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Société

Samedi 11 février 2006 6 11 /02 /2006 01:19

Comme pour le CPE, nous ouvrons le débat sur les caricatures par un « article composé », fait de trois prises de position successives. Il sera suivi, dans quelques jours d’un deuxième article. 

 

 

 

  

DEBAT CARICATURES 1

 Ces caricatures alimentent l'anti-islam primaire, souvent synonyme de racisme. Il n'empêche que ce débat et les réactions suscitées (je mets de côté les postures des media...) montrent combien il est difficile aujourd'hui de parler en France de l'islam de manière apaisée, surtout dans un contexte international explosif.

 Traiter l’islam comme les autres religions, dans le cadre d’une société laïque, où la pensée et la parole sont libres.

Ne peut-on pas ne pas souscrire à certaines valeurs musulmanes sans être taxé de raciste? Ne peut-on pas condamner l'appel au djihad qui, malgré certaines lectures soufies extrêmement progressistes, est présent dans le Coran? Ne peut-on pas lutter contre la soumission de la femme, elle aussi présente dans les textes ?  La France a conquis sa laïcité en luttant. Beaucoup se sont opposés à une religion pourtant majoritaire. Il doit en être de même pour l'islam. La liberté de conscience, la libre pensée, doivent avoir autant le droit de s'exprimer face à une religion majoritaire que face à une religion minoritaire. Ce n'est pas parce que certains utilisent la liberté d’expression comme prétexte pour vendre en jouant sur la corde raciste souvent sous-jacente que cette lutte doit être discréditée. La liberté de la presse, c'est pas gagné (ni en Occident avec la censure et l'autocensure, et encore moins dans les régimes autoritaires) ! En France, nous devons être inflexibles : ici, l'expression est libre, même si ça heurte des convictions religieuses. N’oublions pas que « la dernière tentation du Christ » n’a pas été interdit… Ici, la religion relève de la sphère privée. Ici, la femme est l'égale de l'homme et l’on ne lui impose pas le voile.

Représenter Dieu est un blasphème chez les musulmans. Dans une société où la caricature a toujours joué un rôle politique, ceci est problématique. Ce n'est pas, je le répète, parce que certains ont utilisé cela pour provoquer et assimiler tout musulman à un terroriste que le débat doit être étouffé.

 Une provocation malveillante et un racisme souvent sous-jacent.

 Ces caricatures posent toutefois un problème spécifique : certaines mettent en scène le prophète, pas les imams appelant à la haine ou les terroristes. Or, il y a un interdit spécifique à ce sujet dans le Coran. Les dessins étaient une provocation assez malveillante ou à visée mercantile.

Oui à la liberté d'expression, mais pas par n'importe qui ni n'importe où. Nous devons aborder les problèmes sans tabous, mais sans non plus recourir aux raccourcis très dangereux et puants véhiculés par le politiquement incorrect décomplexé qui finit par essayer de faire croire que quand on parle de délinquant, faut appeler un chat un chat...persan. Mais toutes les réactions ultra violentes (ambassades brûlées, appels au meurtre) à ces caricatures, donnent envie aux malveillants, anticléricaux, apôtres de la liberté de la presse -et journaux en mal de lecteurs- d’en faire encore plus...C’est le cas aujourd’hui : tous les journaux reprennent des caricatures et attisent, ainsi, le conflit. Les media français fréquentables passent leur temps à rappeler la distinction islam/islamisme pour éviter un débat de fond qui serait utile à tout le monde. Pour mieux connaître l'islam, mieux exprimer les éventuelles contradictions avec certaines valeurs libérales. Pour éventuellement souligner que sur certains points certains musulmans doivent lâcher du lest.

 Le débat sur la compatibilité entre l’islam et les valeurs européennes doit avoir lieu, sans tabous ni amalgames racistes.

 Parlons du fond, pas des étiquettes qui appauvrissent la pensée. Je me rappelle d'un "débat" Dantec-Chebel chez Ardisson. Dantec (il n’est pas ici question de ses accointances douteuses) se montrait clairement catholique et hostile à certains principes de l'islam. Il prenait des arguments précis issus du Coran. Exprimait sa gêne face à un djihad présent dans les textes ainsi que sur la position de la femme dans la société. Etait dubitatif quant à la cohabitation possible de l'islam et des valeurs occidentales pluralistes et libérales. En insistant notamment sur une idée qui m'interpelle : il faut être extrêmement progressiste pour que les deux soient compatibles, puisque le Coran contient lui-même tout un système de droit précis et écrit, la Charia , qui détermine les peines applicables à tel ou tel agissement. En soulignant que l'interprétation soufie du djihad (lutte intérieure) était extrêmement minoritaire et ne correspondait pas à la lettre du Coran, qui l'envisagerait explicitement comme une guerre physique contre les impies. Il voulait débattre, argument contre argument. Réponse finale de Chebel : vous ne parlez par arabe, vous ne pouvez donc pas parler du Coran. Pitoyable.

L’article d’Abdennour Bidar dans Le Monde du 7 février délivre une vision très instructive des préjugés dont tout le monde doit se débarrasser pour faire avancer le débat et le vivre ensemble : d’un côté (européen) comme de l’autre (musulmans d’Europe), on s’enferme dans une vision essentialiste de l’islam. Des européens « de souche » qui prétendent que les musulmans constituent une communauté homogène. Face à eux, des musulmans européens qui se figent dans le mythe fondateur d’ « un seul vrai islam », dogmatique, en contradiction avec leurs pratiques libérées. Les deux doivent accepter la réalité, qui est celle d’un islam européen individualisé, « occidentalo-compatible ». Les esprits doivent s’ouvrir à la réalité.

 Un choc des civilisations ? Non, une lutte identitaire aux causes politiques et sociales.

Le « choc des civilisations » semble prendre chaque jour plus de substance. Ou comment une prophétie s'auto réalise.

Les occidentaux, en position de force, doivent cesser de craindre une religion qui prône l'hospitalité et la charité. Nous devons accepter que l'attraction des partis "islamistes" du monde arabo-musulman (qui, à la différence des autocrates, s'occupent concrètement du peuple) n'est pas liée au fanatisme musulman mais à des aspirations sociales réelles.

Finalement, il n'y a qu'une chose à espérer : que le monde arabo- musulman se développe et que ce développement profite à tous. Que les "arabes" de France soient vraiment intégrés, par des esprits débarrassés de leurs préjugés -éventuellement aidés en cela par une discrimination positive volontariste.

C'est dans la pauvreté, la corruption, l'injustice sociale et l'humiliation que le peuple se radicalise. Qu’il retrouve fierté et espoir dans des discours extrémistes. Je ferais volontiers un parallèle entre la situation au Moyen-Orient et celle de l'Allemagne qui a porté les nazis au pouvoir.

