Où va la démocratie en France ?
Historiquement minée par le Colbertisme, puis rognée par le républicanisme jacobin, sapée par l’antiparlementarisme, polluée par la fascination amoureuse et haineuse de l’état tout-puissant, envahie et parasitée par la démagogie populiste, désormais menacée par la dictature du MEC, la démocratie de France n’affiche pas une santé de fer. Elle est en danger.
Mais qu’est-ce donc que ce MEC med ?
Après le psychodrame effarant du CPE, le non à la constitution, l’épisode Lassalle qui sera oublié dans quelques jours ou semaines devrait nous donner à réfléchir à la profonde corruption de nos institutions.
Nous assistons jour après jour à la dictature grandissante du Misérabilisme Emotionnel et Compassionnel orchestré par le pouvoir médiatique. Le MEC med.
Est-ce grave, Docteur ?
Apparemment, c’est anodin, on en rigole !
Mais au-delà, c’est le symptôme d’une grave maladie institutionnelle, car au fond tous les mécanismes de la démocratie représentative, du respect de la règle, et de la simple intelligence des faits se trouvent sans cesse court-circuités par ce MEC med et le méli-mélo qu’il porte dans ses basques.
José Bové a-t-il une bonne gueule d’Astérix rougeaud ? On en déduit que ce qu’il dit doit être censé, que ses combats sont sympathiques, donc « honorables ». Sans aller y voir de plus près, et avec la bénédiction des média, qui en font leur miel via l’audimat ! Le MEC med a frappé.
Lassalle a du courage, un accent du terroir, un organe puissant, son combat est légitimé ! Le MEC med a encore frappé !
L’usine à inventer des mots creux et émotionnels, ATTAC et d’autres, tourne à plein régime, et ça marche : exclusion, fracture sociale, principe de précaution maximum, malbouffe, parité, précarité, mondialisation ultra-libérale, et j’en passe,
Tous ces concepts sont absolument creux, mais s’adressent à l’émotionnel.
Et tout ce qui ne passe pas par l’émotionnel semble voué à l’échec.
José Bové, un groupe, un syndicat, un homme, des enfants, et même des groupes de voyous, peuvent décider de ce qui est légitime ou pas, et défier la règle et la loi pour imposer leur point de vue par le chantage, par la force, contre l’autorité légitime en démocratie, celle issue des élections. Et presque tout le monde semble trouver cela très bien !
Ce qui est doublement grave, au-delà de la menace sur la démocratie, c’est que cet émotionnel -compassionnel crée un rideau de fumée étanche à toute forme d’intelligence, à tout examen des faits. Et qu’à force d’être privé d’intelligence toute société ne peut qu’aller obligatoirement à vau-l’eau.
Prenons un autre exemple instructif, feu le CPE, en mettant de coté l’homme, ses maladresses, et la forme, et tentons pour une fois de nous adresser à l’intelligence des personnes en mettant de coté l’émotionnel - compassionnel.
On verra que tout s’inverse. Essayons, qu’est-ce qu’on risque ?
Adressons nous aux enfants qui crient leur angoisse et leurs fantasmes, aux parents qui les soutiennent mais pour une fois, une seule, par le truchement de l’intelligence, de la raison, du bon sens. Une seule fois, c’est promis.
Question, peut-on sans risquer l’anathème, dénoncer des dogmes et des erreurs manifestes d’appréciation, réfléchir sur des faits et des réalités ?
Premier point, examinons cette affaire de la « précarité ».
D’abord le jeune qui sort de l’école est-il employable ? La réponse est non, même s’il sort d’une grande école du reste, et quel que soit son diplôme. Le diplôme n’est qu’un passeport pour apprendre la vie professionnelle.
Son employabilité est seulement un peu plus ou moins forte selon la formation. C’est tout. Il n’est pas employable directement (et beaucoup ne le sont pas du tout).
Donc l’entreprise qui l’embauche va devoir investir. Entre six et vingt mois de salaire selon les cas, entre frais d’embauche, de formation interne, d’intégration, etc.
