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Education, recherche

Lundi 30 janvier 2006

Pour une Université de l’Europe

 

 

Le Monde du 19 janvier publie une tribune de Bronislaw GEREMEK (historien, député européen et ancien Ministre des affaires étrangères polonais) et Jean-Didier VINCENT (biologiste et membre de l’Institut), qui préconisent la création d’une Université de l’Europe.

 

Cette ambition, que l’IES devrait soutenir, paraît parfaitement pertinente. En effet, créer une vraie Université européenne permettrait de :

 

- donner une réelle impulsion à la création d’un vrai système européen d’enseignement supérieur, condition d’une croissance plus soutenue via l’économie de la connaissance et la réalisation des objectifs de la « stratégie de Lisbonne »)

 

- créer et renforcer l’identité européenne, en favorisant les échanges et la mobilité, le partage et la clarification des valeurs communes qui fondent la singularité (ainsi que le projet universel) de l’Europe ainsi qu’en instituant un ascenseur social européen.

 

Par ailleurs, l’Université européenne donnerait corps à des coopérations renforcées utiles à la relance de la construction européenne par des projets concrets, sur une base volontaire.

 

Le choix d’une implantation dans les locaux du Parlement européen de Strasbourg, symbole de la réconciliation franco-allemande et de la légitimité du projet européen, constituerait un geste fort. D'autant plus que le Parlement européen n’y siège en réalité que quatre jours par mois, la majorité de ses séances ayant lieu à Bruxelles pour des raisons de commodité (ce qui n’empêche pas l’UE de dépenser 200 millions d’euros par an pour financer les déplacements des députés).

 

Voici l’essentiel du texte de MM. Geremek et Vincent :

 

            La crise d’identité que traverse l’Europe (quelles sont notre histoire et nos valeurs communes ?) trahit une crise de la transmission.

 

L’Université constitue, par excellence, le lieu légitime de la transmission des savoirs. Car elle n’est pas soumise aux pressions médiatiques ou politiques ni au jeu économique de la rentabilité immédiate. Car elle constitue le symbole de l’Europe humaniste depuis la Renaissance, une Europe qui croit en l’échange et fait confiance à l’intelligence. Aujourd’hui, l’Europe a besoin de nouveaux défricheurs -que cette Université pourra former- tant pour elle-même que pour porter son projet universel, humaniste et pacifiste, toujours pertinent dans un monde belliqueux.

 

            Ce projet devra aller bien au-delà de ce qui existe à Florence pour les sciences humaines (ou à Bruxelles et Varsovie pour la formation des futurs technocrates européens). Il s’agira d’une Université de l’Europe, multidisciplinaire et de haut niveau, maison mère d’un réseau d’universités européennes.

 

En ce lieu s’uniraient harmonieusement enseignement de haute qualité et recherche d’excellence. Elle pourrait être constituée de quatre départements :

 

-          un département de sciences fondamentales (mathématiques, physique, chimie, ingénierie…) ;

 

-          un département des sciences de la vie (biologie, médecine, pharmacologie, biotechnologies, écologie…) ;

 

-          un département des sciences de l’Homme (philosophie, histoire, sociologie, psychologie, grammaire, littérature, langues, arts…) ;

 

-          un département des sciences juridiques (droit, sciences politiques, science des organisations, économie, gestion…).

 

 

Parallèlement serait mis en place un véritable réseau labellisé d’universités européennes. Celui-ci impliquerait indépendance vis-à-vis des pouvoirs nationaux, autonomie de gestion et de définition des programmes et validation des savoirs reconnue au niveau européen –donc international.

 

Ainsi, la circulation des élites étudiantes et la reconnaissance nationale de leurs parcours seraient favorisées. Un système de bourses de mérite serait mis en place. Ainsi l’Europe créerait un véritable ascenseur social européen, qui insufflerait une nouvelle dynamique à l’égalité des chances.

 

            La mise en œuvre reposerait sur le mécanisme des coopérations renforcées, qui ne nécessite pas un accord à l’unanimité. Un système européen d’enseignement supérieur à la fois fort et souple verrait ainsi le jour, sans préjudice des spécificités nationales.

 

Le financement serait assuré, pour le fonctionnement de base, par le budget de l’Union européenne (UE). Ceci implique évidemment de mettre enfin en pratique les objectifs de Lisbonne en matière de recherche (les Etats se sont engagés à consacrer 3 % de leurs PIB à la recherche). Puis s’ajouterait le produit de rentes et de donations. Enfin, un financement national, au prorata du nombre d’Universités nationales engagées dans ce réseau, viendrait abonder les budgets.

 

            Ce projet comporterait nombre d’avantages. Il donnerait à la mobilité étudiante un nouveau moyen de réalisation (seuls 7 % des 16 millions d’étudiants que compte l’Europe bénéficient chaque année du programme ERASMUS), vital alors que les universités demeurent essentiellement organisées à une échelle nationale.

 

Il donnerait également corps à la mobilité des chercheurs, et donc à un véritable espace européen de la recherche, pour une émulation et une mutualisation des savoirs encore plus nécessaire à l’heure de la compétition internationale en la matière. Dans la même perspective, il réunirait les systèmes nationaux pour les rendre plus à même de faire face à cette concurrence mondiale.

 

De plus, ce lieu serait celui de la mise en valeur d’une conscience et d’une identité communes.

 

Enfin, les énormes investissements consacrés à la ville de Strasbourg prendraient tout leur sens, alors que les réunions du Parlement européen y sont très difficiles à pratiquer et extrêmement coûteuses.

 

Les préconisations de MM. Geremek et Vincent doivent être relayées, pour des raisons de légitimité démocratique (l’Europe au service des peuples), identitaires et symboliques, financières et économiques.

 

La France aurait par ailleurs énormément à gagner d’une telle avancée.

 

En effet, un rapport récent du Conseil économique et social (http://www.ces.fr/rapport/doclon/05121624.pdf), relayant les conclusions d’études menées par le Sénat et le Commissariat général au plan en 2005, soulignait la perte de vitesse de notre pays dans la compétition internationale que se livrent les Etats et leurs systèmes d’enseignement supérieur pour attirer les meilleurs étudiants étrangers. Notre pays se situe en 4ème position, avec 9% des étudiants faisant leurs études supérieures en dehors de leur pays, derrière les USA (30 %), le Royaume-Uni (14 %) et l'Allemagne (12 %).

 

Or, si l’on additionne les résultats français, britanniques et allemands, l’Europe pourrait au minimum attirer plus du tiers (35 %) de ces étudiants étrangers, et donc dépasser les Etats-Unis. Une mutualisation des efforts et une vraie politique européenne d’enseignement supérieur sont donc nécessaires.

