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Démocratie

Lundi 20 février 2006 1 20 /02 /2006 00:14

IES  souhaite donner de temps en temps la parole à des personnalités dont les positions peuvent être proches des siennes. Après Philippe Herzog, Corinne Lepage, Présidente de Cap 21, nous fait aujourd’hui l’amitié de nous proposer une tribune. Nous sommes heureux de la publier et de la soumettre au débat.

 

Société Civile et débat public

 

 

La 6 ème République est devenue une impérieuse nécessité. Cependant, les propositions qui circulent actuellement font une impasse majeure : celle de la place des citoyens et du débat public dans nos démocraties techno scientifiques.

 

Une réelle séparation des pouvoirs, un exécutif dont la capacité d’action a pour corollaire une responsabilité politique et pénale retrouvée, une souveraineté parlementaire réhabilitée et réarmée reconnaissant un statut de l’opposition et offrant un mode d’élection rendant plus fidèle la représentation de la diversité politique du pays, un pouvoir judiciaire au sens le plus fort du terme, tout cela va dans le sens d’une renaissance démocratique.

 

Pour autant, cette 6ème république serait-elle capable de répondre aux sujets majeurs (grippe aviaire, OGM, nanotechnologies, changement climatique…) qui préoccupent aujourd’hui nos concitoyens ? Sous couvert d’une trop grande technicité, les questions technologiques et scientifiques échappent pour l’instant à la délibération démocratique et restent en réalité l’apanage des lobbys. Pourtant, ces questions décident de notre avenir. Elles doivent donc s’intégrer dans l’organisation constitutionnelle.

 

Afin de répondre à ces enjeux et attentes, la nouvelle République se doit de contenir dans son organisation trois nouveaux principes :

 

1- un principe de participation élargie des citoyens à la délibération politique.    Si l’on veut que les contre-pouvoirs puissent réellement jouer leur rôle, il est nécessaire que les droits des citoyens soient renforcés. Référendum d’initiative populaire,initiative législative citoyenne, ouverture d’un droit de saisine du juge constitutionnel lors d’un procès, autant de leviers qui permettraient de mettre un terme au déni de démocratie que constitue le droit de l’Etat d’interdire la tenue de consultations populaires sur des questions de santé publique.

 

2- un principe d’implication de la société civile dans la décision publique. Cela nécessite une refondation du Conseil Economique et Social, unique organe consultatif de la société civile. Il est souhaitable de lui substituer un Conseil de la Société Civile , qui serait le cœur de la démocratie participative. Donnant son avis sur tout projet de loi ayant un impact sur l’évolution de notre société, ce conseil disposerait également d’un droit de saisine, en amont d’un Conseil Constitutionnel rénové, sans préjudice de la mise en place, en aval, du droit de saisine par la voie de l’exception d’inconstitutionnalité.

 

En outre,afin de répondre à cette perception anxieuse qu’ont nos concitoyens d’une société de plus en plus vulnérable et d’un monde de plus en plus complexe, le Conseil de la Société Civile serait chargé de l’organisation du débat public sur les questions de société, en particulier technoscientifiques, à l’échelle nationale. Pour cela il disposerait des moyens de faire réaliser des contre expertises et de s’assurer du caractère contradictoire du débat. A cette fin, le Commissariat au Plan pourrait retrouver une fonction nouvelle et essentielle, dans sa mission prospective, en devenant l’organe d’expertise indépendant du Conseil de la Société Civile.

 

3- Enfin, un principe ce constitutionnalisation du rôle des médias dans la vie démocratique.    Dire que les médias contribuent à façonner le débat public, tant en termes d’images de la vie en commun qu’en termes de valeurs et de mentalités, est devenu une banalité. Or, une démocratie revivifiée par le débat public n’est viable qu’avec une citoyenneté bien informée. Cela passe par la reconnaissance constitutionnelle des principes de service public audiovisuel comme devoir de l’Etat et de respect obligatoire du pluralisme par la presse écrite et les agences de presse. Mais, on ne peut s’arrêter aux principes sans leur donner une force contraignante. Il est devenu inconcevable de ne pas intégrer le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel dans le nouveau texte constitutionnel. Au système de nomination actuel de ses membres fait dans l’opacité et sans aucun contrôle, il convient de substituer le principe d’élection par une majorité des 3/5 du Parlement, après consultation du Conseil de la Société Civile. Sur ces 9 membres, 3 au moins devraient représenter les associations d’usagers ‘est à dire les téléspectateurs, qui sont avant tout des citoyens.

 

Il ne s’agit là que de premières pistes. Mais il est clair que notre pays ne peut plus faire l’économie d’une réforme constitutionnelle qui traite à la fois de la démocratie d’opinion, de l’instauration d’une démocratie  technoscientifique et d’une généralisation du système des contre pouvoirs, faute de quoi la réponse proposée aux enjeux colossaux du 21 ème siècle se révèlera illusoire.

 

Corinne Lepage

 

Présidente de CAP 21.
Par Corinne Lepage - Publié dans : Démocratie
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Vendredi 24 février 2006 5 24 /02 /2006 00:36

Nos correspondants britanniques  de "Policy Network" nous adressent un article d'Alan Milburn, député travailliste très proche de Tony Blair, paru dans le "Guardian" du 21 février dernier. Ils nous autorisent à le publier, ce que nous faisons ci-dessous en Anglais puis  dans la traduction de notre ami  Bernard Berest .  

We can't let the right be the voice of the 'me generation'

 

 

A less deferential world threatens the legitimacy of our politics. The answer is to hand more power to people and communities

 

 

 

 

Progressive parties worldwide have yet to catch up with the new challenges we face. On the one hand, progressive values are winning the argument on global poverty, human rights and reformed public services. On the other, while progressive parties are winning elections in Britain, Norway and South America, they are losing them in many advanced industrial societies - Germany, Canada, the Netherlands, France and, of course, the US - when they have become disconnected from public concerns. That was the background to this month's meeting of Tony Blair, Thabo Mbeki and other progressive leaders in . In 1997, when the prime minister and President Clinton hosted a similar conference, things looked very different. Centre-left governments dominated Europe . Third-way thinking was in the ascendant. In the policy question was whether we could end the stop-go economic cycle and rejuvenate public services. The key political question was whether we could govern as a reformed centrist modernising party. New Labour answered both questions. Blair's government has achieved much in tackling poverty, increasing employment, modernising services. And he has reshaped the political landscape.

 

 

But now there is less certainty. There is a simple reason. The big challenges facing progressives are different from then - and we have not yet caught up. Massive structural shifts in the economy and society, largely brought by globalisation, are transforming the landscape. Change is faster. Competition is greater. Migration is bigger. Families are smaller. Communities are weaker. Opportunities feel larger but pressures are greater. Deference is lower, expectations higher.

 

 

New policy challenges have emerged: widening inequality and falling social mobility; racial tension and community identity; international terrorism and global security; the ageing society and welfare reform; environment sustainability and energy security.

 

 

Above all, we have not yet come to terms with the world of the me generation, people who are more aspirational than ever and want to exercise control over their lives. They may feel empowered as consumers but not as citizens. The gap between politics and public is growing. People are becoming disengaged because they are disempowered. A less deferential, more democratic world is threatening a crisis of legitimacy for the active politics that is the hallmark of the left. If we are not careful the beneficiaries will be the right. Already, as state institutions framed for the old world seem less and less capable of responding to the new, the right has been able to escalate its attack.

 

 

The right are is mistaken to reject the role of the state. The challenge is to reform it. Dealing with the challenges of global terrorism or environmental crises requires strong states: indeed they demand a stronger partnership between states and the reform of global institutions, as well as a new partnership between the state and the citizen. Just as third-way thinking created a new paradigm for progressive politics in the last decade, a renewed paradigm is needed for the next. At its core should be a desire to redistribute power so that responsibility for meeting the challenge of economic, demographic, environmental, social and cultural change is shared between citizens, states and communities. Without citizen engagement none of these challenges can be met.