Le « retour sur investissement » c'est-à-dire le temps qu’il faut pour qu’il commence à « rapporter » le premier centime est en moyenne de 2 à 3 ans, souvent bien plus, et donc en deçà, on est certain de perdre de l’argent. Beaucoup.
Je veux bien que les chefs d’entreprise soient tous des cyniques forcenés, je suis convaincu du contraire, mais on ne peut pas le prouver, alors admettons.
Justement, si l’employeur est un tel cynique, pourquoi voulez vous qu’il soit assez stupide pour « virer » un salarié sans cause profonde, sachant que chaque fois qu’il le fait il perd beaucoup d’argent ? Soyons un peu logiques, quand même !
C’est simple, supposons qu’un salarié formé puisse générer 20% de valeur ajoutée, et que l’investissement pour le recruter ( 2 à 3 mois), le former ( 2 à 6 mois) et l’intégrer, soit globalement de 6 mois, alors mathématiquement le retour sur investissement est de 6/0,2 soit 30 mois. A 15% de valeur ajoutée, 40 mois.
Connaissant en plus, les énormes dommages collatéraux : le nouveau salarié s’est lié d’amitié avec les collègues, souvent le patron même l’a pris en sympathie. Si on « le vire » sans que ce soit indispensable, on crée d’énormes remous dans le climat de l’entreprise, on crée le conflit et la suspicion, on détruit l’esprit et la philosophie d’entreprise qu’on a tant de mal à construire en France… Tout cela est très coûteux !
Bref, l’entreprise normale ne licencie, sauf bien sûr les quelques patrons voyous ou idiots car il y en a mais il y en aura toujours, elle ne licencie que s’il est impossible de faire autrement.
Voila la réalité pure et simple que tout le monde peut vérifier, pour peu qu’on s’en donne la peine.
Alors bien sûr, il existe encore des emplois de type « à la chaîne » ou le salarié est rapidement opérationnel. Ça existe encore, oui. Mais ce n’est plus la règle, c’est même de plus en plus rare au vu de la tertiarisation de l’emploi.
Alors, le CPE aurait-il été plus précaire qu’un CDI, présenté comme une sorte de pinacle de l’emploi ?
Pas plus, c’est une certitude, et probablement moins, car dans le cas du CDI il est de plus en plus difficile de rompre un contrat après neuf mois, donc si on a une vraie crainte, on peut être tenté d’accélérer la décision, alors que dans le cas du CPE rien n’y oblige, on a toutes raisons d’aller le plus loin possible.
De toutes les façons, CPE ou CDI c’est pareil, si la personne n’est pas à sa place, c’est lui rendre un bien mauvais service que de la maintenir dans une impasse coûte que coûte. Il ne faut pas le faire, c’est criminel.
Alors pour les opposants, pourquoi ne pas avoir proposé d’essayer, mesurer les effets, et dire ensuite : c’est trop précaire ! Si c’est le cas. Une fois la preuve faite, dans un sens, ou dans un autre ? Tout le monde l’aurait compris. Mais non, car ça aurait probablement marché, et c’est là le problème. Pourquoi un tel psychodrame sans savoir ce que ça donnera, sans même connaître pour la plupart la réalité du dossier ?
Deux raisons, d’abord le MEC med, et sa cohorte d’ irrationnel.
Plus une raison rationnelle non dite et peu avouable : les syndicats savaient que ça risquait de marcher, mais il ont considéré que si ça marchait ce serait une menace pour leur pouvoir syndical à différents niveaux : sur l’idéologie syndicale à la Française, moindre emprise sur les nouveaux embauchés, frustration de ne pas avoir été les promoteurs de l’initiative, volonté de saper un pouvoir « de droite », hostilité aux entreprises.
Enfin, aurait-il créé de l’embauche supplémentaire ? A l’évidence, oui. Combien ? On ne le sait pas sans avoir essayé, mais à l’évidence, oui.
Pour une raison simple, il existe dans les entreprises un gisement important d’emplois non pourvus parce que la conjoncture est incertaine et parce que la difficulté à rompre un contrat pour l’employeur fait reculer la décision chaque fois qu’il y a doute.