 

De plus, une telle évolution aiderait notre pays à surmonter le problème de la langue, en l’engageant résolument en faveur du multilinguisme et d’un meilleur accueil des étudiants étrangers -qui soutiennent les bonnes performances des universités scandinaves et ont permis à l’Allemagne de devenir de plus en plus attractive.

 

En outre, cette évolution permettrait de couper le cordon ombilical qui lie les anciennes colonies françaises à notre pays. En effet, les étudiants africains représentent plus de la moitié (http://www.rfi.fr/fichiers/MFI/CultureSociete/1227.asp) des étudiants étrangers faisant leurs études sur notre sol. Cet état de fait entretient la dépendance, la « françafrique ».

 

Contrairement à ce que semble préconiser en filigrane le CES, nous ne devons toutefois pas écarter les étudiants africains par une sélectivité accrue de nos étudiants étrangers en nous tournant désormais en priorité vers les zones à forte croissance (Chine et Inde notamment).

 

Ne serait-ce que par devoir moral eu égard au passé, nous devons continuer de leur faire bénéficier de nos systèmes d’enseignement supérieur.

 

Ne serait-ce que pour favoriser le développement autonome de ce continent, nous devons les intégrer dans cet espace européen qui formera les meilleurs dans un cadre fondamentalement international. Car les questions de développement et les organismes qui les portent s’établissent aujourd’hui à l’échelle mondiale.

 

            L’Université européenne constitue un projet qui aiderait concrètement à unir les Etats et à donner corps l’Europe des peuples, tout en renforçant sa place dans le monde sans oublier d’affirmer ses valeurs humanistes.

 

L’Université européenne, une Initiative Européenne et Sociale !

 

Par Charles André
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Jeudi 11 mai 2006

Guillaume Fabre, étudiant et membre de l’équipe dirigeante d’IES, nous propose cet article pour lancer un débat sur l’enseignement supérieur, l’université et l’insertion des jeunes…. Après la crise du CPE, largement évoquée sur ce blog, un débat nécessaire et tourné vers l’avenir…

 

 

 

Les moyens  consacrés à l’enseignement supérieur en France sont non seulement moins importants que chez nos partenaires européens mais ils sont aussi  plus éclatés : universités,  grandes écoles, prépas, IUT, BTS, CAP... Le site de l’INSEE recense 11 catégories d’enseignement supérieur.

 

 

Éclatement des moyens donc, mais également éclatement des compétences. Le système éducatif et l’enseignement supérieur en particulier n’est absolument  pas un système égalitaire, il est même une machine à reproduire les inégalités sociales.   Les grandes écoles, d’ingénieurs ou de commerce, attirent en général les meilleurs lycéens qui viennent le plus souvent des familles les plus favorisées. Peut-on  dire que l’université est égalitaire parce que la sélection ne se fait pas à l’entrée de la fac quand on sait qu’elle se fait  bel et bien, et durement,  dès les premières années ?

 

Les universités sont censées dispenser du « savoir »,  mais  trop de diplômés  ne parviennent pas à  trouver un emploi. Et ce n’est pas tant le savoir que les compétences qui manquent.

 

Si la logique est de faire des universités des temples du savoir, alors multiplions les postes de maîtres de conférences et de  professeurs des universités.

 

Si la logique est de former les étudiants pour les préparer au monde du travail, réformons de fond en comble nos facultés, et évitons ainsi les sorties sans diplômes, mais aussi  le sentiment de frustration ressenti par tous les diplômés, y compris les  bac +5, qui se retrouvent   au chômage.

 

 

Créons des synergies en regroupant nos institutions d’enseignement supérieur.

 

 

Laissons le temps aux jeunes de choisir leur voie : instaurons un service civil obligatoire pour laisser le temps au bachelier de trouver sa voie par des expériences de vie. Est-ce un drame si les études sont décalées d’une ou deux années ?

 

 

Réformons le système de financement pour augmenter les moyens des universités et  responsabiliser les étudiants par des frais d’inscriptions élevés (5.000 €uros par an) en mettant en place un large  système de prêts accordés par l’État et indexés sur l’inflation que l’étudiant ne rembourse qu’une fois qu’il gagne plus d’une somme déterminée.

 

 

Stimulons notre système en instaurant une concurrence entre nos universités : qu’elles attirent les étudiants européens et internationaux et mettent en place des programmes plus ambitieux les uns que les autres pour préparer les étudiants à affronter le marché du travail.

 

 

Renforçons les liens entre le monde universitaire et le monde professionnel par un système de stages obligatoires, par des séminaires donnés par des professionnels, par des programmes plus orientés vers la pratique que la théorie. Valorisons les expériences professionnelles au sein des universités pour que ceux qui travaillent ne soient pas pénalisés.

 

 

En un mot, au lieu de former des milliers d’universitaires potentiels (voir les récents sondages sur les ambitions des jeunes au sein de la fonction publique) formons des actifs.

 

Guillaume Fabre

 

Par Guillaume Fabre
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Mercredi 6 septembre 2006

Julie Coudry, présidente de la Cé, la Confédération étudiante, m'adresse (ainsi qu'à d'autres), ce texte...

La Cé a rencontré aujourd’hui le Ministre délégué à l’enseignement supérieur et à la recherche, François Goulard  pour évoquer les dossiers de la rentrée étudiante.

 ALINE : un coup de pouce à la décohabitation étudiante mais qui ne permet pas de régler les problèmes de fond

Par la création d’ALINE (Allocation pour l'installation étudiante), la situation s’améliore pour les familles à revenus modestes mais cette allocation reste insuffisante et peu structurante face aux injustices du système.

ALINE ne répond pas aux objectifs définis dans le rapport Wauquiez : elle ne simplifie pas le système d’aides sociales et ne prend toujours pas en compte les classes moyennes : elle n'est destinée qu’à 3,5 % des étudiants !

Les classes moyennes toujours oubliées !

Les classes moyennes ne bénéficient d’aucune aide sociale et contribuent pourtant à les financer. Il faut donc modifier le système d’aides sociales en profondeur, pas question d’en rester à la création de cette allocation.

 La Cé demande:

- un élargissement urgent de ALINE aux familles à revenus moyens

-          et appelle également dès maintenant à l’ouverture de concertations afin d’élargir le seuil des bourses à ces familles pour la rentrée 2007.

 rientation- Insertion : après le CPE, la montagne ne doit pas accoucher d’une souris

Après le CPE, pas question d’en rester là sur la question de l’orientation et de l’insertion professionnelle des jeunes : la situation doit avancer et le gouvernement le sait.

- Le rapport Hetzel à venir ne doit pas subir le même sort que le rapport Wauquiez et doit aboutir à de véritables changements plutôt qu’à des mesures qui ne règlent pas les problèmes de fond.

La Cé invite donc d’ors et déjà les ministres à s’interroger sur les suites qu’ils donneront au travail que la commission Hetzel rendra fin octobre.