 

 

Empowering citizens is the modern route to social justice. Subsidiarity - having power located at the lowest possible level - should be the guiding principle. So the less well-off should be able to share in the choices the better-off already enjoy over where they are treated and their children educated. Where it is possible individuals should have their own budgets - such as for managing chronic disease or caring for old age. Asset ownership - in the form of homes and shares - should be targeted at poorer communities. People should be able to trigger a change of service provider when council or health services are deemed by a community - through regular surveys - to be failing. Communities and local voluntary organisations should run neighbourhood services. Central-government bureaucracies should be cut back as power is devolved to councils and local communities. But at its heart this new politics goes beyond structures and committees to policies that empower the individual citizen to take greater control over their lives.

 

 

We are the start of a political battle for this territory. The right would love to take it. David Cameron has already signalled his intent to do so. The progressive left must not let that happen. Social, economic and electoral progress depends on us grasping the nettle of far-reaching and radical reforms to the relationship between state and citizen.

 

 

We need to advance, not retreat, from the New Labour approach. Ten years ago New Labour was created around the insight that for progressive values to be realised they had to be applied in new ways. In economic policy, the top-down approach, based on nationalisation, was abandoned. The same insight needs to be applied to all public policy. The profound changes of the last decade and those to come in the next mean that it is time power was put in the hands of the people.

 

 

Alan Milburn is the Labour MP for Darlington and a former health secretary

 

 

 

 

Traduction française par Bernard Berest

 

 

Un monde de plus en plus autocratique menace nos politiques :

 

 

la réponse est de donner plus de pouvoir au peuple et aux communautés locales.

 

 

 

Les partis progressistes ont à faire face à l’échelle du monde, à des nouveaux défis. D’un côté, les valeurs progressistes sont en train de gagner la partie sur la pauvreté globale, les droits de l’homme  et sur des services publics réformés. Mais de l’autre, alors que les partis progressistes gagnent les élections en Grande Bretagne, en Norvège ou en Amérique du Sud, ils les perdent dans beaucoup de sociétés industrielles avancées : Allemagne, Canada, Pays-Bas, France et bien sûr les USA, parce qu’ils sont déconnectés des préoccupations du peuple.

 

 

C’était l’arrière-plan de la récente rencontre de Tony Blair avec  Thabo Mbeki et d’autres leaders progressistes d’Afrique du Sud. Lorsque, en 1977, Tony Blair et Bill Clinton ont accueilli une rencontre semblable, les choses se présentaient sous un tout autre jour. Des gouvernements de centre-gauche dominaient alors l’Europe. La « troisième voie » était en pleine ascension. La question politique en Grande Bretagne était de savoir si l’on pouvait arrêter le cycle économique de « stop and go » (d’arrêts et de reprises) et rénover les services publics. La question centrale était de savoir si nous pouvions gouverner en tant que  parti à la fois centriste, réformiste et modernisateur. Le  New Labour a répondu à ces deux questions. Le gouvernement de Tony Blair s’est attaqué avec succès à la diminution de la pauvreté, à l’accroissement de l’emploi et à la modernisation des services publics. Et il a redessiné le paysage politique.

 

 

 

 

Aujourd’hui nous avons moins de certitudes. Pour une simple raison. Les grands défis que les progressistes ont à relever ne sont plus les mêmes et nous ne les avons pas encore confrontés. Des glissements structurels massifs dans l’économie et la société ont eu lieu, en grande partie sous l’effet de la  globalisation. Ils ont transformé le paysage. Le changement est plus rapide. La compétition plus grande. Les migrations considérables. Les familles plus petites. Les communautés locales plus faibles. Il y a des opportunités plus grandes mais les pressions sont plus fortes. L’autonomie diminue alors que les attentes sont de plus en plus grandes.

 

 

 

 

De nouveaux défis ont émergé sur le plan politique. : l’aggravation des inégalités et la demande de mobilité sociale ; les tensions raciales et les identités communautaires ; le terrorisme international et la sécurité globale ; la société vieillissante et la réforme de la sécurité sociale ; le développement durable et la sécurité énergétique.

 

 

Par dessus tout, nous n’en avons pas encore fini avec la génération des « moi, je », qui a plus d’ambition que jamais et qui désire exercer un contrôle sur sa propre vie. Ils se sentent plus de pouvoir en tant que consommateurs mais moins en tant que citoyens. La fracture entre les politiques et le public s’approfondit.

 

 

Les gens se désengagent parce qu’ils se sentent de plus en plus impuissants.  Un monde moins déférent, plus démocratique affronte les hommes politiques actifs à une crise de légitimité . C’est un signe pour la gauche. Mais, si nous ne sommes pas attentifs, c’est la droite qui en tirera les bénéfices. Déjà, comme les institutions étatiques formatées en fonctions des besoins du vieux monde semblent de moins en moins capables de répondre aux attentes du monde nouveau, la droite a été en mesure  d’intensifier ses attaques.

 

 

La droite a tort de rejeter le rôle de l’Etat. Le défi est de le réformer. Pour pouvoir faire face au défi du terrorisme global et aux crises de l’environnement, nous avons besoin d’Etats forts. En vérité, nous avons besoin d’un partenariat plus fort entre les Etats et les institutions globales à réformer, d’un partenariat renouvelé entre l’Etat et les citoyens. De même que la Troisième Voie a créé au cours des dix années passées un nouveau paradigme pour une politique progressiste, de même un nouveau paradigme est nécessaire pour la décennie à venir. Comme noyau central elle devrait avoir la préoccupation de la redistribution du pouvoir de telle sorte que la responsabilité de faire face  au défi du changement économique, démographique, écologique, social et culturel soit partagée entre  les citoyens, les états et les communautés locales. Sans l’engagement des citoyens, aucun de ces défis ne peut être affronté.

 

 

Donner du pouvoir aux citoyens, c’est la route moderne vers la justice sociale. La subsidiarité (qui place le pouvoir au niveau le plus bas possible) devrait être le principe directeur. Ainsi les défavorisés pourraient partager les choix des plus favorisés en ce qui concerne la manière dont ils sont traités et l’éducation donnée à leurs enfants. Partout où c’est possible, les individus devraient avoir leur propre budget par exemple dans la manière  de soigner les maladies chroniques ou de prendre soin des personnes âgées. La propriété de biens, sous la forme de logement ou d’actions, devrait être prise comme objectif pour les communautés les plus pauvres. Les gens devraient être capables de provoquer un changement de fournisseur de service lorsqu’une communauté décide, après enquête régulière, qu’il est déficient. Les communautés et les associations locales de bénévoles devraient gérer les services de proximité. Les bureaucrates des gouvernements centraux devraient être éliminés au profit des conseils et des communautés locales. Mais en son cœur, cette nouvelle politique va au-delà des structures et des comités pour promouvoir une politique qui donne du pouvoir aux citoyens individuels afin qu’ils acquièrent un plus grand contrôle sur leurs vies.

 

 

Nous sommes au début d’une bataille politique pour ce nouveau territoire. La droite voudrait se l’approprier. David Cameron a déjà proclamé sa volonté de le faire. La gauche progressiste ne doit pas laisser cela arriver. Les progrès sociaux, économiques et électoraux dépendent de notre capacité à maîtriser les réformes radicales et à long terme qui refaçonneront les relations entre l’Etat et les citoyens.

 

 

Nous devons progresser et non régresser par rapport à l’approche du New Labour. Il y a dix ans, celui-ci a été créé autour de l’intuition qu’il fallait de nouvelles voies pour réaliser les valeurs progressistes. Dans le domaine économique, la démarche descendant du haut vers le bas, illustrée par les nationalisations, fut abandonnée. La même intuition doit s’appliquer à toutes les politiques publiques. Les changements profonds intervenus au cours de la décennie passée et ceux qui vont survenir au cours des dix prochaines années appellent un transfert du pouvoir entre les mains du peuple.

 

 

 

 

Alan Milburn est le député  travailliste de Darlington et un ancien Secrétaire à la Santé.

