Triste campagne

Publié le par Jean-Louis Caccomo

« L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête ». Blaise Pascal (1623-1662)

 

          La campagne officielle est une caricature d’elle-même dont la plupart des candidats n’ont pas d’autres programmes que celui qui consiste à faire le sempiternel procès d'un libéralisme que l'on nous présente à la fois tout-puissant et sur le déclin. Mais qui prétend refaire le monde doit au moins se donner la peine de le comprendre.

 

         Les français sont-ils vraiment dupes ? Peuvent-ils croire que, au lendemain des élections, comme par la magie des urnes, deviendra possible ce qui ne le fut avant : l’on pourra multiplier les droits opposables et autres repas gratuits sans peine et sans douleur ? Jamais l’avertissement de Turgot ne fut plus d’actualité : « faut-il accoutumer les hommes à tout demander, à tout recevoir, à ne rien devoir d’eux-mêmes ? Cette espèce de mendicité qui s’étend dans toutes les conditions dégrade un peuple, et substitue à toutes les passions hautes un caractère de bassesse et d’intrigue » [1].

 

         Les candidats critiquent facilement le  comportement des entreprises dans un refrain anachronique qui surprend vu de l’étranger. On leur reprochera tous nos maux, sans même voir qu’elles tentent de s’adapter aux signaux que nous, consommateurs, salariés et actionnaires que nous sommes tous d'une manière ou d'une autre, leurs envoyons dans nos comportements quotidiens. Lorsque le groupe hôtelier Accor était présent aux Antilles françaises, on lui reprochait d’exploiter la main-d’œuvre locale et de dénaturer le territoire au nom des intérêts aveugles des groupes touristiques. Puis, il a suffit qu’il prenne la décision de quitter les Antilles - où il devient extraordinairement difficile de manager une entreprise touristique - et les syndicats de s’indigner du départ d’une entreprise qui abandonne ainsi ses salariés, condamnant au chômage des centaines de personnes [2].

 

         La vie se charge toujours de nous apprendre que l’on ne peut être désillusionné que si l’on s’aveugle volontairement d’illusions. « Changer le monde », « changer la société », « changer l’homme », voilà la fibre qui anime la plupart de nos candidats qui s’improvisent volontiers en justicier. Mais ces campagnes sont destinées à conduire au pouvoir des individus qui vont alors tout faire pour y rester, c’est-à-dire ne rien faire qui puisse être impopulaire. Ces slogans, apparemment séduisants, deviennent rapidement dangereux lorsqu’ils sont motivés par la haine et l’ignorance de l’économie, de la réalité et, en fin de compte, de l’homme.

 

C’est bien le projet insensé de tout dictateur que de « produire un homme nouveau ». Ne pas accepter la nature humaine telle qu’elle est, c’est bien vouloir changer l’homme.

 

 

 

Si l’homme n’est ni ange, ni bête, ceux qui ont la prétention de le régenter sont rarement des anges. Qui peut connaître et imposer les recettes miracles d’un monde meilleur ? L’économie de marché n’est pas une utopie ; elle est un fait historique, social et naturel pour peu que l’on admette qu’il existe une nature humaine. L’économie de marché n’est imposée par personne mais elle se développe spontanément à partir du moment où la liberté individuelle est reconnue comme une caractéristique primordiale de la condition humaine et une condition de son épanouissement [3]. L’économie de marché est loin d’être la perfection car elle est humaine. Et tout œuvre humaine est perfectible.

 

Par contre, le modèle d’une économie planifiée et centralisée - ainsi que toutes ses variantes - reposent sur une fiction qu’il faut imposer aux hommes car il ne saurait se développer spontanément. Et il est un dogme que l’on ne saurait critiquer une fois en place. Pourtant, partout où ce modèle a été imposé et expérimenté, on a vu tyrannie, corruption et sous-développement détruire peu à peu des peuples transformés en cobayes avant de finir en martyrs.

 

 

 

[1] Turgot, Encyclopédie, Article « Fondation », 1757.

 

[2] Caccomo J.L., "Analyse économique du secteur touristique. Application aux Départements d'Outre-Mer", in Levratto N., Comprendre les économies d'outre-mer, L'Harmattan, Paris 2007.

 

[3] Oulahbib L.S [2006], La condition néo-moderne. La liberté démocratique est-elle la forme la plus accomplie du Politique ? L’Harmattan, Paris.