La Cé appelle les ministres à l’ouverture de concertations sur le schéma national d’orientation ainsi que sur l’accompagnement des étudiants de la 3° à la troisième année de licence.

 Tout cela va dans le bon sens et ne doit pas en rester au stade des paroles.

 La Cé saura continuer à faire entendre sa voix au cours des prochaines rencontres avec le gouvernement.

Julie Coudry

 

Par Julie Coudry
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Lundi 25 septembre 2006

Un article que j'emprunte à FRED, dont vous pouvez consulter le blog "Et Maintenant" .

Dans la bouche de Ségolène Royal, la petite phrase aurait probablement fait la une de tous les journaux. Le "dynamitage des facs" évoqué par DSK lors de son étape new-yorkaise (où il participait à une conférence sur le proche-orient à l'invitation de Bill Clinton, mais ca on en a pas parlé non plus...) laisse pourtant l'encéphalogramme médiatique plat. Ses prises de position en faveur de la concurrence, du financement de la recherche universitaire par des entreprises ou de la fin de "l'hypocrisie du diplôme unique" ne laissent pourtant pas le net indifférent, suscitant un débat de bonne tenue sur le site de Libération, agitant chez certains le chiffon rouge de la privatisation ou conduisant à l'interpellation inquiète ou franchement hostile de plusieurs blogueurs sociaux-démocrates, moi y compris. Sans prétendre être dans la tête de Dominique, je souhaite développer ici certains arguments pour faire vivre un débat qui me paraît essentiel.

Essentiel, parce qu'on le sait, l'excellence de notre enseignement supérieur et de notre recherche sont dans notre projet l'une des pierres angulaires de la compétitivité française et au delà, de notre capacité à construire un modèle de développement durable. Je salue à ce propos le travail réalisé par une centaine d'experts à la demande du Ministère de l'Industrie pour dresser en 83 technologies-clés les enjeux et priorités en matière de R&D. L'université française semble toutefois bien mal en point pour relever ce défi : avec simplement 4 universités dans le top 100 mondial et une 45e place comme meilleur résultat, elle régresse régulièrement et est aujourd'hui très loin des performances affichées par les USA (53 et 1e), le Royaume-Uni (11 et 2e), ou le Japon (6 et 19e). Et même lorsque comme DSK, on est attaché à la spécificité française d'une université publique à vocation égalitaire, on aurait tort de s'enorgueillr du fait que l'efficacité ait été sacrifiée à une plus grande justice sociale : juste, elle ne l'est guère davantage.

Car la concurrence, l'université française y est déjà soumise et en sort très largement perdante. Face à elle, les "grandes écoles" trustent en effet les bons résultats en s'inspirant largement des solutions anglo-saxonnes (autonomie, concurrence, liberté pédagogique, liens avec le privé, stages...) et monopolisent la formation des cadres du privé (il suffit de parcourir un site d'offres d'emploi pour se convaincre du déclassement des formations universitaires...). Or ces grandes écoles se caractérisent par une double sélection : par l'argent, avec des tarifs d'inscription et la nécessité de vivre dans une grande ville qui s'avèrent prohibitifs pour de nombreuses familles modestes ; et par l'origine, avec des concours ouverts aux élèves de classes préparatoires, eux-mêmes sélectionnés sur dossier en vertu - notamment - de leur lycée d'origine. Notre enseignement supérieur est donc très inégalitaire, emprunt d'élitisme et moteur de la "reproduction sociale". Pire, les principes qui régissent l'Université la condamnent à subir cette concurrence sans moyen d'y répondre et de jouer son rôle d'ascenceur social en offrant à ses étudiants des perspectives d'avenir équivalentes à celles des écoles.Telle est bien la question soulevée par DSK : comment développer l'attractivité des facs pour qu'elles représentent un véritable choix pour les meilleurs étudiants (et non une solution de repli) tout autant qu'un vivier d'excellence pour les entreprises ?

Evacuons d'entrée de jeu les faux-débats et mauvais procès : nous autres sociaux-démocrates ne sommes pas de ceux qui crient à la démagogie face à l'objectif de 80% de bacheliers, ni partisans d'une sélection à l'entrée de l'université. L'élévation du niveau global de formation - qui est réel quoi qu'en disent les polémistes - n'est pas simplement un impératif économique : il est la condition de "l'émancipation", du droit de chacun à choisir librement son destin. Cela n'exclut pas la responsabilité des pouvoirs publics de donner à tous les moyens d'occuper un emploi, et nécessite de corriger les échecs du système par de grands chantiers tant dans l'information sur l'orientation que sur des passerelles offrant un véritable "droit à la deuxième chance", dans une logique de gestion prévisionnelle des compétences. Mais cela n'interdit pas davantage de donner aux établissements universitaires davantage de liberté pour définir les objectifs, moyens et contenus de leur périmêtre pédagogique, pour leur permettre de proposer une offre de formation plus différenciée, plus adaptée aux besoins professionnels et en définitive, des avantages concurrentiels pour leurs étudiants sur le marché du travail.

Je crois pour cela en la nécessité de décentraliser la gestion de l'enseignement supérieur public. D'abord parce que pris au piège d'arbitrages budgétaires plus politiques que liés aux réalités du terrain, les facs sont (et singulièrement sous les gouvernements de droite), le maillon le plus pauvre de la chaîne éducative. Ensuite parce que, tant pour affronter la mondialisation que pour des considérations de développement durable, l'attractivité de nos territoires doit être au coeur de notre projet économique, les universités devant naturellement prendre toute leur place dans les stratégies des régions en la matière. Nous pouvons d'ailleurs nous enorgueillir du bilan de la gauche en la matière : le redéploiement des implantations universitaires dans le cadre du plan "Universités 2000" a d'ores et déjà contribué à la dynamisation des villes moyennes tout en représentant un progrès social considérable pour les familles éloignées des grandes villes. Et si je veux préserver cette égale capacité de tous à suivre des premiers cycles universitaires généralistes et à reconnaissance nationale, je crois que nous devons ouvrir le débat sur la spécialisation et la professionalisation des deuxièmes et trosièmes cycles. Le dialogue avec les partenaires sociaux sur les objectifs professionnels des diplômes, l'ouverture du corps enseignant à des intervenants de l'entreprise,  la généralisation des stages obligatoires dans les cycles diplômants sont autant de moyens de faire du tissu économique régional le débouché naturel de chacune de ces universités. Il ne s'agit bien évidemment pas de les transfrormer en sous-traitante qui se substitueraient aux entreprises pour dispenser des "formations-maison" ou mener leurs programmes de R&D, et toute la responsabilité des conseils scientifiques universitaires sera alors de trouver le juste équilibre entre l'impératif de former des "généralistes de haut-niveau" capables de s'adapter aux mutations de leurs métiers, et celui de participer utililement au développement économique de leur bassin d'emploi.

