéance et les candidats potentiels.

Je voudrais simplement relever certaines déclarations qui tranchent heureusement avec le discours habituel et convenu, notamment  à gauche et qui ont éveillé mon intérêt.

Quand Ségolène Royal souligne, par deux fois, les aspects positifs de la politique de Tony Blair, en Grande Bretagne, c’est un langage  bien différent de ce que l’on entend d’ordinaire venant de ce côté de l’échiquier politique. Certes d’autres socialistes le disent, Jean-Marie Bockel ou  Bernard Kouchner, dont nous nous sentons d’ailleurs  très proches, mais ils ont, ce qui ne leur enlève rien, une position quelque peu marginale dans leur parti.  Certes Dominique Strauss-Kahn l’a dit, mais il ne le dit plus depuis qu’il est engagé dans sa campagne interne pour la désignation du candidat PS à la présidentielle. Le fait que Ségolène Royal compte tenu de sa place dans le parti et de ses objectifs affichés,  le dise, n’est pas anodin.

 

A ces déclarations j’en ajouterai deux qui me paraissent aller dans la même (bonne) direction.

D’abord sur les 35 heures,  pour lesquelles, elle envisage clairement de procéder à de nouveaux assouplissements.  Ensuite, quand, d’une  manière plus générale,  elle déclare ne pas avoir l’intention de défaire systématiquement et « par plaisir » ce qu’a fait la droite. A l’heure où les socialistes dans leur « synthèse » du congrès du Mans et depuis,  multiplient les déclarations d’intention d’abrogation pure et simple  des lois votées par l’actuelle  majorité, cette affirmation manifesterait  un changement d’état d’esprit  considérable….si elle  était confirmée.  Je l’approuve d’autant plus   que dans la tribune « OUI au Centre » écrite avec Gabriel Cohn-Bendit – et consultable sur le blog -  nous donnions comme un des motifs principaux pour lesquels nous voulions  la création  d’un vrai centre en France, la nécessité de réagir contre cette tendance, lorsque la gauche succède à la droite (ou vice-versa) à la démolition    de ce qui a été fait  : « Chaque camp, sachant qu’il a toute chance de rester peu de temps au pouvoir se hâte de démolir ce qu’a fait le prédécesseur, d’imposer les quelques mesures souvent symboliques propres à satisfaire sa clientèle, mais se garde de mettre en œuvre les réformes de fonds qui sont difficiles, provoquent l’inquiétude ou le mécontentement et ne feront effet que longtemps après leur départ du pouvoir.  Un centre capable de gouverner lui-même, en s’alliant si nécessaire et  selon les moments ou les sujets  avec  l’un  ou l’autre camp,  permettrait  d’éviter les violents mouvements de balanciers comme  les retours en arrière  et de réaliser les changements structurels nécessaires en inscrivant  l’action politique  dans le  plus long terme. » 

Voilà  les rapides  réflexions que m’inspirent certaines  déclarations de la « candidate » socialiste. Alors bien sûr,  ce ne sont que quelques phrases, qui ne  font pas une politique…et il y a d’autres positions qui sont  loin de recueillir mon approbation. Il n’en reste pas moins que, au-delà de la personne qui les a avancées et de ses ambitions,  je trouve important et  intéressant que ces trois affirmations, qui étaient taboues  au sein du PS et plus largement  dans la gauche, soient ainsi mises sur la place publique. C’est  une façon de les faire avancer et comment ne pas nous en réjouir.

Marc d’Héré 
Par marc dHERE - Publié dans : Vie politique
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Samedi 25 mars 2006 6 25 /03 /2006 12:18

Une réflexion  de Nicolas Tenzer  sur les institutions....

Il faut des institutions pour tenter de pallier la faiblesse des hommes. Elles ne peuvent garantir la puissance ni la sagesse ; mais il est de leur pouvoir de rendre la vertu plus aisée ou d’encourager les vices. Elles facilitent l’action ou la dissuadent, rendent les mœurs plus démocratiques ou contrarient la responsabilité, enracinent les idiosyncrasies d’un peuple ou l’élèvent en le rendant meilleur qu’il n’est.