 

 

 

Par Alan Milburn - Publié dans : Démocratie
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Mercredi 5 avril 2006 3 05 /04 /2006 10:11

Le débat sur la France malade de son économie est sur la place publique. Malgré les efforts de la classe politique et du gouvernement pour l’étouffer et pour atténuer la gravité des diagnostics que portent les rapports les plus pertinents (Campdessus, Pébereau). Le dernier livre de Christian Blanc, « La croissance ou le chaos » ouvre quelques judicieuses pistes d’espoir. Mais la France n’est pas seulement malade de son économie : la société française est à la fois saine et malade et ses maladies sont si sérieuses qu’elles entravent son développement économique.

Les observations accumulées année après année depuis 1974 par l’observ      atoire permanent de la socio-culture française de Sociovision Cofremca (3SC) et les résultats d’une recherche ethno-sociologique de terrain (sur la Société Rêvée ) conduite en 2005 par L’Ami Public concourent au même diagnostic.

En France, en une cinquantaine d’années, la société des gens s’est radicalement transformée. Elle fait aujourd’hui partie du peloton qui défriche la modernité. Les individus-dans-la-masse, relativement manipulables des années 50 ou 60 sont devenus des personnes à part entière, autonomes et capables de piloter leur vie de façon avisée et de se fabriquer au moins une partie des bonheurs affectifs et du sens dont ils ont besoin. Chez eux, l’émotion a pris la place de l’idéologie. Une société pyramidale est devenue de plain-pied, une société massive et encasernée est devenue variée, flexible et permissive, une société combative est devenue pacifique, une société mécanique est devenue vivante ou biologique. Malgré une énorme perte d’efficacité du commandement d’en haut, elle s’auto organise et se régule spontanément de façon assez harmonieuse. Elle est saine, tonique, inventive et pleine de vitalité. Comme tout organisme vivant, elle a ses douleurs et ses maladies, mais elle tend à être autocorrective : confrontés à ses pathologies, les Français organisent spontanément, d’en bas, des systèmes immunitaires et réparateurs et renforcent ses orientations vers le bonheur et le sens, la protection des personnes, un certain humanisme, la paix.

Mais, la France est malade de sa gouvernance. Sa classe politique et ses gouvernements sont restés imprégnés d’une conception de l’Etat souverain, autoritaire et tutélaire qui s’était épanouie dans le monde avant et juste après la deuxième guerre mondiale et prolongent de façon caricaturale un affrontement idéologique Droite/Gauche qui était vivant au milieu du siècle précédent. Ils sont englués dans des postures et des systèmes d’interaction d’une autre époque en complète allergie avec ce que sont devenus les gens et la société des gens. Ils ont perdu le contact avec ceux-ci au point que le pays n’est plus capable de prendre les bifurcations ni de s’appliquer les traitements qui, dans un monde en mutation, restaureraient sa vitalité et soigneraient ses pathologies les plus graves. Le divorce entre la société des gens et la classe politique atteint un niveau dangereux qui nous place dans une situation pré-chaotique.

Alain de Vulpian.

 

 

Par Alain de Vulpian - Publié dans : Démocratie - Communauté : DEMOCRATE
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Mardi 11 avril 2006 2 11 /04 /2006 17:09

 Guillaume Fabre, membre du bureau d'IES, et  étudiant à Nanterre  a activement participé au mouvement "anti blocage " des universités. Il nous communique ici une interview donnée à une journaliste brésilienne.  

1. Pourquoi avez -vous décidé de créer le blog
http://stopblocage.over-blog.com/? Quelles autres initiatives
avez-vous pris ?

Dès le début, il nous est apparu que les blocages étaient illégitimes
(décidés par 900 étudiants sur les 33.000 que compte Paris X Nanterre
par exemple), constituaient une utilisation de la force et donc
provoquaient des tensions sur nos campus qui menaçaient la tenue d'un
débat de fond serein et utile sur la question du CPE. Nous avons donc
décidé de créer ce blog et le collectif dont il est la vitrine pour
montrer que l'on pouvait se faire entendre sans tout bloquer, en
réponse à l'argument des bloqueurs que les blocages étaient la seule
possibilité de se faire entendre.

Nous avons organisé des sit-in devant l'hôtel de ville, un flash mob
devant le centre Pompidou, des conférences dans la rue afin d'avoir
des actions respectueuses des libertés des uns et des autres mais qui
attirent néanmoins l'attention des médias.


   2. Quel type de problèmes craignez-vous que ces semaines de
blocage amènent ?

Il est certain que ces blocages ont divisés profondemment la
communauté estudiantine, et ont nuit au débat de fond sur le CPE. Etre
pour le CPE à Nanterre, c'était quasiment dangeureux. Sous prétexte de
solidarité, les bloqueurs ont imposés leur point de vue sur le CPE à
tous.

Enfin, je pense que les conséquences de 6 semaines de blocage se
feront surtout ressentir pour les étudiants les plus précaires. Ceux
qui travaillent pour payer leurs études ne peuvent pas se permettre de
rater un semestre, ou de ne pas avoir accès à leur cours, qui sont un
gain de temps considérable.


# Est-ce qu'il y a, parmi vous des jeunes qui étaient contre le CPE ?

Bien sûr ! je suis moi même fermement opposé à ce texte, qui ne
résoud pas grand chose en terme d'accès au marché de l'emploi, et qui
se serait appliqué de façon discriminatoire selon le niveau d'études
des jeunes. La possibilité d'enchaîner plusieurs CPE sur un même poste
avec un même salarié après une période de carence de 3 mois seulement
était un véritable facteur de précarité et allait à l'encontre de la
logique d'insertion professionnelle au long terme.

D'autres étaient pour le CPE, et nous avons su créer un espace de
débat sur le CPE au sein de notre groupe.

Mais surtout, nous avons  toujours oeuvré afin de dissocier la question du
CPE et la question des moyens qu'il est bon de se donner dans le cadre
d'un tel débat. Ce que nous condamnons, c'est ce moyen, ce sont les
blocages.


   4. Croyez-vous que le résultat du retrait de l'article 8 de la loi
sur l'égalité des chances serait possible sans le blocage des
universités ?

Tout à fait. Les blocages ont commencé bien avant que les médias
parlent de crise ou que le gouvernement ne s'en inquiète. Ce qui a
fait la crise, ce sont les manifestations, ce sont les 3 millions de
français qui sont descendus 3 fois de suite en 10 jours dans la rue.
Les blocages ont été commencés pour permettre aux étudiants boursiers
(qui n'ont pas le droit de manquer des cours), d'aller manifester.
Mais il est évident qu'une fois lancé dans les blocages et le système
des AG, les étudiants se sont sentis pousser des ailes, et ont
continué à bloquer alors même que les Présidents avaient annoncés
qu'ils ne sanctionneraient pas les étudiants absentéistes les jours de
manifestation.

   5. Attendez-vous que les cours r^prennent normalement cette semaine même ?

Je l'espère. La coordination nationale des étudiants (choisie à main
levée dans des AG par une petite minorité des étudiants) appele à
continuer la mobilisation, et je pense que le mouvement, lancé par des
syndicats comme l'UNEF, échappe maintenant à tout contrôle. J'espère
donc que l'UNEF va appeler à cesser tous les blocages pour isoler
cette minorité.


   6. Quelle était l'importance de la  mobilisation autour de votre idée ?

Nous avons eu 25.000 visiteurs uniques sur notre site en 3 semaines,
et lors de notre premier sit-in à l'hôtel de ville, organisé en
quelques jours, nous avons réunis 1.200 étudiants. Notre collectif a
d'ailleurs été victime de son succès : récupéré, malgré nous, par des
mouvements proche de l'UMP et de l'UNI, notre collectif a alors perdu
son originalité et sa force.

Par Guillaume Fabre - Publié dans : Démocratie
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Jeudi 4 mai 2006 4 04 /05 /2006 17:26

Où va la démocratie en France ?

 

Historiquement minée par le Colbertisme, puis rognée par le républicanisme jacobin, sapée par l’antiparlementarisme, polluée par la fascination amoureuse et haineuse de l’état tout-puissant, envahie et parasitée par la démagogie populiste, désormais menacée par la dictature du MEC, la démocratie de France n’affiche pas une santé de fer. Elle est en danger.

 

 

Mais qu’est-ce donc que ce MEC med ?