 A quand Jérusalem capitale du monde, avec une police exercée par l'ONU? A quand une Europe qui joue son rôle dans une vraie démocratisation pacificatrice du Proche Orient ? Ah, si l'Europe était forte...

 

 Charles André

 

 

 

 

 

 La définition de la religion par  Cicéron a l’avantage de la sobriété: “La religion est le fait de se soucier d’une certaine nature supérieure qu’on appelle divine et de lui rendre un culte”. Il y a dans cette définition reprise par Régis Debray dans son ouvrage ‘Dieu, Un Itinéraire’ publié aux éditions Odile Jacob, la distinction, presque physique, entre  l’immanence (vous et moi) et la Transcendance , c’est-à-dire ce qui est au-dessus de nous: L’Ancien Testament et le peuple Juif, le Nouveau et le peuple Chrétien, la Constitution des Etats-Unis d’Amérique et le peuple américain, le Coran et les musulmans. Ici, nous sommes donc invités à “croire en quelque chose” pour rester “quelqu’un”, parlant de “quelque part”, pour reprendre les mots de Régis Debray. Or nous devons comprendre et accepter avant d’aborder l’actualité internationale, désespéramment inquiétante, qu’il y a en nous l’homme qui croit et l’homme qui sait (son alter ego). Notre république, laïque et sociale (Article 1 de la Constitution Française ), assure la cohérence des hommes et des femmes qui savent. Qu’en est-il de ceux qui croient? 

 En ces jours de grand dérapage caricatural, l’appel aux mots d’apaisement semble superflu. La montée de la violence réactionnelle, émotionnelle, que certains qualifieront de spirituelle, signale le départ d’une nouvelle course, non pas à l’armement mais à la ‘civilisation’. Car  on peut se demander s’il ne s’agit pas  ici du ‘choc’ des civilisations: global, irrationnel et donc dangereux.

 Les marches non violentes faisant appel à la violence affichée au coeur même de Londres, les mots durs du chef du gouvernement palestinien du Hamas vis-à-vis du monde occidental en général, le refus du président Mahmoud Ahmedinejad d’ouvrir les portes de l’Iran aux experts afin de dissiper le simple doute sur son programme nucléaire, sont trois illustrations du nouveau danger que court la Liberté , comme si celle-ci se trouvait soudainement encerclée.

 La destruction de l’ambassade du Danemark à Beyrouth est l’épitomie sacrificielle nécessaire à la résolution de l’affaire Jyllands-Posten qui coûtera cher à l’économie danoise si l’on tient compte du boycottage de ses produits dans la sphère musulmane. La liberté de publier  doit-elle s’arrêter là ou celle de la foi commence. Cette limite moyenâgeuse est hautement invisible pour les républicains et les modernes, post Renaissance, même religieux, d’aujourd’hui. Nous avons vécu assez durement cette ‘guerre’ des conventions au début du XXème siècle en France avec la laïcisation de l’Education. L’Angleterre a choisi quant à elle d’assimiler le leadership religieux à la royauté. La reine, garante de l’unité du Royaume-Uni est aussi la représentante de l’église anglicane. Cette solution à l’avantage de présenter une certaine cohérence de l’attitude nationale vis-à-vis des  changements radicaux en cours au sein de la société Britannique. L’ennui ici réside dans la nécessité de conformisme.

L’Europe, avec  son désir d’accompagner le destin de près de 500 millions de citoyens vers la modernité est, à mon avis, une fois de plus, une solution pour sortir de cette déflagration permanente entre l’expression des différentes communautés qu’elles soient religieuses, sociales ou bien culturelles. La modernité de l’Europe pourrait trouver ici matière à expression à travers une charte  de la Liberté , de la Démocratie et de l’Innovation, qui servirait aussi de préfiguration à l’établissement d’une constitution simplifiée, et acceptée par tous nos concitoyens.

Patrick Papougnot

 

 

 

 

 

 

Les évènements liés à la publication des caricatures du prophète Mohammed prennent une tournure démesurée. La réaction d'une partie de la population dans certains pays musulmans est sans mesure, hypocrite au point que l'on peut se demander si elle n'est pas soutenue par quelques mouvements intégristes, voire par le pouvoir en place, qui cherchent à s'affirmer alors qu'ils n'ont rien d'autre à se mettre sous la dent, et aucun autre moyen d'action. La population des pays arabes, dans son ensemble, paraît avoir plus de distance avec la publication. De nombreux musulmans, même touchés ou sincèrement choqués, ont des réactions modérées. Doit-on voir alors, dans la réaction de violence une réaction face à une mondialisation de la sphère médiatique et de l'opinion publique et en quelque sorte à "l'ingérence médiatique", ou avons-nous affaire à des groupes extrémistes et violents à la vision "absolutiste" et totalitaire?  Je penche vers la deuxième solution.

Les vagues de violence à l'encontre des consulats ou des ressortissants  de pays occidentaux relèvent d'un autre malaise, sûrement plus politique que religieux. Car il y aurait tout autant à critiquer les caricatures  parues dans la presse de certains de  ces pays à propos des juifs, tout comme il y aurait à critiquer les dessins souvent obscènes qui paraissent dans nos pays et s'attaquent à la religion chrétienne et à d'autres communautés (dont les politiques!). Dès lors, il n'y a aucune raison de se plier  politiquement à ces groupes en leur donnant raison ou en se prêtant à des excuses. Même si on peut déplorer la provocation peu responsable du caricaturiste, la liberté de la presse et la liberté d'expression restent les fondements de la démocratie, et on ne peut admettre une intervention politique qui nous ferait revenir au temps des lois sur le blasphème.     

Laurent Py


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Divers IES - Publié dans : Société
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Lundi 13 février 2006 1 13 /02 /2006 12:59

La fatwa contre Salman Rushdie, c'était il y a 17 ans. A l'époque, l'ensemble de l'intelligentsia européenne (sinon Mrs.Thatcher) avait réagi avec fermeté pour défendre un écrivain né musulman et qui avait commis, aux yeux des islamistes, le double crime d'apostat et de blasphème. Nous l'avons défendu pour signifier aux islamistes qu'il était hors de question de les laisser appliquer leur loi (religieuse) à l'encontre de personnes qu'ils reconnaissent comme relevant de leur juridiction (parce que nées musulmanes) hors des terres sur lesquelles s'exerce leur cruel contrôle. Nous l'avons défendu pour signifier aux personnes qui fuient, en Europe, la persécution religieuse qui sévit chez eux, que nous ne les abandonnerions pas aux couteaux des égorgeurs. Nous l'avons fait parce que nous étions fiers des valeurs de tolérance, de liberté intellectuelle et de respect des droits de l'homme, qui nous ont valu la nature démocratique de nos régimes - ainsi que la prospérité matérielle qui en est la conséquence. Car il n'y a pas de place pour le développement matériel là où des dogmes venus du fond des âges interdisent le progrès de la connaissance.

