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Economie et social

Lundi 6 février 2006 1 06 /02 /2006 15:27

La gauche face au droit du travail :

 

protéger les emplois ou protéger les personnes ?

 

 

 

 

            L’exemple d’un certain nombre de pays étrangers, notamment scandinaves, semble montrer qu’une flexibilité relativement élevée du droit du travail est un moyen efficace de lutte contre le chômage. Un chef d’entreprise embauche plus facilement s’il sait qu’il pourra licencier sans difficultés un salarié qui ne donne pas satisfaction. S’inspirant de ces exemples, le gouvernement Villepin vient d’instituer deux types de contrat de travail, le Contrat nouvelle embauche (CNE) et le Contrat première embauche (CPE).

 

            A de rares exceptions, la gauche unanime se déclare scandalisée et promet d’abroger ces mesures si elle arrive au pouvoir. Elle réagit comme s’il était évident que toucher au Code du travail tel qu’il a existé jusqu’en l’année 2005 après Jésus-Christ était aussi sacrilège que d’abolir les Dix Commandements. Je suis tout prêt à admettre qu’il puisse y avoir matière à discuter plus particulièrement tel ou tel point de ces nouveaux contrats. Mais ce qui est frappant dans ce débat, c’est de voir comment la gauche se définit, comment elle perçoit ce qui fait son identité.

 

            Ce que la gauche en l’occurrence considère comme le bien, le bien moral et politique, c’est le contrôle étatique de l’activité des entrepreneurs, autrement dit une forme atténuée de l’économie administrée. Il faut dire qu’elle est l’héritière d’une double et lourde tradition : une tradition étatiste qui remonte à Colbert ou même plus loin encore ; une tradition marxiste pour laquelle le secteur privé est impur moralement,  pour laquelle il est, au mieux, un mal nécessaire, un peu comme la sexualité aux yeux de l’église catholique. Pour la gauche, l’Etat est le garant suprême du bien moral (même lorsqu’on le voit se fourvoyer gravement dans tel ou tel de ses organes, comme jadis le Crédit Lyonnais). La logique de la gauche semble ainsi pouvoir se résumer par la formule : plus l’Etat intervient directement, mieux cela est.

 

            Je souscris totalement à l’idée qu’il est du rôle de l’Etat national d’agir pour favoriser l’emploi, d’agir pour améliorer le sort de ses ressortissants et les protéger, et même, dans la mesure du possible, d’élargir cette action à l’ensemble des habitants de la planète. La question qui se pose est une question de méthode : la meilleure méthode pour lutter contre le chômage est-elle de soumettre les entrepreneurs à un ensemble de contraintes qui font d’un licenciement une opération lourde, lente et aléatoire ? A cette question, la réponse de la gauche française est un oui franc et massif, sans aucun doute ni états d’âme. La réponse de la gauche française est : c’est une vérité d’évidence que pour lutter contre le chômage, pour protéger les salariés, il faut protéger les emplois.

 

            La réponse des pays scandinaves est différente. La logique de leur droit social – ils en ont un, eux aussi ! – est : il ne faut pas protéger les emplois, mais les personnes. Toute une série de mesures contrebalancent ainsi la flexibilité du marché de l’emploi et sont prévues pour aider les chômeurs pendant leur période d’inactivité et pour les aider à retrouver effectivement un emploi. Le résultat final est une bien meilleure situation de l’emploi qu’en France.

 

            Avec la gauche, je partage nombre d’idées et de valeurs : l’objectif de l’épanouissement humain et l’idée que l’économie est faite pour l’homme et non pas l’homme pour l’économie ; le principe de la solidarité nationale et internationale ; le principe de l’égale valeur de tout individu humain quelle que soit son origine ; le principe, enfin, de la dignité humaine de tout homme et de toute femme, quel que soit ce que l’on appelle son mérite. En revanche, je ne peux pas me reconnaître dans les dirigeants de la gauche française actuelle lorsque, par cécité idéologique ou, plus grave encore, par électoralisme et par pur souci de leurs carrières politiques, ils refusent de lever le petit doigt pour aider leurs concitoyens à sortir du vieux modèle social-étatiste français qui n’est plus adapté au monde contemporain. Il est temps que la gauche admette que le social  et la solidarité sont des valeurs au service desquelles l’étatisme du modèle français traditionnel n’est pas nécessairement le moyen le plus efficace.

 

 

Etienne Schweisguth

 

 

 

Par Etienne SCHWEISGUTH - Publié dans : Economie et social
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Mardi 7 février 2006 2 07 /02 /2006 11:05

Je propose aujourd’hui, non pas UN article, mais un regroupement de plusieurs prises de position, sur le CPE, afin de lancer et de susciter le débat sur cette réforme importante, contestée et contestable.  Je commence par un extrait d’une tribune de Jean-Marie Bockel dans « Le Monde », (j’espère qu’il ne m’en voudra pas), suivi de quelques prises de position d’amis de l’IES, et d’un mot de ma part.

  

 

 ….Soyons francs : le CNE et le CPE ne méritent ni tous les éloges ni toutes les critiques qui leur sont réservés. Le CPE offre des contreparties modestes mais réelles aux jeunes salariés : préavis, droit à la formation ouvert dès la fin du premier mois, indemnisation chômage dès le quatrième mois (au lieu de six actuellement) avec une allocation forfaitaire garantie, indemnité de rupture, accès au crédit bancaire, bénéfice du Locapass facilitant l'accès au logement.

 L'évaluation sociale est difficile et se fera au cas par cas : ceux qui auraient été embauchés en CDI (peu nombreux) y perdront, ceux qui enchaînent chômage, stages et CDD courts y gagneront, plus ou moins selon la durée effective du contrat, plus ou moins selon leur appréciation de l'incertitude professionnelle. Et l'on ne peut ici préjuger, ni dans un sens ni dans un autre, de la volonté constructive des employeurs.

 Face à ces réformes, quelle doit être l'attitude de la gauche ? Selon moi, pragmatique et volontaire.

 Quelle efficacité économique pour quels progrès sociaux ? Voilà la seule interrogation qui doit nous guider. Etre socialiste aujourd'hui ne peut se réduire à une opposition idéologique nous coupant du monde tel qu'il est. Etre socialiste, c'est voir plus large que la droite, protéger mieux les intérêts des plus faibles et garantir davantage la justice sociale.

 Voir plus large : ne pas céder au dogme de la flexibilité. L'emploi des jeunes est d'abord déterminé par l'élévation des qualifications et leur plus grande adéquation avec l'emploi : confions aux partenaires sociaux la détermination du contenu des formations en fonction des besoins professionnels et de leur évolution, encourageons la formation en alternance, l'apprentissage et la reconnaissance des compétences acquises. Accordons des "droits de tirage" inversement proportionnels à la durée initiale de la formation ou des handicaps constatés.