 

Après le psychodrame effarant du CPE, le non à la constitution, l’épisode Lassalle qui sera oublié dans quelques jours ou semaines devrait nous donner à réfléchir à la profonde corruption de nos institutions.

 

 

Nous assistons jour après jour à la dictature grandissante du Misérabilisme Emotionnel et Compassionnel orchestré par le pouvoir médiatique. Le MEC med.

 

Est-ce grave, Docteur ?

 

Apparemment, c’est anodin, on en rigole !

 

Mais au-delà, c’est le symptôme d’une grave maladie institutionnelle, car au fond tous les mécanismes de la démocratie représentative, du respect de la règle, et de la simple intelligence des faits se trouvent sans cesse court-circuités par ce MEC med et le méli-mélo qu’il porte dans ses basques.

 

 

 José Bové a-t-il une bonne gueule d’Astérix rougeaud ? On en déduit que ce qu’il dit doit être censé, que ses combats sont sympathiques, donc « honorables ». Sans aller y voir de plus près, et avec la bénédiction des média, qui en font leur miel via l’audimat ! Le MEC med a frappé.

 

Lassalle a du courage, un accent du terroir, un organe puissant, son combat est légitimé ! Le MEC med a encore frappé !

 

L’usine à inventer des mots creux et émotionnels, ATTAC et d’autres, tourne à plein régime, et ça marche : exclusion, fracture sociale, principe de précaution maximum, malbouffe, parité, précarité, mondialisation ultra-libérale, et j’en passe,

 

Tous ces concepts sont absolument creux, mais s’adressent à l’émotionnel.

 

Et tout ce qui ne passe pas par l’émotionnel semble voué à l’échec.

 

 

José Bové, un groupe, un syndicat, un homme, des enfants, et même des groupes de voyous, peuvent décider de ce qui est légitime ou pas, et défier la règle et la loi pour imposer leur point de vue par le chantage, par la force, contre l’autorité légitime en démocratie, celle issue des élections. Et presque tout le monde semble trouver cela très bien !

 

 

Ce qui est doublement grave, au-delà de la menace sur la démocratie, c’est que cet émotionnel -compassionnel crée un rideau de fumée étanche à toute forme d’intelligence, à tout examen des faits. Et qu’à force d’être privé d’intelligence toute société ne peut qu’aller obligatoirement à vau-l’eau.

 

 

Prenons un autre exemple instructif, feu le CPE, en mettant de coté l’homme, ses maladresses, et la forme, et tentons pour une fois de nous adresser à l’intelligence des personnes en mettant de coté l’émotionnel - compassionnel.

 

On verra que tout s’inverse. Essayons, qu’est-ce qu’on risque ?

 

Adressons nous aux enfants qui crient leur angoisse et leurs fantasmes, aux parents qui les soutiennent mais pour une fois, une seule, par le truchement de l’intelligence, de la raison, du bon sens. Une seule fois, c’est promis.

 

 

Question, peut-on sans risquer l’anathème, dénoncer des dogmes et des erreurs manifestes d’appréciation, réfléchir sur des faits et des réalités ?

 

 

Premier point, examinons cette affaire de la « précarité ».

 

D’abord le jeune qui sort de l’école est-il employable ? La réponse est non, même s’il sort d’une grande école du reste, et quel que soit son diplôme. Le diplôme n’est qu’un passeport pour apprendre la vie professionnelle.

 

Son employabilité est seulement un peu plus ou moins forte selon la formation. C’est tout. Il n’est pas employable directement (et beaucoup ne le sont pas du tout).

 

 

Donc l’entreprise qui l’embauche va devoir investir. Entre six et vingt mois de salaire selon les cas, entre frais d’embauche, de formation interne, d’intégration, etc.

 

Le « retour sur investissement » c'est-à-dire le temps qu’il faut pour qu’il commence à « rapporter » le premier centime est en moyenne de 2 à 3 ans, souvent bien plus, et donc en deçà, on est certain de perdre de l’argent. Beaucoup.

 

Je veux bien que les chefs d’entreprise soient tous des cyniques forcenés, je suis convaincu du contraire, mais on ne peut pas le prouver, alors admettons.

 

Justement, si l’employeur est un tel cynique, pourquoi voulez vous qu’il soit assez stupide pour « virer » un salarié sans cause profonde, sachant que chaque fois qu’il le fait il perd beaucoup d’argent ? Soyons un peu logiques, quand même !

 

C’est simple, supposons qu’un salarié formé puisse générer 20% de valeur ajoutée, et que l’investissement pour le recruter ( 2 à 3 mois), le former ( 2 à 6 mois) et l’intégrer, soit globalement de 6 mois, alors mathématiquement le retour sur investissement est de 6/0,2 soit 30 mois. A 15% de valeur ajoutée, 40 mois.

 

Connaissant en plus, les énormes dommages collatéraux : le nouveau salarié s’est lié d’amitié avec les collègues, souvent le patron même l’a pris en sympathie. Si on « le vire » sans que ce soit indispensable, on crée d’énormes remous dans le climat de l’entreprise, on crée le conflit et la suspicion, on détruit l’esprit et la philosophie d’entreprise qu’on a tant de mal à construire en France… Tout cela est très coûteux !

 

Bref, l’entreprise normale ne licencie, sauf bien sûr les quelques patrons voyous ou idiots car il y en a mais il y en aura toujours, elle ne licencie que s’il est impossible de faire autrement.

 

Voila la réalité pure et simple que tout le monde peut vérifier, pour peu qu’on s’en donne la peine.

 

Alors bien sûr, il existe encore des emplois de type « à la chaîne » ou le salarié est rapidement opérationnel. Ça existe encore, oui. Mais ce n’est plus la règle, c’est même de plus en plus rare au vu de la tertiarisation de l’emploi.

 

 

Alors, le CPE aurait-il été plus précaire qu’un CDI, présenté comme une sorte de pinacle de l’emploi ?

 

Pas plus, c’est une certitude, et probablement moins, car dans le cas du CDI il est de plus en plus difficile de rompre un contrat après neuf mois, donc si on a une vraie crainte, on peut être tenté d’accélérer la décision, alors que dans le cas du CPE rien n’y oblige, on a toutes raisons d’aller le plus loin possible.

 

De toutes les façons, CPE ou CDI c’est pareil, si la personne n’est pas à sa place, c’est lui rendre un bien mauvais service que de la maintenir dans une impasse coûte que coûte. Il ne faut pas le faire, c’est criminel.

 

Alors pour les opposants, pourquoi ne pas avoir proposé d’essayer, mesurer les effets, et dire ensuite : c’est trop précaire ! Si c’est le cas. Une fois la preuve faite, dans un sens, ou dans un autre ? Tout le monde l’aurait compris. Mais non, car ça aurait probablement marché, et c’est là le problème. Pourquoi un tel psychodrame sans savoir ce que ça donnera, sans même connaître pour la plupart la réalité du dossier ?

 

Deux raisons, d’abord le MEC med, et sa cohorte d’ irrationnel.

 

Plus une raison rationnelle non dite et peu avouable : les syndicats savaient que ça risquait de marcher, mais il ont considéré que si ça marchait ce serait une menace pour leur pouvoir syndical à différents niveaux : sur l’idéologie syndicale à la Française, moindre emprise sur les nouveaux embauchés, frustration de ne pas avoir été les promoteurs de l’initiative, volonté de saper un pouvoir « de droite », hostilité aux entreprises. 

 

 

Enfin, aurait-il créé de l’embauche supplémentaire ? A l’évidence, oui. Combien ? On ne le sait pas sans avoir essayé, mais à l’évidence, oui.

 

Pour une raison simple, il existe dans les entreprises un gisement important d’emplois non pourvus parce que la conjoncture est incertaine et parce que la difficulté à rompre un contrat pour l’employeur fait reculer la décision chaque fois qu’il y a doute.

 

 

Le CPE était-il la panacée ? Non bien sûr. Mais il ne méritait pas un telle indignité ni le millième des reproches qui lui ont été imputés. Ce n’était pas grand-chose, au fond.

 

La vraie réforme apte à réduire le chômage devra être bien plus radicale.

 

Au niveau de l’opinion publique, il y a eu les 40% qui suivent aveuglément les thèses syndicales et « de gauche », auxquels se sont ajoutés 20% générés par la dictature du MEC med.

