IESest un mouvement politique réformiste, social et libéral, qui veut
permettre à la liberté individuelle, la responsabilité et l'égalité des chances de se réaliser dans le cadre d'une société solidaire et
dynamique.
IES veut favoriser
l'approfondissement de la démocratie, la participation citoyenne, l'efficacité économique et la justice sociale, la modernisation du rôle comme du fonctionnement de l'Etat et des services
publics, la régionalisation, la construction d'une Europe politique, le développement durable.
Pierre-Yves Cossé, ancien commissaire au plan, nous adresse cette tribune.
LesFrançais ont peur du présent et de l’avenir. Pour une part, cette peur a pour origine une insécurité liée à l’environnement. En 2003, la canicule est la cause, directe ou indirecte, du décèsde plusieurs milliers de personnes âgées. En 2005, les Français commencent l’année par le spectacle quotidien durant plusieurs semaines sur leurs écrans de télévision du tsunami, qui provoque plus de cent mille morts, ils la terminent avec le cyclone Katrina et son cortège de destructions et de morts. L’année 2006 commence avec la grippe aviaire.
Les Français sont devenus conscients que le réchauffement climatiques’accompagne de catastrophes répétitives et difficilement prévisibles.
Ce n’est pas seulement l’environnement climatique qui se dégrade mais également l’environnement social des Françaiscontribuant à la montée de la peur et du sentiment d’insécurité. L’augmentation d’une délinquance, de plus en plus agressive,et la crise des banlieues, dont chacun reconnaît aujourd’hui, qu’elle n’est pas résolue, incitent les Français à la méfiance et au repli sur la famille et la communauté de base.
Cette peur n’est pas synonyme de passivité. Des minorités réagissent. Lors du tsunami, des centaines de milliers de personnes ont fait des dons et même quelques Français sont partis sur place pour apporter leur aide. Dans les banlieues, la société civile n’est pas restée inactive, des initiatives d’origines très diverses se multiplient dans le domaine de l’éducation, des sports, de l’accès à l’emploi.
Il n’y à que la classe politiqueà rester passive,à une exception importante près, les municipalités. Elle prépare les prochaines échéances électorales comme si de rien n’était. Considérant que Les Français ne veulent ou ne peuvent pas changer, elle se prépare à promettre beaucoup trop, en particulier dans l’ordre quantitatif, sans changer les priorités,avec le même type de croissance et de rapports sociaux.
Et s’ils se trompaient ? Si les Français étaient moins malades qu’ils le croient, s’ilsétaient prêts à un retournement, pourvu qu’on leur enexplique les raisons, qu’on leurdémontre l’efficacité d’une autre politiqueet qu’on respecte le principe d’équité ? Des indices montrent qu’une évolutionest en cours. Regardons d’abord l’étranger et le pays qui est considéré comme le parangon de la consommation reine et du toujours plus, les Etats- Unis ; plusieurs états ont décidé d’appliquer le protocole de Tokyo, qui n’a pas été ratifié par le Congrès,
la Californie
prend des mesures drastiques contre la pollution automobile. Et même le président Bush, dans son discours sur l’état de l’Union, esquisse une politique volontariste de l’énergie,développement des énergies nouvelles etréduction des importations du moyen orient. Et même en France, n’y a t’il pas une prise de conscience concernant la voiture, permettant une inflexion des politiques urbaines ?
Le risque pour les politiques d’un changementde discours et de pratique n’est- il pas moindre que l’aggravation de leur perte de légitimité et l’abstention croissantede leurs électeurs ?
v
Il existe un thème horizontal, qui peut structurer une autre politique, à l’échelle nationale et à l’échelle européenne, celui du développement durable, à condition de lui donner toute sa dimension. Retrouver la maîtrise de notre environnement, réduire nos peurs, cela demande du temps. Nos concitoyens savent qu’il n’y aura pas de miracle. Il faut miser sur la durée Une politique du développement durable est une politique du long terme. Ceci est évident s’agissant du sort de notre planète. Les pollutions et les déchets d’aujourd’hui, les destructions actuelles des ressources et des écosystèmes réduisentles conditions de vie, voire de survie, de nos enfants. Des modes de vie plus respectueux des ressources de la planète sont à inventer. Pour ce faire, une nouvelle planification impliquant les entreprises et les consommateurs, donnant une place à l’expérimentation et comportant un grande part de pédagogie est à mettre en place.
