Après Ségo?

Publié le par Gilles Norroy

Je sais qu’en politique il est toujours dangereux de faire des prévisions mais j’aime prendre des risques.

Je crois pouvoir dire dès à présent que le poème de Victor Hugo «  rose elle a vécu ce que vive les roses l’espace d’un matin » s’applique à Ségolène Royal et à sa campagne.

 Distancée dans les sondages par Sarkozy, elle est maintenant menacée de ne pas être présente au deuxième tour, rééditant en quelque sorte l’  « exploit » de Jospin en 2002. A ce jour si on additionne les voix du PS et de l’extrême gauche, on arrive à peine aux résultats de 1969. Comme le dit Mélenchon, qui peut ne pas manquer de bon sens dès lors qu’il s’agit d’élections, «  il y a le feu au lac ».

Je ne vais pas m’en attrister car Ségolène représente ce que je refuse en politique : la duplicité Mitterrandienne, le mépris pour ceux qui ne sont pas de sa caste, la relation compulsive aux médias.

Voulant faire peuple et gentille, quand elle en est tout l’inverse, elle a réduit le débat politique à la « michucratie » avec la complicité de TF1 dans leur émission « J’ai une question à vous poser »  en montrant sa compassion pour les malheurs de chacun et  en essayant de faire croire aux Français qu’elle pourrait s’occuper des problèmes qu’ils ont avec leur chauffe-eau.

Mais, il ne s’agit pas seulement pour le PS d’une erreur de casting, car Ségolène est au moins aussi présentable que nombre d’éléphants, y compris François Hollande, mais d’un manque de courage politique à se remettre en cause qu’il faut analyser dans son historique et dans ses conséquences prévisibles après l’élection présidentielle.

En dehors de la personne même de Ségolène sur laquelle il serait discourtois de s’acharner, la campagne du PS se fait sous le signe d’une grande confusion politique. Malgré le discours moderniste, on ne sait plus bien à quel projet politique on a à faire : social-jacobinisme avec Chevènement, étatisme avec Emmanuelli, social-libéralisme avec DSK ? Le programme de Ségolène ne comporte rien de nouveau que ce soit sur la remise en cause des 35 heures, la réforme des retraites, l’emploi, l’Europe etc… Cela sent le réchauffé de 2002, bien peu d’idées viennent des fameux « débats participatifs » qui devaient en fournir tant,  et rien là dedans ne peut subjuguer les français.

Ce refus de se remettre en cause et de rentrer dans la modernité comme l’ont fait les autres partis sociaux-démocrates européens est il insurmontable ?

Le PS va-t-il se cantonner indéfiniment dans le déni de réalité ?

Au fond la candidature de Ségolène traduit une volonté de changer sans rien changer comme l’aime François Hollande et son entourage : on se concentre sur la forme (femme, moderne, refus des éléphants) plus que sur le fond. C’est mieux que rien certes, mais la vraie question devient : comment rebondira le PS après la défaite ?  Il est vraisemblable qu’il y aura de sérieux règlements de compte. Mais au-delà des querelles d’hommes pour savoir qui rachètera le PS à la baisse (comme en bourse l’effondrement des cours électoraux attire toujours des clients), sans doute Manuel Valls pour risquer un pronostic……… quel sera son avenir politique ?

L’examen des scores de l’extrême gauche et du PC devrait aussi amener le PS à s’interroger sur l’intérêt de maintenir son alliance avec le PC et de continuer  faire preuve  de mansuétude vis-à-vis des gauchistes.

Tout cela promet quelques débats. Face à la menace Bayrou certains ont commencé à préparer leurs arrières. Dans son article du Monde dans lequel DSK réaffirme qu’il ne sera pas premier ministre de Bayrou, il commence à montrer le bout de l’oreille. En effet DSK est ouvert au fait que Bayrou puisse appeler à voter pour Royal. C’est un bon début car il y a quelques mois le votre centriste aurait été définitivement rejeté. Ségolène l’avait d’ailleurs dit au début de sa campagne, même si elle avait pris la précaution d’ajouter que des majorités pouvaient se retrouver sur des idées et des projets.

Jean-Marie Bockel lui va un peu plus loin en signalant qu’il continue à soutenir Ségolène tout en donnant de nombreux exemples d’une coopération possible avec le centre.

Cette recomposition politique autour du centre gauche devient aujourd’hui un vrai  sujet et le sera encore plus demain après l’élection présidentielle. Nous étions une poignée à vouloir l’envisager au sein du PS, puis en dehors……. demain l’expression démocratique des français qui veulent dans leur majorité le dépassement du clivage gauche-droite pourrait nous donner raison.

Autant de raisons précisément pour considérer que le vote Bayrou est la véritable novation de cette campagne présidentielle.

En relançant la donne politique il créera  de l’extérieur les conditions pour une évolution du PS. Faisons le pari qu’il y aura encore en son sein assez d’hommes courageux pour saisir cette opportunité.