 

 

 

Cette fois, et après quelques précédents inquiétants (dont le meurtre de Théo Van Gogh), on s'en prend à des non musulmans, créant et travaillant en Europe, et on prétend appliquer à l'encontre des Européens dans leur ensemble le principe de la responsabilité collective. Or, à quelques exceptions près, nos intellectuels se taisent, terrifiés ou complaisants. C'est préoccupant. L'histoire, celle de l'Europe des années 30 notamment, nous enseigne qu'on ne doit jamais se dérober face à une escalade dans l'agression. L'apaisement ne vaut pas mieux face aux islamiques que face aux hitlériens. Parce que "la faiblesse est une invitation faite aux barbares" (Alexandre Wat). Si nous sommes incapables aujourd'hui de nous dresser pour proclamer les valeurs fondatrices de notre Europe : esprit de libre examen, droit à la critique religieuse, séparation du politique et du sacré, respect du pluralisme des opinions et des croyances - ne nous étonnons pas, demain, de devoir incorporer à notre droit des éléments de plus en plus indigestes de la charia...

 

Ne nous laissons pas intimider. Nous n'avons aucune leçon à recevoir, en matière de presse, de la part de pays qui pratiquent la censure et persécutent les croyants des religions non musulmanes. La liberté religieuse est totale en Europe, y compris pour les musulmans, et c'est une excellente chose car l'islam, notamment dans sa version la plus critique (Averroes), fait partie de notre héritage culturel. Mais l'irréligiosité et l'athéisme doivent pouvoir continuer à bénéficier de la même tolérance que les religions. C'est à nos Lumières que nous devons nos démocraties.

 

 Ce qui est terrifiant, c'est le manque de solidarité des autres Etats européens (à part l'Allemagne, avec Angela Merkel) alors que l’on brûle  des ambassades européeennes. La France aurait-elle peur ? On attend un mot de soutien de la part du président de la République. Les peuples civilisés respectent les représentations diplomatiques - même celle des nations ennemies. Les détruire constitue un acte de guerre. Nous devons nous montrer solidaires d'une petite nation européenne, démocratique et tolérante, le Danemark. Nous devons relever la lâcheté qui consiste à s'attaquer à cette petite nation - et non aux Etats bien armés et capables de représailles, comme les Etats-Unis ou la Russie.. .  Nous devons manifester avec ce pays notre solidarité européenne. Demain, qui sait combien nous pourrions avoir besoin à notre tour de cette solidarité.

 

 

 

Brice Couturier

 

 

 

 

La   question des caricatures de Mahomet met en évidence des divergences profondes, de principes et de ressentis,   entre les opinions publiques occidentales et orientales. Liberté de la presse d’un côté, que le droit Français considère comme principe fondamental, c'est-à-dire une des libertés essentielles et spécialement protégées par la Constitution , interdiction de représenter le Prophète de l’autre.  Principes difficilement conciliables, mais qui pourraient l’être dès lors que l’on considère que le fait religieux, faisant partie de la sphère privée, est subordonné à la liberté de la presse, liberté qui elle est publique et dès lors que l’intervention d’un juge indépendant assure l’équilibre de ces deux libertés, in concreto, à l’occasion de chaque litige. Du moins, telle est la conception occidentale. Mais sur le plan international, ce délicat équilibre ne peut être atteint, en raison de l’absence de concepts communs, en l’absence de mécanisme de règlements des différends ou de forum où pourraient dialoguer manifestants musulmans et journalistes occidentaux. Attisé par l’Iran qui cherche à rénover son rôle de leader du proche et moyen orient, exacerbé par la présence américaine, impérialiste ou perçue comme telle, le différend semble insoluble. Les ambassades brûlent, les fatwas tombent, Charlie Hebdo revendique sa liberté et publie les caricatures. Se dirige t-on vers le choc des civilisations prophétisé par Samuel Huntington ? En tous cas, la crise n’était pas inéluctable. Ces caricatures n’auraient pas provoqué un tel émoi si elles n’avaient pas été instrumentalisées par des imams danois, qui avaient fait le déplacement pour aller les montrer dans les pays musulmans, accompagnés d’autres caricatures, factices car non publiées par le JYLLANDS POSTEN, mais dont le message semble être encore plus violent.

 

Peut-être aurions-nous pu  être  plus mesurés que les imams agitateurs et ne pas ajouter de l’eau à leur moulin, mais au contraire tenter d’expliquer, sans provocation, que l’intention du JYLLANDS POSTEN n’était pas d’offenser mais de dérider (celui-ci réaffirme d’ailleurs qu’il n’aurait pas publié les caricatures s’il avait pu prévoir les conséquences). Et peut-être devrions-nous prendre cette crise comme un signe fort de la nécessité d’œuvrer pour le développement économique de cette région du monde afin d’éviter de tels incidents, en se remémorant les mots de Truman lors de son discours exceptionnel au Congrès le 12 avril 1947 : « les germes des régimes totalitaires sont nourris par la misère et le dénuement. Ils croissent et se multiplient sur le sol aride de la pauvreté et du désordre. Ils atteignent leur développement maximal lorsque l’espoir  d’un peuple en une vie meilleure est mort. Cet espoir nous devons le conserver en vie. »

 

 

Guillaume Fabre

 

 

 

Eric Ascensi, répond ci-dessous à une tribune de Tariq Ramadan  (Libération du 09 02)  et un article d’Olivier Roy (Le Monde 08 02), signalés par Charles André.

 

Les questionnements d’Olivier Roy ou de Tariq Ramadan, pour brillants qu’ils soient, nous renvoient à une alternative simple dans laquelle nous devons arrêter clairement une position: peut-on, par souci légitime d’apaisement (T.Ramadan) ou par ouverture culturelle (O.Roy), renoncer à défendre les principes qui sont au cœur de notre action politique ?

 

Je n’adhère pas à la vision d’Olivier Roy qui nous alignerait sur le pragmatisme anglo-saxon, ce qui aboutit toujours à un compromis. Ainsi les anglo-américains peuvent être conséquents en actes et prudents en paroles, sans se renier complètement ! Et puis mener une guerre en tentant de calmer l’opinion publique est une sage posture mais nous n’avons pas, en tant que Français tout à fait  les mêmes impératifs. Pour de nombreux pays, nous demeurons –à tort- des non belligérants. En revanche s’il y a un rôle que l’on ne peut nous dénier, c’est bien celui de repère d’une certaine conscience républicaine. 