 

 

Autre aspect, prenons les jeunes maintenant, d’abord plutôt favorables, puis travaillés au corps par une propagande insensée. On leur a implanté dans la tête le rêve saugrenu d’une entrée dans la vie sans effort et sans risque, sans mérite et sans conquête.

 

Le rêve fou d’un contrat totalement asymétrique, où le salarié aurait tous les droits et aucun devoir, et l’employeur aucun droit et tous les devoirs.

 

Dans cet étrange mariage, le salarié aurait « le droit » d’être embauché indépendamment de ses mérites et compétences (restant à acquérir), d’être formé aux frais de l’autre partie, de divorcer sans raison et à tout moment sans contrainte, mais l’autre partie au contrat, l’employeur, n’aurait aucun droit de mettre fin au contrat sans être lourdement condamné et pénalisé à tous niveaux. Ce rêve absurde porté par l’ultra-gauche, relativement relayé quand même par les  syndicats, les médias, le show business, et les hommes politiques, n’est pas pour rien dans l’état de l’entreprise, donc l’état de l’emploi, et la conséquence, l’état de la France.

 

 

Qui osera dire en France que non seulement on ne peut pas empêcher une entreprise de licencier quand elle y est contrainte, mais qu’au contraire on ne doit pas  gêner ce processus thérapeutique essentiel, et ce tant dans l’intérêt global des salariés et que de la collectivité ?

 

Qu’on doit en revanche aider la personne qui a perdu son emploi et doit se reconvertir, évoluer, retrouver un nouveau projet de vie ? Là, oui.

 

Mais l’aider vraiment, et efficacement, pas comme le fait un Etat obèse, prétentieux et inefficace.

 

Pourquoi un part de la gauche continue-t-elle à mentir au peuple en lui laissant accroire que l’Etat bien gouverné peut tout, puisque les plus compétents et intelligents d’entre les politiques savent parfaitement que ce n’est pas vrai, et quitte à avouer quand on est au pouvoir, à l’instar de Jospin, « l’Etat ne peut pas tout » ? Alors que pour se faire élire, on laisse croire le contraire. Une gauche porteuse d’une vision et d’un projet doit rompre totalement avec les errements de cette démagogie populiste, portée par cette dictature du MEC med.

 

 

C’est un étrange retournement historique, le MEC a toujours existé (sans le med) mais à l’aube des combats démocratiques et sociaux, il était plutôt l’apanage de la droite catholique, moraliste, chichiteuse. L’irrationalisme compassionnel et charitable.

 

Alors que la gauche portait haut la bannière de la raison, de l’esprit libéral, parfois libertaire. Porteuse d’un rationalisme pragmatique tourné vers l’humain et le progrès. Marx en a été l’exemple le plus caractérisé.

 

 

Quelle inversion vertigineuse, quand aujourd’hui l’ultra gauche et la gauche suiviste Fabiusienne ou autre, se vautrent dans cet irrationalisme compassionnel, occultent les faits, négligent toute cohérence, bannissent l’intelligence et la raison, trahissent leurs engagements et toute fidélité aux combats démocratiques qui ont porté la gauche responsable, de Jaurès à Mendès-France entre autres ?

 

 

La politique se dévoie quand elle est prête à toutes les bassesses, à toutes les trahisons de l’esprit pour gagner les faveurs de l’opinion publique afin d’atteindre le pouvoir. Le Miterrando-Chiraquisme a fait des dégâts considérables, il a appauvri le pays, l’a mené tout doucement vers une ruine à petit feu.

 

Mais la dictature du MEC est un poison encore plus dangereux, mortel pour la démocratie. Une menace majeure. Un vrai fléau. Il faut y prendre garde.

 

La démocratie est soluble dans ce poison.

 

Robert Bellec

 

Par Robert Bellec - Publié dans : Démocratie
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Dimanche 7 mai 2006 7 07 /05 /2006 20:16

Sur son excellent blog, VEREL se livre à une analyse de la démocratie aujourd'hui...Je  la lui emprunte et vous la soumets....

Le constat

 1)      La France connaît des événements critiques à répétitions, qu’ils soient sociaux (émeutes de banlieue ou affaire du CPE) ou politiques (présence de Le Pen au 2ème tour de 2002 ou victoire du non au référendum). Le phénomène semble s’accélérer. Et les Français sont extrêmement nombreux (86% !) à penser que les choses ont tendance à aller plus mal (voir ici  )

 2)      Les Français font de moins en moins confiance à leurs responsables politiques. L’opinion négative sur les partis affecte même ceux qui ne sont pas au pouvoir actuellement, du jamais vu.  .Cela se vérifie dans les sondages, mais aussi depuis longtemps au niveau électoral : non seulement le parti sortant est toujours battu depuis 1981, mais on observe une montée régulière de l’abstention et du vote extrême.

 3)      Au premier tour des présidentielles ), les abstentions représentent 15.3% des inscrits en 1965, 22.4% en 1969, 15.8% en 1974, 18.9% en 1981, 18.6% en 1988, 21.6% en 1995, 28.4% en 2002.

 4)      Le vote blanc ou nul, peut être encore plus révélateur puisqu’il  s’agit de gens qui font l’effort de se déplacer pour venir marquer leur rejet global de la classe politique, toujours au 1er tour, est de 0.9% en 1965, 1.0% en 1969, 0.8% en 1974, 1.3% en 1981, 1.6% en 1988, 2.2% en 1995 et 3.4% en 2002, soit près d’un million de suffrages (997 262 exactement).

 5)      Au premier tour de 2002, les 2 candidats d’extrême droite ont totalisés 19.2% des suffrages exprimés et les trois candidats trotskistes 10.4%. Le score nettement plus faible obtenu par les même forces aux législatives qui ont suivi montre qu’il ne s’agit pas d’un vote d’adhésion mais bien d’un vote protestataire.

 6)      La côte de popularité extrêmement basse atteinte par le Président de la République et son premier ministre montre que la situation ne s’est pas améliorée depuis !

 7)      La sous estimation historique du vote FN dans les sondages ne permet pas d’apprécier dans quelle mesure ce parti a profité des deux dernières crises sociales, mais on peut légitimement craindre le pire. L’état de santé de Jean Marie Le Pen diminue probablement sa capacité de nuisance. Mais s’il n’est pas présent en 2007 (il n’est pas sûr d’avoir 500 signatures, ce qui est par ailleurs un comble pour celui qui a été au deuxième tour en 2002 !).c’est un De Villiers « plus propre sur lui » qui peut rafler la mise.

 8)      Les 10% atteints par les trotskistes confondus en avril 2002 démontrent que l’extrême gauche cristallise un vote contestataire, le programme officiel de ces partis étant au choix irréaliste ou un retour dans ce que le communisme a fait de pire. La campagne référendaire et la crise du CPE ont sans doute renforcé une nébuleuse alter mondialiste porteuse d’une négation de la réalité, d’un art du mensonge et de la manipulation, et d’un discours haineux qui n’ont rien a envié à l’extrême droite. 

 9)      La division de cette extrême gauche et la multiplicité attendue des candidatures devraient nous éviter un deuxième tour De Villiers / Bové en 2007, en attendant un Marine le Pen / Olivier Besancenot en 2012

   

En résumé, les français sont de moins en moins satisfaits de leur système démocratique

   

 

Le diagnostic

 1)      L’alternance observée à chaque élection depuis 1981 reflète plus le rejet du gouvernement sortant que l’adhésion au programme du gagnant. La pratique des promesses électorales mirifiques ne met pas le pouvoir en position de conduire les réformes nécessaires. Comment sortir du dilemme « pour être élu, il ne faut pas dire la vérité » mais « si on est élu sans la dire, on ne peut plus agir » ?. En tous cas, les promesses éternellement déçues me paraissent expliquer la baisse de la popularité des partis, la montée de l’abstention, du votre blanc et du vote extrême.