 Se battre pour le progrès social : acceptons la flexibilité en échangeant la mobilité contre de nouveaux droits et de nouvelles protections pour les salariés. Voilà le réformisme d'aujourd'hui, celui de la conquête sociale en acte……

 Jean-Marie Bockel

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je suis resté relativement sceptique face au papier de JMB dans le Monde dans la mesure où il ne tranche ni dans un sens ni dans l’autre, sa seule position étant de dire qu’il ne faut pas avoir une approche dogmatique du problème.  Je retiens néanmoins qu’il préconise qu’en contrepartie de plus de flexibilité les salariés doivent bénéficier d’une protection accrue contre le risque du chômage. Je constate que ce pan manque cruellement dans le projet du gouvernement et que cette réforme qui sonne le glas du CDI mériterait de plus solides garanties pour les salariés. Pour moi c’est donc non au CPE et à sa période d’essai de deux ans.  Loin de s’inspirer de la politique danoise de « flex-sécurité » elle n’en adopte que l’aspect le plus porteur de précarité. J’ajoute que la politique danoise connaît un tel succès en partie grâce aux ressources consacrées par l’Etat à la sécurisation des parcours professionnels. La part du budget consacrée par les danois à la politique de l’emploi est deux fois plus importante que chez nous. Il est toujours intéressant de s’inspirer des exemples étrangers mais il faut savoir en saisir toute la complexité avant de les ériger en modèle.

 Pierre T.

  

 

 

 

Le CPE ne semble pas avoir l'accueil qu'il mérite. Certes, nous rêvons tous d'un taux de chômage le plus bas possible et d'un marché de l'emploi dynamique. Cependant, pour l'instant ça n'est pas le cas. Pourquoi? Parce que les employeurs hésitent à embaucher, notamment les jeunes. D'une part, parce qu'ils ne sont pas certains de ses qualifications et d'autre part, parce qu'une fois embauché, il devient très difficile de le licencier s'il ne correspond pas au poste. L'avantage de ce nouveau contrat c'est:

 - plus de flexibilité pour l'employeur

 - des droits pour le salarié (bien mieux qu'un stage)

 plus facile à licencier, la personne est aussi plus facile à embaucher. En tant que jeune, je suis contente qu'un tel contrat existe. Je préfère ça à un CDD et si on fait ses preuves, il n'y a pas de raison que ça ne marche pas. Bien sûr, il peut y avoir des dérives mais c'est un pas en avant.

 ps: la réaction du PS est ridicule. A force de s'opposer à toute proposition du gouvernement, ils perdent toute crédibilité.

 Clémentine

  

 

   

 

 

 

 

 

Je pense que le CPE est une épine seulement dans le pied du marché de l'emploi. Il reste plus de 210 façons d'employer et cela suffit à générer l'imbroglio économico administratif spécifique du système français.  Il existe donc  un niveau d'emplois superficiels générés par la complexité du système lui-même qu'il faut aussi considérer. Parlons des CPE et oublions l'essentiel: La France   ne crée plus d'emplois! Je crois que notre regard doit porter d'abord sur l'employé et son parcours professionnel en passant par l'acquisition d'une compétence et de qualifications  variées tout au long de la vie. Protéger des emplois inadaptés au changement global des échanges internationaux  correspondrait à vouloir  boucher le petit trou de fuite d'une vieille casserole alors que  l'ouverture béante laisse fuir toute l'eau à ses cotés. Ce qu'il nous faut,  c'est un  nouveau 'bassin de création d'emploi'  à l'échelle du pays  (régionale à l'échelle européenne) Quoiqu'en dit DSK (par ailleurs très mauvais sur France Inter l’autre jour car non crédible sur son évaluation de l'interdépendance des périodes  propices internationales de croissance et les mesures gouvernementales  de création d'emplois), la précarité de certains nouveaux employés relève  davantage de l'absence d'évolution de carrière (système bloqué) que de formation  initiale. Il nous faut une société économiquement ouverte qui donne à chacun l'opportunité d'une évolution de carrière en fonction 1. de la  compétence  personnelle, 2. de la qualification progressive, 3. de l'adaptabilité aux technologies modernes (cela  implique un accompagnement forcé au niveau de la recherche et de  l'innovation).

 Patrick Papougnot

 

 Le CPE n’a fait l’objet d’aucune négociation avec les partenaires sociaux. Cette proposition se fonde sur l’hypothétique succès d’un contrat nouvelle embauche (CNE) créé il y a seulement cinq mois. Plus de 60 % des chefs d’entreprise ayant utilisé le CNE ont pourtant déclaré qu’ils auraient embauché même sans ce nouvel instrument… Mais soit, admettons que le CNE constitue une avancée utile à la levée des obstacles à l’embauche dans les petites entreprises. Et admettons aussi volontiers que le chef d’une petite entreprise ne licenciera pas volontiers un salarié qu’il aura contribué à former. Il est légitime de douter de l’utilité et de l’efficacité du CPE. Ne créera-t-il pas des effets de seuil et d’aubaine ? Ne risque-t-il pas de fragiliser encore plus la position des jeunes sur le marché du travail ? De favoriser une sorte de dumping social ? D’ouvrir la porte aux abus de droit (maquillage d’emplois à durée déterminée en CPE financièrement plus avantageux notamment) ?

 Il est surtout déplorable qu’une nouvelle zone de quasi-non droit soit créée. Le Conseil constitutionnel ne cesse de rappeler que les lois et règlements doivent être intelligibles et qu’il faut cesser d’empiler les mesures dérogatoires. Les salariés, chefs d’entreprises et investisseurs ont un besoin vital de sécurité juridique. Le gouvernement agit donc exactement à l’inverse des besoins de la France.  L ’ensemble droit du travail doit être profondément revu. Il semble souhaitable, dans une économie qui doit être toujours plus réactive, d’assouplir drastiquement les procédures de licenciement, afin de libérer les entreprises de la rigidité des contraintes qui les rendent méfiantes quant à l’embauche. Les juges ne doivent plus avoir à se prononcer sur le bien-fondé économique et financier de licenciements,  ce n’est pas leur rôle.

 Il est nécessaire que la formation des salariés soit encore mieux assurée pour leur permettre de profiter au mieux des bienfaits de l’économie de la connaissance. Il n’est pas inopportun d’envisager que les entreprises paient des charges sociales proportionnelles à leur recours aux emplois précaires (s’ils continuaient d’exister) et aux licenciements. Envisager un contrat unique n’est pas une hérésie si les garanties qu’il offre croissent avec le temps et sont attachés à la personne du salarié (donc transportables d’une entreprise à une autre) et non à son emploi. Bref, plusieurs pistes non idéologiques sont envisageables. Encore faut-il faire confiance à l’intelligence et à la responsabilité des acteurs de la société pour qu’elles soient étudiées dans la sérénité nécessaire au réalisme.

 J’étais plutôt favorable au CPE, même si je considère que la méthode est lâche et qu’un travail global est préférable. Jeune de 26 ans, donc susceptible de pâtir lourdement de ce nouveau contrat qui risque de me rendre peu attractif, je souhaitais que notre pays avance dans la flexibilité, qu’il se dynamise, qu’il cesse de craindre l’avenir. Je souhaitais que le scandale du chômage des jeunes cesse.

 Aujourd’hui, la démocratie dans son ensemble est de plus en plus souvent insultée. Une seule alternative existe. Soit une mobilisation ardente a lieu demain, soit les députés Français veulent rompre la fracture qui les coupe du peuple en mettant fin à l’omnipotence gouvernementale. Messieurs les députés, la soumission n’est pas une fatalité. Vous pouvez démontrer qu’il existe encore des contre-pouvoirs en France. Messieurs les députés, vous pouvez empêcher que les quelques dix-huit mois qui nous séparent de l’élection présidentielle ne soient consacrés à la cosmétique et à une lutte des egos dont les Français sont les seuls à pâtir. Messieurs les députés, vous pouvez aussi profiter de cette occasion pour placer le Président de la République devant ses responsabilités.