Gilles  Norroy

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bouquery 17/03/2007 18:18

Non, vouer une fois de plus Mme Royal à la Géhenne (G N) ne fait guère avancer le débat et la raison. Passion et dépit. Bayrou ne peut pas renoncer à sa tactique; il a du être le premier surpris que les français lui donnent pareil écho stratégique mais Gabriel C B a raison d\\\'entretenir l\\\'alternative de la transformation par l\\\'intérieur du PS; aprés tout bien des nouveaux adhérents ont porté la candidate et n\\\'ont pas été assimilés. Une dynamique est toujours ambigue mais l\\\'ambivalence peut être dynamique. On n\\\'est pas à IES pour le confort des certitudes et des exclusions. Le problème de M Sarkozy n\\\'est pas qu\\\'il serait "fasciste"  ( vite dit par Debré) mais que lui aussi est soumis à la physique politique newtonienne et n\\\'échapperait pas aux forces et inerties radicalement droitières. Foin de rupture. 
jm bouquery

yann 16/03/2007 15:03

A ceux qui trouvent l'article de Gilles trop sévère, je suggère la lecture suivante qui semble édifiante sur la personnailté de la candidate socialiste :
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-883857@51-883866@45-1,0.html
D'autres articles récents du même journal nous décrivaient ces derniers jours le rapprochement entre Madame ROYAL et Jean-Pierre CHEVENEMENT. Si c'est effectivement là qu'elle trouve son inspiration, c'est réellement inquiétant aussi bien sur le plan des idées et du positionnement politique, que sur le plan des pratiques démocratiques...  

Gwenael 14/03/2007 23:34

Mon cher GIlles, je te trouve un peu rapide pour annoncer la défaite de Ségolène Royal.Je ne sais pas si elle va gagner, mais aujourd'hui je mets bien au défi quiconque de prévoir quel sera le résultat de cette élection présidentielle et ensuite celui de l'élection législative.Je reconnais bien volontiers, qu'en ce qui me concerne, tout en étant du PS, ,je me sens bien plus proche du centre que de la gauche communiste et que je préfèrerai un accord électoral avec monsieur Bayrou qu'avec madame Buffet. Mais il est aussi clair que la grande majorité des militants du PS ne sont pas prêt à cela. On peut le déplorer, mais c'est ainsi.Je reste convaincu, qu'en grand idéaliste que je suis, qu'il est tout de même possible que le PS change, et pour cela, il n'y a qu'en étant à l'intérieur qu'on peut le faire bouger.J'ai grand espoir que DSK (aidé de son "socialiste et démocratie" dont je me réclame) fasse passer le parti socialiste à un parti social démocrate en suivant l'évolution de la gauche européenne.Moi je ne crois pas aux révolutions, or ce que propose François Bayrou c'est une révolution dans le monde politique français. Je reste persuadé, que comme en 2002, les Français veulent "renverser" la table, mais que, dans l'hypothèse où il serait élu, qu'aux législatives qui suivront, nous retrouverions une bonne vieille majorité à l'ancienne (de droite ou de gauche) aidé en cela, je l'accorde, par le système de vote majoritaire à deux tours.Peut-être qu'une défaite du PS précipiterait son évolution (mais je n'en suis pas sûr, il n'y a qu'à voir 2002) mais je ne me sens pas prêt à prendre le risque car me retrouver avec - un président sarkozy et une majorité UMP au pire,- un président bayrou avec une majorité PS au mieux, (avec donc une cohabitation de 5 ans)ne me tentent guère.

yann 14/03/2007 19:25

Gilles, j'adhère totalement à ta dénonciation bien étayée du mythe Ségolène.
 

Je te rejoins également concernant la mise en cause de François HOLLANDE qui a stérilisé tout débat au sein du PS à seule fin d'en conserver
la direction. Dans
le vaisseau amiral qui prend l'eau, HOLLANDE et ROYAL tiennent la barre d'une seule main et ils ne la lâcheront que dans le naufrage qui s'annonce...  
 

Cet immobilisme au plus haut niveau du PS, cette panne d'idée, cette paresse intellectuelle, ne pouvaient pas déboucher sur  un projet radieux. D'où le recours à l'expertise populaire et à la démocratie participative qui n'ont pas fait long feu...
 

Je doute profondément de la capacité réformatrice de Ségolène ROYAL et du PS de François HOLLANDE. En 2004 le succès électoral du PS s'est construit dans l'opposition sur le refus du changement. L'unité de la gauche ne résisterait pas à une autre politique.
 

Je vous signale un article intitulé "Pourquoi je voterai SARKOZY" publié par Olivier Blanchard (professeur d'économie au MIT) sur le site de Telos (http://www.telos-eu.com/2007/03/pourquoi_je_voterai_sarkozy.php#more) dont je vous livre l'extrait suivant :
 

"J'avais toujours voté pour le candidat socialiste dans le passé. Cette fois-ci, je fais plus confiance à Sarkozy qu'à Royal pour réaliser les réformes nécessaires à la France."
 

Cet article me semble éclairant sur les raisons de l'engagement par réalisme économique de personnalités de qualité comme Christian BLANC auprès de Nicolas SARKOZY.
 

Certes, j'espère que François BAYROU battra le candidat de l'UMP car je ne supporte pas ses appels du pied au FN ni son instrumentalisation de la police au service de son ambition politique.
 

Pour autant, je pense que certaines réformes visant à améliorer notre compétitivité économique sont nécessaires et que la gauche seule n'aura jamais le courage de les mener parce que ses réseaux militants très majoritairent issus du secteur public (ce qui en soi n'a rien de déshonorant) sont éloignés des réalités de l'entreprise et idéologiquement hostiles à toute concession au libéralisme économique. Le rejet du Traité constitutionnel en 2005 est à cet égard tout à fait éclairant.
 

Mon vote en faveur de François BAYROU s'explique aussi par cette nécessité de construire des majorités plurielles au-delà de la gauche.
Le développement de l'emploi et de la compétitivité économique, la réforme des retraites, la relance de la construction européenne supposent de créer une nouvelle culture politique basée sur la recherche du compromis sociétal qui ne cadre pas très bien avec l'opposition frontale à la droite pronée par FABIUS.