Faut-il voter pour Bayrou le 22 avril? (2)

Publié le par Yann Gratesac

L'appel au rassemblement des Français autour d'un centre uni doit-il se traduire par un vote BAYROU ?

 

 

Il existe une immense inconnue dans l'équation que sont appelés à résoudre les Françaises et les Français qui déposeront dans l'urne un bulletin au nom de François BAYROU le 22 avril 2007, c'est le sens que François BAYROU lui-même donnera à leurs suffrages.

 

 

Les critiques de la gauche selon lesquelles le Président de l'UDF serait un allié objectif de l'UMP de SARKOZY sont partiales mais elles s'appuient néanmoins sur des réalités politiques objectives :

 

- au niveau local, l'UDF est alliée exclusivement à l'UMP pour diriger des collectivités territoriales ;

 

- au parlement, l'UDF a voté au cours de la législature un très grand nombre des textes proposés par l'UMP.

 

 

Le premier argument ne semble pas très crédible : on voit mal, en effet, comment localement, l'UDF pourrait ne pas s'allier avec l'UMP dès lors que le PS lui refuse toute alliance. Objectivement, le parti centriste est aujourd'hui condamné à rechercher une alliance sur sa droite. Mais on peut néanmoins se demander s'il a réellement la volonté de construire une alternative à cette alliance historique du centre et de la droite.

 

 

Deuxième argument l'analyse quantitative du vote des parlementaires de l'UDF traduit, en effet, une propension évidente à voter avec l'UMP. Pour autant, le vote de la motion de censure déposée contre le gouvernement de Dominique de VILLEPIN, par François BAYROU et plusieurs des députés centristes a concrétisé la déclaration d'indépendance proclamée par l'UDF en janvier 2006 lors de son Congrès de LYON. Cette indépendance, voire cette opposition au gouvernement VILLEPIN se sont ensuite traduites dans de nombreux votes au parlement. Depuis, les parlementaires les plus droitiers de l'UDF (André SANTINI, Gisèle GAUTIER) ont clairement rallié le camp de Nicolas SARKOZY.

 

 

La question de la volonté réelle de François BAYROU de construire une alternative à l'alliance historique du centre avec la droite est essentielle. Les oeillades du Président de l'UDF aux électeurs de gauche ne cachent-elles pas une stratégie de pure conquête du pouvoir qui aboutirait tristement à un retour à l'alliance historique avec l'UMP.  Il est le seul à pouvoir y répondre. Pour autant, on voit mal comment celui qui a campé avec obstination et courage la résistance à l'appétit de pouvoir de Nicolas SARKOZY et au rouleau compresseur de l'UMP, pourrait aujourd'hui en redevenir le faire-valoir.

 

Que l'UDF puisse présenter chez certains cadres comme dans son programme des scories de son récent ancrage à droite, c'est une évidence que chacun peut aisément comprendre.

 

 

En revanche, il faut accorder à la nouvelle UDF emmenée par François BAYROU une réelle volonté de rupture avec la vieille formation libérale un peu attrape-tout façonnée par VGE comme parti du Président.

 

 

La création par François BAYROU du parti démocrate européen avec Romano PRODI illustre son ancrage au centre.

 

 

Quant au ralliement malheureux de Simone VEIL à l'UMP et son enrôlement dans la campagne anti-BAYROU, ils illustrent une nouvelle fois que dans le combat politique, les idées ne vivent qu'à travers les femmes et les hommes qui les portent et que cette dimension humaine est la source de conflits de personnes par-delà la raison.  Malgré le respect légitime que nous devons à Simone VEIL, ses positions sur l'Europe devraient la rendre plus proche d'un François BAYROU que d'un Nicolas SARKOZY dont le coeur est profondément atlantiste.

 

  

 

Pratiquement tous les anciens leaders de l'UDF ont été caporalisés par CHIRAC puis SARKOZY et utilisés contre François BAYROU. Simone VEIL n'y fait malheureusement pas exception. Enfin libérée de ses éléments les plus conservateurs, la nouvelle UDF peut envisager raisonnablement une alliance avec le centre gauche. Les électeurs du centre gauche qui affluent vers François BAYROU l'ont bien compris.

 

 

Le sens de ce mouvement d'opinion est clair : entre un projet socialiste jugé irréaliste et peu innovant et un projet UMP jugé trop partisan et trop autoritaire, une troisième voie est susceptible de s'imposer avec la candidature de François BAYROU qui consisterait à définir un nouveau compromis sociétal à la fois libéral et social. Ce compromis serait fondé, d'une part, sur un développement régulé de la compétitivité économique seul à même de financer l'adaptation de notre modèle social aujourd'hui exsangue, et, d'autre part, sur la construction d'un Etat républicain impartial et modeste, recentré sur ses missions prioritaires et notamment sur l'éducation et la protection des plus faibles.