Messieurs les députés, vous êtes les représentants du peuple français et servez l’intérêt général. Vous pouvez montrer que le Parlement n’est pas une chambre d’enregistrement mais une instance vitale à la démocratie. Messieurs les députés, si vous croyez que la Vème République n’est pas morte, vous devez refuser le CPE et, le cas échéant, censurer le gouvernement.

 Charles André

  L’idée d’une forme de contrat particulier pour le premier emploi est l’idée qui a été la plus souvent utilisée pour remédier au taux de chômage important des jeunes en France. Le CPE reprend cette idée. Il va dans le bon sens en cherchant à inciter les entreprises à embaucher plus de « jeunes » et en visant à simplifier les types de contrat. Toutefois, outre les conditions d’élaboration et de décision du CPE qui sont une honte pour la démocratie, il me semble que le problème est pris à l’envers et que le CPE ne fait que donner des mauvais signes, que ce soit en direction de la jeunesse qui attend, à juste titre, qu’on  lui propose des perspectives et réclame le droit à lier entrée dans la vie active et possibilité (matérielle et sociale) d’élaboration concrète d’un projet de vie, ou en direction des entreprises, à qui l’on propose une main d’oeuvre flexible sans se soucier de sa qualification ou des atouts que celle-ci pourrait leurs apporter.

 

La réforme ne se soucie guère de l’emploi. Or c’est la première condition pour faire baisser le taux de chômage des jeunes. Elle ne se soucie guère des jeunes, de leurs qualifications et de leurs besoins de formation et préfère les réduire à un âge limite de manière arbitraire et forfaitaire. Elle ne s’intéresse pas aux entreprises, préférant, de manière presque caricaturale, leurs faire des cadeaux en facilitant la flexibilité à court terme. Elle étend une mesure (CNE) à toutes les entreprises sans en avoir réellement évalué les effets et tiré les leçons. Elle se focalise trop sur les incitations au moment de l’entrée sur le marché du travail, repoussant la précarité et l’incertitude au moment même où il serait normal de commencer à gagner un peu de sécurité. Plutôt que des mesures générales, il faudrait inciter à créer des parcours professionnels, permettre la mobilité sociale des jeunes en garantissant une évolution entre période de précarité et premier emploi, miser sur la formation et permettre les échanges entre entreprises et école/universités et écoles/universités et entreprises en favorisant la mobilité des jeunes durant leur scolarité. C’est bien avant l’entrée dans le monde du travail qu’il faut permettre aux jeunes et aux entreprises de faire connaissance et de tirer profit l’un de l’autre. Il faut favoriser ses échanges avant l’entrée sur le marché du travail, en trouvant une forme d’embauche flexible et attirante financièrement, limitée à la période de la scolarité et des études, qui permette aux entreprise de profiter de la fraîcheur, de la créativité et du savoir-faire des jeunes, qui soit en même temps un moyen pour les étudiants d’expérimenter, d’approfondir, de se former de manière complémentaire ou supplémentaire. Cela veut dire que les structures des études, de la scolarité et des formations doivent le permettre en laissant le temps de travailler à côté des études ou en intégrant les entreprises dans la formation. C’est par des mesures d’incitation qu’il faut pousser les entreprises à « investir » dans ses stagiaires ou dans les « employés étudiants », en leur permettant par exemple de bénéficier de conditions particulières si elles embauchent à terme une personne qui a travaillé chez elle durant ses études. En ce sens il serait beaucoup plus utile de limiter la durée de la période d’essai du premier emploi à une période très courte que de la rallonger à deux années durant lesquelles à la fois l’entreprise et le jeune ne vivront que dans l’incertitude. Je pense qu’il faut créer les conditions pour que la confiance règne entre étudiants et entreprises et que leur rencontre, plus fréquente et plus précoce, soit le lieu ou s’élabore un projet professionnel. Un contrat spécifique durant les études, de type « mini-embauche », flexible mais équivalent à un véritable statut, pourrait être une solution, qui pourrait se transformer, une fois les études terminées en un contrat correspondant à un premier emploi, avec plus d’avantages et de sécurité. Il faut redonner envie en favorisant la mobilité sociale et non pas en offrant des perspectives. Il faut faire vivre l’école, l’Université et permettre les échanges de savoir-faire avec le monde de l’entreprise, en leur permettant de s’enrichir mutuellement. Au milieu de tous ces échanges, c’est une personne qui se définit. Ne l’oublions pas et donnons lui cette possibilité.

 Laurent PY

 

Oui, la question est difficile car entrent en jeu deux éléments : la réduction du chômage des jeunes, indispensable dans la situation que nous connaissons et la nécessité d’éviter une tendance à l’insécurité et à  la précarité. Aujourd’hui les jeunes, dans  leur majorité  ont  l’un ou l’autre. Tous ceux qui, comme c’est habituel à gauche, refusent purement et simplement le CPE, sans rien proposer de sérieux et d’applicable rapidement, choisissent de faire perdurer cette situation, chômage ET précarité des jeunes (hors quelques très diplômés, qui trouvent sans mal des CDI, qui continueront à en trouver et qui n’ont pas intérêt à voir instituer le  CPE).

 Le CPE est une tentative de  réponse,  imparfaite,  à ces deux maux, car on peut penser qu’il incitera à des embauches supplémentaires (voir l’exemple du CNE…) et qu’il provoquera une moins grande précarité que les CDD, et le recours à l’intérim. La  rupture éventuelle  de ce contrat, pendant deux ans (il n’est pas évident qu’une entreprise, qui a formé quelqu’un durant un an ou plus, choisisse, sans raison impérative et grave, de s’en séparer et de se relancer dans une nouvelle recherche et une nouvelle période de formation…) est assortie (les opposants en parlent peu) de modalités et d’indemnités plus protectrices que pendant une période d’essai traditionnelle. Reste l’incertitude du jeune embauché, et des difficultés qu’il risque de connaître auprès de banques pour des prêts ou des bailleurs pour la location d’un logement, même s’il semble que quelque chose soit fait dans ce sens. Les conditions seront sans doute meilleures qu’avec un CDD, moins bonne qu’avec un CDI traditionnel.

 A cette question difficile, tout en comprenant ceux qui répondent non,  je réponds oui, sans enthousiasme, sans certitude, en souhaitant qu’on puisse améliorer les choses lors du débat parlementaire, et qu’on en fasse une évaluation précise sur les plans emploi et précarité, dans les deux ans. Je souhaite qu’alors  cette mesure d’urgence puisse, dans la concertation être  remplacée par un contrat unique, un CDI dont les garanties et les protections iraient croissantes avec le temps…. Je veux croire que le CPE peut être une étape sur cette voie.  

 Marc d’Héré  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Divers IES - Publié dans : Economie et social
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Vendredi 10 février 2006 5 10 /02 /2006 08:42

Le Gouvernement, pour contester le fait que les nouveaux contrats de travail n’accroissent pas la précarité, argue du fait que les dispositifs législatifs et réglementaires actuels rendent cette dernière, très concrètement, possible. S’asseyant ainsi sur le vieil adage du Droit romain : « nemo auditur propriam turpitudinem allegans ».

Alors pourquoi rompre des lances sur ce sujet ?