 

La présidence de la République en France témoigne de ses ambiguïtés. La pratique institutionnelle des dix dernières années, qui s’inscrit plus dans la continuité mitterrandienne que dans le modèle gaullien, n’est pas étrangère au malaise politique singulier que nous subissons. Le désenchantement – nécessaire ‑ de la mythologie originaire du garant suprême, extérieur à la dispute politique quotidienne, s’est fait de plus en plus net, sans que sa traduction institutionnelle ait été pensée. Le lieu du pouvoir effectif s’en est trouvé obscurci

 

Avec du recul, la dissolution ratée de 1997 et le passage au quinquennat ont moins représenté des données nouvelles qu’elles n’ont consacré une situation présente depuis les cohabitations, sinon 1976. La première a traduit, par son geste plus encore que par son résultat, l’affaiblissement de l’institution présidentielle. Le quinquennat a rogné la durée sans modifier sensiblement le jeu institutionnel – il est trop tôt pour dire s’il va empêcher de nouvelles cohabitations. A-t-il renforcé la présidentialisation du régime ? Entendons-nous sur le terme. S’il s’agit de soutenir que le président dispose de « son » Premier ministre selon son bon plaisir (sauf cohabitation), ne lui offrant ni garantie de durée, ni existence politique pleine et entière, le phénomène n’est pas nouveau. Si l’on évoque par là l’idée que le président gouvernerait davantage, il faut être naïf pour le penser. Or, c’est là que le bât blesse. La présidentialisation des institutions s’est renforcée dans ce qu’elle a de malencontreux, accroissant l’incertitude souvent, l’inaction fréquemment, l’arbitraire parfois. Elle n’a en rien favorisé ce qu’elle pouvait receler de salvateur : le caractère rectiligne et ouvert de la décision, la responsabilité intégrale, un investissement constant dans l’intendance.

 

Mon propos n’étant pas polémique, je laisserai de côté ce qui, dans cette dérive apparemment irrésistible, peut incomber aux hommes. En l’occurrence, le facteur humain a été moins déterminant depuis dix ans que la logique institutionnelle qu’il a peu corrigée. Je crois aussi secondes, quant à leur effet institutionnel, les discordes politiques, même si la configuration président/Premier ministre/chef de parti ressemble au triangle des Bermudes. Un premier facteur est socio-politique : lors des élections présidentielles de 1995 et de 2002, le président élu avait rassemblé au premier tour environ un cinquième des suffrages exprimés – ceux qui, en passant sous silence par charité les votes de moindre mal, l’avaient choisi. On tombe à 15% ou moins si l’on rapporte ces votes aux électeurs inscrits ou au corps électoral potentiel (compte tenu des non-inscrits). C’est moins qu’aux élections précédentes, sans remonter à celle de 1965 où le général de Gaulle avait conçu quelque dépit de n’être pas élu, à 5% près, au premier tour. C’eût d’ailleurs été identique si le candidat de gauche l’avait emporté. Cet enthousiasme chiche crée une légitimité réduite, alors même que le prétendu face-à-face entre un homme et une nation est censé la produire. Cette dispersion d’une opinion volatile est propre à la démocratie moderne, mais elle est accentuée par l’éclatement que favorise l’élection présidentielle alors que le mode de scrutin majoritaire à deux tours le contient au Parlement. Si notre système était bi-partisan, cela se saurait !

 

Un second facteur est institutionnel. Qu’on me pardonne cette lapalissade : un pouvoir partagé en deux est plus faible qu’un pouvoir exercé seul. Paradoxalement, il est plus chétif encore lorsqu’il ne bénéficie d’aucun contrepoids – en fait de contrefort. Une vision simple ne tient pas la route : au président, l’action internationale, la défense et la symbolique nationale, au Premier ministre l’action au niveau national.