 2)      Le souci prioritaire des élus est d’assurer leur réélection. La méthode consistant à « acheter » des voix avec les deniers de l’Etat a été pratiquée par J Chirac avant même d’être élu député pour la première fois en 1967. Depuis, le clientélisme a été érigé en système au niveau local (pensons à des Balkany, Mellick ou consorts) comme national. Evidemment, cela n’est pas très bon pour les équilibres financiers publics ! Par contre, toute réforme qui pourrait faire des vagues est repoussée à plus tard.

 3)      Il faut bien comprendre qu’une réforme sérieuse met du temps à donner des fruits positifs : elle dérange plutôt à court terme. La logique clientéliste gangrène la dernière année (sinon les deux dernières) .avant les élection, pendant laquelle on ne peut agir que pour faire des cadeaux. L’année 2001 a été particulièrement créatrice dans ce domaine. Les douze prochains mois promettent d’être terribles. C’est ce constat qui a poussé Christian Blanc a demander le départ du Président en janvier.

 4)      La longévité des élus est impressionnante. Manifestement, le métier conserve ! Si on regarde les députés, parmi les 20 premiers par ordre alphabétique, 2 ont été élus en 1978, 1 en 1981, 2 en 1986, 6 en 1993, 3 en 1997 et 6 en 1906. Evidemment, tous accumulent les mandats locaux. Mais un maire, un député qui en est à son 4ème ou 5ème mandat n’est évidemment pas porteur de vision d’avenir ! Et que dire d’un Président de la République qui fût premier ministre il y a 31 ans ? On a montré ici à quel point les idées des partis français pouvaient être ringardes. Cela vaut bien sûr aussi bien pour la droite que pour la gauche.

 5)      Depuis 1974, les partis sont de plus en plus dirigés par des énarques. Ceux-ci ont été formés à penser « intervention de l’Etat » et ils ne semblent pas avoir la moindre idée, ni de la manière dont se passe la mise en œuvre de leurs décisions sur le terrain, ni de ce qu’est l’entreprise privée, ni de ce qui se passe chez nos voisins.

 6)      Le flou des responsabilités entre niveaux administratifs d’une part, le cumul des mandats qui va avec d’autre part, ne donnent pas les moyens aux citoyens électeurs d’évaluer la performance de leurs élus.

  

 

 

 

 

 

 

 

 

En résumé, la désaffection des français pour les politiques s’explique par l’incapacité de ceux-ci à sortir de l’immobilisme pour traiter les problèmes. La longévité des responsables et le noyautage par les hauts fonctionnaires, le fonctionnement en microcosme coupé de la vie réelle expliquent cet immobilisme.

  

 

Les propositions

 1)      l’interdiction du cumul des mandats est un impératif absolu. On peut cependant admettre qu’un mandat de conseiller municipal (ni adjoint, ni maire bien entendu) peut ne pas compter dans cette logique de cumul. Les élus pourront alors se consacrer à leur mandat plutôt que de brouiller les cartes.

 2)      La clarification des responsabilités passe par la suppression de deux niveaux administratifs pour n’en garder que 3( local, régional et national), d’où la fin du département (ce que tout le monde sait) et de l’agglomération de communes (dirigée par des élus au deuxième degré). La contrepartie de cette deuxième suppression est le regroupement massif des communes. Il me semble que l’Allemagne a fait cela il y a 40 ans environ ! Une commune de moins de 10 000 habitants cela n’a pas grand sens, cette commune n’ayant pas de moyens d’agir. La proximité indispensable peut être assurée par l’équivalent des conseils de quartier. L’église a été obligée de regrouper ses paroisses. Serions nous encore plus immobiles que cette vénérable institution ?

 3)      Une décentralisation massive devra rapprocher la décision du citoyen. Cela s’appelle la subsidiarité : pourquoi faire au niveau de la région ce qu’on peut faire au niveau de la commune, etc. ?

 4)      Les mandats ne seront renouvelables qu’une fois, ce qui est bien suffisant pour mener des actions de fond

 5)      Il faudra s’interroger sur la possibilité pour le premier ministre en exercice de se présenter à la présidentielle. Faut il aussi permettre deux mandats au Président de la république ? A 7 ans, la réponse aurait été évidente, à 5 je ne sais pas. Au Mexique, le mandat est de 6 ans, non renouvelable, aux USA de 4 ans, renouvelable une seule fois.

 6)      Ces mesures doivent s’accompagner d’un statut de l’élu permettant une rémunération correcte et accompagnant le reclassement professionnel à la fin du mandat. Ce qui suppose qu’un fonctionnaire élu démissionne.

 7)      L’utilisation de référendum aux divers échelons (local, régional et national) doit être renforcée et précisée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Mardi 23 mai 2006 2 23 /05 /2006 10:18

Malgré les difficultés actuelles d’Over Blog, qui rendent difficiles l’introduction de nouveaux articles et les commentaires, nous reprenons notre série d’articles sur  les thèmes de la réforme, de la gouvernance, de la démocratie….En écho à l’article de Pierre-Yves Cossé «  l’ambition qui dévoie » une proposition plus radicale encore d’Antoine Tillie…..  

 Dans son récent livre (1), notre ami Philippe HERZOG renouvelle un constat désormais bien identifié : la démocratie représentative est en crise, il faut donc donner un nouveau souffle à la représentation afin de permettre aux citoyens de mieux participer à la responsabilité politique. C’est dans cette perspective que prendra forme, dit-il, une éthique de responsabilité pour relancer l’Europe. Bravo ! Nous adhérons.

             Tous les diagnostics se rejoignent : le citoyen ne se sent plus concerné par une action qui se concerte à un niveau où il n’a pas accès, cet espace politique confisqué par les notables. Il y a donc un problème de fonctionnement de l’institution démocratique. Face à cette situation, que fait-on ? De bons esprits la déplorent à travers de brillants essais, et les citoyens s’abstiennent ou descendent dans la rue. Mais aucune thérapeutique n’est proposée, encore moins mise en œuvre. Le système s’embourbe chaque jour de plus en plus, sans que ne soit proposée une réforme significative qui le sorte de cet enlisement.

             On observe, en effet, une dérive caractérisée dans l’exercice de la représentation démocratique : le moyen se prend pour la fin, maladie très moderne disait Paul VALERY. Une fois installé dans sa fonction, l’élu a pour principal souci de s’y maintenir et d’être renouvelé au poste à la fin de son mandat : l’obsession de la réélection, voilà le cancer – non déclaré – qui ronge l’esprit des élus en place. On annonce certes que l’on va faire des choses, mais tout reste conditionné par la perception que l’électeur à venir en aura. Ce souci latent tue toute volonté de réforme, car l’électeur n’aime pas le changement. Nous subissons actuellement très lourdement les effets de ce corporatisme politique.

             Il faut rappeler, en effet, que toutes les majorités sont essentiellement conservatrices ;  simplement elles ne conservent pas les mêmes choses. Avec une prescience assez exceptionnelle, Alexis de TOCQUEVILLE avait déjà, il y a plus de 150 ans (D.A.II, VII), redouté la possible tyrannie des majorités, dans la mesure surtout où, préoccupées de leur bien-être présent, elles n’ont aucune vision d’un avenir à construire et par nature aucune attirance pour l’effort nécessaire. Il faut se rendre à l’évidence : en politique, ce sont les minorités qui font avancer les évolutions indispensables ; or, dans l’état actuel du fonctionnement démocratique, ces minorités sont en fait confinées dans le rôle de « sleeping partner ».

             Nous proposons donc que les citoyens de ce pays – mais aussi de toutes les démocraties, mondialisation oblige – se mettent à débattre de la mise en place d’une thérapie appropriée : la non réélection des élus en place, associée au non-cumul des mandats. Remède de cheval, certes, qui fera piailler ici et là à coup sûr, mais remède indispensable au rétablissement d’une démocratie respectueuse de sa fonction. Nous avons proposé - et explicité – par ailleurs (2) une action en ce sens : le débat est ouvert.

