Pourquoi les Français détestent-ils le libéralisme?

Publié le par Le gauchiste repenti

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medium_logo_agoravox.4.jpg Si l'on devait aller à l'essentiel et résumer ce qui distingue un libéral d'un antilibéral, à la fin des fins, je crois que le critère ultime serait celui-ci : le libéral croit en l'autonomie de l'homme, l'antilibéral en son hétéronomie.

Pour le libéral, l'individu est un être libre, responsable ; il a l'essentiel de son destin entre ses mains. Comme disait Sartre (le premier Sartre, celui des Chemins de la liberté), son existence précède son essence ; autrement dit, il n'est rien d'autre que ce qu'il fait de sa vie.

Au contraire, l'antilibéral pense que l'homme est déterminé, qu'il n'est pas libre mais subit un certain nombre de conditionnements ; qu'il ne se décide pas en fonction de son libre-arbitre, mais qu'il est « agi » par des forces extérieures (société ou culture) ou intérieures (inconscient). Nombreuses sont les philosophies fondées sur cette conception hétéronome de l'homme : le marxisme (l'homme est déterminé par sa classe sociale), le culturalisme (l'homme est déterminé par la culture à laquelle il appartient) ou une certaine psychanalyse bon marché (l'homme est déterminé par des forces inconscientes).

Avec une telle grille d'analyse (largement inspirée du sociologue Raymond Boudon), on peut expliquer tous les désaccords entre libéraux et antilibéraux. Prenons quelques exemples.

Face à l'échec scolaire, voici ce que pense le libéral : pour réussir, un enfant doit d'abord et avant tout travailler. S'il arrive qu'il ait des difficultés particulières, dues au fait qu'il appartient à un milieu défavorisé, et s'il veut surmonter ses difficultés, on doit l'aider à rattraper son retard (c'est une forme de discrimination positive : il faut aider davantage ceux qui en ont le plus besoin et veulent qu'on les aide). S'il ne veut pas travailler, on ne peut pas le faire à sa place.

Voici ce que pensera, au contraire, un antilibéral : si un enfant échoue à l'école, c'est d'abord et avant tout la faute de la société. Il est victime de discrimination et il faut donc faire en sorte que l'école adapte le niveau des exigences en fonction du plus petit dénominateur commun. C'est en alignant l'enseignement vers le bas qu'on parviendra à l'égalitarisme, qui doit être le but d'une société juste. La notion de mérite a ici totalement disparu, puisque l'individu n'est plus responsable de son destin.

Autre exemple. Face à la délinquance, voici ce que pense un libéral. Un acte délinquant est une violation du droit, il doit donc être sanctionné. Mais, comme tout le monde a droit à une seconde chance, on ne doit pas se contenter de punir mais aussi permettre à celui qui est puni de retrouver le droit chemin.

Voici à l'inverse ce que pensera l'antilibéral : un délinquant n'est pas responsable ; c'est d'abord une victime. S'il commet un délit, c'est de la faute de la société qui l'a conduit à une telle extrémité. Il ne faut donc pas le punir, mais le réinsérer. La seule politique viable est une politique de prévention et de réinsertion systématique. Celle-ci est un droit et elle doit donc être assurée chaque fois (et autant de fois) qu'un délit sera commis. Le GR peut témoigner avoir entendu une adolescente de seize ans lui expliquer que lorsqu'un élève est pris en train de tricher, on ne doit pas le sanctionner. On doit se demander pourquoi il trichait ! L'anecdote est véridique et elle est parfaitement conforme à la thèse de l'hétéronomie : un élève qui éprouve la nécessité de tricher est un élève « en échec scolaire ». Il est victime d'une école qui ne le comprend pas, et non pas responsable d'un acte inadmissible !

Autre exemple : la fiscalité. Pour l'antilibéral, le riche doit être dépouillé de sa richesse puisqu'il n'en est pas responsable. Soit il a eu de la chance, soit il l'a volée. Il est donc légitime que l'Etat se l'accapare et la redistribue à ceux qui n'ont pas eu la même chance (le pauvre n'est pas plus responsable de sa pauvreté que le riche ne l'est de sa richesse).

Le libéral, lui, considère qu'il certes est nécessaire dans une société de faire preuve de solidarité (par l'impôt mais aussi par d'autres moyens), mais qu'il est immoral (et idiot économiquement) de confisquer sans limite les richesses créées par un individu (par son travail, son intelligence, son audace, son goût du risque, son habileté etc.)

Dernier exemple : lorsqu'un salarié est licencié. Pour le libéral, il faut faire en sorte qu'il puisse retrouver un travail, c'est-à-dire lui proposer une formation pour que sa qualification soit adaptée à la demande des entreprises. En échange de cette formation, il doit s'engager à accepter le travail qu'on lui proposera.

Pour l'antilibéral, il est tout simplement victime d'une injustice de la part d'un employeur, soucieux avant tout de faire du profit. Il est donc de la responsabilité de la société d'interdire à l'employeur de le licencier ou, si cela est impossible, de l'indemniser pour le préjudice qu'il a subi.

On pourrait multiplier ainsi les exemples à l'infini. Un locataire qui ne paie pas son loyer est, pour l'antilibéral, une victime du marché de l'immobilier, entre les mains de propriétaires avides et immoraux. Un mineur qui est arrêté pour son 67e vol de portable est une victime de la société des adultes qui n'a pas su entendre ses problèmes. Etc.

On voit très bien que dans cette logique hétéronome, le règne du « droit à » s'impose. Puisque l'individu n'est pas libre, puisque ses actes ne sont que le résultat de déterminismes et de conditionnements multiples, c'est à la société d'assurer l'égalisation des destins, en garantissant à chacun des « droits à » identiques. Et il ne faut pas être grand clerc pour voir qu'il s'agit là d'un cercle vicieux : plus ces « droits à » seront nombreux, plus l'irresponsabilité sera entretenue, cultivée même.

Dans la société antilibérale, l'individu n'a plus aucun rôle à jouer dans son destin : il doit s'en remettre entièrement à l'Etat qui pourvoira à son sort.

Comme disait Tocqueville, l'Etat « travaille au bonheur des citoyens ; mais il veut en être l'unique agent et le seul arbitre ; il (...) prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie (...) ; que ne peut-il leur ôter complètement le trouble de penser et la peine de vivre ? » (De la démocratie en Amérique, Folio, Gallimard, vol 2, p. 434).

Le gauchiste repenti

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Publié dans Réflexion politique

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