 

Sur le premier volet les choses sont claires : les grands choix internationaux, européens et stratégiques (du nucléaire à la suppression de la conscription) sont assumés. On ne saurait omettre les déclarations fondatrices pour notre histoire nationale du Vel d’Hiv de juillet 1995 ou, plus récemment, à Auschwitz. Mais le poids de ces paroles est moins lié à la mythologie d’un président incarnant la nation qu’à leur émanation du premier personnage de l’État, qui aurait pu être président gouvernant ou Premier ministre.

 

Sur le second, tout se passe comme si le président était trop éloigné de l’action quotidienne pour maîtriser dans le détail les tenants et aboutissants de la réforme et le Premier ministre trop incertain pour assumer dans la durée l’intégralité des choix. Quand le long terme (les orientations du Président) est – trop ‑ général et l’application (la gestion quotidienne par le Premier ministre) seule détaillée, le premier finit par l’emporter sur la seconde à laquelle on est enclin à renoncer. Nos institutions nous font perdre du temps. Dans une démocratie active, il ne saurait y avoir d’écart entre l’orientation et la gestion, la stratégie et son application. Certes, le président fixe le cap, ainsi lorsqu’il met un coup d’arrêt le 26 octobre 1995 à la récréation économique et financière ou qu’au lendemain des régionales il plaide pour un changement d’orientation (qui la portait, au juste ?). Mais institutionnellement tout laisse accréditer l’idée que ni le président ni son Premier ministre ne bénéficie du pouvoir d’un bout à l’autre de la chaîne de commandement que détiennent le chancelier allemand, le Premier ministre britannique et le président américain. Les pouvoirs du président et du Premier ministre s’affaiblissent au lieu de se renforcer et cette conjugaison de deux faiblesses pèse sur la décision. Le président est présent et absent, dedans et dehors. Il ne gouverne pas et le Premier ministre forcément mal puisque c’est un santon qu’on déplace, un collaborateur auquel on dit faire confiance et qu’on peut morigéner à la moindre incartade par rapport à une ligne jamais fixée. Cette dualité compromet l’énoncé d’une stratégie à moyen terme pour les affaires intérieures : que le président l’élabore, et le Premier ministre devient un exécutant ; que ce dernier s’en charge, et le président est dépossédé de tout rôle national. On se résout donc à ce qu’elle ne soit nulle part. La nouvelle frontière attendra.

 

J’avais, en 1993, intitulé un article du Débat « François Mitterrand ou le pouvoir vain », désignant ainsi, au-delà de l’abolition de la peine de mort, de la déclaration du Bundestag de 1983 sur les Pershing et de son engagement européen, une dégénérescence des mœurs publiques contraire à l’idéal d’émancipation qu’il était censé incarner. Mal utilisé qu’il fût sur le plan démocratique, le pouvoir était là, d’autant plus qu’une idée, au début, le soutenait. La réalité institutionnelle présente est celle d’un pouvoir fragile. Beaucoup de l’angoisse politique française provient de ce sentiment de perte de maîtrise. Cette fragilité est accentuée par une crise économique et sociale durable. Or, l’exigence d’un nouveau pacte explicite entre les différentes catégories, seul à même d’éroder une division sociale profonde qui contrarie les réformes, appelle un pouvoir mieux assis. Il faut une tête et une seule pour penser cette transformation et en assurer la responsabilité.

 

Cette fragilité est aussi nouée à l’absence de contrepoids. L’exécutif est seul ; le Parlement est faible. S’il jouait son rôle normal de contrôle, d’expertise, de validation des nominations sensibles et de co-élaboration des normes européennes, l’exécutif ne serait pas affaibli, mais soutenu et poussé à la bonne décision. Que dire des institutions de conseil et de stratégie dont l’exécutif français, là aussi singulier, fait dramatiquement litière ? La défiance des Français envers un pouvoir suspecté autant d’inaction que d’insincérité n’entretient-elle pas un rapport avec cette incapacité institutionnelle à dessiner l’avenir ?