 

 

 

Construire une société ou la responsabilité des acteurs et la solidarité doivent s'équilibrer voilà la feuille de route.

 

 

Ceux qui ne se reconnaissent pas dans le tragique affrontement idéologique binaire et stérile qui oppose une gauche socialiste, rigide et étatiste à une droite populaire, clientéliste et autoritaire, n'ont guère d'autre choix que de soutenir la candidature de François BAYROU.

 

 

L'intérêt que j'ai personnellement porté avec d'autres à la candidature de Corinne LEPAGE risque de s'effacer devant l'enjeu du scrutin du 22 avril 2007 s'il se confirme que le leader centriste est désormais en course pour une place en finale.

 

 

La question de notre rôle est désormais posée.

 

 

Le soir du 22 avril 2007, le sens du vote en faveur de François BAYROU sera d'abord celui qui lui aura été donné dans les quelques semaines qui viennent. Gageons que contrairement à Jacques CHIRAC, celui qui se présente comme un homme sincère et droit saura respecter le mandat de ses électeurs.

 

 

C'est un pari. C'est surtout un défi qui est lancé au centre gauche et aux orphelins de la deuxième gauche et partant à IES. Il appartient à chacun de nous de savoir et de dire s'il entend ou non le relever.

 

 

L'appel de François BAYROU à la création d'un grand parti démocrate ne peut pas manquer de nous interpeller.

 

 

Au-delà de la campagne présidentielle en cours, c'est la structuration politique du centre qui est en question :

 

- La deuxième gauche semble avoir totalement implosé : certains soutiennent Ségolène ROYAL, ROCARD se tait après avoir rendu visite à BAYROU l'été dernier, Marc d'HERE a rejoint l'équipe de campagne de Corinne LEPAGE tandis que Christian BLANC a apporté son soutien à Nicolas SARKOZY ;

 

- L'identité démocrate chrétienne s'est totalement diluée : en témoigne le récent sondage publié par le journal LA CROIX qui tend à démontrer que les catholiques voteront majoritairement pour Nicolas SARKOZY aux dépens de François BAYROU dont le score réalisé chez les catholiques pratiquants est strictement identique à celui réalisé auprès des Français !

 

 

Alors cessons de regarder dans le rétroviseur pour savoir où était la ligne de partage entre la droite et la gauche il y a cinquante ans. D'ailleurs plutôt qu'à l'affrontement droite/gauche c'est plutôt à la stérilité de l'affrontement PS/UMP que les électeurs entendent mettre un terme. Devant les blocages de notre société, nous savons qu'il nous faut innover. Le centre ne peut être qu'une famille recomposée et son unité exige une double volonté : il en est une qui s'est déjà exprimée à travers la voix de François BAYROU Président de la nouvelle UDF qui venant du centre droit a fait courageusement un pas vers la gauche.

 

 

Il en est une autre qui malheureusement tarde à s'exprimer c'est celle de toutes celles et ceux qui venant de la gauche sont près à faire un pas vers la nouvelle UDF mais... encore faudrait-il qu'ils aient l'audace ou le courage de franchir le Rubicon. Certains tels Bernard KOUCHNER, Jean-Christophe CAMBADELIS ou Jean-Marie BOCKEL ont esquissé une amorce d'ouverture mais jusqu'à présent avec une bien grande timidité.

 

 

En Italie, la gauche s'est rassemblée autour de Romano PRODI qui est issu de la démocratie chrétienne et qui a dit récemment tout le bien qu'il pensait de François BAYROU. Certes, ce rapprochement a été facilité par la commune opposition à l'arrogant BERLUSCONI.

 

 

En France, le leader de l'UMP si prompt à vouloir asseoir sa domination sur le pays et les média n'a pas un profil très différent de son homologue italien. Par son discours sur la sécurité et sur l'immigration, il travaille déjà à un rapprochement avec la droite nationale dès qu'elle sera redevenue fréquentable (après le départ de Jean-Marie LE PEN). Les récents propos de Raymond BARRE sur l'honorabilité de Bruno GOLLNISCH et de Maurice PAPON illustrent les liens qui subsistent entre la droite et la droite nationale.

 

 

Faut-il attendre que le scénario italien prenne de ce côté-ci des Alpes une certaine consistance pour faire travailler le centre gauche et le centre droit ensemble dans l'intérêt du pays ? Récemment sur France Inter, Daniel COHN BENDIT appelait à l'union des sociaux-démocrates du PS avec les centristes de l'UDF et les écologistes responsables.

 

 

Aujourd'hui les socialistes continuent de faire de l'union de la gauche leur unique horizon alors même que les sondages calamiteux de Mesdames BUFFET et VOYNET devraient les interroger sur l'intérêt électoral d'une telle alliance ! Cette incapacité de la gauche de la gauche à profiter de la baisse de Madame ROYAL dans les sondages est encore plus significative de l'impasse que représente cette alliance. Mis à part quelques nostalgiques, chacun a bien conscience que le monde a changé et qu'il n'est pas possible de l'analyser avec les outils du passé.

