Faut-il voter pour Bayrou le 22 avril? (1)

Publié le par Yann Gratesac

"Aujourd’hui la France a besoin d’un centre. Nous vivons à chaque élection nationale une alternance de la gauche à la droite, puis de la droite à la gauche. Et à chaque fois, le balancier repart fortement dans un sens contraire, les lois précédemment votées et commençant à faire leur effet sont abrogées ou vidées de toute signification. Chaque camp, sachant qu’il a toute chance de rester peu de temps au pouvoir se hâte de démolir ce qu’a fait le prédécesseur, d’imposer les quelques mesures souvent symboliques propres à satisfaire sa clientèle, mais se garde de mettre en œuvre les réformes de fonds qui sont difficiles, provoquent l’inquiétude ou le mécontentement et ne feront effet que longtemps après leur départ du pouvoir.  Un centre capable de gouverner lui-même, en s’alliant si nécessaire et  selon les moments ou les sujets  avec  l’un  ou l’autre camp,  permettrait  d’éviter les violents mouvements de balanciers comme  les retours en arrière  et de réaliser les changements structurels nécessaires en inscrivant  l’action politique  dans le  plus long terme..."

  

 

 

Ces mots auraient pu être prononcés par François BAYROU au cours des derniers jours tant ils forment un écho presque parfait à sa propre rhétorique politique des derniers mois.

 

 

 

Ils sont en réalité extraits du texte fondateur d'Initiative Européenne et Sociale : "Oui au centre", cette tribune publiée le 12 janvier 2006 dans OUEST FRANCE et signée par Marc d'HERE et Gabriel COHN-BENDIT qui appelait au dépassement du clivage binaire droite-gauche et à la naissance d'un centre-gauche constitué en dehors du Parti socialiste en vue d'une alliance entre les forces politiques européennes, démocrates, sociales et libérales du centre gauche et du centre droit.

 Un  an après et au vu de l'évolution de la campagne présidentielle, il est nécessaire de s'interroger à nouveau sur le sens de cet appel à l'unité du centre et sur la meilleure façon de le traduire dans le scrutin du 22 avril 2007.

 

 

 

 

 

 L'appel au rassemblement des Français autour d'un centre uni a-t-il été entendu ?

 Il serait sans doute présomptueux d'en attribuer le seul mérite à Marc d'HERE et à IES mais la grande surprise de la campagne électorale qui se déroule actuellement est d'avoir placé les acteurs politiques situés au centre de notre échiquier politique au coeur de l'actualité sinon du débat.

 Il convient notamment de souligner que les derniers sondages publiés créditent François BAYROU de 21 à 24% des intentions de vote au premier tour de l'élection présidentielle et viennent couronner une progression constante du Président de l'UDF au cours des dernières semaines.

Selon plusieurs de ces enquêtes d'opinion ce sont environ 20% des sympathisants socialistes qui envisageraient de porter leurs suffrages sur le candidat centriste, et la proportion serait sensiblement identique chez les sympathisants écologistes.

 Un constat s'impose : une grande partie des électeurs du centre gauche qui votaient traditionnellement pour le PS ou pour les Verts sont prêts malgré le 21 avril 2002, malgré le vote utile qui imprimera les résultats du scrutin du 22 avril 2007, à reporter leurs suffrages sur François BAYROU, le candidat de l'UDF.

 

 

 

 

 

 

 

Cette tendance explique notamment pourquoi le total des intentions de vote pour les candidats de la gauche semble anormalement faible pour ne représenter qu'à peine 40% des sondés.

  Cette évolution mérite d'être soulignée car elle traduit chez les sympathisants socialistes et écologistes un profond malaise par rapport au déroulement de cette campagne électorale.

  Est-ce plutôt dû au choix des personnes ou au contenu des programmes ? Il est trop tôt pour se prononcer mais on peut légitimement penser que ces deux causes se cumulent pour détourner une bonne partie des électeurs du centre gauche vers le candidat de l'UDF.