La France n’inventera pas toute seule ce nouveau mode de vie, plus sobre, plus économe des ressources naturelles et plus convivial. Elle doit être à l’écoute de ce qui se passe à l’étranger et rechercher les coopérations et les échanges. Sait -on que dans le prochain plan chinois l’environnement et la politique de l’énergie sont des thèmes majeurs ? Si la pollution menaceles villes chinoises, il se peut que demain il n’y ait que des voitures propres qui soient autoriséesà circuler. Devant l’importance du marché potentiel et l’autoritarisme chinois, les grandes entreprises occidentales, privées d’un lobby national fort, inventeront des voitures qui n’existent pas aujourd’hui dans le monde développé.
Bien évidemment, le niveau européen doit être privilégié, afin que l’Europepuisse faire entendre sa voix dans les organisations internationaleset être de plus en plusune force de proposition et d’entraînement. Mais rien n’oblige
la France
à rester dans le peloton de queue, dans l’attente des normes bruxelloises. Elle peut dès maintenant s’aligner, à sa manière, sur les pays les plus en avance.
Retrouver la maîtrise de nos villes et les conditions d’une coexistence pacifique entre tous ses habitants est également une œuvre de long terme. Là aussi, la planification de nos villes, ne se limitant pas à une juxtaposition d’actions de quartier et à des infrastructures de béton –souvent nécessaires- est à réinventer. Elle implique une clarification et une simplification de nos structures territoriales, probablement en donnant une place accrue aux structures d’agglomérations et à l’intercommunalité. Elle exige une plus grande proximitéafin que dans une société atomisée les situations particulières soient mieux prises en compte. Elle demande plus de solidarité, de redistribution et de péréquation entre territoires riches et territoires pauvres. De telles dispositions, nécessairement complexes, ne seront acceptées que si l’efficacité des actions entreprises est reconnue.
Ce qui est nécessaire à propos du devenir de nos villes, l’est également de toutes les catégories sociales fragiles, enfants, exclus, malades, vieillards.
Tout ce qui, à un terme plus ou moins rapproché, empêche la cohabitation harmonieusedes différents groupes sociaux entre dans la politique du développement durable.
C’est dire que la solidarité est au cœur d’une politique du développement durable.
Cette solidarité a une dimension mondiale. Il est dangereux pour la paix et notre sécurité de laisser le fossé se creuser entre riches et pauvres et d’interdire l’accès de plusieurs milliards d’hommes à la santé, à l’éducation, bref à la dignité. De telles frustrations alimenteront nécessairement les intégrismes, les violences et les conflits de toute sorte. Pour
la France
, c’est à l’échelle européenne que doit être définie principalement la politique permettant de réduire les déséquilibres mondiaux, avec une responsabilité particulière à l’égard des pays les plus proches et notamment du continent africain. Et cette politique doit combiner l’aide, le commerce, l’investissement, les échanges d’hommes et de cultures.
A travers cette politique privilégiant le long terme, le respect de l’environnement, l’économie des ressources naturelles, l’harmonie urbaine, la sobriété, la solidarité accrue au profit des populations les plus fragiles, la prise en compte à l’échelle nationale, européenne et mondiale e des pays les plus pauvres, c’est un nouveau modèle que l’on vise, qui se confondavec un modèle européen renouvelé.