Reste alors la question des financements. DSK a indiqué très clairement que les facs devaient rester publiques, et leur décentralisation ne pourra se faire sans le transfert des moyens financiers correspondants, ne serait-ce que pour garantir une péréquation dans assurant un minimum de solidarité entre les territoires. Mais l'on sait déjà que cela ne suffit plus, et nous devons laisser les régions explorer sans tabou de nouvelles possibilités. Il ne me semble pas illégitime de demander aux entreprises de participer au financement des filières universitaires qui contribuent à leur compétitivité, notamment par le "parrainnage" de programmes de recherche. D'autres proposent de développer la solidarité entre générations en demandant aux diplômés de rembourser - après plusieurs années d'expérience professionelle et sous conditions de revenus - une partie des investissements consentis pour leur formation. D'autres pistes restent certainement à inventer et à creuser, et le rôle d'une campagne électorale est précisément d'amener la société à en débattre. Etre de gauche aujourd'hui, ce n'est pas camper sur des positions de principe, ni se nourrir de formules pré-fabriquées. C'est accepter une obligation de résultats et proposer des solutions concrètes, efficaces économiquement et justes socialement, pour y parvenir. Tel est précisément le rôle que revendique Dominique Strauss-Kahn dans cette campagne.

Fred
Par FRED
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Mardi 31 octobre 2006

En matière d’éducation, la position que nous attendons d’un candidat à la prochaine élection présidentielle doit être tout sauf attentiste. N. Sarkozy et S. Royal ont déclaré qu’il fallait à tout le moins assouplir la carte scolaire. D’autres leur ont répondu que le pire était à craindre d’un tel bouleversement. Quant à moi, je ne sais pas dans quelle mesure ni de quelle manière il convient d’accomplir cette tâche. Je ne suis pas énarque. Mais il me semble qu’il y a quelque chose d’indécent à déclarer que le pire serait à craindre d’une réforme. La situation que nous connaissons aujourd’hui est celle d’un quasi apartheid. L’enfant qui est entré à l’école maternelle dans un quartier dit ‘sensible’ est condamné à ne pas en sortir pendant le reste de sa scolarité, quelque soit son talent et la détermination de sa famille. Sauf, bien sûr, si ses parents décident de l’inscrire dans un établissement privé et qu’ils ont les moyens de le faire. Cela nous fait une situation indigne d’une nation démocratique.

 

Je suis entré dans le métier au début des années 70, moment où Bourdieu et Passeron dénonçaient l’école comme un système propre à reproduire les inégalités sociales[1]. Nous trouvions grotesque alors que les enseignants les plus jeunes, les moins expérimentés et les moins payés soient affectés dans les quartiers les plus difficiles. Je veux dire que nous ne doutions pas que la gauche, quand elle serait au pouvoir, corrigerait cela en un tournemain. Or, la gauche est venue, elle est repartie, elle est revenue, et rien n’a changé.

 

Enfin, l’histoire du communisme nous a appris à souhaiter que le lieu de la décision ne soit jamais trop éloigné du terrain où elle exerce ses effets. Le niveau universitaire des professeurs de l’école primaire s’est beaucoup élevé, leur concours de recrutement est l’un des plus sélectifs qui soient et, quoi qu’on en dise, leur niveau de rémunération n’est pas négligeable. Pourtant, même réunis en conseil, ils n’ont pas le droit d’exclure de leur établissement un élève qui s’est montré irrespectueux ou brutal. Ils n’ont pas réellement le droit, et encore moins le devoir, d’adapter leur enseignement à la réalité sociologique et linguistique du public auquel ils s’adressent. Ils sont rémunérés enfin de la même manière, qu’ils passent quarante heures par semaine dans leur établissement, ou qu’ils n’y viennent pas, qu’ils donnent satisfaction à leur directeur et aux représentants des parents d’élèves, ou qu’au contraire ils les dédaignent. En un mot, ils sont traités par leur administration comme des êtres irresponsables, définitivement immatures.

 

Au nom d’un idéal d’égalité jamais atteint, personne (ou presque) ne semble réellement souhaiter qu’un fonctionnement démocratique soit de règle à l’école. Et nous entendons de plus en plus de personnes nous dire : ‘Puisque les professeurs eux-mêmes ne semblent pas souhaiter cette démocratie, qui ferait de chaque école une lieu de recherche et d’expérimentation, un lieu de formation pour les jeunes professeurs, un lieu de vie en même temps que de transmission du savoir, pourquoi voudriez-vous que nous la leur imposions ?’

 

La réponse à cette question n’est pas d’ordre moral mais pragmatique. Elle consiste à souligner que les systèmes qui fonctionnent le mieux sont les plus décentralisés et les plus démocratiques. Il devient indispensable que les écoles se démocratisent, non seulement parce que cela serait bon pour les professeurs (qu’on verrait sans doute un peu moins déprimés), mais aussi et surtout parce que ce le serait pour leurs élèves (et leurs parents).

 

La gestion centralisée des écoles, au niveau même des communes, entraîne une extraordinaire déperdition d’argent, de force et de désir. En France, aujourd’hui, la gestion de service public signifie concrètement qu’un chef d’établissement n’est pas élu par son conseil d’administration, qu’il ne peut pas embaucher lui-même le personnel de service, choisir le mobilier des classes, la couleur des peintures, former son équipe de professeurs, décider du contenu des programmes et des méthodes pédagogiques qui seront employées, comme tout chef d’entreprise est en mesure de le faire. Un ancien ministre parlait de ‘mammouth’. Les établissements scolaires apparaissent en effet comme des entreprises de taille assez considérable difficiles à mouvoir parce qu’elles sont dirigées par personne. Certains acteurs vont même jusqu’à revendiquer la ‘liberté pédagogique’, sans seulement songer qu’entre le niveau ministériel qui prévaut aujourd’hui et celui de l’enseignant, le pouvoir de décision pourrait s’exercer de manière beaucoup plus efficace et naturelle au niveau de l’équipe.

 

Aujourd’hui le service public sauve les meubles grâce à des mesures coercitives tendant à limiter l’extension de l’enseignement privé. Mais il est clair que ce ‘barrage contre le Pacifique’ ne protègera plus longtemps le rêve Républicain d’une école pour tous. Si nous voulons éviter que demain le ‘chèque éducation’ devienne la règle unique[2], il est temps de montrer qu’un service public peut fonctionner autrement que d’une manière centralisée et bureaucratique.

 

Le socialisme libéral a montré cette voix dans beaucoup d’autres pays européens. Á nous à présent d’en tenter l’expérience. La prochaine élection présidentielle nous en fournit l’occasion. Sans doute la dernière.

 

 

Christian Jacomino

Directeur de ‘Voix Haute’, atelier de lecture et de pédagogie du français

http://voixhaute.org



[1] Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron publient Les héritiers en 1964 et La reproduction en 1970.