 

Nous nous sommes appliqués, depuis le début de  la crise post  11 septembre, à défendre les grands principes du droit au niveau national (voile) ou international (ONU). Il me semble de notre devoir de rester intransigeants sur les valeurs républicaines, et démocratiques,  en particulier celle qui nous mobilise aujourd’hui, la liberté de la presse. Dans les limites du droit précité, celle-ci ne se négocie pas, ni avec Tariq Ramadan, ni avec nos amis anglo-saxons.

 

Selon moi, IES doit donc défendre ces fondements républicains que sont la liberté d’expression, la liberté de la presse, la laïcité, sans céder à aucune forme de pragmatisme. Il en sera peut-être autrement lorsque l’Europe parlera d’une seule voix…mais nous n’en sommes pas là.

 

 

Eric Ascensi

 

Par Divers IES - Publié dans : Société
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Samedi 25 février 2006 6 25 /02 /2006 11:46

Ilan Halimi est mort, victime de tortures  d’une violence et d’une cruauté  inouïes. Il est insupportable et inacceptable qu’un être humain puisse être traité de la sorte.

Pour manifester notre indignation, pour affirmer  la dignité de tout être humain,  pour marquer notre rejet du racisme et de l’antisémitisme qui semblent bien avoir eu leur part dans ce crime odieux, nous nous joindrons à la  manifestation qui aura lieu

 

DIMANCHE 26 FEVRIER à 15 HEURES, à PARIS,

 

de la République à la Nation , via le boulevard Voltaire.

 

 

Nous souhaitons que ceux qui se reconnaissent dans les valeurs et les objectifs d’IES, s’y rendent nombreux.

IES

 

Par IES - Publié dans : Société
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Mercredi 1 mars 2006 3 01 /03 /2006 14:56

Le « Bondy Blog » relate l'expérience de journalistes suisses installés à Bondy pour mieux comprendre nos banlieues en s'immergeant dans leur quotidien. Le résultat est passionnant, rafraîchissant et porteur de beaucoup d’espoirs : http://previon.typepad.com/hebdo/.

Les journalistes de l’Hebdo ont lancé ce blog puis formé leurs successeurs, habitants de Bondy, qui en assument désormais la charge. Une initiative citoyenne à soutenir !

Voici quelques morceaux choisis particulièrement instructifs.

Parmi les commentaires des journalistes, le 5 janvier : "Dans la ville, cette affiche publicitaire vient de faire son apparition. Le conseil général de Seine-Saint-Denis invite la population à "exiger de l'Etat les moyens de vivre, travailler et s'épanouir". Et puis il y a cette devise "Egalité, Justice, Dignité". Cette affiche m'étonne beaucoup. Je trouve que c'est beaucoup "exiger" de l'Etat. Déjà, ce mot -exiger- qui sonne à sens unique! Si on veut l'égalité, la justice, la dignité (on disait autrefois Liberté, Egalité, Fraternité), c'est un combat de chacun, pas un ticket gagnant que certains auraient le droit de faire valider au PMU étatique. Non? »

 

Ou comment une certaine gauche oublie toute notion de responsabilité individuelle et joue la victimisation systématique. Si l'Etat doit aider les plus faibles, il ne peut pas prendre en charge toutes les destinées individuelles ; il doit juste créer autant que possible les conditions de l’épanouissement, car il ne peut le réaliser lui-même. Hélas ?

 

Ne serait-ce que symboliquement, charger l’Etat de tous les maux est terriblement contre-productif. En effet : "La France veut toujours être gentille, elle fait plein de promesses, non? Les autres pays ne promettent rien, alors les gens des banlieues n'attendent rien et se débrouillent, sans se révolter", dit un habitant de Bondy (le 18 novembre).

Ne nous faudrait-il pas un Etat qui promet moins mais qui réalise mieux (concentration des moyens) ce qu'il entreprend? Un Etat qui cesse de saupoudrer des aides financières à destination de l'ensemble des territoires en difficulté, pour plutôt concentrer ses moyens sur les individus qui en ont le plus besoin et qui sont prêts à fournir les efforts nécessaires au dépassement de leur condition « défavorisée » ?

 

On peut encore relever la conclusion d'un entretien avec des filles musulmanes de Bondy (« Les filles de Bondy parlent », le 23 janvier) : "C'est sympa de discuter avec quelqu'un qui ne vient pas de Bondy parce qu'on voit qu'il y a des choses pas logiques chez nous, comme les garçons qui ne sont pas obligés d'être purs alors que les filles oui, et on voit aussi que des fois tu trouves des trucs bizarres, par exemple que les filles n'aillent plus à l'anniversaire des garçons dès la primaire. C'est drôle, parce que pour nous c'est normal, toi ça t'étonne, alors on voit que des choses évidentes pour nous ne le sont pas pour tout le monde."

 

Ou les bienfaits de la mixité sociale, qui permet l’échange, le dialogue des cultures, l’ouverture des esprits. D’où la nécessité de la loi SRU obligeant les communes à accueillir 20 % de logements sociaux sur leur territoire.

 

Plutôt que la vider de son contenu comme viennent de le faire les députés UMP (en assimilant l’accession sociale à la propriété à du logement social), il vaudrait mieux l’appliquer strictement. Or, on sait par exemple que, en Ile-de-France, sur les 186 communes concernées, moins de la moitié (91) ont satisfait à leurs obligations entre 2002 et 2005.

La mixité sociale, facteur d’échange et de rapprochement des possibles.

Charles André 

Par Charles André - Publié dans : Société
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Lundi 6 mars 2006 1 06 /03 /2006 11:21

Nous poursuivons la publication du long article de Gilbert Veyret , que nous avons divisé en 5 parties, ajourd'hui la partie 3.

Une vie associative dynamique tend à se substituer à l’engagement politique et syndical

 

Notre pays traditionnellement individualiste n’a pas une expérience de vie associative aussi grande que d’autres pays, notamment anglo-saxons. La Révolution de 1789 s’est d’ailleurs faite, en grande partie, contre les corps intermédiaires supposés réduire la liberté d’expression des citoyens, en réalité pour laisser libre champ au pouvoir jacobin naissant. Mais la montée de besoins croissants, inassouvis par les pouvoirs publics a suscité la création d’un très grand nombre d’associations, souvent animées par d’anciens militants déçus par l’action politique ou syndicale. La décentralisation et les diverses politiques de la ville ont pu susciter le développement d’une véritable démocratie de proximité. Elle est renforcée par le nombre croissant de jeunes retraités, de femmes au foyer soucieuses d’engagement social, de jeunes engagés dans l’animation sportive ou culturelle qui changent progressivement le paysage du militantisme, désormais moins idéologique, plus concret et plus proche des besoins quotidiens exprimés par les citoyens.