 

La France exige un pouvoir fort plutôt que faible, ce qui signifie à l’âge moderne démocratique dans l’élaboration de sa stratégie, son fonctionnement et sa surveillance. Le spectacle politique de la division et du petit compromis ne laisse de montrer à quels dangers conduirait un régime parlementaire, bon dans une démocratie mieux ordonnée que la nôtre. Seul un régime présidentiel, sans Premier ministre, seule justification sérieuse au quinquennat, allierait unicité de la décision, responsabilité totale et contrôle effectif par un Parlement que le Président ne pourrait dissoudre qu’en acceptant de remettre en cause son propre mandat (ce que fait, somme toute, le Premier ministre britannique lorsqu’il convoque des législatives anticipées). Je crains qu’il ne soit urgent de donner un gouvernement – présidentiel – à la France.

Nicolas Tenzer

 

 

Par Nicolas Tenzer - Publié dans : Vie politique
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Mardi 28 mars 2006 2 28 /03 /2006 13:54

Robert Chapuis, ancien ministre de Michel Rocard m'a envoyé cet article...

La 5e République structure la vie politique autour de l’élection présidentielle. Majorité présidentielle et majorité parlementaire doivent se correspondre autant que possible, mais, en toute hypothèse, le président reste maître du jeu. Le quinquennat limite le risque de cohabitation, cependant l’important, c’est toujours le deuxième tour de l’élection présidentielle. Les deux candidats en présence représentent les deux termes de l’alternative qui rend possible une alternance démocratique.

                         Dès l’origine, ce système a été marqué par deux caractéristiques propres à la France :

 

 

-          le gaullisme qui s’est voulu un dépassement social de la droite traditionnelle

 -          le communisme qui a survécu, plus qu’ailleurs, à l’effondrement du bloc soviétique.

                         Le gaullisme a permis l’essor  d’un capitalisme industriel qui avait besoin de l’Etat pour réaliser ses ambitions. Le Parti Communiste, voué à n’être qu’une force d’opposition, se nourrissait de la contestation syndicale, en s’appuyant particulièrement sur la fonction publique et les entreprises publiques. Gaullisme et communisme, réunis par leur rapport à l’Etat, constituaient ainsi les deux pôles, positif et négatif, d’un même système.

                         A la différence des autres démocraties structurées par deux grands partis, l’un plus conservateur, l’autre, plus progressiste, la possibilité d’alternance était totalement faussée : le communisme, bloqué par la guerre froide, ne pouvait s’imposer. Le gaullisme pouvait dominer facilement à droite et occuper le pouvoir : ce fut le système Pompidou.

                         Une première faille est apparue à droite : une tendance plus libérale a favorisé l’élection de Giscard, avec le concours de Chirac. A gauche, la candidature Mitterrand a changé la donne au profit du parti socialiste, dans le cadre d’une union de la gauche fondée sur un programme commun. Le Parti Communiste a pu empêcher une majorité de gauche au Parlement en 1978, il n’a pu empêcher Mitterrand de l’emporter au second tour en 1981 et la majorité présidentielle a permis à la gauche d’obtenir une majorité de députés.

                         Le système continuait de fonctionner au-delà des partis : d’un côté le peuple de gauche avec Mitterrand, de l’autre « le peuple de France » (le RPR était issu du RPF…) rassemblé autour de Jacques Chirac. Avec le concours de Michel Rocard, François Mitterrand réussissait à l’emporter en 1988 et créait les conditions d’une majorité de gauche ouverte au centre, grâce au retour du scrutin majoritaire. La sanction tombait néanmoins en 1993, avec une défaite électorale qui donnait à la droite une majorité absolue.

                         Désormais, le système fonctionnait à vide : il n’y avait plus de programme commun, le parti communiste conservait son autonomie et sa force sociale à défaut d’une force politique. L’alternative que pouvait représenter le PS sur le plan politique et la CFDT sur le plan social, était rejetée par la « vieille » gauche, qui sous couvert de l’union de la gauche, tenait à conserver son hégémonie. Refusant de faire un choix « à l’italienne », le PCF acceptait de n’être qu’une force d’appoint sur le plan politique, tout en conservant à travers la CGT (qui peinait à devenir indépendante) son hégémonie sociale.