Verra t-on un candidat à l’élection présidentielle faire de la recherche de ce modèle l’axede son discours ? Le développement durable, à condition de n’être pas le chapitre isolé d’un long catalogue mais l’engagement majeur de la campagne, peut retournerles réflexes actuels de peur et de défiance en aspirations positives et constructives. Il peut fédérer nombre de propositions concrètes, sans prétendre tout traiter (il demeure de nombreuses politiques spécifiques, dont l’emploi). Il est audible en France comme en Europe. Faut- il encore que le ou les candidats, soient crédibles, qu’ils parlent vrai, qu’ils suscitent la confiance sans laquelle il n’y a pas de politique durable.
Corinne Lepage m'autorise à publier la tribune parue ce mercredi 19 juillet dans Le Figaro. Je l'en remercie.
Par une décision que l'on peut qualifier d'historique, le Conseil d'Etat vient d'annuler la déclaration d'utilité publique de la ligne à très haute tension (THT) qui devait traverser les gorges du Verdon, en considérant que la qualité exceptionnelle du site privait le projet d'EDF d'utilité publique. Cette décision introduit une nouvelle hiérarchie entre intérêts généraux antagonistes et reconnaît la valeur du patrimoine collectif lorsque celui-ci est traité comme quantité négligeable au regard de choix définis, finalement, de manière temporaire au regard de la pérennité des paysages, par quelques génies du progrès.
Elle rappelle également très opportunément ce qu'est l'état de droit dans un pays où ceux qui sont chargés de le garantir sont les premiers à vouloir s'en affranchir. Je pense bien évidemment aux expérimentations d'OGM, autorisées de manière complètement illégale et en toute connaissance de cause par le gouvernement, au mépris des arrêts et jugements rendus par la justice administrative, sanctionnant le non-respect du droit communautaire et national. C'est la négation de notre droit qui entraîne les plus désespérés des opposants aux cultures transgéniques en plein champ à passer dans l'illégalité, faisant ainsi le jeu bien involontaire des multinationales céréalières. Celles-ci se drapent dans une indignation résolue face à ce qui est aussi une attaque de la propriété privée. A quand une mise en cause sur le fond et avec les armes du droit des pratiques de ces apprentis sorciers qui jouent avec le feu et refusent de transmettre les résultats des expérimentations faites sur des rats ?
Revenons au Verdon. Une fois encore, le combat fut rude mais il a pu être mené à bien grâce à la résolution et l'entente des associations qui étaient parties prenantes dans ce dossier. David a vaincu Goliath, preuve s'il en est que la ténacité et le courage payent et que nous sommes encore dans un état de droit. A nous, par notre vigilance et nos actions, de savoir le maintenir et le renforcer. Mais ce combat fut-il celui de quelques protecteurs de la nature contre les tenants de la marche du progrès ? Ou, pour pousser plus avant, le refus de quelques obscurantistes contre les lumières de la fée électricité ? EDF nous présente comme les tenants de la bougie et de la réaction face aux lumières portées par ses cohortes d'ingénieurs.
Cette vision souffre d'une perception doublement anachronique du rapport à l'énergie. Elle a le parfum d'un roman de Jules Verne où l'ingénieur était le porteur de l'avenir. Mais Jules Verne écrivait au XIXe... et elle est aussi l'expression d'un centralisme énergétique en accord avec le jacobinisme qui pollue les plus hautes sphères du pouvoir. L'accès à l'énergie sera l'un des enjeux majeurs des années à venir avec l'accès à l'eau, la protection de l'air et l'adaptation de nos structures aux conséquences du réchauffement climatique. Pour l'énergie, le discours récurrent tenu par les producteurs est celui du «toujours plus» face à une demande en pleine explosion. Il ne peut en être autrement de la part d'EDF et des autres acteurs du marché qui en sont restés à une logique de produit et se rémunèrent à la consommation. Rien n'est fait dès lors pour diminuer cette surconsommation, source naturelle de revenus. La réponse tient alors en deux mots : toujours plus. Et cette course sans fin se mène avec des centrales toujours plus puissantes, toujours plus «centrales».