 

Une quantité croissante de problèmes, sociaux, culturels, éducatifs, d’animation du tissu local ne trouvent de solution qu’en partenariat avec des associations, parfois même grâce à l’intervention des seules ONG. L’acteur de terrain est désormais principalement le militant associatif. De multiples associations essaient de collecter des fonds, d’organiser des bénévoles pour couvrir un champ de plus en plus vaste d’actions sociales, éducatives,  humanitaires qui échappent aux interventions publiques habituelles.

 

Aide alimentaire, éducation sanitaire, soutien scolaire et lutte contre l‘illettrisme, accompagnement de personnes âgées, animation de jeunes en déshérence, assistance aux mal logés, parrainages et aides à la recherche d’emplois, à la création d’activités, défense des droits fondamentaux…; il n’est pas de mois sans que se constituent ou se démultiplient des structures tentant de remédier à cette fracture du  social, objet de tant de discours politiques. Elles comblent des vides béants de l’action publique, même si la décentralisation a permis (en tous cas devrait permettre) de rapprocher les politiques sociales de leurs bénéficiaires. Des jumelages de communes françaises et de pays en développement, des associations de volontaires pour des actions de coopération regroupent de quelques dizaines à plusieurs milliers d’acteurs de terrain et de donateurs.

 

A titre d’exemple une association d’intervenants bénévoles retraités comme AGIR[1] qui regroupe plus de 4.000 adhérents, avait été créée, il y a une vingtaine d’années pour des missions humanitaires outre mer. Désormais 80¨% de ses actions se font en France, avec une progression de 32% entre 2004 et 2005, souvent à la demande des pouvoirs publics qui ont besoin de ces appuis bénévoles expérimentés, notamment pour lutter contre l‘illettrisme, en renfort de l’éducation nationale, l’assistance sanitaire et sociale ou pour aider à la protection judiciaire de la jeunesse, au-delà de l‘action policière ou judiciaire.

 

Les départs en retraite, particulièrement précoces en France, fournissent un grand nombre de volontaires qui essaient de transposer dans le bénévolat le professionnalisme qu’ils pratiquaient dans leur carrière.

 

A l‘opposé de la pyramide des âges, de jeunes animateurs parviennent, avec des moyens très limités à regrouper des jeunes des cités pour prendre en main l’animation de leur quartier, au-delà ou en accompagnement des nombreuses politiques publiques successives de la ville. Leur rôle ne peut aller qu’en grandissant au fur et à mesure que des pans entiers de politiques publiques devront être abandonnés, faute de moyens.

 

Cette montée en puissance du bénévolat, des fondations et de diverses formes d’ONG en France ne fait que suivre avec une quinzaine d’années d’écart, ce qui s’est passé aux Etats-Unis. Les services publics, au sens strict, y avaient déjà déserté certains quartiers, abandonné des politiques sociales, avant même que la droite conservatrice actuellement au pouvoir, ne généralise et théorise ces démissions.

 

Des groupes privés, dotés de moyens importants se sont constitués à partir de leurs idéaux religieux ou philanthropiques, aidés par une fiscalité américaine très favorable aux fondations privées, pour se substituer aux politiques publiques défaillantes.

 

Ils couvrent des domaines très vastes et notamment le logement social, l’aide sanitaire, éducative. Ils ne sont pas exempts de prosélytisme, mais sont nécessairement acceptés comme étant souvent plus efficaces que les aides publiques.

 

Ainsi il est probable qu’une part importante de la réhabilitation des quartiers les plus populaires de la Nouvelle Orléans , ravagés par le cyclone, soit prise en charge par des associations locales. La paupérisation des politiques publiques, au moment où de nouvelles formes de militantisme associatif ou simplement de mauvaise conscience sociale se développent  devrait amener, en France aussi, pays réputé individualiste, cette substitution du bénévolat et des financements privés.

 



[1]              Association générale des intervenants retraités

 

Par Gilbert Veyret - Publié dans : Société
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Vendredi 10 mars 2006 5 10 /03 /2006 08:28

Une société civile exprimant surtout les divisions d’une société éclatée.

 

La montée en puissance du fait associatif, en France, peut constituer une relève dynamique à une vie politique sclérosée et des actions syndicales virant au simple corporatisme. Cette irruption d’une société civile embryonnaire peut aussi n’être que le reflet des communautarismes croissants et des égoïsmes catégoriels.

 

Ce regain apparent de démocratie de proximité, au moment où partis politiques et syndicats tardent à s’adapter au nouveau contexte mondial, à l’évolution des besoins réels et aux nouvelles mentalités, peut être la meilleure ou la pire des opportunités.

 

La meilleure si cette société civile organisée tente de combler la déchirure sociale qui s‘aggrave, de compenser des défaillances, de plus en plus apparentes, des protections sociales habituelles, de briser les barrières entre communautés, catégories sociales, générations. La pire, si elle tend au contraire à exacerber ces différences, à regrouper ses militants selon leur appartenance ethnique, religieuse, culturelle. On sait que la petite délinquance régresse dans certains quartiers lorsque des associations islamistes encadrent les jeunes. Elles prohibent l’alcool et la drogue, tout en les endoctrinant pour des causes nettement plus inquiétantes! Parallèlement quelques groupes d’animation de quartiers ou des groupements de commerçants locaux pourraient bien se transformer, selon les circonstances, en milices d’auto défense.

 

Notre république laïque et notre état de droit devraient savoir résister quelques temps à la tentation de recourir à des groupes intégristes pour lutter efficacement contre des dealers et empêcher que de particuliers se fassent justice eux-mêmes.

 

Mais l’entrisme dans des mouvements altruistes ou apparemment désintéressés est aussi un moyen bien connu des militants d’extrême gauche ou de sectes pour pénétrer des milieux qui ne leur sont pas ouverts a priori, pour un travail de manipulation idéologique ou sectaire.

 

De leur côté, les militants d’ATTAC et d’une bonne part des mouvements actuels tiers-mondistes, anti nucléaires, anti OGM, anti OMC reprennent la tradition gauchiste, dépouillée de ses slogans marxistes et enrichie d’analyses assez percutantes sur les excès de la mondialisation. Ils risquent toutefois de s’enfermer dans une défiance irrationnelle à l’égard de toute innovation, jugée a priori dangereuse et de tomber dans l’obsession simpliste d‘un complot de la finance internationale, nouvelle expression de l‘impérialisme.

 

Des associations à base communautaire peuvent jouer un rôle de réconciliation, comme on a pu le constater entre des responsables maghrébins et gitans à Perpignan ou dans certaines banlieues; elles peuvent aussi avoir des buts d’endoctrinement, d’exclusion amenant des communautés à s’opposer aux autres.

 

L’autre risque plus pernicieux et à notre avis plus enraciné dans nos mentalités, est la constitution de regroupements temporaires de personnes uniquement préoccupées de la défense de leur environnement ou de leurs droits acquis, menacés par tous ceux qui voudraient légitimement en profiter à leur tour ou par les pouvoirs publics quand ils veulent leur imposer quelques contraintes au nom de l’intérêt général.