 

 

 

 

 

 Le second constat qui s'impose à la lecture des enquêtes d'opinion réside dans l'évidente fragilité des intentions de vote en faveur de François BAYROU. Ce qui est remarquable c'est leur progression constante mais cette progression traduit-elle un vote d'adhésion qui s'imposerait progressivement et massivement ? Rien n'est moins sûr car c'est chez les potentiels électeurs de François BAYROU que le taux d'hésitation sur leur vote définitif est le plus fort.

  C'est donc bien semble-t-il plutôt un vote de dépit qu'un vote d'adhésion auquel risque de se livrer un grand nombre des électeurs de centre gauche.

  L'hypothèse selon laquelle des sympathisants du PS et des Verts voteraient pour François BAYROU dès le premier tour non pas par refus de voter pour un candidat de gauche mais en se plaçant déjà dans une perspective de second tour afin de faire barrage au candidat de l'UMP, confirmerait que ce vote BAYROU n'est pas un vote d'adhésion.

  

 

 

 

 

 

Selon le voeu d'IES, le rassemblement des électeurs autour d'un discours politique centriste appelant au dépassement du clivage gauche/droite est bel et bien en train de se réaliser autour de la candidature de François BAYROU.

  Alors faut-il s'en réjouir ?

  Malgré l'espoir que suscite cette belle aventure démocratique, de nombreux doutes subsistent quant à l'orientation voulue par François BAYROU et surtout quant à sa capacité à la mettre en oeuvre.

  Alors que sondage après sondage, les électeurs du centre gauche se pressent pour apporter leurs intentions de vote à François BAYROU, aucun leader politique du centre gauche n'a osé franchir le Rubicon pour lui apporter publiquement son soutien.

François BAYROU séduit la société civile mais la représentation politique ne s'y retrouve pas qu'elle soit de droite ou de gauche.

 Est-ce d'abord lié à un problème de positionnement aventureux du Président de l'UDF ou bien est-ce plutôt dû à une crise de la représentation politique actuelle.

 La progression aussi bien à gauche qu'à droite de François BAYROU est due à sa grande habileté politique mais elle est surtout le fruit de l'incapacité des deux principaux candidats du PS et de l'UMP à incarner la France.

  Ségolène ROYAL a pris une posture de mère protectrice et s'est muée en première assistante sociale de France, prodigue en promesses et en grandes envolées lyriques idéalistes, tandis que Nicolas SARKOZY peine à endosser d'autres habits que ceux du père autoritaire, premier flic de France, protecteur des riches et ami des média et du show bizz.

  Le PS est le parti du statu quo qui ne semble pouvoir lutter contre le chômage que par la création d'emploi publics ou semi-publics tandis que l'UMP entend "tatchérisé" la France par une politique économique libérale brutale qui déstabiliserait encore davantage les plus faibles.

 Face à cette situation de blocage, il est assez logique que l'alternative BAYROU offre une position de repli aux insatisfaits des deux camps.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Peut-on convertir ce vote de dépit en vote d'adhésion ? Toute l'ambiguïté du vote potentiel BAYROU c'est qu'il apparaissait jusqu'à présent comme un avertissement donné aux deux prétendants afin qu'ils recentrent leurs discours.

 

 

 

 Alors que les sondages rendent la victoire de François BAYROU tout à fait plausible, le vote en sa faveur peut prendre un autre sens et c'est là la grande innovation démocratique du scrutin du 22 avril 2007.

  Nous qui avons appelé au rassemblement des Français autour d'un centre uni, devons peser sur le résultat de ce scrutin et cela passe nécessairement par un éclaircissement de notre position par rapport à François BAYROU.

 

 

 Yann Gratesac 

........la suite demain.....