Parce que nous devons, comme le projet de Loi l’a très intelligemment fait, prendre en compte un changement de focale. Le nouveau dispositif n’est pas conçu pour le court terme mais pour faire face, à 3-5 ans, au retournement du marché de l’emploi, pour un petit nombre d’emplois qualifiés, sur lesquels va apparaître une pénurie, relative certes, mais bien réelle. A cet horizon, la jurisprudence des nouveaux contrats se sera mise en place, et le patronat disposera d’un corpus efficace pour prolonger le rapport de force actuel qui lui est si favorable, quel que soit le pouvoir politique en place.

Le coup est bien joué, et, pour une fois, nos décideurs ont fait un effort de mise en perspective.

La riposte possible peut se jouer en deux temps :

-         Une gesticulation politique de façade pour faire semblant de retarder la promulgation des décrets d’application, alors que, plus les textes seront mis en place hâtivement, plus les chances de réussite seront accrues dans un deuxième temps.

-         En effet, la résistance sur le terrain juridique semble beaucoup plus prometteuse, compte tenu de la complexité inouïe du Code du Travail, et des multiples interprétations jurisprudentielles qu’il autorise. Pour ce faire les partis politiques, et surtout les syndicats, doivent mobiliser dès aujourd’hui leurs compétences.

 

Cela pourrait être un axe de travail pour IES. Pas spectaculaire, mais sans doute efficace.

 

Michel Mathieu

Par Michel Mathieu - Publié dans : Economie et social
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Jeudi 16 mars 2006 4 16 /03 /2006 09:56

Le CPE n’est tout de même  pas l’horreur absolue, ce  n’est certainement pas « pire que tout » comme le proclame la gauche, mais ce n’est pas non plus la panacée et la somme de ses inconvénients affirmés  est peut-être proche de ses avantages escomptés. Ce projet qui a pour but de répondre à ce mal particulier et réel  qu’est le chômage des jeunes, et particulièrement des jeunes sans qualifications,  a été décidé sans réflexion suffisante, proposé sans la moindre concertation- ce qui est proprement inadmissible – voté dans des conditions peu sereines.

Ceux qui le refusent  le font certes en grande partie pour des raisons d’opposition politique systématique,  mais aussi en mettant en avant des arguments non négligeables : possibilité de cessation de contrat sans justification durant deux ans, risque de faire perdurer une certaine précarité, situation « particulière » et stigmatisante faite aux jeunes, risque d’atteinte progressive au CDI….

Ceux qui le défendent rappellent  que la précarité des jeunes c’est la situation actuelle, estiment  que  la plus grande facilité d’interrompre si nécessaire  un contrat peut encourager les entreprises à embaucher des jeunes, notamment non qualifiés, et que lorsqu’elles auront formé un jeune, elles  n’auront aucun intérêt, s’il donne satisfaction, à le licencier pour se relancer dans une recherche,  une embauche et une nouvelle formation…ils font aussi observer que certaines garanties notamment en terme de préavis, de formation  et d’indemnisation en cas de licenciement existent, et   que le CPE au bout du compte  concerne assez peu les étudiants qualifiés mais beaucoup les jeunes  qui sont sans aucune qualification et que l’on a tendance à oublier.  

Aujourd’hui la situation est bloquée, le gouvernement reste raide et hautain,  les manifestations se multiplient, les violences pointent, les facultés se ferment au grand dam des étudiants qui –même opposés au CPE- veulent avoir le droit de travailler, la gauche met de l’huile sur le feu, et les syndicats – de manière quelque peu surprenante pour certains d’entre eux – refusent de discuter en imposant le « retrait du CPE » comme condition préalable. Or, il n’est difficile pour un gouvernement légitime de retirer une loi régulièrement votée – à condition qu’elle soit validée par le Conseil Constitutionnel- et ce n’est pas souhaitable pour le bon fonctionnement de la démocratie, sans doute pas pour l’emploi non plus car cela  retarderait encore la mise en œuvre de solutions, discutables mais existantes.

Pour en sortir, une autre voie pourrait être proposée.

Ouverture de discussions avec les organisations syndicales et patronales, permettant d’aller  encore plus loin sur la voie des garanties et des aménagements, engagements des entreprises à appliquer cette loi dans le sens d’un développement de l’emploi des jeunes  non qualifiés et de la lutte contre la précarité ainsi que dans le respect des principes du droit du travail. Et puis accord sur une évaluation parlementaire et syndicale qui serait faite tous les six mois, en terme d’évolution d’emploi des non qualifiés, durée des contrats CPE signés, ruptures de contrats, permanence par ailleurs des CDI…. Le  gouvernement s’engagerait à modifier ou à retirer cette loi en fonction  des résultats de ces évaluations contradictoires et  publiques

Appliquons la loi votée – du moins si elle est validée par le Conseil Constitutionnel-, améliorons encore ses garanties, et conditionnons sa pérennité à  des évaluations contradictoires et publiques.

Peut-on défendre ce triptyque ?

Marc d’Héré  

 

Par marc dHERE - Publié dans : Economie et social
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Vendredi 17 mars 2006 5 17 /03 /2006 17:14

Chers amis,

« Initiative Européenne et Sociale » et « Générations Europe » tiendront une réunion débat commune, le mercredi 22 mars à 19 heures au 4, place de Valois 75001 Paris.

Les adhérents de ces deux organisations, leurs sympathisants et plus largement les lecteurs de leurs blogs ainsi que  leurs amis, sont conviés à cette réunion qui  aura pour thème: « CNE, CPE, Contrats emplois jeunes, contrats seniors…les vraies solutions sont-elles là ? »

 

Après un exposé introductif de Gérard Bardier, animateur de « Générations Europe » nous débattrons très librement  entre nous, à partir  de l’actualité mais sans nous interdire  d’élargir la réflexion et le débat à l’ensemble des questions touchant à l’emploi et au droit du  travail.

 

Un compte rendu de cette réunion sera établi et publié sur les blogs de « Générations Europe » et « Initiative Européenne et Sociale ».

Bien amicalement.     

Par IES - Publié dans : Economie et social
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Samedi 18 mars 2006 6 18 /03 /2006 21:30

Sans renoncer à discuter du CPE, je souhaiterais élargir le débat à l'emploi en général et aux moyens de lutter contre le chômage.  Pour lancer ce débat vous trouverez ci -dessous un article que m'a adressé Jean-Baptiste de Foucauld...Il date de septembre 2005 mais est tout à fait actuel. J'aimerais qu'il attire de nombreux commentaires et mieux encore, que certains d'entre vous m'adressent des articles sur ce même thème, pour nous permettre une large réflexion...Fred, Charles André, Nicolas Tenzer, Jean-Paul Lahaye...et les autres...je compte sur vous.

La lutte contre le chômage revient au premier plan de l’actualité politique. Il faut s’en réjouir. Mais pour faire mieux, pour tracer des voies nouvelles, on aurait intérêt à écouter le monde associatif qui s’est engagé dans la bataille pour le droit au travail de chacun.

Il y a maintenant vingt ans que Solidarités Nouvelles face au Chômage  mène une action citoyenne et bénévole de lutte contre l’exclusion, fondée sur des groupes locaux de solidarité qui accompagnent des chômeurs et créent pour eux, en cas de besoin, des « emplois de développement » dans des associations, emplois qui sont financés par des contributions des membres et de donateurs privés. A travers cette expérience, la recherche d’emploi se révèle d’abord art difficile, plus difficile que d’occuper un emploi. Beaucoup cherchent longtemps, sans trouver, car il manque 2 millions d’emplois en France, ce qu’oublient trop ceux qui parlent sans cesse de remettre les français au travail. Ce phénomène suscite un  découragement qui n’est pas toujours compris. Les chercheurs d’emploi ont besoin d’être soutenus et aidés avant que d’être jugés.