                         En 1994, l’hypothèse Rocard était balayée, l’hypothèse Delors ne pouvait aboutir. Le terrain était dégagé pour Chirac. En 1995, la candidature Jospin parvint néanmoins à donner figure à la gauche. En voulant se donner une majorité présidentielle au Parlement (pour affirmer son hégémonie à droite, après la tentative Balladur), Chirac se prenait les pieds dans le tapis ! La dissolution produisait une majorité de gauche et forçait à la cohabitation avec Lionel Jospin.

 

 

                        L’élection de 2002, après l’instauration du quinquennat, devait permettre le retour au fonctionnement normal du système : le second tour devait assurer une majorité présidentielle qui entraînerait une majorité parlementaire. Retour à  1981 plutôt qu’à 1995, puisque :

 

 

-          en 1981, la dissolution de l’Assemblée avait suivi immédiatement l’élection présidentielle

 -          en 1995, le président avait attendu deux ans et le gouvernement Juppé avait réuni contre lui une intense mobilisation sociale : en 1997, il était trop tard.

 

 

                        La nature de la campagne était bien différente. En choisissant de faire campagne sur la sécurité, la droite renforçait l’extrême-droite, déjà majorée par le caractère « national » de l’élection présidentielle. La gauche, qui n’en finissait pas d’être plurielle, peinait à défendre son bilan gouvernemental et Lionel Jospin comptait essentiellement sur le second tour (c’est pourquoi il avait souhaité que l’élection présidentielle précède les législatives). L’extrême-gauche, en opposition avec la droite comme avec la gauche, comptait tirer bénéfice de cette confusion.

                         Le 21 avril 2002, le système n’a plus fonctionné : c’est Le Pen qui est apparu comme alternative ! Il ne restait plus qu’à appeler à voter Chirac ! Le 5 mai sonnait le glas de la 5e République, en donnant à Chirac un électorat de gauche à égalité avec un électorat de droite. Pourtant les législatives, immédiatement après la présidentielle, recréaient l’image d’un fonctionnement normal des institutions, en accordant au Président une majorité parlementaire.

 

 

                        Après 2002, la droite reprit le chemin qu’elle avait tracé entre 1995 et 1997. Telle fut la tache d’un notable de province, ancien giscardien, Jean-Pierre Raffarin. Il fallait cependant sauver le système et recréer les conditions d’une majorité présidentielle, clairement à droite, tout en limitant la pression politique de l’extrême-droite. Juppé hors jeu (par sa condamnation en justice), Sarkozy entreprit cette tâche en se donnant deux missions : devenir « monsieur sécurité » et prendre en mains l’UMP (une union de la majorité présidentielle devenue « union du mouvement populaire » : retour au peuple !). Il réussit assez bien et devint vite incontournable, Chirac n’ayant plus comme ressource que de promouvoir comme premier ministre celui qui lui avait inspiré la dissolution de 1997 : Dominique de Villepin. Le gaullisme devenait ainsi à son tour une force d’appoint à une droite libérale devenue dominante.

 

 

                         La gauche a profité en 2004 des difficultés de la droite et de la mobilisation sociale (grèves du printemps 2003) comme en 1997 : les élections régionales et départementales lui ont été favorables. Vint alors la nécessité de ratifier le Traité Constitutionnel Européen. Chirac pouvait choisir la voie parlementaire ; il pouvait s’engager sur un référendum et, en raison de l’enjeu, en faire dépendre sa légitimité. Il choisit la voie référendaire, à une date incertaine, avec des conséquences du vote tout aussi incertaines, le gouvernement Raffarin restant en place. Le référendum va diviser le Parti Socialiste, puis toute la gauche, en mettant aux prises des stratégies différentes :

 

 

 -          celle de Laurent Fabius qui choisit la voie mitterrandienne : primat à l’union de la gauche autour du non. Peu importe l’Europe (on verra plus tard…), c’est 2007 qui importe. La candidature  Fabius devait apparaître comme la plus fédératrice au second tour et s’imposer comme telle aux socialistes eux-mêmes

