Pour une gauche moderne: un socialisme libéral

Publié le par marc dHERE

Pour restaurer sa légitimité face aux mutations du monde contemporain, la gauche, ou sa  composante la plus moderniste,  doit incarner une ambition collective en s’affirmant  force de propositions et initiatrice  d’actions adaptées aux nouveaux enjeux. Elle doit pour cela se rénover profondément dans ses idées comme dans ses projets, sans craindre de remettre en cause certaines modalités d’action  qui avec le temps ont été  considérées comme des principes intangibles, alors qu’elles  n’étaient  en réalité que des moyens pour atteindre des buts, qui eux  demeurent constants.

Nos  valeurs convergent avec celles des premiers  socialistes, les buts ou les objectifs ont peu varié,  mais    les moyens politiques à utiliser pour les atteindre, par définition liés à un moment de l’histoire, à une situation et  un environnement donnés,  peuvent et doivent  changer pour rester efficaces. 

La  pensée traditionnelle  de gauche  considère  comme des idéaux ou des objectifs, et donc comme intouchables,  des concepts qui n’étaient que   des moyens définis dans les années quarante, comme la gestion étatique des services publics,  l’interventionnisme   de l’Etat, le statut de la fonction publique,  les mesures strictement égalitaires  ou le recours à  l’assistance.  Elle a,  pour cette raison, hésité à   les remettre en cause, ou l’a fait  avec un sentiment de culpabilité qui retarde  ou interdit les politiques nouvelles indispensables. Lorsque  Tony Blair écrivait   :    « nous avons confondu les fins et les moyens, tolérant qu’un ensemble d’outils économiques éclipsent les buts qu’ils étaient censés servir »[1], il touchait un point central de la critique qui peut être apportée à l’action de  la gauche et dessinait en creux l’objectif d’une nécessaire modernisation. Admettre le découplage entre les fins et les moyens, et en comprendre la nécessité  permet de se libérer du carcan de dogmes pesants, de se doter d’une liberté d’action sur les plans économiques et politiques, de se retrouver en phase avec l’évolution du monde et de la société.  Nous devons repartir des objectifs fondamentaux qui sont ceux de la gauche et trouver, pour les concrétiser,  les moyens de notre temps.

 

 

L’alliance entre le libéralisme et la justice sociale est souvent considérée  comme contre nature, et le libéralisme économique, notamment, parait  incompatible avec les objectifs de la gauche.  Nous voulons mettre  au contraire en évidence que cette  alliance  est possible, qu’elle est même sans doute nécessaire à la réalisation dans le monde d’aujourd’hui des finalités et des valeurs de la gauche. Depuis trente ans, l’anti-libéralisme est devenu, en France,  la pensée uniforme  à gauche comme à droite. Il s’agit pour nous de lutter contre cette « trouble évidence »  et de montrer à quel point cette intégration des idées libérales au socialisme peut le renouveler et lui apporter une efficacité nouvelle[2]. 

Tout au long de son histoire, d’ailleurs,  le socialisme s’est enrichi de nombre  d’idées venant du libéralisme, de la même manière que le libéralisme s’est d’une certaine manière   socialisé. Le libéralisme a reconnu les risques de l’injustice sociale engendrée par une liberté trop absolue, les dangers que la libre initiative sans contrôle ou la concurrence non régulée  pouvait faire courir à la cohésion sociale. Le socialisme moderne a su accepter le marché et la propriété, de la même manière qu’il est devenu plus soucieux de l’autonomie des individus et du rôle essentiel  qui peut être celui des pouvoirs intermédiaires. Socialisme et libéralisme peuvent cheminer de concert et s’épauler dans la recherche du progrès social. C’est  leur combinaison qui  donnera une modernité et une capacité créatrice nouvelle à ces deux concepts anciens.    