Or, cela ne va pas de soi. La lutte contre le chômage ne mobilise pas vraiment en profondeur. C’est même plutôt l’inverse. On constate que le chômage distend les liens sociaux, là où il faudrait les resserrer : les uns sont découragés, les autres se détournent, ne sachant pas trop quoi faire alors que, avec un peu d’organisation et de méthode, on peut aider efficacement. A condition de ne pas rester seul et de s’associer pour s’engager. Mais la lutte contre le chômage n’est pas une cause noble et fait l’objet d’une sorte de dépréciation, à l’instar du chômage lui-même.

La première demande qu’une  association comme S.N.C. adresse aux forces politiques, c’est de porter un regard juste sur le chômage et les chômeurs, d’inciter à l’initiative et à la solidarité, de mobiliser l’ensemble de la société en faisant de l’emploi une  priorité de fait et non de discours.

Pour cela, il faut déterminer les raisons qui, en définitive,  font que la France se débat dans le chômage plus que les autres pays et n’arrive pas à retrouver le plein emploi, en sorte que tout le monde se sent débordé par le problème et a tendance à baisser les bras. On peut en invoquer trois [1].

D’abord la France ,  ne veut pas vraiment du modèle libéral au sens strict et complet du terme, contrairement aux affirmations tant de ses promoteurs que de ses détracteurs. Ce modèle repose sur trois orientations liées : une baisse des impôts et des prélèvements obligatoires ; une dérégulation du marché du travail accompagnée souvent d’un blocage assez long du salaire minimum ; et une forte responsabilisation individuelle. Notre pays n’en prend que des morceaux limités, les plus alléchants, et en refuse les aspects rugueux, car il  ne veut pas que les inégalités augmentent trop, que l’on sacrifie la qualité de l’emploi à sa quantité, ou que les personnes voient  leur couverture sociale diminuée.

Mais notre pays n’est pas capable non plus de pratiquer l’autre modèle qui marche, celui de l’Europe du Nord. Il est fondé sur trois orientations symétriquement inverses du précédent : un niveau élevé d’imposition global ; des partenaires sociaux forts et responsables qui mettent l’emploi au centre des négociations sociales, qui sont globales et non segmentées ; l’organisation collective d’une flexibilité sécurisée grâce notamment à un soutien fort, voire contraignant, vis-à-vis de ceux qui sont temporairement en attente d’emploi. Là encore, nous sommes tentés par des importations par morceaux de ce modèle, séduisant, mais exigeant, sans parvenir à en reproduire la cohérence profonde.

Du coup, et c’est la troisième raison, nous accumulons les mesures, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, sans cohérence ni continuité ; or, en ces matières, l’incohérence est mortelle, et l’accumulation des mesures engendre la démesure. Le résultat, c’est la complexité, la précarité et l’exclusion.

Dans un tel contexte, la seconde demande, c’est que les partis politiques proposent  une  offre politique claire en  matière de lutte contre le chômage: une stratégie cohérente, crédible, efficace, supposant une prise de risque et un engagement dans la durée. Il y a un prix à payer pour le retour au plein emploi, il faut le dire courageusement, tout en sachant que ce prix est inférieur aux coûts visibles et invisibles, directs et indirects du chômage.

 

Pour cela nous avons tout d’abord besoin d’un diagnostic partagé pour affiner ces analyses, pour voir ce qui marche, et ce qui ne marche pas. Or, il n’y a pas actuellement de lieu où les administrations, les partenaires sociaux, les associations, les économistes, sociologues, experts puissent parler entre eux de ces sujets difficiles, en prenant leur temps, sans être sous la pression de la décision immédiate et de la posture médiatique. A cet égard,  le Conseil d’orientation pour l’emploi qui doit être mis en place prochainement, sur le modèle du Conseil d’orientation des retraites, peut jouer un rôle important.

Cinq variables-clés apparaissent déterminantes pour construire, peu à peu, une stratégie gagnante de retour au plein emploi dans le contexte social et culturel français.

1 – L’emploi repose plus qu’hier sur l’initiative. Celle-ci suppose un climat macro-économique favorable, une politique monétaire active, un taux de change réaliste, la suppression des entraves inutiles et un soutien à ceux qui prennent des risques. Il reste qu’il est indispensable, d’un point de vue économique, de démocratiser l’initiative, et d’en élargir la base sociale. La question d’un droit à l’initiative, ou d’un capital-initiative, financé par ceux qui bénéficient des initiatives des autres, doit, dans cette perspective,  être posée.

2 – Il faut gérer plus efficacement la relation du travail, le compromis capital-travail, et plus particulièrement la liaison coût du travail – rémunération du travail – emploi. L’équilibre macro-économique suppose tout d’abord que le coût salarial moyen évolue en longue période comme la productivité du travail. Mais, en second lieu, au niveau micro-économique, au niveau des personnes, il est clair que chaque fois que le coût du travail dépasse la productivité du travail, un risque fort de chômage d’exclusion apparaît. Comment alors y remédie-t-on ? En diminuant la rémunération du travail ? En diminuant le coût du travail mais non la rémunération, ce qui suppose soit des subventions, soit des diminutions corrélatives de charges et de dépenses publiques, à efficacité constante de celles-ci ? Ou encore en accroissant la formation des personnes en cause, ce qui est favorable à long terme, mais entraîne des charges publiques à court terme. Sur ces points, nous avons besoin de réponses cohérentes et réalistes.

3 – Il faut inventer une flex-sécurité à la française, soit en expérimentant le contrat d’activité inter-entreprise, suggéré en son temps par Jean Boissonnat, soit, comme le propose Alain Supiot, en articulant divers droits de tirage sociaux permettant à l’individu de sécuriser son parcours. Par exemple, en reliant commodément épargne-temps, épargne-formation, assurance-chômage et les diverses formes de participation financière, ainsi que le capital-initiative s’il voyait le jour. Sur tous ces sujets, nous avons beaucoup trop peu réfléchi et innové.

 

4 – Plutôt que de refermer le dossier du temps de travail, on serait  bien inspiré d’ouvrir celui du travail à temps choisi, choisi par le salarié dans le cadre organisé par l’entreprise et négocié avec les syndicats. Cela veut dire tantôt travailler plus et gagner plus pour ceux qui le veulent, et tantôt travailler moins et gagner moins pour ceux qui le souhaitent. Cela signifie par exemple réduire le temps partiel imposé tant par certaines entreprises à leurs salariés, que par l’Etat. Ou cesser de mettre à la retraite d’office ceux qui veulent continuer à travailler. Bref, aboutir à une meilleure allocation des temps sociaux pour permettre un meilleur épanouissement personnel et familial dans le cadre de ce droit au temps choisi qui devrait devenir un droit de l’homme parmi les autres. Le temps choisi n’est pas une facilité, un cadeau aux travailleurs, mais une solution « donnant-donnant » conciliant les intérêts des employeurs et des salariés en évitant la rigidité et le coût qui ont altéré la législation sur les 35 heures.