 -          celle de François Hollande qui privilégie l’identité sociale-démocrate, renforce l’ancrage européen (à travers le PSE) et soumet 2007 à un programme de gouvernement et à un accord sur les législatives (les candidats à la députation étant désignés avant le candidat à la présidence de la république). C’est au demeurant la logique du quinquennat

 -          celle du Parti Communiste qui souhaite d’abord faire l’union avec les tenants du non (notamment la LCR et ATTAC) autour d’une candidature communiste pour peser davantage sur le second tour et reprendre une position de force.

                         Le succès du non a mis en difficulté la stratégie Hollande. Après quelques hésitations, le premier secrétaire a choisi de privilégier la tactique : d’abord mettre en jeu son mandant et réunir une majorité avec les présidentiables hors Fabius, ensuite – cette majorité étant acquise – aboutir à une synthèse qui le met au centre du jeu, puis recréer les conditions formelles d’une union de la gauche de gouvernement, en mettant le PCF en demeure de choisir son camp : ou bien la participation à un gouvernement, ou bien le huis-clos avec les trotskystes.

                         Ainsi au Congrès du Mans, après un brillant face-à-face entre Laurent Fabius et Dominique Strauss-Khan qui correspondaient à une véritable alternative interne, François Hollande rétablissait, par la synthèse, l’unité du parti : une direction pléthorique, où s’additionnent à la fois les différences et les contraires, lui a permis de garder les mains libres. A partir du moment où il ne se déclare pas lui-même candidat, tous les présidentiables sont ramenés au même rang, créant un vide que l’opinion se chargea vite de remplir : Ségolène Royal occupe l’espace, laissant dans l’ombre le « vieux chef » qui hésite à sortir de sa tente, Lionel Jospin.

                         Faute de stratégie politique, la gauche occupe le terrain social, aux côtés des syndicats pour faire pièce à la politique du gouvernement de droite. Villepin, affaibli, tente de faire vibrer la corde nationale, mais sa crédibilité sociale étant atteinte, il est entraîné dans le sillage du libéralisme sarkozien. La droite refait ainsi son unité dans un dépassement du gaullisme. Mais il est vrai que le cadavre bouge encore et que l’avenir est incertain.

                         L’absence de choix stratégique ne permet pas au Parti Socialiste de définir une politique cohérente. On l’a vu au Parlement Européen lors du débat sur la directive « services » : le groupe socialiste français vote les amendements proposés par la rapporteure SPD, mais se sépare du PSE (et de la CES) en votant contre la directive ainsi amendée, à l’exception de deux députés (Michel Rocard, Gilles Savary). Cette incohérence peut faciliter les tactiques d’adaptation aux circonstances, elle ne permet pas de jeter les bases d’une action gouvernementale capable de s’inscrire dans la durée. Or, il s’agit bien de gouverner ! Sinon à quoi sert la présidentielle ?

 

 

                         Pour répondre au choc du 21 avril, il faut redonner du sens à un rassemblement de second tour. Ou bien il se fera sur la base du plus petit dénominateur commun avec Laurent Fabius et des lendemains qui déchanteront, ou bien il se fera avec un candidat (ou une candidate) capable de donner un horizon crédible à une action gouvernementale qui s’inscrira dans le monde tel qu’il est pour bâtir une société plus juste, plus égalitaire et plus démocratique.

 

 

                        Le malheur de la gauche réside dans ses partis : le second tour de la présidentielle n’est en réalité qu’un troisième tour. Le premier se joue entre les candidats à la candidature. C’est pourquoi les primaires ont paru si séduisantes : elles donnent la parole aux électeurs et non aux adhérents. Mais leur organisation dépend des partis ! La tactique reprend alors tous ses droits. On invoque les mânes de Mitterrand, mais – c’est vrai et c’est sans doute heureux – il est irremplaçable. Qui pourra l’emporter en créant à la fois les conditions d’un rassemblement populaire au second tour et celles d’un réformisme capable de répondre aux enjeux politiques et sociaux d’aujourd’hui ?