 

 

C'est cette conscience aiguë que le monde d'aujourd'hui appelle de nouvelles analyses et de nouveaux  projets politiques qui pousse les électeurs du centre gauche vers François BAYROU. Afin qu'ils ne soient pas déçus, c'est à nous qu'il appartient de donner du sens à ce vote de gauche en faveur de François BAYROU.

 

 

Alors bousculons les lignes et les préjugés :

 

 

 - Si François BAYROU passe le cap du premier tour de l'élection présidentielle, il sera très probablement opposé à Nicolas SARKOZY. Dans un tel cas de figure, il devra inéluctablement faire alliance avec la gauche pragmatique.

 

 

- Si François BAYROU passe le cap du premier tour de l'élection présidentielle, il semble avoir de meilleures chances de succès face à Nicolas SARKOZY que n'en aurait Ségolène ROYAL.

 

 

Voilà deux bonnes raisons de voter pour lui le 22 avril 2007.

 

 

Yann GRATESAC

 

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J.M. Bouquery 23/03/2007 14:51

Bug internet, ça bégaie puis çà bloque ! Vous échappez à ma version longue.. Brièvement, que, et non qui voter d'autre ? 1) Mr Sarkosy ne pourra pas maitriser, éclairer, guider la dynamique, si l'on peut dire, de ses soutiens et de la machine puis de l'Etat UMP, face aux urgences historiques, vitales d'un développement Européen Durable. 2) Mme Royal, c'est moins mal, plus réflexif et réactif, du fait même des divisions et faiblesses de ses soutiens sociaux et économiques et de l'obligation de composer avec la réalité. Seul Bayrou bénéficie, oui, de la faiblesse et de la plasticité de ses soutiens politiques, sociaux et économiques - ni parti ni syndicats ni Medef - pour apposer une nouvelle empreinte génétique du durable aux déterminismes rigides des autres. Quelles que soient les suites électorales, voter Bayrou c'est plus de vie, d'Europe, de liberté et de sociéte que de système, de nombrilisme, de libéralisme et de socialisme. C' est en avant et proprement  au milieu et non au centre et en arrière. C'est le lancer à la truite et non le poisson d'élevage. Osez le mouvement de la question de demain plutôt que le résultat du problème d'hier. Faites passer.  jmb

yann 23/03/2007 11:24

Pour sourire tout en restant libre, sérieux et responsable dans le choix du bulletin de vote, testez votre proximités avec les programmes des trois principaux candidats sur le site du Monde :
http://www.lemonde.fr/web/vi/0,47-0@2-823448,54-885760,0.html
Cela m'a conforté dans le choix de FB (13 points, devant NS 7 points et SR 6 points). Suis-je vraiment un centriste de gauche ?

J.Y. LE GALL 23/03/2007 08:57

Copie d'un texte adressé au "courrier des lecteurs " du Monde:
Bonjour,
Dans son article''Sarkozy-Bayrou, la bataille décisive''(Le Monde du 17 mars), votre chroniqueur politique écrit:
'' s'il (Bayrou) devançait Ségolène Royal et affrontait Nicolas Sarkozy, il ne pourrait l'emporter qu'en réunissant toute la gauche derrière lui'' et ajoutait '' C'est difficile à croire''.
C'est surtout le raisonnement qui est  difficile à comprendre.
En effet, pour gagner le second tour, il faut et il suffit d'avoir le même nombre de suffrages que son adversaire+1voix.
Ce qui nécessite, en l'occurence, pour Bayrou d'avoir au second tour:
Ses voix du 1°tour+l'écart de voix du premier tour avec Sarkozy+la différence des voix de Le pen et des chasseurs (se partageant entre lui et Sarkozy)+ l'écart de voix des abstentionnistes du premier tour+1voix.
Affirmer que la somme de ces écarts doit être égal à l'ensemble des voix de gauche du premier tour ne peut s'expliquer que par une seule hypothèse: l'effondrement du candidat du PS.
Comme dirait  le chroniqueur lui-même: On n'en n'est pas là!
Jean-Yves Le Gall

marc d HERE 21/03/2007 11:45

10 heures 40:
Jacques Chirac apporte officiellement son vote et son soutien à Nicolas Sarkozy.

casabonne 20/03/2007 19:01

Messieurs, vos principes fondateurs sont généreux et j\\\'aime beaucoup le 10e point de vos orientations. Je me présente aux élections législatives dans la 1ère circonscription de Paris et j\\\'aimerai de votre part une critique constructive du contenu de mon site de campagne législatives-france.com pour vérifier que nos démarches se complètent harmonieusement . Respectueusement. C.casabonne.