5 –Le type de soutien qui doit être apporté aux demandeurs d’emploi doit être précisé, et les règles du jeu fixées et stabilisées, et ne plus varier en fonction de la conjoncture. Deux orientations sont possibles : soutien faible et liberté de comportement ? Ou soutien fort, mais plus contraignant ? Dans ce dernier cas, il faut un service public de l’emploi beaucoup mieux organisé et doté, en capacité de soutenir et d’accompagner vraiment les demandeurs d’emplois et une économie solidaire importante reposant sur un gros volume de contrats aidés dans le secteur associatif. Les implications budgétaires ne sont pas les mêmes dans les deux cas.

Plusieurs solutions sont donc possibles, mais à condition que les réponses soient rigoureuses et cohérentes entre elles. On ne peut à la fois promettre de fortes baisses des prélèvements obligatoires et une importante augmentation du soutien aux chômeurs sans préciser aux dépens de qui cette réorientation est effectuée. Arrêtons de promettre une chose et son contraire et de demander plus à l’impôt et moins au contribuable !Inversement, si  on opte pour un maintien du niveau global des prélèvements, il faut expliquer comment ils sont redéployés efficacement en faveur de l’emploi.
C’est la voie du « plein emploi de qualité » qui paraît  la plus adaptée à notre pays, si particulier, si compliqué,  déchiré qu’il est entre son souci de justice sociale et le couple infernal étatiste-individualiste qui sous-tend son inconscient collectif.

Ce plein emploi de qualité a un prix qu’il ne faut pas esquiver. En effet,  il coûte cher, car il faut de l’argent public pour soutenir l’initiative, pour développer la formation, pour alléger le coût du travail, soit globalement, soit de manière ciblée, pour mieux doter le service public de l’emploi, et pour développer l’économie solidaire. Le plein emploi de qualité suppose donc deux conditions à remplir simultanément : d’une part, un haut niveau de prélèvements obligatoires, prélèvements qui doivent peser plus sur le revenu que sur le travail ou l’activité ; et, d’autre part, une redistribution sociale orientée prioritairement  vers l’emploi qui doit donc être temporairement privilégié par rapport aux autres fonctions sociales classiques, santé, retraite, famille. Du coup, ce qui pourrait plaire aux uns ne  plait pas aux autres et inversement. En outre, chaque fois qu’un choix se pose entre donner plus de revenu et créer plus d’emploi, c’est la seconde solution qui doit  prévaloir : mieux vaut financer un plus grand nombre de contrats aidés qu’augmenter sans cesse la prime pour l’emploi !

Il faut sortir à la fois du libéral–populisme et du social-corporatisme pour gagner la bataille de l’emploi en France. L’on se prend parfois à rêver d’un consensus trans-politique et inter-partenarial qui se créerait, peu à peu, autour de ces bases. Cela,  on ne l’a jamais essayé. Tout le monde jusqu’ici a perdu au petit jeu : je ferais mieux que vous et donc je ne m’engage pas avec vous. C’est peut être cela aussi qu’on pourrait changer. Dire les choses ainsi, c’est sans doute être utopiste. Mais c’est aussi être réaliste

Jean-Baptiste de FOUCAULD

 

Président de « Solidarités Nouvelles face au Chômage »[2] Ancien commissaire au Plan.

 

Auteur des « 3 cultures du développement humain : résistance, régulation, utopie » (Odile Jacob, 2002).



[1] Voir Nicolas Baverez, Jean-Baptiste de Foucauld, Alain Minc, Le chômage à qui la faute ? (Editions de l’Atelier, 2005)

[2]. www.snc.asso.fr

Par Jean-Baptiste de Foucauld - Publié dans : Economie et social
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Mardi 21 mars 2006 2 21 /03 /2006 10:10

On relance le débat sur l’emploi…

 La cristallisation du débat sur le CPE paraît quelque peu surréaliste quand on sait les conditions conduisant à une embauche complémentaire dans une entreprise : disposer de nouveaux débouchés et recruter une personne adaptée au poste recherché. La nature du contrat d’embauche n’est pas le critère d’embauche décisif, d’autant plus que, pour pallier l’incertitude sur l’avenir, les contrats actuels (intérim, CDD, stages, …) sont déjà largement utilisés. Pour régénérer l’emploi il est donc nécessaire d’avoir en même temps une économie prospère et une formation (initiale et continue) adaptée à la structure des emplois.

Or, que constate-t-on depuis trente ans, à l’exception de quelques années ? La croissance de l’économie est faible et insuffisante pour créer de nouveaux emplois, la structure des emplois est modifiée profondément sous la double influence des mutations technologiques plus rapides qu’autrefois et d’un libre échange non régulé, enfin les formations ne correspondent que partiellement aux emplois offerts. La situation sociale en est une illustration (chiffres de 2004) (INSEE La France en faits et chiffres) :

 - 2,5 millions de chômeurs,

 - 5 à 600 mille salariés âgés dispensés de recherche d’emplois ou en préretraite,

 - 1,1 million de RMIstes,

 -  490 mille intérimaires,

 - 300 mille apprentis,

 - 1,684 million de CDD,

 - 454 mille stagiaires ou en contrats aidés,

 - 1,1 million de personnes à temps partiel (parfois subi).

 Il faut y ajouter un partage de la valeur ajoutée entre le profit et les salaires défavorable pour ces derniers d’environ 5 points par rapport au début des années 80.

 Il est donc tout à fait illusoire de laisser croire que l’accroissement de l’assouplissement des contrats d’embauches (assouplissement poursuivi depuis trente ans) va améliorer la situation, alors que le combat doit se focaliser sur la gouvernance de l’économie et sur l’adaptation de la formation professionnelle.

 En effet la mondialisation de l’économie, concrétisée par la dérèglementation, la globalisation financière et la libération complète des flux de capitaux, a considérablement modifié le fonctionnement et la gouvernance des entreprises. Le capitalisme managérial, où les managers pouvaient négocier le partage des gains de productivité entre le capital et les salariés, s’est transformé en un capitalisme financier ou patrimonial dans lequel la valeur actionnariale est devenue prépondérante. En effet la logique des « marchés », avec leur vision à court terme, est contraire à la consolidation des fondamentaux économiques des entreprises : le rendement élevé du capital exigé par les actionnaires (en particulier les investisseurs institutionnels : compagnies d’assurances, fonds de pension, organismes de placement collectif) contraint les entreprises, en concurrence sur un même marché international, à améliorer sans limite leur rentabilité selon des modalités concrétisées par :

 -          la mise en réseau de l’entreprise avec optimisation financière des contributions de chaque entité.

 

 -          la baisse des coûts salariaux, les licenciements économiques et les suppressions d’emplois.

-          le recentrage sur les métiers de base, l’externalisation des fonctions (autrefois locale, maintenant mondiale), la filialisation des activités, la mise en concurrence des entreprises sous-traitantes avec faible marge.

-          la croissance externe entraînant fusions et/ou acquisitions (avec endettement important) et arrêts d’établissements.

-          la réduction des capitaux engagés et les rachats d’actions pour accroître le rendement sur fonds propres.

Il en résulte une instabilité structurelle des entreprises car leur évaluation n’est plus effectuée   par les banques en fonction de critères concrets, mais par le marché en fonction de leur valeur actionnariale. Cette instabilité ne permet pas une gestion saine des entreprises sur le long terme, d’autant plus que les entreprises puissantes imposent aux entreprises plus faibles leur diktat financier.