             Là encore, Alexis de TOCQUEVILLE avait prévenu : dès que le représentant élu, en charge des affaires publiques, « descend dans la lice, le soin du gouvernement devient pour lui l’intérêt secondaire : l’intérêt principal est son élection…Le principe de la réélection rend donc l’influence corruptrice des gouvernements électifs plus étendue et plus dangereuse. Il tend à dégrader la morale politique du peuple et à remplacer par l’habileté le patriotisme. » (D.A.I.VIII). Peut-on assurer que la situation actuelle soit à l’abri de cette mise en garde ? Il semble que non. La démagogie et le courage politique ont à coup sûr quelque difficulté à vivre ensemble : l’obsession de la réélection, ce cancer de l’institution démocratique, tue tous les courages politiques, ceux en particulier qui devraient soutenir les réformes significatives, celles qui, au delà de quelques pratiques plus techniques, interpellent l’indolence des esprits.

             Il faut être clair : ou les citoyens se contentent d’être de beaux parleurs non responsables, ou ils veulent que les choses évoluent. Dans ce cas, ils ont à reconquérir l’espace politique et son bon usage, sinon rien d’intéressant ne se passera et ils subiront toujours les méfaits du corporatisme politique. Aux fumeurs atteints d’un cancer, tous les médecins disent : arrêtez de fumer. Aux politiciens rongés par l’obsession de la réélection, nous disons : remplissez pleinement votre mission, la réélection n’est plus votre problème… Ici, le courage politique sera l’œuvre de citoyens qui se veulent responsables : il faut se lancer dans l’aventure de la non- réélection pour sauver la démocratie.        

                                                                                    Antoine TILLIE

   

(1)    « Le bonheur du voyage ». Confrontations Europe. Ed. Le Manuscrit. Mars 2006 .

 (2)    « La fin des notables  » Ed L’Harmattan. 2005.

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
Par Antoine TILLIE - Publié dans : Démocratie
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Mardi 23 mai 2006 2 23 /05 /2006 16:41

Rarement les attentes de changement n’auront été aussi importantes que pour les élections présidentielles à venir. Rarement les exigences démocratiques ne se seront  autant exprimées par le biais d’une société civile de plus en plus consciente de son décalage avec les décideurs. Rarement pourtant, les risques de déception n’auront été aussi réels.  Le spectacle politique et médiatique des derniers mois, la persistance des logiques de partis ou d’appareils, l’absence de projet politique ou l’inadéquation des programmes des candidats ne peuvent entraîner l’adhésion ou la confiance pourtant si nécessaires aujourd’hui.    Se profile  un triple risque de confusion, radicalisation et protestation,  qui  s’exprimera soit par l’abstention, soit par le vote pour des partis ou des candidats « hors système ».  On  doit pouvoir permettre une autre réponse, responsable et démocratique,  à ceux qui n’approuvent aucun des candidats ou des programmes présentés, sans pour autant vouloir s’abstenir ou voter  pour des candidats extrémistes dont ils n’approuvent pas les orientations.

 

 

 

S’ils ont le devoir de s’exprimer en allant voter,  les citoyens doivent avoir le droit d’exprimer clairement leur déception de ne pas trouver  de réponse à leur attente. Cette forme d’expression existe : il s’agit du vote blanc. Or celui-ci n’est pas réellement  pris en compte, et n’intervient pas, en tant que tel,  dans les résultats des élections. Le présent appel entend, sans prendre position sur le choix souverain de chaque électeur, remédier à ce déficit de démocratie :

 

 

 

Le vote blanc représente une expression démocratique comme une autre. Il s’agit souvent de la seule manière pour un électeur de rendre attentif à un décalage entre ses attentes et les offres politiques. Sa reconnaissance pleine et entière, limiterait le recours à l’abstention ou au vote « extrémiste »   qui  représentent un danger direct pour le système démocratique. Elle obligerait les partis ou les candidats à mieux prendre en compte les attentes des électeurs et à mieux définir leurs programmes. Pourtant, la reconnaissance du vote blanc reste niée et le vote blanc confondu avec l’abstention ou le vote nul. Cette assimilation porte un préjudice grave à la démocratie et à la liberté d’expression des citoyens en alimentant les interprétations contradictoires, favorisant ainsi la désaffection et la perte de légitimité du politique.   À une époque ou la démocratie est de plus en plus confisquée et bloquée, les citoyens ont le droit de s’exprimer  par le vote blanc. Nous  demandons :

 

 

-         la mise à disposition de bulletins blancs dans tous les bureaux de vote

 

-         la prise en compte des votes blancs dans les décomptes des suffrages exprimés.

 

 

 

IES Alsace

 

 

Pour soutenir cet appel :

 

Email : petitionvoteblanc@yahoo.fr

 

Site : http://2007voteblanc.free.fr
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Mardi 30 mai 2006 2 30 /05 /2006 15:34

 Un point de vue pour poursuivre notre réflexion sur la démocratie et les institutions…

 La panne ? Le diagnostic est de plus en plus largement partagé, massivement même. Il est nécessaire de dépasser le stade des analyses et des constatations lucides mais déplorées. Il serait temps d'agir. Nous sommes à 10 mois d’une échéance primordiale pour la république, et la campagne électorale présidentielle est bien lancée. Alors, analyser la panne ou les mutations de la démocratie dans un tel contexte est largement insuffisant.

 Que peuvent faire les citoyens et comment pour réformer nos institutions. ?

On insiste actuellement beaucoup sur l’importance d’une “ingénierie démocratique”.  Il faudrait mettre ce concept en pratique pour proposer des méthodes ou procédures susceptibles de construire la réforme institutionnelle. Il semblerait que l'on considère que les citoyens sont contraints d'attendre le bon vouloir des élus et des partis. Les citoyens sont juste bons à suivre les débats, les états généraux de la démocratie... Il est acquis que les citoyens sont voués à l'impuissance. Même le vote blanc n'est pas pris en compte. Que reste t-il aux citoyens pour se faire entendre?  C'est cela aussi "la panne démocratique" de notre système. Mais croire qu'une solution vraiment démocratique et déterminante viendra des partis et des élus est complètement utopique.

 C'est en raison de ce scepticisme affiché  pour l'action citoyenne vis à vis des réformes des institutions que les citoyens doivent se saisir surtout de la question méthodologique. Comment parvenir à imposer un socle minimum de réformes démocratique dans notre système institutionnel? C'est la question? Faites le tour des programmes des partis dits "de gouvernement", sur le cumul des mandats par exemple, et vous verrez que ceux -ci n'ont pas du tout l'intention d'établir des règles simples et compréhensibles.

 Il faut une méthode simple "d'ingénierie citoyenne de la démocratie" 

 1) Choisir les éléments décisifs du changement.  La mutation institutionnelle ne se fera pas en un jour. D'ailleurs, la démocratie est un combat permanent et construire une constitution idéale n'est bien sûr pas un objectif.  Il faut définir aujourd'hui les éléments institutionnels qui déclencheront le mouvement et qui permettront par la suite des évolutions permanentes.  Eh bien, les seules questions déterminantes sont les modalités de désignation de nos représentants. Il s'agit donc, du cumul des mandats, de leur  durée et renouvellement, de l'éligibilité des citoyens, le choix du mode de scrutin.  C'est la première étape puisque, par la suite ces représentants seront dans une meilleure position (clarté de la représentativité, de la responsabilité, du mandat) pour faire évoluer, pour adapter  les institutions selon les nécessités du moment. La mutation démocratique doit s'envisager dans la durée et la permanence du questionnement.

 2) Proposer une procédure décisionnaire démocratique ouverte et simple : le référendum à options ; C'est l'objet du  blog "changer la république". De fait, sur les 5 à six questions, il serait proposé 2 à 3 options de réponses à l’électeur. (Le statu quo et une ou deux options innovantes). L’option ayant obtenu la majorité est adoptée.

 3) Faire pression.  Définir les modalités d'une pression : menace ferme d'abstention aux élections présidentielles, si aucun engagement fiable n'est  pris pour l'après élection, et mobilisation auprès des acteurs, experts, journalistes.… Il faudra organiser cette menace, (mouvement d'opinions), en particulier sur les partis de gauche et du centre, cibles privilégiées de la pression. Normalement, une telle menace n'aurait pas beaucoup d'effets.  Mais justement, le moment est favorable pour une telle opération d'abstention. Tout le monde craint un "nouveau 21 avril". Et les sondages récents sur le scepticisme des français vis à vis de la classe politique ne sont pas faits pour arranger les choses. Il est peut être assez cynique de s'appuyer sur une telle éventualité, mais le combat mérite sans doute une telle extrémité.