[2] Voir sur ce point le programme d’Alternative Libérale, qui a le mérite d’une grande clarté (http://www.alternative-liberale.fr/pr118-Education.html).

Par Christian Jacomino
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Jeudi 5 avril 2007

Si vous laissez les gens libres d’apprendre, ils découvriront la même chose pour peu qu’il existe une réalité objective à découvrir. Si la terre est ronde et qu’on laisse les astronomes travailler librement, ils feront tous ce même constat : la terre est ronde. D'ailleurs, partout dans le monde, les hommes ont inventé la monnaie et l'échange. Ce n’est pas le fait de la pensée unique qui rétrécit ex ante le champ des possibles, c’est l’objectivité qui s’impose aux esprits raisonnables.

 

Mais si on veut mettre dans la tête des gens que la terre est carrée ou plate, alors il faut étroitement encadrer et enrôler les savants et les maîtres dans des programmes officiels dont le but est de distiller un savoir officiel, pour ne pas dire de la propagande, voire une pseudoscience à l’instar de l’économie enseignée dans nos lycées et pratiquée par nos experts. A écouter nos experts, l'économie est en crise, l'économie va mal à cause de la liberté alors l'Etat doit réglementer, réguler et contrôler. En clair, il faudrait nous protéger de nous-mêmes ! On a peu à peu perdu de vue une évidence qui s'imposait à l'époque des Lumières alors que les juristes et les économistes s'entendaient pour limiter précisément le domaine de l'intervention publique : et si l'Etat n'était pas le remède, s'il était précisément la cause de nos problèmes. N'y-a-t-il pas urgence à nous protéger de la dérive du pouvoir, dérive inéluctable qui résulte de l'octroi de monopole à la puissance publique ?

 

 

 

Au niveau mondial, la coordination des chercheurs et des universités est libre et spontanée, selon un processus d’auto-organisation dont la dynamique part de la base et qui reflète la complexité de toute organisation humaine, mêlée de coopération et de compétition. De fait, les chercheurs et les grands laboratoires convergent vers les mêmes découvertes et les mêmes théories, en physique quantique ou dans le domaine des nanotechnologies, en mathématiques ou dans la génétique, dans les statistiques ou en économie. Encore une fois, c’est une convergence ex post, fruit de la liberté de penser, qui nourrit une évolution sans précédent des domaines du savoir de laquelle tout système dirigiste prend le risque de s’exclure par lui-même.

 

 C’est pourquoi on ne peut contrôler par avance la direction du savoir et les champs de l’innovation en les enfermant dans des grands programmes technologiques et des carcans officiels dont la logique a plus à voir avec le pouvoir qu’avec le savoir. C’est pourquoi encore Frédéric Bastiat considérait qu’il n’y avait pire monopole que celui du savoir et de l’éducation.

 

Dans ce contexte, il est proprement suicidaire de maintenir en France un système éducatif et universitaire pyramidal et centralisé dans lequel l’autonomie des universités est mimée à travers des conseils d’administration sous-tutelle à défaut d’être réelle et assumée.

 

 

 

Jean-Louis Caccomo,

 

http://caccomo.blogspot.com/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Jean-Louis Caccomo
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Mardi 26 juin 2007
Monique Canto-Sperber, philosophe, directrice de l'Ecole Normale Supérieure, m'adresse cette tribune qu'elle a publiée aujourd'hui dans Le Figaro....


De quoi souffrent les universités françaises ? De la difficulté où elles sont de conduire une politique efficace et offensive en matière de formation et de recherche. Pour quelle raison ? Parce qu’elles ne disposent pas des moyens institutionnels et matériels qui le leur permettraient. Quel intérêt pour le pays ? Un intérêt colossal et évident: la qualité des formations et l’excellence de la recherche, dans les sciences comme dans les lettres, font d’une nation un acteur international. Si un pays ne dispense pas une formation intellectuelle de valeur,  condition d’une insertion professionnelle sérieuse, s’il ne suscite pas d’innovations scientifiques et technologiques, il est privé d’avenir.

Le problème est simple. Le monde de l’enseignement supérieur et de la recherche est devenu un monde internationalisé, réactif et concurrentiel. Les établissements d’enseignement supérieur français ne peuvent s’y affirmer de façon autonome et responsable, car ils n’ont pas la capacité de réagir vite, de concentrer des moyens sur un domaine de recherches, d’adapter  la politique de formation, de définir une stratégie de recrutement des enseignants en phase avec leurs objectifs de recherche. Le mode de gouvernance actuel des établissements, leur dépendance à l’égard de l’État, la faiblesse de leurs ressources sont des handicaps majeurs.

Le projet de loi portant organisation de la nouvelle université permettra-t-il de remédier à cet état de choses malheureux et inquiétant ?

J’évoquerai seulement ici le Titre III du projet de loi qui traite des « nouvelles responsabilités » des universités et renforce leur autonomie. C’est une mesure fortement désirée et dont l’occasion ne se reproduira pas avant longtemps.

La mention de responsabilités renforcées en matière budgétaire signifie que le contrat  de l’établissement distinguera désormais, au sein de la dotation d’État, les montants affectés à la masse salariale, les dépenses de fonctionnement et les dépenses d’investissements. L’élément nouveau par rapport à la situation actuelle tient surtout au fait que l’établissement gèrera librement la répartition des crédits de la masse salariale (tandis que les salaires sont aujourd’hui payés par l’État), mais sans pouvoir créer d’emploi. L’autre nouveauté est qu’il n’y aura plus d’affectation détaillée des crédits de fonctionnement et d’investissement. Est ainsi donnée au chef d’établissement une possibilité remarquable de construire une politique pédagogique et scientifique dotée de priorités et d’objectifs. Encore faut-il qu’il devienne dans les faits un interlocuteur responsable, en position de négocier et de s’accorder avec les financeurs publics, et qu’il dispose de moyens, même non affectés, adaptés à ses missions. Par exemple, si la maintenance du patrimoine de l’établissement est évaluée à environ 16 euros le m2 pour une surface de 105 000 m2, il faudra bien inclure aussi dans la dotation une somme de 1 680 000 euros, sans quoi l’établissement,  au lieu d’être responsable et autonome, sera de nouveau contraint de quémander l’aide de l’État.

Le texte évoque également des responsabilités élargies pour les ressources humaines, autrement dit une latitude nouvelle laissée à l’établissement de recruter sous contrat, même de façon permanente, des enseignants et des chercheurs. Là encore, c’est une mesure qui devrait permettre de mobiliser des forces pour une recherche émergente, en particulier d’attirer des enseignants étrangers qui sont des experts reconnus dans le domaine, - chose aujourd’hui difficile.   