 

Le souci légitime de la protection de l’environnement et la mise en œuvre d’un principe de précaution, a priori raisonnable, peuvent aboutir à un obscurantisme antiscientifique opposé à toute expérimentation, à tout progrès technique et finalement à tout équipement collectif dont on ne verrait pas l’utilité immédiate pour soi même.

 

Des mouvements alter mondialistes, écologistes, mêlent ainsi fréquemment dans un même opprobre toute innovation économique, culturelle ou technique au nom de ce principe de précaution, alibi de nombreux conservatismes ou égoïsmes.

 

Toute une série de comités de défense ont tendance à proliférer, uniquement motivées par le souci de faire déplacer le passage de la route, de la voie ferrée, la déchetterie ou même le centre d’éducation spécialisée, le plus loin possible de chez eux.

 

Nous pourrions évoquer de nombreux exemples choquants, mais qui ont su habiller leur égoïsme par un discours de justification rationnelle ou politique. C’et un des traits du génie français! Ainsi ces « écologistes » fervents adeptes du tri sélectif des ordures ménagères, hurlant qu’on en veut à la santé de leurs enfants, parce que des déchets ultimes, absolument neutres mais incontournables, risquent d’être enfouis près de chez eux.

 

 On a aussi pu voir d’anciens pilotes de lignes prendre la tête de mouvements de protestation contre le bruit des avions survolant leur résidence.

 

La protestation, la contestation ou le jeu du chat et de la souris avec la police sous le regard des télévisions, seraient pour certains aussi une manière à la mode de lutter contre l’ennui et d‘exister.

 

Par Gilbert Veyret - Publié dans : Société
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Samedi 11 mars 2006 6 11 /03 /2006 09:30

Blocage à la Fac de Nanterre

 

 

            Etudiants de Nanterre, nous estimons que la lutte contre le CPE réunit largement les étudiants, et qu’il est légitime que chacun puisse s’exprimer sur ce texte.

            Néanmoins, nous estimons que la liberté de s’exprimer des uns s’arrête là où commence celle des autres.

 

 

 

Les blocages empêchent les étudiants d’aller en cours et imposent, par la force, une limite au droit à l’éducation, donnant bien souvent lieu à des excès et créant des tensions qui ne sont pas propices à un débat structuré et éclairant sur la question du CPE. En atteste l’AG houleuse de jeudi dernier où les opinions des uns et des autres étaient traînées dans la boue et non respectées.

Une grande partie de cette tension vient du fait que beaucoup ont le sentiment que le Comité de lutte contre le CPE, dont nous saluons par ailleurs l’œuvre d’information, ne peut pas légitimement déclarer bloquer la fac avec 500 signatures. Le vote de jeudi s’est tenu à environ 1.300 personnes, 750 étant pour les blocages, 550 contre. Nanterre compte 33.000 étudiants.

En conséquence, afin d’apaiser la tension qui règne à Nanterre à cause des blocages, et de pouvoir soit les institutionnaliser de manière légitime soit les arrêter et trouver des alternatives viables pour débattre utilement et sereinement de la question du CPE, l’administration de Nanterre organise des votes dans chacun des bâtiments de la fac MARDI PROCHAIN.

Il apparaît cependant qu’une poignée de personnes veuille empêcher la tenue de ce référendum à l’échelle universitaire. Nous appelons donc non seulement tous les étudiants à venir voter dans le calme, en respectant ce processus, mais aussi les journalistes à venir constater que Nanterre reste un lieu de débat constructif où les libertés de chacun, de s’exprimer ET d’étudier, sont respectées.

 

 

 

Clémentine de Brosses, Guillaume Fabre, Alexis Weil (étudiants à Nanterre)

 

 

Par Clémentine de Brosses, Guillaume Fabre, Alexis Weil - Publié dans : Société
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Mercredi 15 mars 2006 3 15 /03 /2006 17:48

Inventer des lieux de rencontre, voire de véritables confrontations, entre acteurs politiques, économiques, sociaux, associatifs.

 

 

Nous avons bien conscience du caractère arbitraire de notre distinction entre les diverses formes de militantisme. Elle relève précisément de cette casuistique assez française que nous tentons de dénoncer. Un Britannique ou un Scandinave est souvent, à la fois adhérent d’un parti social démocrate, du syndicat et membre actif d’une coopérative ou mutuelle qui en sont proches. Le même citoyen n’hésitera pas, le cas échéant, à faire état de son appartenance à une loge maçonnique ou à telle église réformée, à moins qu’il ne s’agisse des deux à la fois. Les Français qui comptent un nombre astronomique d’associations sportives, de loisirs, d‘anciens de quelque chose… sont beaucoup plus réticents à s’engager publiquement dans des mouvements qui révèleraient leurs convictions.  Or, on peut être tour à tour, le long de son existence, un travailleur, un militant syndical ou politique, un animateur associatif, un donateur ou un bénéficiaire. On demeure toujours un citoyen; c’est le trait commun à nos diverses activités et aux évolutions de nos points de vue divers.

 

 

Comment agir en militants, conscients de l’interpénétration des différents problèmes et de l’intérêt général, tout en demeurant au plus près des préoccupations quotidiennes de nos concitoyens? Et comment être capables de porter ces questions, avec nos homologues d’autres pays, au niveau européen?

 

 

Le Commissariat au Plan avait pu servir de lieu discret et neutre de confrontation des différents partenaires économiques et sociaux, à l’époque où l’Etat pouvait encore jouer son rôle de « maître des horloges ». Actuellement les Conseils économiques et sociaux régionaux, national et européen ont élargi cette concertation avec des représentants de la société dite civile. Leur rôle reste très effacé mais outre la publication d’études souvent intéressantes, ils parviennent à maintenir ce lien fragile  de recherche de consensus, au-delà de l’expression bruyante de pétitions de principe.

 

 

Des groupes de réflexion mais aussi de pression, voire de lobbying, si ce mot n’était pas connoté de façon aussi négative en France, se constituent au niveau européen entre différents partenaires économique et sociaux. Parmi ceux-ci, nous pouvons citer « Confrontations » qui a su fédérer des éléments parmi les moins sclérosés du patronat et d’organisations syndicales et qui organise un lobbying assez efficace à Bruxelles sur le thème des services d’intérêt économique général.

