Lettre Perplexe (4)

Publié le par Gilbert Veyret

Mon cher Huzdak.

 

Je t’avais parlé, dans ma dernière lettre, de cette extrême gauche, comme d’un exutoire assez inoffensif  dans une société française assez conventionnelle et de la montée plus inquiétante d’une extrême droite qui se nourrit du terreau d’une certaine désespérance des classes populaires et moyennes.

 Il faut maintenant que j’évoque, même brièvement, le courant écologiste. Ses prévisions, jugées apocalyptiques, avaient d’abord effarouché, mais les citoyens pensaient encore que les remèdes  relevaient de l’action de l’Etat.

Ils sont désormais assez convaincus du mauvais état de notre planète et dubitatifs sur les remèdes proposés.

La préoccupation environnementale est devenue dominante dans ce pays  qui a trop longtemps cru en une nature généreuse et inépuisable, quels que fussent les mauvais traitements  que nous lui infligions. La connaissance récente d’un grave dérèglement climatique et de l’épuisement des ressources naturelles, notamment énergétiques, a agi comme un révélateur des dangers collectifs de l’humanité. 

Alors me diras-tu, les candidats qui se réclament de l’écologie devraient donc rallier la majorité des suffrages ?  Pas si vite ! L’une a été Ministre de l’environnement dans un gouvernement de gauche ; l’autre dans un gouvernement de droite. Elles ont donc dû, l’une et l’autre, gérer les conséquences de catastrophes naturelles et technologiques et prononcer des interdits contre tous les pollueurs potentiels, c'est-à-dire chacun de nous. Il n’y a là rien de très enthousiasmant pour des électeurs qui croient encore que c’est à  l’Etat de nous maintenir à l’écart de  tous ces méfaits.

 La première appartient à un petit  parti « Les Verts » qui a réussi  à se diviser et à s’affaiblir au fur et à mesure que ses thèmes  de prédilection se popularisaient. La presse, lassée des querelles internes aux courants de ce parti, ne rend plus compte de ses positions en matière d’écologie. Mais il est aussi probable, qu’empêtré dans ses querelles intestines, ce Parti vert n’ait plus le temps  de s’en occuper.

La seconde n’a ni parti ni soutiens. Elle fait campagne sur le thème de la sauvegarde de notre environnement, la réforme de nos institutions et la défense des valeurs de la République , notamment la laïcité. Elle ne s’adresse à aucune catégorie particulière et ne fait aucune promesse. Tu dois penser que cette hauteur de vue devrait être celle de tout candidat à la fonction de Président de tous les Français ? Certes !  Cette candidate devrait rencontrer un grand succès… d’estime.  Mais il ne sera probablement pas perceptible dans les urnes.

Pour avoir quelques chances de réaliser un bon score, sinon d’être élu, il est plutôt nécessaire de s’engager fermement sur le nombre de nouvelles crèches construites pendant les cinq prochaines années et le taux de remboursement des sirops pectoraux par la sécurité sociale.

Ces préoccupations écologiques croissantes ont amené un présentateur talentueux d’émissions de voyages à la télévision à se jeter dans l’arène. Il a demandé à tous les candidats de signer un pacte écologique, concocté par lui. A défaut, il se présenterait lui-même.  Sa popularité est telle que tous les candidats, du plus petit jusqu’au plus grand, ont signé ce pacte de peur de voir surgir ce concurrent redoutable.  C’était un spectacle plaisant de voir ces femmes et ses hommes qui aspirent  à exercer la plus haute fonction de l’Etat, venir « baiser la mule » de cet animateur de télévision pour pouvoir bénéficier d’une part de sa popularité. Il doit en rire encore !

 Il fut un temps où les journalistes, lassés d’interviewer des politiques, aspiraient à passer de l’autre côte du micro et  à les remplacer. Certains ont d’ailleurs franchi le pas. Désormais ce sont les politiques de premier plan qui rêvent de devenir des vedettes de la Télé  !

J’ai tenu, jusqu’ici, à t’épargner les noms, « à consonance étrangère » pour toi, de chacun des candidats, avant d’avoir l’assurance que l’un ou l’autre passerait à la postérité. 

On est toujours « un étranger » pour les autres peuples.  C’est d’ailleurs un des problèmes actuels des Français. Ils doivent constater que leur actualité  est de plus en plus faite par des noms à consonance étrangère. Et ils déplorent  d’être  trop souvent  étrangers au monde qui se construit.

 

Mais, même si cela ne constitue pas le cœur de l’actualité mondiale, je compte bien te reparler prochainement de cette campagne présidentielle française, riche en péripéties et pauvre en idées nouvelles

 

Gilbert Veyret

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