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lds 10/03/2007 10:52

Bayrou n'est plus le candidat de l'UDF, mais le candidat d'un certain nombre de français qui se reconnaissent à travers des valeurs partagées. Ces valeurs ne sont ni de gauche, ni de droite.
Il existe par ailleurs un rejet des partis traditionnels qui apparaissent comme des appareils cherchant la victoire pour placer ensuite leurs hommes, ils apparaissent comme cherchant le pouvoir mais pas ce qu'ils peuvent en faire.
Plus Mr Bayrou apparaîtra isolé des partis traditionnels, plus il apparaîtra isolé des personnalités politiques connues, et plus les français reconnaîtront qu'il est le candidat qui se situe à l'intérieur de leur aspirations au delà des élites et des partis.

marc d HERE 10/03/2007 00:18

Excellente analyse de Yann que je partage pour l'essentiel. Cette mise en pespective de la tribune "Oui au centre" a été l'occasion d'une reprise de contact avec Gaby Cohn-Bendit qui s'exprimera bientôt sur ce blog.
Une précision tout de même, par rapport à ce que nous écrivions en janvier 2006 et ce que dit Bayrou  aujourd'hi....La situation n'est pas tout à fait la même .....Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy n'entrent pas tout à fait dans le shéma de la vieille gauche et de la vieille droite.....L'un et l'autre sont en partie atypiques dans leurs camps respectifs, l'un et l'autre expriment une volonté de renouvellement.  Cela ne rend pas obsolète notre analyse de 2006, mais change quelque peu la donne...

Daumont Jean 09/03/2007 18:13

François Bayrou est manifestement un politicien honnête ayant le courage de ses opinions et voulant être avec sincérité un "rassembleur", ce qui peut lui valoir la faveur des Français fatigués des oppositions et des cohabitations antérieures... Mais l'essentiel est alors de savoir si le "rassemblement " est possible autour de quelques "idées maîtresses" (concept préférable à un ^programme"  qui, comme toujours sera inappliqué...) Or, en dehors de quelques "idées communes" (ex : l'Europe), combien d'autres sujets relèveront d'une "association des contraires" (ex:nucléaire, crédits militaires, euthanasie, adoption homoparentale, rapport enseignement public-enseignement privé cf l'histoire de la Loi Falloux avec... Bayrou, etc...); Il faudra alors ou bien revenir aux jeux de la 3° et de la 4° République (majorité alternative et manoeuvres suivant les sujets),... ou bien s'en tenir à un prudent immobilisme (ce qu'avait fait ...Bayrou, comme Ministre de l'Education Nationale, en "gouvernant avec les syndicats"...) . Rien n'est moins sûr que ce soit vraiment "l'intérêt de la France"...

Jacques Heurtault 09/03/2007 16:23

Ayant, en 2002, au premier tour, voté pour François Bayrou (et, bien évidemment, Chirac au second tour), J'ai défini, cette fois-ci, une autre méthode.1. Mettre en avant MES idées grace à mon blog, précieux outil dont je ne disposais évidemment pas en 2002.2. Ecarter de mes possibilités de vote tous les branquigols qui n'ont rien à faire dans une élection de ce genre.3. Ecarter également tous ceux qui ont soutenu le NON au referendum sur le projet de Traité Constitutionnel Européen4. Choisir ensuite, parmi ceux qui restent (c'est à dire Bayrou, Royal et Sarkozy), celui où celle qui sera le plus cohérent et le plus rassembleur ... (il est en effet trop facile de rassembler dans l'incohérence!).François Bayrou est parti pour me conduire à voter pour lui! Il peut être le fédérateur d'un nouveau dispositif politique dont il serait le pivot en étant élu à la Présidence de la RépubliqueJe verrais d'un excellent oeil une Assemblée Nationale composée pour un gros tiers d'élus UDF, pour un gros quart d'élus UMP et pour un autre gros quart d'élus socialistes ...le reste étant réparti entre l'extrême gauche et l'extrême droite ...

Lahaye 09/03/2007 15:29

Arrêtons les discours circulaire du genre : "Bayrou appelle à dépasser le clivage droite-gauche... Oui, mais il n'est soutenu en cela ni par la droite, ni par la gauche..."
Ce dépassement, nous en avons tous rêvé... Le problème est que tous les leaders centristes potentiels se défilent.
Est-ce que c'est un problème ? Ou est-ce plutôt la solution, pour topurner vraiment la page ?
Le dépassement du clivage D/G, c'est une histoire de tenaille. Tout dépend de quel côté Bayrou va se retrouver. Qui souhaite qu'il soit du côté du manche ?
JPL