 

 

Des think-tank tendent à se développer, au niveau européen, souvent en substitut de la réflexion défaillante des partis politiques. Les plus dynamiques sont Britanniques et s’avèrent nuancés et persuasifs dans leurs démonstrations de l’efficacité du modèle économique néo-travailliste britannique. Il y a peu de structures équivalentes en France. Probablement parce qu’aucun intellectuel n’ose promouvoir un modèle français qui prend l’eau de toutes parts ou n’est capable d’inventer un nouveau paradigme de vie en société, dans une mondialisation maîtrisée, dans laquelle l’Europe jouerait pleinement son rôle.

 

 

Ce silence des intellectuels, sur les principales questions de société, est de temps à autres comblé par quelques pétitions de principe, bien relayées par les médias, sur la situation carcérale ou l'avenir de la psychanalyse, par exemple. Parfois ils se fourvoient dans une défense purement corporatiste, comme dans l’affaire de l’extradition de Cesare Battisti qui a vu se creuser un fossé d’incompréhension entre intellectuels italiens et français.

 

 

Ce n’est donc pas dans le domaine des idées pures du débat idéologique ou des pétitions de principes que nous pouvons actuellement tenter de débloquer une situation assez délétère.

 

 

Sans remonter au fameux débat sur le sexe des anges, au moment où Constantinople cédait sous les coups de boutoirs des envahisseurs, il faut bien admettre que nos débats actuels, notamment européens prennent très souvent l’allure de querelles Byzantines incompréhensibles pour tous ceux qui voient leur horizon borné à des préoccupations quotidiennes  de plus en plus prégnantes.

 

 

Le débat pseudo historique sur les mérites supposés de la colonisation et notre fâcheuse tendance à vouloir tout légiférer, jusqu'à la responsabilité des Turcs dans le génocide arménien, révèle une passion assez morbide pour la commémoration, la repentance et les querelles byzantines. Quand on n'est plus capables d'avoir une  quelconque vision de l'avenir, il ne reste plus qu'à s'affronter sur nos interprétations divergentes du passé!

 

 

Les intellectuels devraient retrouver leur place, mais dans des regroupements plus vastes qui devront faire se rencontrer des points de vue, des expériences différents, l’éclairage d’acteurs de terrain, rarement exprimés, en dépit d‘un bavardage médiatique permanent.

 

 

L’expérience montre que lorsqu’on cherche réellement des réponses durables à des questions concrètes bien posées, on peut faire apparaître les véritables clivages et lignes de force et trouver plus aisément des réponses rencontrant un consensus minimum.

 

 

Il faut pour cela sortir de ces relations de face à face traditionnelles, dans lesquelles se jouent des jeux à somme nulle, voire négatives entre des partenaires/adversaires rompus à ce genre de négociations rituelles et convaincus d’avance de la duplicité de l’autre.

 

 

Il faut introduire de nouvelles préoccupations de la société civile, de nouvelles formes d‘expression, dans les débats, actuellement trop codifiés et rituels, des partenaires économiques et sociaux.

 

 

Les objectifs de développement durable, de commerce équitable, d’ouverture aux hommes et aux produits venus du tiers monde, sans risquer l’explosion de nos fragiles équilibres économiques et sociaux, de stimulation des initiatives économiques, tout en réduisant les inégalités actuelles, de développement des protections sanitaires  sociales…, sans bloquer toute innovation et progrès technique, sont quelques unes des pistes qu’un travail de réflexion de quelques associations déjà rodées à ces échanges entre acteurs venus de différents horizons pourrait explorer avec profit. Il ne s'agit sûrement pas de créer de nouvelles structures, mais de tenter de revivifier le débat public, à l'intérieur des organisations existantes qu'elles soient de nature politique, syndicale ou associative. Le renouveau européen proviendra plus sûrement de ces organisations de la société civile, moins paralysées par des enjeux de pouvoirs et plus ouvertes aux nouvelles données de la mondialisation.

Gilbert Veyret

 

 

Par Gilbert Veyret - Publié dans : Société
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Lundi 20 mars 2006 1 20 /03 /2006 15:13

Une petite pause dans notre débat sur l’Emploi…

 "Les animaux malades de la peste"

 N'est-ce pas, ce sont les oiseaux migrateurs et les poules du père Dugland qui nous ont  fichu le H5N1… D'une certaine façon, c'est vrai. Et ça ne date pas d'hier : la grippe aviaire est endémique chez les oiseaux sauvages et les volailles depuis des siècles. Pourtant, jusqu'ici, on a vécu avec. D'où vient donc alors un péril si soudain et si grand ?

Les choses à leur place

En dépit du battage médiatique qui matraque les oiseaux migrateurs et les volailles libres, des voix commencent à s'élever pour mettre sérieusement en cause l'élevage industriel et ses filières. Il est vrai que la grippe aviaire est endémique chez les oiseaux sauvages et les volailles domestiques. Il semble également établi que ses formes les plus virulentes et dangereuses se développent dans les élevages industriels. Le transport des volailles, l'alimentation, le commerce des œufs et des poussins d'un jour pourraient se révéler être des vecteurs beaucoup plus sérieux que la migration sauvage.

Seulement voilà, les intérêts financiers sont énormes…

Bons profits, mauvais calculs…

La grippe aviaire n'est pas la première crise sanitaire qui nous fiche la tête à l'envers. Si l'on veut un jour se la remettre à l'endroit, il va falloir songer à agir autrement. Parmi les enjeux majeurs qui vont servir à dessiner notre avenir, l'agroalimentaire pèsera de tout son poids, n'en doutons pas.

Comment le penser en termes de développement durable ?

La réponse n'est sans doute pas simple. En tout cas, la question est cruciale.

Pour l'heure, là comme ailleurs, l'argent est roi. La Productivité dicte sa loi. La désinformation va son train.

Bon profits pour quelques-uns, mauvais calculs pour tous les autres. Et quand la peste viendra, l'âne aura toujours bons dos.

Décidément, monsieur de La Fontaine avait bien raison…

Jean-Paul Lahaye

 

http://www.grain.org/briefings/?id=195

 

 

 

 

 

 

  

 

 

Par Jean-Paul Lahaye - Publié dans : Société
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Mercredi 22 mars 2006 3 22 /03 /2006 00:47

Aujourd’hui est la une journée internationale de lutte  contre toutes les discriminations.

 

C’est aussi le jour où nous prenons connaissance du dernier rapport de la commission consultative des droits de l’homme, indiquant son inquiétude face à ‘’l’augmentation des personnes se disant racistes’’ (AFP 21 mars 2006). Suite à la mort d’Ilan Halimi et la radicalité avec laquelle le peuple français et ses représentants ont réagi auprès de présumés coupables (malgré la leçon d’Outreau), suite à la radicalité qui oppose le gouvernement et les anti-CPE, il semble que les cycles de l’histoire française se resserrent. De plus, nous ne pouvons ignorer que le racisme ambiant est, dans une société, un état d’esprit qui englobe bien plus d’aspects que la simple haine de l’étranger.