Il est grand temps que nous passions, dans le domaine de l'énergie, du produit aux services. EDF doit faire sa mue et devenir un fournisseur d'accès à une énergie responsable. Nous devons apprendre à consommer moins et nous avons grandement besoin des professionnels d'EDF pour le faire. Nous avons aussi besoin d'une plus grande autonomie énergétique pour chacun de nous. Comment peut-on encore construire aujourd'hui des bâtiments qui ne produisent pas d'électricité ? En Allemagne, des maisons positives produisent plus qu'elles ne consomment. Qu'en est-il en France ? A quel service d'EDF dois-je m'adresser pour devenir un producteur local ?
Nous avons certes besoin de grandes unités pour alimenter nos industries. Mais avons-nous besoin de centrale nucléaire pour nos veilles télés, nos chargeurs de téléphones portables perpétuellement branchés et cette consommation cachée qui alimente le toujours plus ? Ne pouvons-nous pas devenir responsables et produire localement nos besoins avec un accompagnement technique que seule une grande entreprise nationale comme EDF peut mener ? J'attends d'un grand service public comme EDF qu'il soit notre fournisseur d'accès à une véritable autonomie énergétique qui passe par la décentralisation de la production et la disparition progressive des lignes à haute tension, symboles du jacobinisme électrique qui balafra nos paysages.
J'ai dans ce sens piloté le programme Ecoresp (www.ecoresp.fr), qui démontre qu'une telle stratégie est génératrice d'économies et créatrice d'emplois. Oui, EDF doit muer pour enfin penser local dans son action globale. EDF doit devenir l'acteur de cette décentralisation que j'appelle de mes voeux, celle qui donnera à la région Provence-Alpes-Côte d'Azur une plus grande sécurité énergétique par un mix intelligent entre la responsabilité individuelle, la production locale par le recours aux énergies renouvelables. Vous n'avez plus de THT ? Vous allez devenir la région pilote de la nouvelle stratégie énergétique qui fera de la France un champion de l'après-pétrole, expérimentateur du nouveau mix énergétique et pas seulement l'Etat le plus nucléarisé du monde.
Réponse de Corinne Lepage, présidente de Cap21, avocate, candidate déclarée à l’élection présidentielle au Pacte Ecologique :
Je suis engagée depuis une trentaine d’années dans le combat écologique et la défense du droit de l’environnement. Pollutions maritimes, décharges sauvages, incinérateurs hors normes, OGM, lutte contre la corruption, nombreux sont les combats citoyens que je mène avec les associations. Mon expérience au Ministère de l’Environnement de 1995 à 1997 m’a beaucoup appris sur les rouages de nos institutions, ses blocages et ses faiblesses. Il fallut beaucoup de détermination et de force de conviction pour emporter le vote de la loi sur l’air, première réponse au changement climatique et à la pollution de l’air. Convaincue que notre démocratie est en souffrance, j’ai décidé de m’engager dans le débat politique en fondant CAP 21 (Citoyenneté, Action, Participation pour le 21ème siècle), un parti qui souhaite rassembler toutes les personnes convaincues de l’urgence à agir pour l’environnement au-delà du clivage gauche-droite. C’est la voie d’un réformisme écologique, profondément at! taché aux valeurs de la République, audacieux et imaginatif que je souhaite tracer avec mes amis.
J’accueille donc avec satisfaction le pacte écologique que Nicolas Hulot propose à l’ensemble des candidats à l’élection présidentielle et j’y souscris évidemment. Cela me semble être à minima ce que chaque candidat devrait reprendre dans son programme.
Je pense cependant qu’il faut aller encore plus loin dans les réformes.
Avec l'accord de Corinne Lepage, nous publions ce texte de sa "lettre"
Robert Lion m'adresse ce texte, publié il y a quelques jours par Le Monde....
Le conseil économique et social pourrait être le chef d’orchestre de la démocratie de proximité
Le succès du Grenelle de l’environnement dépendra d’abord du gouvernement : comment se situera-t-il
sur les sujets de fond, entre les avocats des générations futures et les tenants du statu quo, en matière d’agriculture, d’énergie et de transports, d’urbanisation ou de santé ? Si les
balances penchent trop dans le sens de ces derniers, les ONG et d’autres participants quitteront la table, et ce sera l’échec.
