Sous les pavés, la gare

Publié le par Jean-Louis Caccomo

Comment ne pas être atterré par les évènements de la gare du Nord ? A force de se mettre dans l’incapacité de désigner les problèmes, de poser les diagnostics et de prendre des décisions, tout en se réfugiant dans l’alibi commode de la complexité du phénomène social pour ne pas établir de priorités dans les décisions, les problèmes s’accumulent et pourrissent, engendrant une situation devenue à la fois ingérable et explosive. Pourtant, les phénomènes économiques obéissent aussi à un principe de complexité ce qui n’empêche pas l’Etat, intronisé en « régulateur bienveillant », d’intervenir sans complexe dans l’économie en s’appuyant sur des modèles dont l’apparence mathématique se fait au prix d’une réduction outrancière de cette complexité inhérente au fait humain.

 

 On ne peut plus discuter de l’immigration sans être immédiatement soupçonné d’intentions malveillantes et de réflexes racistes. De la même manière, lorsque que vous vous étonnez du pouvoir de nuisance d’une poignée de syndicalistes qui bloquent plus de 60 navires au port de Marseille, prenant en otage de manière récurrente l’économie locale déjà bien fragilisée, on vous soupçonne d’être contre le droit de grève et de préparer la dictature. Tout de suite les grands mots sont lâchés, tout de suite les grandes tirades tombent.

 

Pourtant, on ne saurait raisonnablement parler d’immigration sans la mettre en rapport avec l’émigration. C’est comme si l’on parlait des importations sans se soucier des exportations, ou des délocalisations en occultant les investissements directs effectués dans le pays. Les flux migratoires dans leur ensemble nous renseignent sur les signaux que renvoie notre pays à l’extérieur de nos frontières.

 

Le fait est que la plupart de jeunes diplômés, des jeunes actifs, des chercheurs ou des entrepreneurs, bref tous ces jeunes et moins jeunes qui ont une énergie et un talent à revendre, mais sur qui pèse la menace d’impôts futurs (dette publique) que n’ont pas voulu payer leurs aînés, quittent l’hexagone en masse. Dans le même temps, la perspective de droits sociaux uniques au monde en effet exerce un effet d’attraction qu’aucune frontière physique ne saurait arrêter. Dans un monde ouvert et dynamique, on ne peut empêcher ni l’immigration ni l’émigration mais on peut – et l’on doit – en modifier la nature, c’est-à-dire la qualité qui est souvent en rapport inverse avec la quantité.

 

Sinon, le résultat est mathématique : si la génération d’actifs, sur qui pèse le financement des budgets publics (fiscalité) et sociaux (cotisations), est de plus en plus clairsemée en effectifs alors même que les générations à la charge se multiplient, la croissance économique s’en trouve irrémédiablement compromise. Dans le langage de la macroéconomie, le taux de dépendance (le rapport des inactifs aux actifs) finit par écraser le taux d’activité (le rapport des actifs effectivement au travail par rapport à la population totale). Il n’a aucun racisme dans ce propos.

 

 Et s’il faut aborder la question de l’immigration avec lucidité et sans angélisme, l’immigration clandestine, comme tout ce qui est clandestin, ne se discute même pas. Quand on rentre illégalement dans un pays, on doit s’attendre à tout moment à faire l’objet d’une arrestation. La liberté n’existe que dans le respect des lois, des droits et des devoirs. Les soldes migratoires ayant une incidence sur la pression fiscale et sociale qui pèsent sur les actifs, ces derniers ont, en tant que citoyens, résidents nationaux et contribuables, leur mot à dire sur ces questions.

 

 Mais le comble est que l’arrestation d’un individu en situation doublement illégale provoque une véritable insurrection de quartier que la gauche irresponsable récupère pour fustiger une politique du « tout répressif ». La France est tout sauf un pays répressif : on y obtient la nationalité sans s’en apercevoir, sans même maîtriser la langue française ; on y obtient ses diplômes à peu près dans les mêmes conditions (pensez aux événements du CPE qui se sont traduits par un blocage des lycées pendant deux mois et, cette année, le taux de réussite au bac fut de plus de 80 %) ; les policiers ne poursuivent même plus les délinquants « mineurs » faute de moyens suffisants et de tribunaux engorgés. Pour couronner le tout, le mythe du « tout social » fait passer les délinquants pour « des victimes d’une société injuste » tandis que les gens qui travaillent et respectent les lois sont considérés comme des « nantis »…

 

 Et c’est parce que je travaille régulièrement au Maroc, en Algérie, aux Comores, puis récemment en Syrie où j’ai tissé des relations profondes dans le cadre de collaboration franche et durable, et c’est encore parce que je m’implique personnellement, et sur le terrain, sur ces questions du développement économique et social, notamment dans le monde arabe et africain, que je peux m’exprimer en toute quiétude sur ce problème.

 

J’aime ces pays et leurs peuples, leur sens de l’accueil et de la convivialité, leur passion des affaires, du commerce et de la recherche. Il n’y a pas de racisme, il n’y a pas non plus d’angélisme dans mes propos. Le racisme est d’ailleurs un concept proprement collectiviste qui ne saurait être pertinent pour un esprit libéral et humaniste. Je ne crois ni en un déterminisme de classe, ni en un déterminisme de « race » ou de sexe… Par la force des choses, les individus répondent rationnellement aux signaux que le système leur renvoie. Si ces signaux ont des conséquences malheureuses, il faut réformer les systèmes puisque l’on ne peut changer la nature humaine elle-même.

 

Et c’est bien le cas pour la France car c’est notre modèle qui désintègre notre propre société et dont tout le monde fait finalement les frais. C’est ce modèle qu’il faut changer avant qu’il nous précipite tous dans l’abîme.

 

 Quand j’ai travaillé aux Comores, c’est le chef de l’Etat en personne qui m’a reçu. Après une bonne heure de discussion en tête à tête, il lance : « lorsque votre pays augmente le RMI, tous mes cerveaux quittent le pays en situation clandestine pour s’installer à Marseille… ».

 

 Jean-Louis Caccomo,

 

Perpignan, le 3 avril 2007

 

http://caccomo.blogspot.com/

 

Publié dans Société

Commenter cet article

sommaire 04/04/2007 09:35

Je ne sais ce qui en est de l'émigration des jeunes diplomés mais je connais un peu les problèmes de l'immigration. Effectivement notre système de protection sociale est attractif et entraine un effet d'appel. L'essentiel de notre immigration se compose de membres de famille venant rejoindre ici l'un des leurs déjà installé. Sur un plan humain cela est tout à fait compréhensible mais cela n'est évidemment pas sans effet sur la société d'accueil...
Depuis des années il n'est pas possible, à gauche, de débattre tranquillement de ce sujet et c'est dommage pour tout le monde. La gauche y perd ses électeurs populaires et la situation des populations concernées se dégrade entrainant le développement de l'économie parallèle, des violences urbaines et de l'intégrisme islamiste.
Jean-Claude SOMMAIRE, ancien secrétaire général du Haut Conseil à l'intégration
 
 

bouquery 04/04/2007 08:29

Et si on augmente le RMI nos cerveaux partent quand même..Impitoyable mathématique cac comorienne . Sans oublier, pour la violence, les employeurs au noir (pour qui votent ils ? ) et surtout les effets cumulés des infrastructures, de l\\\'urbanisme, du logement... (Voir D.Cohn Bendit à Francfort). Foutue "Génération Mytherrande et Chyraquine". Réprimer les symptomes y compris à la royale, mais aussi s\\\'efforcer de penser en avant et en ensemble, bien sur avant de voter.