 

Pourquoi tant de bruit autour de la mort d’Ilan Halimi ? Pourquoi si peu de bruit autour de la mort des autres, les musulmans, morts tout aussi gratuitement ?Que pourrait-on en conclure ? Géographiquement, les zones affectées sont les mêmes : soit victimes, soit agresseurs tous ont un lien, plus ou moins direct, avec nos no man’s land français..

 

 La différence de traitement et de réception de ces morts violentes de la part du public n’est donc pas liée à une crainte particulière de voir la France se getthoïser, ni même liée à une prise de conscience de la violence que cette même ghettoïsation entraîne. Les Français ont été particulièrement touchés par la mort d’Ilan Halimi… Tous les Français, l’ensemble du gouvernement français… Cela rappelle un temps encore proche de nous, où Hitler ayant fait fureur, les Français se donnaient bonne conscience, en redoublant d’attention et de tendresse verbale envers les ‘’israélites’’ de France. Or, à tant vouloir se protéger de toute accusation antisémite, on montre une certaine obsession de la chose, on se trahit par ce que l’on en pense dès qu’il s’agit d’un juif… alors qu’il s’agit, avant tout, d’un citoyen français. L’antisémitisme est encore présent dans les esprits. Il est désagréable, mais rendu doux et supportable par ces gestes de sympathie. Sur une échelle fictive peu reluisante, la France est donc bien plus raciste vis-à-vis des  arabes que des  juifs, puisqu’elle va jusqu'à ignorer la mort insupportable de ces derniers. Les bourreaux sont les mêmes…à l’exception du dernier assassinat en date, celui de Chaïb Zehaf, où le bourreau est un collectionneur de croix gammées, apparemment fort alcoolisé et armé. Un bon Français ?

 

Le procureur chargé de l’affaire a insisté pour que ce crime ne soit pas qualifié de raciste avant que des preuves ne soient fournies de ce mobile. La différence de traitement avec l’affaire Halimi est flagrante et choquante. Surtout quand on connaît la teneur des témoignages autour du meurtre de Chaïb Zehaf et le traitement qui fut réservé à son frère…Si la mort d’Ilan Halimi n’était pas sortie du registre du fait d’hiver sordide, si la mort de Chaïb Zehaf avait eu plus d’échos dans la presse et dans le public, cet état de fait du racisme en France ne serait pas, aujourd’hui, aussi visible.

 

 Le ‘’problème des banlieues’’ -où vivent les présumés bourreaux- ne peut se résumer à une problématique d’expansion urbaine mal maîtrisée: c’est aussi la marque d’un racisme français actif. Les courbettes faites aux juifs comme la présence du Président de la République dans une synagogue montrent un peu rassurant et pervers dévolu pour les juifs ; il met aussi en exergue le sort que l’on réserve, mentalement, aux musulmans… pourtant personne, ni à droite ni à gauche, ne réagit à cette différence de traitement.

 

 Le sort des juifs et des musulmans de France (peut-on, d’ailleurs, affirmer avec certitude que ces « communautés » existent réellement ?) s’équivalent, parce qu’ils révèlent un même malaise.

 

C’est un constat objectif : la France ne prend pas l’Autre comme une partie d’elle-même. Il y a là une motivation de plus pour se battre durant la campagne des élections de 2007 : certes, notre pays à besoin d’une restructuration profonde. Mais même les meilleurs de ceux qui défendront un projet de réforme, dit incontournable, avec toutes les références d’efficacité du monde entier, prouvant que l’on peut s’extraire de la chute, ne pourront trouver de résonance si un autre mal, aux apparences moins déterminantes pour la société mais trop longtemps contourné ou utilisé, n’est pas mis à nu : l’inconscient collectif français qui se refuse à l’échange, au dialogue et qui tend à se rassurer par la haine et le rejet. En ces temps d’insécurité sociale, cet esprit -d’extrême droite ou d’extrême gauche- s’étend à tous nos outils de représentation politique, à tous les discours volontaristes. La culture de l’intransigeance n’a, en France, pas de parti ; elle est bien plus diluée qu’on pourrait ou voudrait le croire. Les médias ne sont plus les seuls à se laisser maladroitement balader dans ce gouffre raciste ou antisémite (les deux sont synonymes) ; les politiciens, les juifs, les musulmans, les chrétiens, les femmes, les hommes, les étudiants, les Parisiens, les banlieusards, les provinciaux, les alter-mondialistes, les besancenoïstes, les arlettistes, les boveïstes, tous les Français, sont dans cette logique ; certains voteront Sarkozy, d’autres Le Pen…  2007 approche à grands pas : il en va de la responsabilité de chacun de se soucier d’une nouvelle marche à suivre ; philosophique et morale.

 

Nous, français, avons besoin d’une rééducation intense : réapprendre à assumer nos erreurs, et se servir directement de ces dernières pour modifier nos trajectoires, par le biais d’un dialogue dédiabolisé.

 

Là encore, le gouvernement et tous ceux qui se proclament politiciens, devraient montrer l’exemple : la flexibilité économique, tant citée, ne pourra se réaliser sans une flexibilité mentale accrue. Que ce soient aujourd’hui, les étudiants et le gouvernement autour du CPE (très symbolique et symptomatique de la pratique politique française), que se soient les syndicats (MEDEF compris) et toutes les autres corporations de France, tous doivent réapprendre à gérer l’échange avec l’autre, sans avoir l’impression d’une faiblesse ou d’une mort inexorable.

 

Le blocage économique de la France n’est qu’une cause d’un blocage intellectuel qui se révèle de plus en plus handicapant. Le danger d’un second tour 2007 encore plus fou qu’en 2002 est largement plausible : c’est aujourd’hui qu’il faut faire de la politique ’’autrement’’. C’est ici la première réforme à entreprendre. Le danger est réel.

 

 Sans ce retour à la démocratie, nous n’échapperons pas à la punition suprême dictée par l’Histoire et dont la sévérité est avérée. En cette journée internationale contre le racisme et à l’heure où la discrimination (positive, bien sûr), veut s’officialiser en France, un  paradoxe français apparaît au grand jour : chaque corporation française qui lutte contre sa propre discrimination, développe son argumentaire par la discrimination des autres corporations. Tous les Français paraissent subir la discrimination : les jeunes parce qu’ils sont jeunes, les femmes parce qu’elles sont femmes… La discrimination est l’argument par excellence. Mais tout en la condamnant, les Français s’en servent, la  préservent et en sont les acteurs directs. Comment, avec le mode opératoire politique et social actuel –en quête de résultats rapides et de solutions faciles - qui tend à autant de particularisme, pouvons nous échapper à cette montée du racisme global qui, lui, est de plus en plus assumé ?

 

Lucie Lepage

 

Par Lucie Lepage - Publié dans : Société
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