 

Jean-Louis Caccomo

 

http://caccomo.blogspot.com/

 

Commenter cet article

marc d HERE 18/04/2007 10:30

Aujourd'hui, dans  "Le Figaro"......Cela se passe, me semble t-il , de commentaires sur le sérieux et la "compétence" de la candidate...
En cette fin de campagne, la candidate annule rendez-vous et interviews.
 
CE QUI N'ÉTAIT au départ qu'une mauvaise habitude est devenu une stratégie. Depuis le début de la campagne électorale, Ségolène Royal a « posé des lapins » à une bonne douzaine de médias. Mais dans cette dernière semaine, elle annule les interviews, en cascade. Alors qu'elle devait plancher hier matin devant les lecteurs du Parisien  - un exercice d'ordinaire très prisé des politiques - elle a annulé in extremis sa venue, lundi après-midi. Le 10 avril, elle s'était fait remplacer au pied levé par Jean-Pierre Chevènement sur Europe 1. Hier matin, les agences de presse internationales Reuters et Associated Press, qui avaient rendez-vous au QG de Royal, boulevard Saint-Germain, ont fait antichambre pendant une heure et demie, avant qu'on leur annonce que l'interview était annulée, la candidate n'ayant « pas eu le temps de lire les questions » qu'elles avaient été invitées à lui transmettre par avance.
 
Les questions, c'est bien là le problème. Après avoir sans cesse promis des rencontres régulières à la presse, la candidate a trouvé un nouveau style de communication peu participatif : la déclaration sans question ! Ce fut le cas, lundi soir à Nantes, lorsqu'elle a annoncé que la lutte contre les violences faites aux femmes serait élue « grande cause nationale » et aussi hier matin à Paris pour sa déclaration sur le train de vie de l'Etat (lire ci-contre). Et lorsqu'un journaliste ose tout de même poser une question, la candidate botte en touche tandis que le directeur de campagne François Rebsamen met fin à l'échange d'un « Bon, voilà » qui sonne comme un ite missa est........
 
 

marc d HERE 18/04/2007 08:19

Triste ou pas triste campagne?....Voilà en tous cas un sondage très surprenant, et qui vient contredire tout ce que l'on entend dans les médias ......
Les nouveaux électeurs, âgés de moins de 30 ans, sont 30% à apporter leur soutien à Nicolas Sarkozy, contre 23% à François Bayrou et 22% à Ségolène Royal, selon un sondage Ifop que publie Le Parisien.
 
Jean-Marie Le Pen arrive en quatrième position, avec 9% des intentions de vote des primo-votants au premier tour de l'élection présidentielle dimanche, dans ce sondage effectué entre le 13 et le 16 avril après d'un échantillon de 1.044 personnes âgées de 18 à 30 ans et n'ayant jamais voté. (Reuters)
 
 

marc d HERE 16/04/2007 17:56

Elle n'est pas si triste finalement cette campagne....un peu longue sûrement mais elle a manifestement intéressé les Français, comme le montrent les sondages, l'assistance aux réunions publiques de tous les candidats, les succès d'audience des émissions politiques, le développement des blogs politiques....
Bien des sottises ont été dites sur le déintérêt des Français pour la politique alorsqu'il ne s'agissait  plus vraisemblablement que d'un désintérêt pour les hommes politiques en place (les Chirac,  Mitterrand, Jospin ....).leurs méthodes et leurs discours.... 
Royal, Sarkozy, Bayrou  apportent du neuf, une plus grande franchise dans leur expression et une plus grande proximité....On est, cette fois-ci ,un peu sorti de la langue de bois....

Candide 12/04/2007 16:31

Une réflexion alternative à votre analyse  est proposée sur Librecours :  "Inter...minable"http://www.librecours.biz/article-6363759.htmlElle prend en compte le refus des candidats de reconnaître le périmêtre étroit de leur pouvoir de décision.  Faire croire que l'on va changer le monde quand on est pas même capable d'influer sur son petit pré carré...

Néel 12/04/2007 15:55

Oh, mais ça m'a tout l'air d'un appel à voter utile à gauche, c'est à dire à voter Ségolène Royal, ça...c'est quand même bien elle qui affirme le rôle bénéfique sous conditions des entreprises pour notre pays et notre société. c'est quand même bien elle qui prône un plus grand rôle économique pour les régions et un plus grand soutien à la recherche. Et propose des mesures de soutien réellement utiles, qui ne soient pas un cadeau idéologique aux entreprises.C'est quand même bien elle qui porte un projet de modernisation du dialogue social et une meilleure collaboration du "travail" et du "capital".Merci à IES d'en avoir pris consience ;-)