Le CPE était-il la panacée ? Non bien sûr. Mais il ne méritait pas un telle indignité ni le millième des reproches qui lui ont été imputés. Ce n’était pas grand-chose, au fond.
La vraie réforme apte à réduire le chômage devra être bien plus radicale.
Au niveau de l’opinion publique, il y a eu les 40% qui suivent aveuglément les thèses syndicales et « de gauche », auxquels se sont ajoutés 20% générés par la dictature du MEC med.
Autre aspect, prenons les jeunes maintenant, d’abord plutôt favorables, puis travaillés au corps par une propagande insensée. On leur a implanté dans la tête le rêve saugrenu d’une entrée dans la vie sans effort et sans risque, sans mérite et sans conquête.
Le rêve fou d’un contrat totalement asymétrique, où le salarié aurait tous les droits et aucun devoir, et l’employeur aucun droit et tous les devoirs.
Dans cet étrange mariage, le salarié aurait « le droit » d’être embauché indépendamment de ses mérites et compétences (restant à acquérir), d’être formé aux frais de l’autre partie, de divorcer sans raison et à tout moment sans contrainte, mais l’autre partie au contrat, l’employeur, n’aurait aucun droit de mettre fin au contrat sans être lourdement condamné et pénalisé à tous niveaux. Ce rêve absurde porté par l’ultra-gauche, relativement relayé quand même par les syndicats, les médias, le show business, et les hommes politiques, n’est pas pour rien dans l’état de l’entreprise, donc l’état de l’emploi, et la conséquence, l’état de
la France.
Qui osera dire en France que non seulement on ne peut pas empêcher une entreprise de licencier quand elle y est contrainte, mais qu’au contraire on ne doit pas gêner ce processus thérapeutique essentiel, et ce tant dans l’intérêt global des salariés et que de la collectivité ?
Qu’on doit en revanche aider la personne qui a perdu son emploi et doit se reconvertir, évoluer, retrouver un nouveau projet de vie ? Là, oui.
Mais l’aider vraiment, et efficacement, pas comme le fait un Etat obèse, prétentieux et inefficace.
Pourquoi un part de la gauche continue-t-elle à mentir au peuple en lui laissant accroire que l’Etat bien gouverné peut tout, puisque les plus compétents et intelligents d’entre les politiques savent parfaitement que ce n’est pas vrai, et quitte à avouer quand on est au pouvoir, à l’instar de Jospin, « l’Etat ne peut pas tout » ? Alors que pour se faire élire, on laisse croire le contraire. Une gauche porteuse d’une vision et d’un projet doit rompre totalement avec les errements de cette démagogie populiste, portée par cette dictature du MEC med.
C’est un étrange retournement historique, le MEC a toujours existé (sans le med) mais à l’aube des combats démocratiques et sociaux, il était plutôt l’apanage de la droite catholique, moraliste, chichiteuse. L’irrationalisme compassionnel et charitable.
Alors que la gauche portait haut la bannière de la raison, de l’esprit libéral, parfois libertaire. Porteuse d’un rationalisme pragmatique tourné vers l’humain et le progrès. Marx en a été l’exemple le plus caractérisé.
Quelle inversion vertigineuse, quand aujourd’hui l’ultra gauche et la gauche suiviste Fabiusienne ou autre, se vautrent dans cet irrationalisme compassionnel, occultent les faits, négligent toute cohérence, bannissent l’intelligence et la raison, trahissent leurs engagements et toute fidélité aux combats démocratiques qui ont porté la gauche responsable, de Jaurès à Mendès-France entre autres ?
La politique se dévoie quand elle est prête à toutes les bassesses, à toutes les trahisons de l’esprit pour gagner les faveurs de l’opinion publique afin d’atteindre le pouvoir. Le Miterrando-Chiraquisme a fait des dégâts considérables, il a appauvri le pays, l’a mené tout doucement vers une ruine à petit feu.
Mais la dictature du MEC est un poison encore plus dangereux, mortel pour la démocratie. Une menace majeure. Un vrai fléau. Il faut y prendre garde.
La démocratie est soluble dans ce poison.
Robert Bellec
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