La procédure lancée – et plutôt bien lancée –va au-delà de purs dossiers environnementaux. Ce qu’on discute touche par exemple à nos institutions, que
bousculent les nouveaux modes d’élaboration, de mise en œuvre et d’évaluation de la décision publique.
Nous sommes en effet entrés dans un temps où la légitimité institutionnelle classique – une procédure législative embrayant sur des textes d’application - ne
suffit plus, bien souvent, à rendre acceptables des projets ou des actes émanant des Etats. Il ne s’agit pas de concurrencer la représentation élue des citoyens, qui doit garder le dernier mot
dans ses champs de compétence. Il s’agit de la nécessité où l’on est aujourd’hui de passer par de nouvelles formes de démocratie, dites « de proximité ». L’environnement en est un champ
important et il n’y aura pas de développement durable sans participation organisée des citoyens. Le « Grenelle » doit donc proposer des réformes de nos institutions qui reconnaissent
ces démarches, et qui les ordonnent.
Le processus « Grenelle » est par lui-même significatif. En proposant une « négociation » - c’est le mot du président de la
République – au milieu associatif, il fait avancer en France la lente reconnaissance d’un statut d’interlocuteur et d’acteur, voire de contractant, pour la société civile et non plus pour
les seuls partenaires sociaux traditionnels. En mettant à son ordre du jour la « démocratie écologique », il encourage diverses revendications des ONG : porter le « dialogue
environnemental » au rang du dialogue social ; établir un « nouveau paritarisme » au bénéfice des défenseurs de l’environnement ; etc.
De telles réformes s’inscriront dans une évolution : lois de 1983 sur l’enquête publique, de février 1995 sur le débat public, de février 2002 sur « la
participation du public au processus décisionnel », affirmation par la Charte de l’environnement du « droit pour toute personne de participer à l’élaboration des projets ».
Dans le même temps, villes et régions bâtissaient leurs plans de développement et leurs Agendas 21 sur des démarches participatives, et les entreprises se
faisaient plus attentives à la voix des « parties prenantes », associations, consommateurs, organismes sociaux, collectivités…
Cette approche a pris du galon quand Ségolène Royal a fondé sa campagne sur la « démocratie participative » ou quand Nicolas Sarkozy, à peine entré
à l’Elysée, a décidé de dialoguer avec les ONG environnementales. Elle a un précédent en France : la reconnaissance des partenaires sociaux et l’organisation du paritarisme à la Libération
et dans la Constitution de 1946. Elle constitue le véritable « deuxième temps » de la décentralisation, visant, à côté des collectivités territoriales, les
acteurs intermédiaires ou, selon le terme reçu, la société civile.
Mais cette évolution se fait en France par une suite d’improvisations, sans cadrage institutionnel. Un rapport de Dominique Chertier, « Pour une
modernisation du dialogue social », recensait en 2006 plus de cent instances nationales de concertation. Une telle anarchie est lourde de risques juridiques et politiques. Puisque la
réforme de nos institutions est à l’ordre du jour, plusieurs pistes pourraient conduire à une mise en ordre.
Il faut assurer la qualité et la légitimité des nouveaux acteurs, et pour cela codifier des règles de représentativité. Il faut promouvoir la négociation
collective au rang d’instrument de l’élaboration des projets publics, et à cette fin inscrire dans la Constitution un « droit de participer » qui ne soit plus cantonné aux questions
d’environnement. Il faut donner un statut à l’expertise indépendante et citoyenne, et renforcer par la loi la gouvernance des entreprises.
Et puis il faut, à cette démocratie extra-parlementaire, une gouvernance qui soit confiée à une autorité. C’est ici qu’une refonte du Conseil économique et
social (CES) trouverait un sens. Notre troisième assemblée, créée en 1946, a un bon bilan comme donneur d’avis, elle est riche de potentialités et elle se démultiplie en CES régionaux (CESR).