Les établissements pourraient également jouir de la pleine propriété de leurs biens immobiliers et mobiliers (article 26). Ils pourraient évaluer  leurs richesses, faire de leurs biens une source de revenus,  concentrer leurs locaux, voire étendre leurs surfaces. Là encore, c’est une condition d’exercice tout à fait nouvelle des responsabilités de l’établissement,  qui lui confère des moyens accrus au service d’une politique scientifique. Toutefois, une telle mesure doit s’accompagner d’un financement réaliste de la réhabilitation des bâtiments universitaires. Car les établissements ne sauraient supporter la charge – qui pourrait aller jusqu’à deux fois leur budget annuel - de malfaçons de locaux qu’ils n’ont pas fait construire ou qu’ils n’ont pas eu les moyens d’entretenir en toute responsabilité.

Grâce à la nouvelle loi, les établissements d’enseignement supérieur et de recherche commenceraient de se transformer en acteurs libres de définir leur politique de formation et de recherche. Ils deviendraient dès lors responsables de leurs résultats, chacun d’eux montrant ce qu’il vaut, comme dans tous les systèmes concurrentiels. Si se met en place par ailleurs une évaluation non faussée des formations, recherches et établissements, qui détermine leur financement, la conséquence inévitable de cette nouvelle donne sera une différenciation marquée des établissements d’enseignement supérieur et de recherche. 

Là est le véritable choix pour ceux qui nous gouvernent. Iront-ils dans ce sens, visant à identifier des pôles d’excellence, en matière de formation et de recherche,  afin de leur donner les moyens financiers de se renforcer, et d’être mieux classés sur la scène internationale ? Dans ce cas, que deviendront les autres établissements ?

L’ENS est un établissement d’enseignement supérieur à statut dérogatoire. Partenaire de nombreuses universités, elle est membre de la Conférence des Présidents d’Universités (comme les autres écoles normales, l’EHESS, l’EPHE). De l’ENS sont issus de nombreux prix Nobel français en sciences et les huit médailles Fields françaises, palmarès en mathématiques dont aucun autre établissement au monde ne peut se prévaloir. Ce cas est loin d’être unique. Existe en France dans certaines filières universitaires et dans quelques grandes écoles un bon système de formation des élites, mais en raison de structures archaïques et faute de moyens, ce terreau reste à moitié en friche. Même si la nouvelle loi remédie aux défauts institutionnels majeurs, elle n’aura de portée positive que si les moyens de financement sont appariés. Un fait donnera une idée du fossé à franchir. Le California Institute of Technology, une des premières universités mondiales, compte le même nombre d’étudiants (2200) et d’enseignants que l’École normale supérieure. Son budget courant annuel est 8 fois celui de l’ENS. Face à une telle disparité il est remarquable que les établissements français parviennent tant bien que mal à surnager.

Monique Canto-Sperber

 

Par Monique Canto-Sperber
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Mercredi 4 juillet 2007
....Par Jean-Louis Caccomo

« Avant je faisais pipi au lit et j’avais honte. Je suis allé voir un psy. Désormais, je fais pipi au lit et je suis fier ! ». Voilà comment Coluche décrivait un homme décomplexé. Grâce à Coluche, je viens de réaliser avec effroi ce qu’est la droite décomplexée en France. Avant, la droite faisait une politique de gauche, mais elle en avait honte. Aujourd’hui, la droite fait une politique de gauche, et elle en est fière. Tel est donc le sens du changement. Certes, ce n’est sans doute pas en ce sens que je l’espérais à l’instar des millions de français qui ont élu le nouveau Président de la république en se remettant à croire à la politique et en l’homme qui incarnait le retour de la politique. Mais j’ai décidé d’espérer ; et j’espère sincèrement aujourd’hui me tromper.

 

Cependant, le dossier universitaire est lourd de symboles significatifs pour le moins inquiétants. Avant de mettre en œuvre le projet de réforme des universités, le Président a consulté des « partenaires sociaux » trop heureux de vider de sa substance le projet initialement défendu par la ministre de l’enseignement supérieur. Ce zèle dans l’ouverture et la consultation pourrait être à l’honneur de l’équipe en place si cela ne cautionnait pas une dérive inquiétante de nos institutions qui a rendu notre pays autant ingouvernable qu’irréformable. Mais c’est un aveu de faiblesse quand on sait que des personnalités socialistes sont promues auprès du premier ministre en tant que conseiller sur la question des universités, pour le plus grand bonheur de Jack Lang à qui l’on doit pourtant le bilan actuel sans appel [1]. Pourtant, les « partenaires sociaux » imposent un « dialogue social » qui nous conduit dans l’impasse puisque les termes même de ce dialogue (la préservation des acquis) ont pour fonction de rendre toute véritable alternance impossible. Les projets de réforme du gouvernement doivent être présentés et discutés au parlement (c’est ce que demande la gauche quand elle est majoritaire). Tel est le fonctionnement normal de nos institutions à moins que nous ayons insidieusement changés de régime politique.

 

Les universités ont besoin d’être mises en concurrence dans le cadre d’une autonomie réelle fondée sur des conseils d’administration dans lesquels siègent ceux qui sont les plus impliqués dans le financement de l’université. Dans le monde entier, les universités ont une autonomie de gestion qui leur permet d’aller chercher les moyens là où ils se trouvent. On ne peut pas prendre de décisions responsables avec l’argent des autres. De plus, notre système universitaire produit un véritable gâchis humain puisqu’il neutralise la rationalité des choix individuels, car ni les étudiants ni les professeurs n’assument aucune conséquence de leurs choix personnels d’orientation. En effet, les étudiants choisissent des filières sans tenir compte des débouchés tandis que les professeurs montent des formations qui ne trouvent pas d’étudiants.

Comme dans le secteur de la santé, les choix des uns et des autres sont privés mais les conséquences en termes de coûts sont collectivisées, étant prises en charge par le budget de l’Etat. Le parallèle avec le secteur de la santé est d’ailleurs tout-à-fait instructif puisque, dans ce secteur aussi, l’offre de soins n’est jamais adaptée (en qualité comme en quantité) à la demande de soins étant donné que le mécanisme du marché, fondé sur la vérité et la flexibilité des prix, et qui a précisément pour fonction de veiller à l’adéquation permanente de l’offre et de la demande, a été écarté au nom d’une régulation administrative qui se veut à la fois plus juste et plus efficace. Le patient veut pouvoir consulter son médecin comme il le désire, consommer les médicaments qu’il veut et demande à la collectivité de payer. L’étudiant n’agit pas autrement : il veut pouvoir choisir sa filière, accumuler autant de diplômes qu’il le souhaite (en autant d'années qu'il le souhaite) et ce serait à la collectivité de payer la facture. Le résultat est qu’une grande partie des étudiants ont tendance à s’engouffrer dans des formations qui n’offrent aucune perspective de débouchés tandis que les formations scientifiques et techniques, offrant des qualifications pointues demandées sur le marché du travail, sont désertées par les étudiants français. C’est une folie financière que l’Etat français n’a plus les moyens de s’autoriser.