 Robert CHAPUIS

 

Par Robert Chapuis - Publié dans : Vie politique
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Jeudi 30 mars 2006 4 30 /03 /2006 09:24

Le succès de la manifestation de mardi ne présage pas une sortie en douceur du mouvement de protestation contre le CPE. Aujourd’hui, dans l’attente de la décision du Conseil Constitutionnel, personne ne peut prévoir quelle sera l’issue de cette crise. L’irruption de casseurs autour des manifestations et la radicalisation de certains, à Rennes par exemple, ne présage en tous  cas rien de bon.

 Il faut replacer cette nouvelle crise dans les mouvements qui secouent notre pays, son équilibre social et sa démocratie depuis des années, notamment :

 Le Front National avec un groupe parlementaire à l’Assemblée Nationale suite aux  élections législatives de 1986

 Les grèves de décembre 1995, considérés par les nostalgiques du marxisme comme un moment fondateur

 La présence de J M Le Pen au deuxième tour des élections présidentielles de 2002  Le succès du non au référendum sur la constitution européenne en mai 2005, après le succès à l’arraché du « oui » à Maastricht une douzaine d’années plus tôt.  Les émeutes dans les banlieues en novembre 2005.

La fréquence de ces événements ne cesse d’augmenter. On a l’impression d’assister à la préparation d’un tremblement de terre, précédé de mouvements sismiques de plus en plus rapprochés. Comme si notre pays était bloqué et que les mouvements de société sous jacents venaient l’ébranler de plus en plus violemment. Avant même la fin de son deuxième mandat présidentiel, chacun a pris conscience que l’action de Jacques Chirac à la tête de l’Etat aura été catastrophique. Mais au-delà d’une personne qui l’incarne, on sent bien que c’est tout un système qui est remis en cause. Et les plus faibles sont les premières victimes de la situation de notre pays.

Il y a 5 ans Alain de Vulpian faisait le diagnostic d’une France en « combustion lente », Christian Blanc à sa suite  proposait une « révolution légale » pour éviter que cette situation ne débouche sur une crise dont on ne pouvait qu’espérer qu’elle sortirait par le haut. A l’époque, l’essentiel du monde médiatique le traitait de Cassandre,! Il semble malheureusement que les événements soient en train de lui donner raison.

Pour sortir de cette crise qui ne cesse de monter dans notre pays, il faut traiter les problèmes de fond. Cette crise est à la fois sociale (devons nous rappeler que nous avons plus de 2 millions de chômeurs depuis presque 25 ans ?) et démocratique, la méfiance envers les hommes politiques ayant atteint un niveau inimaginable. C’est donc bien sur ces deux points qu’il faut une « révolution légale ».

Nous ne traiterons pas la question sociale sans une relance de notre croissance. Certes, il ne suffira pas d’un taux de croissance durablement à 3% et au-delà pour traiter les problèmes de chômage, de pauvreté, de discrimination, de précarité ou de sécurité, mais chacun comprend bien que sans cette croissance, toutes les mesures qui pourront être prises ne seront que des palliatifs. Le livre « la croissance ou la chaos » donne les clés de cette relance de la croissance..

De plus en plus de français ont conscience que l’interdiction du cumul des mandats devient un passage obligé et qu’au-delà, il faudra limiter le nombre de mandats consécutifs possibles : Pour éviter que la seule préoccupation d’un élu dès le lendemain de son élection soit de préparer sa réélection, pour assurer le nécessaire renouvellement des idées (J Chirac était premier ministre il y déjà 31 ans !), pour avoir des responsables politiques au contact réel avec la vie de la société.

Les élections de 2007 (si nous arrivons jusque là) sont la dernière chance de traiter correctement ces questions avant l’explosion. Ce n’est pas au lendemain du premier ou du second tour, ou après une explosion en 2008 ou 2009 qu’il faudra manifester. C’est dès aujourd’hui que nous devons prendre notre destin en main et obliger ceux qui vont se présenter demain à nos suffrages à se prononcer clairement sur les vraies questions de notre pays et sur les réformes qu’ils ont l’intention de réaliser s’ils l’emportent.