Cette instabilité ne peut être vaincue que par une régulation politique aux niveaux mondial, européen et national :

- au niveau mondial par une réforme du système monétaire international (F.M.I. et B.R.I.), l’adoption de taux de change ajustables, la limitation des taux d’endettement des entreprises, le renforcement des pouvoirs de l’O.I.T., la régulation des échanges commerciaux entre pays occidentaux et émergents, la régulation des fonds de placements collectifs.

- au niveau européen par l’établissement d’un gouvernement économique disposant d’une politique budgétaire articulée avec une politique monétaire, d’une réorientation du budget communautaire, d’une harmonisation de la fiscalité de l’épargne et d’une charte sociale européenne.

- au niveau national par la négociation contractuelle du partage de la valeur ajoutée et la participation décisive des salariés dans la gouvernance des entreprises.

D’autre part la formation professionnelle (initiale et continue) doit s’adapter à l’évolution de la structure et de la qualification des emplois : les tâches manuelles, surtout les plus répétitives, à l’exception des tâches artisanales, sont en forte diminution ; les tâches de surveillance, de décision et de conception et les tâches relationnelles constituent progressivement l’essentiel des emplois. On assiste donc progressivement à un glissement des emplois peu qualifiés vers des emplois plus qualifiés, rendant ainsi indispensable l’élévation du niveau de technicité. Le déversement des emplois n’est maintenant possible que vers des emplois de haute technicité, vers les services marchands de type relationnel et vers les services non marchands.

 Or, si l’on constate de 1980 à 2000 (Cf. INSEE Enquête sur l’emploi) une baisse de 28 à 12% du pourcentage des non-diplômés (soit 100.000 environ, chiffre inchangé depuis 1996), 60.000 titulaires du brevet seul, 150.000 titulaires d’un CAP ou d’un BEP et 100.000 titulaires du baccalauréat général seul sont issus chaque année de la formation initiale. Une partie de ces jeunes ne possède pas de formation professionnelle précise ou possède un CAP ou BEP pas nécessairement adapté aux besoins de l’économie. D’autre part, parmi les 150.000 étudiants sortant avec un diplôme d’études longues (licences, DEA, doctorats, diplômes de grandes écoles), une partie non négligeable (certaines disciplines de facultés par ex.) ne correspond pas aux besoins du monde du travail.

 En conséquence l’orientation professionnelle, quasiment absente sauf pour les formations élitistes, doit être mise en œuvre. La liberté de choisir certaines disciplines de facultés en ignorant les perspectives d’emplois correspondants est mortifère pour certains jeunes. Aussi la formation professionnelle (initiale et continue)  doit-elle être adaptée pour répondre à l’évolution structurelle des emplois afin de permettre la réorientation et l’adaptation des personnes à l’emploi tout au long de leur vie.

 Michel Phelippeau

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Michel Phelippeau - Publié dans : Economie et social
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Mercredi 22 mars 2006 3 22 /03 /2006 17:07

« Initiative Européenne et Sociale » et « Générations Europe » tiendront une
réunion débat commune, le mercredi 22 mars à 19 heures au 4, place de Valois
75001 Paris. Les adhérents de ces deux organisations, et plus largement les lecteurs de
nos deux blogs et leurs amis, sont conviés à cette réunion qui  aura pour
thème : CPE, CNE, Contrats jeunes, Contrats seniors, les  vraies solutions sont-elles là ?... » Chargé  d'introduire le débat, j’ai préparé ce texte.

 

 

Je ne sais pas si la date choisie pour cette réunion est un hasard ou se veut symbolique. En tous les cas, les facultés se mettent en grève les unes après les autres et les manifestations regroupent de plus en plus de personnes.

 

 Comme souvent dans notre pays, une réforme touchant les jeunes suscite la polémique et les arguments entendus de part et d’autres ne contribuent pas spécialement à la clarté d’un débat devenu essentiellement un échange d’affirmations péremptoires.

 

 L’article de Marc d’Héré publié par les blogs de Générations Europe et de Initiative Européenne et Sociale propose de sortir de cet affrontement par un triptyque négociation / amélioration des garanties et évaluation.

 

 Ce n’est pas cependant cette idée que je voudrais conserver de son article, mais celle qui consiste à relativiser l’importance de cette loi qui n’est, je cite, ni l’horreur absolue, ni la panacée. La France a l’art de se créer des psychodrames sur des sujets qui ne le mérite vraiment pas. Il est probable que cette loi si elle n’est pas retirée, aura un impact assez minime sur l’emploi des jeunes.

 

 Cette différence entre les enjeux réels de la loi et les mouvements qu’elle soulève me fait penser à ce qu’écrit Christian Blanc  dans « la croissance ou le chaos » (au passage, j’encourage tout le monde à le lire !) à propos justement des réformes difficiles qu’il propose. Il rapport que son prédécesseur chez Air France avait fait un plan prévoyant 5% de gains de productivité qui avait mis la compagnie à feu et à sang : les salariés n’étaient pas près à faire des efforts et des sacrifices pour un plan qui n’était pas à la hauteur des problèmes de la compagnie. Lui-même a présenté un plan prévoyant 30% de gains de productivité et a obtenu 80% de soutiens à ce plan lors d’un référendum interne, parce que ce plan était à la hauteur du problème. La situation me semble identique aujourd’hui.

 

Dans son article de Samedi dans le Monde, Eric le Boucher note « une mauvaise réforme peut chasser les bonnes ». Et il poursuit un peu plus loin « voilà le comble : les étudiants et les jeunes qui sont les exclus du monde du travail (ils sont les « out » des économistes) vont défiler avec les syndicats des « un », ceux de la fonction publique et de l’emploi à vie, qui bloquent toute évolution au nom d’une pseudo résistance contre l’ultra libéralisme et la précarité »

 

Plus loin, « Le CPE est mieux qu’un stage et moins bien qu’un CDI, il  est bénéfique pour les faibles qualifications et il est éventuellement menaçant pour les diplômés qui avaient une entrée directe et entière dans l’emploi. D’où sa construction, son ambiguïté, porte ouverte à toutes les critiques, vraies et fausses, et à toutes les manœuvres politiques. »

 

 Pour revenir à notre débat, il me semble que le CPE en lui-même ne mérite pas deux heures de cette noble assemblée mais qu’il pose trois questions qui toutes les trois mériteraient un long débat mais que je vous propose d’aborder ce soir.

 

La première question concerne évidemment la question du droit du travail et de sa réforme éventuelle. Il y a généralement face à face deux théories opposées.

 

La première souhaite un droit du travail le plus protecteur possible et s’oppose à toute remise en cause. On sent que certains de ses partisans voudraient le statut de la fonction publique pour tous. Il est vrai que beaucoup d’entre eux ne connaissent réellement que ce système là. D’autres voudraient interdire les licenciements. Sans aller jusque là, cette théorie a amené le gouvernement de la précédente législature a faire voter la loi dite de modernisation sociale, loi qui rendait juridiquement peu sûre toute procédure de licenciement et qui a conduit à donner aux plans sociaux le nom de plans de sauvegarde de l’emploi. L’absurdité de ce nom me parait assez révélateur d’un système qui a force de nier la réalité de la transformation des entreprises a conduit au développement d’un système à au moins deux vitesses, avec des salariés très protégés d’un coté et des salariés très précaires de l’autre.