Mais, au-delà du souci purement comptable d’équilibrer les comptes, c’est une règle morale qui devrait inspirer dans toute réforme. Que l’on fasse les études de son choix, sans considération de l’utilité sociale en termes de débouchés, du moment que l’on engage son propre argent (c’est-à-dire son temps), c’est le droit de tout individu libre et responsable. Mais à partir du moment où l’on demande à autrui – et en l’occurrence la collectivité nationale – de financer ses études, on confère le droit moral à autrui de demander des comptes, notamment en termes d’orientation.

 

Ainsi, soit on laisse exister un système libre d’enseignement supérieur dans lequel les acteurs sont libres de faire les choix qu’ils veulent du moment qu’ils les assument ; soit on maintient un système public d’enseignement supérieur dans lequel l’Etat se donne le droit d’imposer l’offre de formations. Mais, dans le domaine de la formation supérieure comme dans celui de la santé, il est difficile d’avoir à la fois la liberté et la gratuité. A s’accrocher à tout prix au second, les étudiants risquent de perdre définitivement le premier [2].

Si ces notions élémentaires ne sont pas comprises par ceux qui sont en charge du système d’enseignement supérieur, les chercheurs, les professeurs les plus motivés et les plus responsables, découragés par le fonctionnement délirant de la machine, continueront de déserter l’université française en vertu du principe universel selon lequel « la mauvaise monnaie chasse la bonne ».

 

[1] Hubert Védrine, un éléphant socialiste de l’ère mitterrandienne, se voit aujourd'hui propulsé consultant es mondialisation.

 

[2] Qu’est-ce qui est le plus coûteux pour l’étudiant : payer 5000 euros pour s’inscrire dans un master qui débouche en quelques mois sur un emploi ; ou s’inscrire dans un diplôme gratuit qui risque de le conduire, au bout de quelques années, au chômage de longue durée ? J’ai vu des étudiants réaliser une licence en 6 ans ou accumuler deux à trois masters dans les disciplines les plus inattendues. Sur le papier, l’étudiant coûte à la collectivité le prix d’un ingénieur mais, à la sortie, aucun ingénieur ne pointera à l’horizon. Je veux préciser pour le lecteur que je n’ai jamais été un nanti et que je ne suis pas né avec le diplôme en poche, ayant financé mes études jusqu’au doctorat en travaillant chaque été (au champ, à l’usine, au restaurant…). En effet, mes parents d’origine modeste n’avaient pas les épaules pour payer les études de leurs quatre enfants. J’ai d’ailleurs appris par mon père (immigré sicilien) que l’indépendance ne consiste pas à vivre au crochet de quelqu’un, ni des parents, ni de la collectivité ; et que l’on apprend à faire des choix judicieux avec l’argent que l’on a gagné par son propre travail. Est-il si inconvenant de rappeler cela à notre jeunesse que l’on dit entreprenante ?

 

Jean-Louis Caccomo,

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Par Jean-Louis Caccomo
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Lundi 10 septembre 2007
De Jean-Louis Caccomo....

Le Président de la République a adressé une lettre aux enseignants lesquels ont tièdement accueilli l’initiative. En ce domaine aussi, les rapports sont déjà écrits et les constats établis. Il reste à passer à l’action.

 

Mais en France, l’école est une affaire politique. Et c’est sans doute ce caractère éminemment politique qui rend toute réforme impossible. Car pour y changer quelque chose, il faut obtenir le consensus, il faut l’accord de tous les acteurs (parents, enseignants, syndicats…etc.). Et comme un pareil consensus est aussi improbable qu’introuvable, alors on ne touche à rien. Selon un titre publié dans le quotidien Libération du 27 août 2007, « l’école française a échoué à gommer les inégalités sociales ». Voilà qui résume bien le malentendu car ce simple commentaire est révélateur des présupposés idéologiques qui structurent la conception et les fondements de l’éducation nationale à la française. Car est-ce bien là le premier rôle de l’école ?

 

L’école a vocation à former au minimum des citoyens respectueux, respectables et responsables et, au mieux, à fournir les compétences multiples et variées dont aura besoin la société dans le futur, notamment en donnant à chaque enfant la possibilité de trouver sa voie et de réaliser ses talents potentiels. C’est déjà un objectif complexe que l’on ne saurait confier à une organisation centralisée et planifiée sauf si l’on veut transformer les êtres humains en de dociles moutons écervelés.

Il se trouve que la société aura probablement toujours besoin de boulangers, de maçons, d’hôteliers, d’avocats, de coiffeurs, de chirurgiens, d’enseignants, d’artistes, de chauffeur de taxis ou de pilotes d’avions…etc. Or, dans une société où peut s’épanouir et co-exister une telle variété de métiers et de professions, l’inégalité sociale – mais je préfère parler de « diversité », fruit de la liberté - est inévitable. Faut-il alors s’en plaindre ? Non dans la mesure où cette inégalité n’est pas le résultat d’un découpage a priori de la société humaine en castes étanches qui interdirait toute mobilité individuelle et tout espoir d’évolution personnelle.

 

A force de s’échiner à gommer l’inégalité sociale, notre école finit par détruire les compétences et les métiers, en jetant sur le marché du travail une armée de jeunes sans qualification et sans motivation. Au lieu d’être inégaux dans la richesse et la croissance économique, ils seront égaux dans la pénurie et la stagnation.

 

Jean-Louis Caccomo

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Par Jean-Louis Caccomo
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Mardi 25 septembre 2007
Par Jean-Louis Caccomo.....

Imaginez que des parents financent les études de leurs enfants, en fermant les yeux, à guichet ouvert, sans se soucier d’orientation, de réussite et de projet personnel, en bref de retour sur investissement. Si de tels parents ont à assumer vraiment l’intégralité du coût des études de leur progéniture, alors il arrivera un moment où ils demanderont des comptes. Ce n’est pas qu’ils soient économistes de formation, mais c’est dans la nature des relations humaines : si mon enfant me réclame tous les jours de l’argent de poche, je veux en connaitre son utilisation tout simplement parce que je suis inquiet de savoir où part mon argent (c'est-à-dire mon temps) et je suis inquiet du sort de mon enfant. S’il veut être libre d’affecter l’argent aux usages qu’il désire, alors il devra gagner lui-même son propre argent, ce qu'il devra faire une fois adulte. Tel est le prix de la liberté : il faut donner en contrepartie du temps à la collectivité. En France où l’on pose par principe que l’éducation constitue un service public, les parents ne prennent plus en charge l’intégralité du coût des études, même s’ils le font indirectement en tant que contribuable. Mais les contribuables n’ont ni la même liberté ni la même responsabilité que les parents. Or plus l’implication financière des parents (ou des étudiants) se réduit au fur et à mesure que grandit la sphère de la prise en charge publique, et plus le sens de la responsabilité est émoussé, entrainant une spéculation collective digne du pari pascalien.