 « Je ne suis pas certain que ça ira mieux si ça change, mais je suis certain qu'il faut que ça change pour que ça aille mieux. » Christoph Lichtenberg (1742-1799).

 Bernard Uguen

 

 

Par Bernard Uguen - Publié dans : Démocratie
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Mercredi 31 mai 2006 3 31 /05 /2006 18:51

Article paru dans Témoignage chrétien du jeudi 4 mai 2006

Crise de régime ? Ce serait trop simple. Comme s'il s'agissait de renouer avec nos vieilles habitudes, dont nous avons peut-être la nostalgie. De tout changer en changeant de République. C'est à la fois moins grave et plus grave.

 

Nos institutions tiennent bien, trop bien. Elles sont comme abritées des mouvements de la société. En apesanteur. L'Exécutif est trop solide,  trop stable, alors que la société va mal, et qu'il ne sait ni l'écouter, ni la conduire. Face aux défis sociaux que nous posent les nouvelles formes du développement économique, la France est en panne de leadership politique. Cette panne qui est aggravée par l'excès de puissance que les institutions confèrent à l'Exécutif. La régulation avec la société ne se fait plus.

 

Précisons ce diagnostic. La France est un pays difficile à gouverner, dynamique et conservateur, individualiste et étatiste. Elle a besoin qu'on lui donne du sens, que la classe politique s'engage fortement sur une voie claire. C'est cela qui manque aujourd'hui. Plus concrètement, il nous faut résoudre simultanément la question économique (prendre notre place dans la nouvelle donne mondiale) et la question sociale (lutter contre le chômage et l'exclusion, retrouver le plein emploi, tout en préservant une protection sociale de haut niveau). Or, nous ne voulons pas vraiment du libéralisme économique, avec sa dérégulation, car nous en voyons trop la violence et les injustices. Et nous ne sommes pas capables d’imiter les Scandinaves, avec leur consensus, leur civisme, leur sens des priorités. Du coup, nous flottons, en accumulant les mesures inefficaces et en important sans cohérence des ingrédients de l'un ou de l'autre ces deux systèmes, avec de gros effets de modes. Il y a pourtant une voie française à trouver, fondée sur un haut niveau de redistribution sociale, mais une redistribution orientée prioritairement vers l'initiative, l'emploi, la formation, la recherche, l'économie solidaire, ce qui suppose que les autres fonctions sociales, toujours tentées par un certain corporatisme, acceptent d'être bousculées par ce nouveau dynamisme. Il  n'y a que 1,5 % à 2 % de surplus à distribuer chaque année, moitié moins que dans les années 60. Les droits sociaux automatiquement croissants, ce n'est plus possible. Il faut de nouvelles régulations. Il faut aussi que les désirs sollicités de toute part s'ajustent aux capacités disponibles. Or, l'offre politique ne cesse de promettre plus qu'elle ne peut tenir (moins d'impôts, mais plus de social !).

 

 

Pour résoudre tous les problèmes, il faut à la fois de la méthode et du charisme. Or nous manquons de l'un et de l'autre.

 

.    Nous avons mal traité, collectivement, le choc du 21 avril 2002 : pour éviter le péril de l'extrême droite, qu'on sentait venir dès 1995 d'ailleurs, la gauche s'est rallié à son adversaire du premier tour, sans négociation, comme un pis-aller. Et l'heureux bénéficiaire a gouverné comme s'il avait été élu dans les conditions habituelles, chef d'un camp. Ne fallait pas au contraire que  l'un et l'autre des deux camps prennent l'initiative de gouverner autrement pour dialoguer, voire pour s'unir sur de gros enjeux, comme les retraites par exemple? Mais non, on a fait comme si le 22 avril était un accident fâcheux et évitable, sans voir ses causes profondes, liées au chômage. On a continué comme avant, alors qu'il fallait du neuf.

 

.    Nous n’avons pas su donner leur place aux jeunes, c'est-à-dire à notre propre avenir. Après leur mobilisation de 2002, ce fût une étrange manière de remercier que d'interrompre le programme des emplois jeunes, de réduire les emplois aidés, et de laisser leur taux de chômage remonter ; on a préféré baisser l'impôt sur le revenu, avant de lancer, dans l'urgence, deux ans après, un plan de cohésion qui renoue, sans le dire avec les dispositifs antérieurs, sous des formes nouvelles que des acteurs ont évidemment mis du temps à s'approprier. Et que dire de la crise des banlieues de l'automne 2005 : elle.montre une jeunesse en marge. Il eût fallu être inventif, lui parler, trouver l'équivalent de ce que fût, en son temps la mission Nouvelle Calédonie.

.    Notre relation avec l'Europe s'est dégradée. Là encore, pour ces fameuses baisses d'impôt, nous sommes sortis des clous du pacte de stabilité, donnant le mauvais exemple, ne cessant d'imputer à l'Europe tous nos maux, n'appliquant pas les bonnes recettes qu'elle nous propose (la "méthode ouverte de coordination" en matière d'emploi), ne sachant pas en parler  clairement, invoquant à tout et à travers une Europe sociale mal définie. Pas étonnant, dans ce contexte d’incivisme européen, que le référendum ait été perdu !

.    L'opinion publique n’est pas correctement traitée. Le vote des militants du PS sur l'Europe n'a pas été respecté par certains de ses plus éminents représentants. Deux défaites électorales n'ont en rien perturbé l’immobilisme de l'exécutif. Il a fallu l’échec du référendum de 2005 pour qu'un changement se produise. Suit alors l'affaire du CPE : instrument construit sans consultation, maintenu contre vents et marées, sans doute largement pour des raisons de compétition politique interne, puis abandonné après une crise inutile.

 

Comment sortir de ce qui est d’abord  une crise spirituelle?

 

 

 Cela dépendra d’abord beaucoup de la qualité morale des  personnes qui émergeront demain, de leur capacité de compréhension de la société, d'écoute et de dialogue avec elle, de leur faculté de cohérence, d'engagement dans la durée, de sens, de construction de repères, nécessaires pour réussir cette interaction de l'économique, du social et de l'écologique qui est notre défi le plus évident.

 

Cela doit être étayé par quelques réformes institutionnelles, devenues indispensables pour éviter de mettre des instruments trop forts entre des mains trop faibles :

 

 

-   interdire à tout Premier ministre ou Ministre en poste à moins de deux ans de l'échéance présidentielle de se présenter à cette élection, afin de limiter cette concurrence politique insensée et d'assurer la séparation des fonctions entre le Président et le Gouvernement ;

 

-   interdire aux membres des cabinets ministériels de devenir directeurs des administrations qui dépendent d'eux pendant ce même délai de deux ans, et nommer les hauts fonctionnaires selon des procédures transparentes, afin de mettre fin à la politisation de fait de la haute administration.

 

-         poursuivre la limitation du cumul des mandats, notamment leur cumul dans le temps (pas plus de deux mandats consécutifs );

 

 

Il y a surtout besoin d’un autre état d’esprit, d’une autre culture pour faire vivre la démocratie, par l’éthique de la discussion, par la recherche en commun de sens de l’action collective. Par exemple,  on devrait faire précéder toute grande décision ou mesure nouvelle d'un vrai débat avec la société civile, et pour cela, distinguer trois étapes : le débat avant décision, pour s'informer, communiquer et argumenter ;  la définition des finalités, qui appartient au politique, ainsi mieux éclairé ; le choix des moyens, enfin, qui doit être délégué le plus possible aux acteurs économiques, sociaux, associatifs qui auront à les mettre en œuvre.

 

 

Relevons notre niveau d’exigence morale, améliorons nos modes de fonctionnement collectif. Cela aidera les acteurs politiques à donner ce que l’on attend: le meilleur d'eux-mêmes.

 

 

 

Jean-Baptiste de FOUCAULD

 

Président de Démocratie et Spiritualité.

 

Par Jean-Baptiste de Foucauld - Publié dans : Démocratie
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