Socialistes et libéraux, nous ne pouvons continuer à  soutenir les principes d’un socialisme émollient qui confond justice sociale et assistance, qui ne comprend la régulation que globale et émanant de l’Etat,  qui veut limiter  le  recours à l’initiative et à la prise de responsabilité  parce qu’il  en craint les abus.  L’expérience nous permet d’affirmer au contraire  que c’est la liberté de la personne, l’engagement individuel et  collectif, qui ouvrent la voie au progrès et à  de nouvelles formes de justice sociale. L’initiative et la concurrence favorisent l’innovation et  sont, pour une société, des facteurs de dynamisme. La  compétitivité économique n’est pas l’antithèse de la cohésion sociale, elle peut même la favoriser.  L’abandon d’une  réglementation centralisée des rapports sociaux et économiques au profit du  contrat et de la négociation entre partenaires responsables, peut permettre de  reformer ce lien social qu’un Etat interventionniste tend à dissoudre. L’aide gagne en  efficacité, y compris pour ceux qui en bénéficient, si au lieu d’être   apportée de manière globale et automatique, elle est  ciblée et adaptée aux publics, aux individus qui en ont besoin et se présente comme un tremplin. 

Le refus des principes dépassés du socialisme, ne nous situe pas pour autant dans le camp des thuriféraires du capitalisme,  l’ensemble de nos propositions a même   pour objet de lutter contre  la dureté et l’injustice qu’il provoque.  Avec Lucien Jaume nous pensons qu’on ne peut assimiler le  libéralisme - et encore moins le socialisme  libéral - à un capitalisme débridé, comme les tenants du politiquement correct, de droite ou de gauche,  ont tendance à le faire ou à un ultra libéralisme synonyme d’absence de règles et de loi du plus fort.

Le libéralisme économique lui-même  qui repose sur l’échange, la concurrence égale, l’édiction de  normes permettant le fonctionnement libre et juste   du marché  a trop souvent été purement et simplement  assimilé au capitalisme, à sa  logique de puissance, d’accumulation ilimitée de richesses et  de destruction de l’échange, de concentrations tendant au monopole, à ses excès. Vouloir  bénéficier du dynamisme qu’il apporte, utiliser sa force motrice,  ne nous empêche pas d’agir pour limiter sa brutalité ainsi que  son emprise – et celle de l’argent – sur la société.  

Notre vision est celle d’un humanisme actif qui, faisant appel à la responsabilité de chacun, ouvre un large champ d’autonomie et d’épanouissement personnel,  d’initiatives sociales  et d’actions transformatrices. Elle exprime  une confiance en l’homme et en  ses facultés d’initiative, une confiance  dans la capacité d’une société libre à affronter le présent et à s’engager, de manière plus dynamique sur la voie du futur.

Marc d’Héré   



[1] Tony Blair: New Britain . My vision of a new country. 1996

 

 

 

 

[2] Ces idées sont exprimées dans deux ouvrages de Monique Canto-Sperber,  publiés en février 2003  «   Le socialisme libéral » édité aux éditions Esprit, diffusée par Le Seuil, et « Les règles de la liberté » édité chez Plon. 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Réflexion politique

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jani-rah 06/03/2007 12:46

Voici la réaction de la gauche moderne, en l'occurence Jean-Marie Bockel, à la montée de Bayrou dans les sondages. La rénovation peut passer par Ségolène Royal : http://rfrn.over-blog.com/article-5886412.html

JAULIN 24/02/2007 10:58

La gauche aurait pu profiter d'une formidable opportunité historique en 97-98, avec la "troisième voie" de Clinton et Blair, puis de Schroeder. Au lieu de cela, elle est, comme vous le dites, restée prisonnière de ses "principes" dépassés, mais aussi et surtout d'une alliance anachronique avec les communistes. Aujourd'hui, elle semble encore faire du pied aux Verts et à l'Extrème gauche, alors qu'elle pourrait chercher à se rapprocher du Centre...
Je partage vos analyses et appelle à une union du centre-droit , du centre et de la gauche moderne sociale-libérale.
Gérard JAULIN - http://gerardjaulin2007.blogspot.com