Mais ce Conseil est un organe en demi-teinte, peu visible, peu lisible, dépourvu d’expertise technique ; sa composition reflète davantage la France de l’après-guerre que la société
contemporaine. Il est, sous condition de réforme, une institution disponible pour une fonction politique éminente et moderne.
Le Grenelle de l’environnement doit proposer que le CES réformé devienne le chef d’orchestre de ce réseau de commissions et conseils nationaux, dont le
nombre serait alors drastiquement réduit, qui se trouvent en charge, par petits morceaux, du dialogue citoyen, de l’expertise et de l’évaluation. Il devra être responsable de la cohérence et de
la transparence de ces organes, et en constituer l’instance d’appel. Il lui reviendra d’introduire ici des modes modernes de communication et d’interactivité avec les citoyens. Il lui faudra
œuvrer, comme le CES actuel l’a amorcé, à l’organisation du débat public à l’échelle européenne, que la France pourra mettre au programme de sa présidence de l’Union, en 2008.
Pour cela, il ne suffit pas d’ajouter au nom du CES le mot « environnement », ni d’y ouvrir quelques sièges aux seuls militants de l’écologie. Il
faut, par une modification de la Constitution, organiser le Conseil en trois collèges : le monde du travail, celui des entreprises et le secteur non lucratif, lequel comprend notamment les
associations environnementales ; une semblable refonte s’impose pour les CESR. Le Conseil ainsi refondu doit être doté d’attributions élargies,
et pouvoir être saisi par les citoyens. Nous devrions, comme en Allemagne ou aux Pays-Bas, systématiser le « temps réservé » au débat dans
l’élaboration des projets de l’Etat, un débat que piloteraient ou superviseraient le CES et les CESR. Le Conseil aura vocation à être le garant, pour l’évaluation « ex ante »
et au long de la vie des projets, d’une approche de développement durable. On pourra alors le nommer « Conseil du développement durable ».
Il est bon que cette réforme soit à l’ordre du jour du « comité de réflexion » sur nos institutions, que préside Edouard Balladur. Il lui revient
de l’envisager non comme une retouche technique, mais comme une avancée historique de la démocratie dans notre pays.
Robert Lion
Président d’Agrisud International - Membre de l’Alliance pour la planète
Parceque comme des centaines de milliers d'autre j'avais, en son temps, signé son pacte, je reçois ce texte. de Nicols Hulot......
En signant le Pacte écologique comme près de 750 000 autres
citoyens, vous avez signifié votre volonté de placer l’écologie au centre des préoccupations économiques et des choix politiques. Vous avez
ainsi contribué à faire bouger les choses.
Aujourd’hui, votre engagement se traduit par
un premier résultat
La prise en compte de l’impératif écologique constitue l’enjeu du Grenelle de l’environnement pour lequel toutes les forces vives de la société
(Etat, collectivités territoriales, organisations professionnelles et patronales, syndicats, associations) sont mises à contribution.
En signant le Pacte écologique, vous avez aussi voulu appuyer un certain nombre de mesures qu’il contenait. Ces propositions sont plus que jamais d’actualité. Elles sont au programme des
négociations du Grenelle et la Fondation Nicolas Hulot va les défendre en tant que partie prenante de ce rendez-vous de la société.
Nous proposons six grandes mesures « structurantes»
Si elles sont adoptées, au moment de la table ronde finale avec le gouvernement, fin octobre, ces mesures permettront dès à présent des changements majeurs dans la
société et la vie de tous les jours : l’énergie, le transport, le logement, l’alimentation, l’urbanisme, la santé, l’économie, la fiscalité, l’éducation, la démocratie...
Le Pacte écologique pourrait
donc commencer à entrer dans les faits.
À condition que nous soyons entendu.
À vous de nous aider ! Appuyez ces mesures, faites les connaître autour de vous, mobilisez vos proches, multipliez les initiatives ! Participez aux débats régionaux du Grenelle qui vont
se dérouler à partir du 5 octobre ! Investissez le Net ! Soyez avec nous les porte-paroles de l’urgente nécessité de la mutation écologique. Les propositions que nous défendrons à la
table des négociations finales, fin octobre, ne s’imposeront que si elles rencontrent un maximum d’écho dans le pays.