Car il y a la spéculation que l’on voit et que l’on s’empresse de dénoncer à chaque secousse boursière, et il y a la spéculation invisible que l’on ne contrôle plus mais qui engloutit pourtant notre argent à tous puisqu’il s’agit de l’argent public. Or n’oublions jamais que l’argent public n’est pas l’argent de l’Etat, mais l’argent que l’Etat nous a prélevé pour le gérer en notre nom afin de financer des biens et services publics que ne sauraient être produits et gérés par les acteurs privés. Admettons qu’il existe des biens et services qui ne sauraient être produits et gérés par des acteurs privés, rien ne garantit pour autant que l’Etat soit rigoureux et compétent dans la gestion de tels biens, surtout s’il s’en accorde le monopole créant les conditions d’une absence totale de contre-pouvoir et d’obligation de résultats.

 

Chaque année, la France consacre un budget important aux étudiants sans aucune évaluation de son résultat, juste pour faire du quantitatif, faisant croire au passage à certains jeunes esprits qu’ils sont faits pour les études alors qu’ils sont tout bonnement égarés dans des filières de complaisance ou des formations sans débouchés. Je fais ce constat amer sans réjouissance aucune. Mais chaque année, en cette même période, je suis convoqué pour les examens de rattrapage. Je compose de nouveaux sujets et je viens surveiller les épreuves (ce qui constitue un temps précieux pris sur mon temps de chercheur). Et chaque année, j’observe que la moitié des étudiants (par rapport au nombre d’étudiants officiellement inscrits) que l’on cherche pourtant à repêcher, ne s’est pas dérangée. Par ailleurs, sur ceux qui sont présents, plus de la moitié sont désormais des étudiants étrangers dont le niveau dans la maîtrise du français est largement insuffisant, notamment chez certains étudiants chinois, pour entreprendre des études supérieures. Que l’on ne se méprenne pas sur mes propos, même si je ne me fais guère d’illusions sur les réactions des ignares et des intolérants prompts à me coller l’étiquette de « raciste ». Parce que je suis justement à l’affût d’étudiants motivés et qui veulent réellement s’en sortir, je consacre une grande partie de mon temps à la coopération académique à l’étranger, notamment dans les pays émergents (en Thaïlande, en Syrie, en Algérie, au Maroc ou aux Comores…) où je rencontre d’excellents étudiants. Par respect pour ces étudiants étrangers, sérieux et motivés, il faut donc dénoncer ceux qui utilisent l’inscription à l’université française pour obtenir une carte de séjour et contourner ainsi les lois sur l’immigration, la motivation pour les études étant plus que secondaire (puisque ces étudiants inscrits ne viennent pas en cours). A leurs yeux, la qualité et la générosité du modèle social exercent plus d’attraction que l’excellence annoncée de notre système d’enseignement supérieur. Un économiste ne saurait leur reprocher d’être rationnel. C’est à nous de changer un système qui envoie des incitations qui ne sont pas de nature à faire émerger les meilleurs éléments et les meilleurs comportements. [1][2]Mais je serais aussi sévère à propos de ces étudiants français qui évitent les filières de formation offrant des débouchés alors que les secteurs concernés par ces formations peinent à trouver du personnel qualifié français. Alors en effet, un critère de sélection fondé sur la race, l’origine ou la religion ne saurait être pertinent. Il faut encourager les cerveaux d’où qu’ils viennent, mais aussi savoir refuser ceux qui n’ont pas le niveau requis pour entrer à l’université, d’où qu’ils viennent aussi. Il ne peut y avoir deux poids, deux mesures. C’est en cela que la sélection est juste et nécessaire, et qu’il ne peut y avoir d’orientation efficace sans évaluation des compétences et des motivations.[3][4]a dépense publique est toujours une pure perte si elle ne génère pas un flux de revenus futurs, prenant le risque d’augmenter encore – et au-delà du supportable - la part de la population définitivement à la charge de la collectivité.

 

Encore faut-il vouloir changer les choses. Car l’administration universitaire est complice dans la mesure où la dotation budgétaire que reçoit chaque université – autrement dit la part du gâteau que constitue la manne publique – est fonction du nombre d’inscriptions. Voilà comment on déchaîne un processus qui déclenche un dérapage de la dépense publique sans aucune garantie de résultats en termes d’orientations et de compétences acquises dans une spirale inflationniste que plus personne ne contrôle dans la mesure où un système de gestion collective centralisée efface le principe même de responsabilité. Dans le même temps, alors que notre pays ne se sort pas du problème lancinant du chômage, qui constitue un véritable cancer pour notre société, les entreprises installées en France sont obligées de faire appel à la main-d’œuvre étrangère dans un nombre croissant de secteurs (santé, hôtellerie et tourisme, bâtiment, banque…) et pour des postes qualifiés, à défaut de trouver les compétences (ou les motivations) requises chez nous. Si l’on est donc en droit de reprocher aux banques de prendre des risques inconsidérés en prêtant à des ménages insolvables, on doit de la même manière épingler les comportements similaires en matière de capital humain, surtout que ce dernier constitue notre capital le plus précieux. La frontière entre l’investissement public et le pur gaspillage est bien fine. Au nom d’une conception erronée et caricaturale de la démocratisation de l’université, la collectivité se retrouve à financer des études d’individus qui n’en ont aucunement le profil, les capacités et les conditions intellectuelles requises. Cela revient à consacrer de l'argent public à des individus insolvables dans la mesure où ils n'auront accumulé aucun capital humain susceptible de générer un rendement (social) futur.

La dépense publique est un investissement (publiquement rentable à terme) si elle sert à financer les études de ceux - d’où qu’ils viennent - qui auront les aptitudes et la volonté de réussir. Grâce à leurs compétences acquises à l’université, et valorisées sur le marché du travail, ils deviendront demain de futurs contribuables, ce qui est une façon de rembourser la dépense initiale et de rentabiliser l’effort de la collectivité. C’est aussi cela être solidaire : rendre demain à la collectivité ce qu'elle vous prête aujourd'hui. Pour que ce pacte fonctionne, encore faut-il évaluer et orienter, en d’autres termes, sélectionner, ce qui n’interdit aucunement d’ouvrir le plus largement possible le panel de sélection (bien au contraire, plus le panel est ouvert, plus le résultat de la sélection est intéressant car après tout, quel est l'intérêt de sélectionner des professeurs de fac uniquement parmi les enfants de prof de fac...). La sélection n’est pas anti-démocratique tandis que les plus modestes feront toujours les frais de la non-sélection. L

 

Jean-Louis Caccomo

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Par Jean-Louis Caccomo
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