 

La deuxième théorie consiste au contraire à estimer que le manque de flexibilité du marché du travail est l’une des causes majeures du chômage. Il faut donc faire sauter les freins à la mobilité entre emplois ou entreprises que constitue une réglementation trop complexe. Les adversaires de cette théorie font remarquer que la France dispose déjà de nombreux instruments de flexibilité, en omettant de préciser que cette flexibilité se concentre sur une partie de la population.

 

 La position du gouvernement ne se  raccorde pas explicitement à cette théorie puisqu’elle prétend diminuer la précarité des jeunes les moins qualifiés, mais cette prétention ne fait que souligner ce que lui reproche certains de ses adversaires, à savoir le caractère flou de ses motivations.

 

 Cependant, notre droit du licenciement n’est évidemment pas satisfaisant, ne serait ce que parce qu’il consacre (ou produit selon le point de vue de chacun) un système à plusieurs vitesses, avec de grandes différences entre ces vitesses. Des rapports récents ont donné des pistes pour le transformer. L’idée développée par Pierre Cahuc et André Zylberberg d’un contrat unique est celle qui semble la plus cohérente. On se demande pourquoi le gouvernement a pris le problème dans ce sens mais il se chuchote qu’il a dans ses cartons une vaste réforme du droit du travail.

 

 Je reste persuadé, comme j’ai pu l’écrire sur le blog de générations Europe, qu’il faudra un jour simplifier ce système et le rendre plus incitatif au travail. Mais je suis aussi convaincu que cela ne peut se faire qu’à l’occasion et pour renforcer une dynamique de création d’emploi. C’est ce que fait aujourd’hui Tony Blair en essayant de remettre au travail une population qui en avait été écarté à l’occasion des grandes restructurations de la fin des années 80 et qu’on avait de fait dispensé de recherche d’emploi sous le prétexte d’incapacité physique.

 

Cela introduit ce qui me semble la deuxième question qui est celle de la création d’emploi et donc de la croissance. Depuis que le chômage a dépassé les deux millions, c'est-à-dire depuis pratiquement 25 ans, notre pays oscille entre la recherche d’une croissance par la consommation, l’attente d’une conjoncture plus favorable et la mise en place d’emplois de substitutions, qu’on les appelle TUC, emplois jeunes ou autres. Certaines actions n’ont servi qu’à corriger les plus grandes dérives : je pense en particulier au plan de rigueur Delors Mauroy de 1983. N’est il pas temps de s’occuper de mettre en place résolument les conditions de la croissance ? Celles qui ont été proposées dans ce qu’on appelle la stratégie de Lisbonne, autour de l’économie de la connaissance et dont les modalités pratiques ont été définies pour la France par Christian Blanc.

 

Je finirais par la troisième question, celle du rôle respectif de l’Etat et des partenaires sociaux dans l’organisation des rapports sociaux. On ne répétera jamais assez que l’intervention permanente de l’Etat dans le domaine social ôte toute légitimité aux organisations syndicales et explique pourquoi la France est le pays d’Europe à avoir le plus faible taux de syndicalisme. Dans ce domaine, l’attitude du gouvernement dans l’affaire du CPE est particulièrement inadmissible.

Gérard Bardier

 

Par Gérard Bardier - Publié dans : Economie et social
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Jeudi 23 mars 2006 4 23 /03 /2006 09:15

La proposition de Marc d’Héré sur le CPE, à partir du triptyque «  négociations, améliorations, évaluation » (voir sur ce blog le 16 mars) apparaît  comme  une dissonance dans le paysage politique français, et  reste masquée par la cacophonie et le brouhaha ambiant qui se rejoignent en un bruit sourd et pourtant languissant. Cette position, si elle était soutenue,  pourrait faire l’objet d’une  « résolution » permettant  de tracer une voie  vers un accord et  une sortie de crise.  Le voulons-nous ?

 

Alors que les débats n’existent pas vraiment,  étouffés par  des questions de légitimité : 1 millions de Français dans la rue représentant plus que 329 députés pour les uns, 60 millions de Français plus que 1 millions de manifestants pour les autres, la diffusion de cette  proposition de négociation sans préalable, d’application soumise à une évaluation  contradictoire tous les six mois, obligerait les différents partenaires à exprimer clairement leur point de vue, à renoncer à leur précipitation quasi-hormonale, aux ultimatum et aux affirmations idéologiques non étayées. Mais non seulement la question se pose de savoir s’ils en sont capables, tant ils restent bloqués sur leurs positions de principe,  enfermés aussi  dans leur modèle partagé d’un Etat qui décide seul, pour tous, soit pour imposer, soit pour réparer, chacun se disputant le droit de remplir à lui tout seul ce vocable devenu creux, mais en plus, sommes nous vraiment capables de dire qui sont aujourd’hui les partenaires qui devraient se rencontrer ? Répondre à cette question, obliger à la clarté, voilà peut-être le défi auquel nous pousse ce qui pourrait être  la position d’IES.  Qui est légitime aujourd’hui, si l’on entend par là qui aurait  la capacité de répondre aux vrais enjeux et   d’intervenir  pour le  bien public, et quel type d’action peut répondre à cette légitimité ? La simplification manichéenne des enjeux et des responsabilités par une grande partie du monde politique et médiatique fait de plus en plus souvent face à l’ébullition et la complexité d’une société civile qui pratique le débat, propose et veut agir, mais que, comme le faisait si bien remarquer Philippe Courtin sur ce blog,  suite à la jolie musique de Lucie Lepage (article « discriminations » du 22 mars), « nous n’assumons pas, dont nous ne faisons rien ».

 

Laurent PY

 

Par Laurent PY - Publié dans : Economie et social
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Jeudi 23 mars 2006 4 23 /03 /2006 22:31

COMMUNIQUE à l'AFP

 

 

 

Le CPE n’est certainement pas « pire que tout » comme on  le proclame ici et là, mais ce n’est pas non plus la panacée et ses inconvénients avérés  sont peut-être   aussi importants que  ses avantages escomptés. Surtout, il est évident que ce nouveau contrat n’est pas à la hauteur des enjeux et que la méthode adoptée pour le concevoir  et l’imposer est détestable.

Mais la loi a été votée et il est urgent de sortir d’une situation de blocage qui n’est de  l’intérêt de personne.

Nous proposons une voie pour en sortir : 

Ouverture de discussions sans préalables avec les organisations syndicales, de salariés, d’étudiants, de chefs d’entreprises,  permettant d’aller  plus loin sur la voie des garanties et des aménagements, notamment en ce qui concerne l’inadmissible  « non motivation du licenciement ».   Et puis, dans l’esprit de la loi sur l’expérimentation,  accord sur une évaluation contradictoire  parlementaire et syndicale qui serait faite tous les six mois, en terme d’évolution d’emploi des non qualifiés et des jeunes de moins de 26 ans, nombre de contrats signés, nombre de  ruptures de ces contrats, difficultés et litiges nés de l’application de ces contrats…. Le  gouvernement s’engagerait à modifier ou même  à retirer cette loi en fonction  des résultats de ces évaluations contradictoires et  publiques

Appliquons la loi votée – du moins si elle est validée par le Conseil Constitutionnel-, en améliorant  ses garanties, et conditionnons sa pérennité à  des évaluations contradictoires et publiques.

 

 

 

Marc d’Héré

 

 

Président d’Initiative Européenne et Sociale (IES)

 

 

Par marc dHERE - Publié dans : Economie et social
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