«Ce n’est pas parce que les écologistes ont eu le tort d’avoir raison trop tôt qu’ils doivent considérer aujourd’hui leur tâche comme achevée». La tribune de l’ancien ministre,
présidente de Cap 21, Corinne Lepage et de l’ancien secrétaire national des Verts, Yann Wehrling.
Après les annonces faites par le président de la République à l’issue du «Grenelle de l’environnement», une question redondante est apparue : à quoi servent désormais les
écologistes ? En effet, dès lors que de nombreuses mesures proposées depuis des années par les mouvements politiques écologistes et par les associations sont retenues par le gouvernement,
et qu’en définitive ces choix ont été faits apparemment sans que l’écologie politique n’y ait participé, on peut s’interroger sur l’utilité de mouvements écologistes sur le plan
politique.
Il est vrai que le «Grenelle de l’environnement» sonne le glas d’une certaine écologie politique, faite de contestation permanente et du déni de la réalité économique. Pour
autant, l’écologie politique a un véritable avenir à condition de savoir transformer une posture flirtant avec une décroissance incompréhensible pour l’immense majorité de nos concitoyens en un
mouvement profondément dynamique et tout orienté vers une meilleure qualité de vie. Ce n’est pas parce que les écologistes ont eu le tort d’avoir raison trop tôt qu’ils doivent considérer
aujourd’hui leur tâche comme achevée. En revanche, ils ont à se renouveler profondément pour faire de la qualité de vie de leurs enfants l’objectif de leur propre vie. Cela commence d’abord par
la mise en valeur du travail accompli.
Tout d’abord, sans les efforts accumulés depuis des décennies par les écologistes, le «Grenelle» aurait été impossible. C’est précisément la connaissance des problèmes et la
réflexion très en amont sur les solutions possibles qui a permis des avancées dont certaines ne sont du reste que le rattrapage du retard français sur les obligations de l’Union européenne et a
fortiori sur les pays les plus avancés en Europe. Mais ce n’est pas parce que globalement une partie du monde économique a compris les opportunités liées à l’apparition du marché des nouvelles
technologies environnementales et qu’une partie du monde politique a compris que la société française était mûre pour entrer et dans la réalité de l’urgence écologique que l’économie est pour
autant devenue environnementale.
Sur un plan économique, le projet de taxe carbone nous fait tout au plus entrer dans l’ère du marché efficient, c’est-à-dire celui qui permet d’internaliser les coûts externes,
ou tout au moins certains d’entre eux, mais il ne constitue qu’une première étape vers l’éco-économie, celle qui permettra effectivement le développement d’une économie cohérente, en boucle,
assise sur la vérité écologique des prix et sur un indice de bien-être économique et social. Dès lors, la tâche de l’écologie politique est précisément de penser ce projet cohérent, global, et
de proposer et les solutions à la fois économiques et politiques permettant d’y parvenir. Il ne s’agit pas seulement de développer le business vert. Il s’agit de faire du projet écologique un
projet de bien-être global intégrant à part entière la santé publique et la qualité de la vie au sens général du terme.
Quant aux objectifs, dès lors que la prise de conscience de l’urgence écologique est acquise, ils ne peuvent être que ceux d’une société responsable et convaincue d’une
contrainte éthique forte, ce qui implique à l’évidence que d’autres domaines sont immédiatement concernés comme la lutte contre toutes les formes de corruptions, corruption rimant souvent avec
pollution, une véritable solidarité dans l’espace comme dans le temps entre les humains et la défense d’une planétarisation qui dépasse la mondialisation lui donnant un sens.
Parce qu’ils réfléchissent depuis plusieurs décennies sur les solutions susceptibles d’être apportées à la crise sans précédent que nous vivons, les écologistes doivent mettre un
point d’honneur à être des facteurs d’initiative et de dynamisme, pour vous éviter que la prise de conscience soit récupérée à des fins uniquement lucratives et de court terme alors qu’il
s’agit de créer les conditions d’un développement plus juste et de long terme.