 Demain, il sera trop tard.

 Verel

 
Par Verel - Publié dans : Vie politique
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Samedi 1 avril 2006 6 01 /04 /2006 12:10

L’intervention de Jacques Chirac hier soir, sur le CPE, provoque une grande perplexité. Sur un plan éthique, cette déclaration est catastrophique.  Promulguer avec autorité une loi, pour dans la phrase suivante annoncer qu’on la remet en chantier, touche au grandiose dans la contorsion et l’hypocrisie…et ne contribue pas à rehausser le prestige de la fonction présidentielle ni de son titulaire actuel.

Sur un plan politique, peut-être est-ce un vrai tournant qui va  permettre  une progressive sortie de crise.

D’une manière formelle et même si cela n’abusera au fond que  peu de monde, Chirac l n’a pas cédé à « la rue », le CPE est « maintenu »  et la loi votée et validée par le Conseil Constitutionnel – et ce n’est pas négligeable- a été promulguée. La droite pourra l’apprécier ou faire comme si…

Pratiquement, on peut penser que la gauche et l’extrême gauche   trouveront, après cette intervention et l’ouverture qu’elle manifeste,  moins de justifications à leur action de contestation, qui certes va continuer dans un premier temps, que le soutien populaire se fera moins fort.  La  lassitude s’ajoutant à l’ouverture de discussions parlementaires et peut-être  syndicales, éclaircira sans doute peu à peu  les rangs des manifestants et rendra moins abrupt le ton des opposants… Ceux qui poursuivront dans cette voie apparaissant de plus en plus comme des extrémistes refusant la discussion.  Cela dit, il est certain que l’attitude de l’UDF au plan parlementaire, de la CFDT au plan syndical seront déterminantes pour la suite.

Aujourd’hui, à chaud, je fais le pari que cette crise va ainsi, progressivement, se dénouer, sans gloire et laissant un sentiment de gâchis et d’inutilité :  une contestation qui va verser dans  l’ extrémisme et perdra  une part de son soutien populaire, une opinion publique désabusée, des jeunes qui retrouveront la précarité,  un CPE en totalité vidé de son contenu (les discussions vont l’affaiblir au-delà de ce que proposait Chirac hier), un Villepin décrédibilisé qui se contentera de gérer sans plus aucune tentation réformiste….

En fait j’ai le sentiment que ce premier avril (quelle date !) ouvre, amèrement, mais ouvre quand même une nouvelle période et concrètement lance la campagne présidentielle.

A droite, Villepin semble hors jeu,  Sarkozy qui souhaitait une position de conciliation sort renforcé d’autant qu’il a su mêler sa demande d’assouplissement à  une solidarité gouvernementale apparemment  sans faille, et à une gestion satisfaisante(jusqu’ici) des manifestations.

A gauche, où tous les candidats potentiels ont profité de cette crise, se détachera maintenant celui qui apparaîtra à la fois ferme sur son opposition tout en étant ouvert à certaines  discussions et   refusant le « jusqu’au boutisme ». La position d’un Bernard Kouchner peut être appréciée…on verra si d’autres se placent sur ce créneau.

C’est d’autant plus une nouvelle période qui peut s’ouvrir que certains résultats économiques communiqués ces derniers jours laissent à penser que sur ce plan également il y a comme un soupçon de  changement d’orientation : déficit inférieur à 3% en 2005, retour à la baisse du chômage, relance de la consommation  et de  la   croissance…..C’est peut-être enfin la sortie de ce long, trop long hiver….

 

Il y a eu aussi cette semaine un sujet d’une importance capitale, la victoire de Kadima et la déroute  du likoud en Israël… Il semble qu’une possibilité de négociations pointe….Il faudra en reparler.

Marc d’Héré

 

Par marc dHERE - Publié dans : Vie politique
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