En quelque sorte, l’écologie politique se doit d’être à la fois un laboratoire d’idées pour comprendre et penser le nouveau développement, une source permanente de propositions à
mettre en œuvre pour rendre possible, dans la durée, la révolution que nous avons à accomplir et enfin un socle très ferme sur les principes, sans lequel toutes les tentations même les plus
folles seront possibles. En un mot, l’écologie politique doit être un vecteur de morale politique, chacun d’entre nous devant, pour reprendre la formule de Steiner, laisser la maison plus belle
en sortant qu’il ne l’a trouvée en entrant.
Alors que le projet de loi sur les OGM est rejeté par l’assemblée nationale après un extraordinaire cafouillage de la majorité, José Bové et les anti-OGM
exultent. Sans doute encore une victoire de la France d’après… Pourtant, la perspective adoptée par les experts de la commission Attali va dans le bon sens, notamment en recommandant la levée du
principe de précaution. Alors quel est le sens de cette phobie des O.G.M. en France ?
Imaginons-nous un instant à l’époque où Thomas Edison dépose le brevet de l’ampoule électrique alors que s’affrontent les pros et les
antis électricité. A ce moment, les anglais et les allemands sont particulièrement en avance sur les applications industrielles et commerciales de l’électricité alors même que les scientifiques
n’ont pas une connaissance précise et affirmée du phénomène en cause. Certains voient donc dans l’électricité un « miracle » ou une « fée » tandis que ses détracteurs en font
l’incarnation du mal absolu sur fond de superstition religieuse.
Souvent, la connaissance théorique progresse grâce aux applications. Imaginons que la France ait mise en place à ce moment une haute
autorité, pétrie de principe de précaution et de bons sentiments, et surtout puissamment influencée par le lobby des fabricants de chandelles. Celle-ci recommande d’interdire le brevet de
l’ampoule électrique en France, ce que s’empresse de promulguer le président de la république. Il s’agit en effet de protéger les activités traditionnelles qui font vivre tant de familles et font
tout le charme du terroir national tout en sauvegardant les emplois de ces milliers d’ouvriers qui allument et éteignent chaque jour les rues des grandes villes françaises. Vous rendez-vous
compte que ce diable d’Edison - un innovateur américain de surcroît - se propose de mettre au point un procédé par lequel il suffit d’appuyer sur un interrupteur pour éclairer tout Paris et ses
plus beaux monuments.
Quelle catastrophe pour l’emploi national !
Alors les rapports officiels stigmatisent les nombreux accidents qui peuvent survenir dans les foyers à vouloir diffuser une
technologie comme l’électricité que nous connaissons si peu. N’a-t-on pas vu un père de famille s’électrocuter en voulant changer une maudite ampoule qui avait grillée ? Il y a là matière à
effrayer le bon peuple et le confirmer dans ses pires préjugés : voyez comme cette technologie n’est ni fiable ni sûre… Alors que tous les autres pays augmentent l’effort de R&D ayant pris
conscience du potentiel économique de l’électricité, la France s’isole dans un moratoire...
Avec le recul, la fable peut prêter à sourire.
C’est pourtant cette posture que nous adoptons en ce moment-même en proclamant des moratoires insensés sur les OGM au nom d’une vision
proprement délirante du principe de précaution . Encore une fois, cette sagesse affichée n’est que du protectionnisme déguisé, sur fond de montée de l’obscurantisme, qui nous condamne à un retard
difficilement rattrapable. Remarquons pour nous consoler qu’aux USA, pour des raisons religieuses, il existe un tabou tout aussi radical à propos des nanotechnologies alors que le développement
des O.G.M. ne suscite guère de problèmes. Chez nous, la position est quasiment inversée, le développement des nanotechnologies ne se heurtant à aucun interdit moral ou religieux. A chacun ses
frayeurs collectives et ses tabous, c’est aussi cela la diversité…
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