L'inquiétante rhétorique du conseiller du candidat N. Sarkozy

Publié le par Yves Lenoir

En qualité de conseiller politique du candidat Nicolas Sarkozy, François Fillon participait dimanche 4 février 2007 à l’une des émissions-débats politiques hebdomadaires de référence diffusées par les grandes chaînes de radio francophone. Le gratin du journalisme politique était censé le mettre sur la sellette, ce dont il a sans doute cru ne pas se priver.

 

            En effet, la question des enquêtes politico-policières menées par les Renseignements Généraux  a quasi d’emblée été jetée sur le tapis, donnant à Monsieur Fillon l’occasion de préciser les raisons pour lesquelles le conseiller à l’écologie de Madame Royal, Bruno Rebelle, avait fait l’objet d’attentions toute particulières.

            A des remarques sur le caractère peut-être un peu exagéré et déplacé du travail d’actualisation spécifique de la fiche de Bruno Rebelle, fondateur de Vétérinaire sans Frontières et ex-directeur de Greenpeace-France, l’ex-ministre, un peu poussé dans ses retranchements,  fit valoir la normalité de la procédure concernant le responsable d’une association ayant dans le passé engagé des « opérations de nature militaire » (sic) contre les intérêts français et étant bien connue pour s’opposer à la politique nucléaire du pays, tant militaire que civile.

 

            Ainsi, dans l’esprit de l’équipe de campagne du candidat Sarkozy, car il est évident que les propos de Fillon reflètent les échanges ayant présidé à la mise en forme de l’argumentaire, le meilleur moyen de dédouaner la stupidité de la décision de chercher des poux dans la tête de Bruno Rebelle afin de nuire à Madame Royale, était d’inverser la représentation du passé, à savoir des actions militaires par des bâtiments armés de la Marine (la « Royale ») et le Groupe Action de la DGSE contre les navires de Greenpeace lorsqu’ils sont à plusieurs reprises venus dénoncer les tirs nucléaires effectués par le CEP dans et sous les atolls de Moruroa et Fangataufa. On se souvient qu’il en est résulté des blessés et un mort parmi les membres de l’association. Chacun sait par ailleurs que la démarche de Greenpeace est fondée sur l’action de protestation non-violente et que naturellement jamais aucune arme n’a eu sa place à bord de l’un quelconque des bateaux de la flotille de l’association.

 

            On doit ici rendre hommage à Monsieur Fillon d’avoir le plus cyniquement du monde révélé le fond de la pensée d’une certaine clique qui nous gouverne. La méthode consistant à accuser un opposant des mauvaises intentions et des mauvais procédés qu’on emploie, ou emploierait volontiers, à son encontre est signée par l’Histoire : c’est la favorite des régimes autoritaires et totalitaires. Lénine, Staline, Hitler et Mao y ont eu recours de façon routinière pour se maintenir au pouvoir et habiller de vertu terrorisante les objectifs de leurs politiques. Leurs opinions publiques les ont majoritairement suivi, bien que de force. Car quand la libre contestation n’a pas d’espace pour s’exprimer, la parole du tyran tient lieu d’information pour le peuple.

 

            En ce point du débat, dans un pays qui se prétend le phare de la démocratie et vu la présence autour de la table des commentateurs politiques parmi les mieux avisés et les plus expérimentés, on ne pouvait que s’attendre à un sévère rappel à l’ordre de l’imprudent apologue et pratiquant d’aussi sordides arguments. C’est en tous cas ce dont votre serviteur se réjouissait par avance tant, après une telle « sortie », la passe d’armes promettait d’être chaude…

 

Eh bien non, rien, plof, pschit… : le débat glissa sans transition vers d’autres sujets !

 

Certains concéderont ce sérieux dérapage à un manque de présence d’esprit des présents ou au « charisme » de l’intervenant dont le magnétisme avait peut-être ce soir-là quelque chose de subjuguant. Quel manque de professionnalisme,  alors ! Et curieusement partagé par l’ensemble des participants réunis autour du micro…

 

Je penche plutôt pour un consensus tacite, mitonné  depuis des années dans le tréfonds de l’inconscient de ce qu’on appelle les élites nationales. S’opposer de façon spectaculaire à certains aspects de la politique du pays ne devrait pas être toléré et il est légitime d’en diaboliser les auteurs, voire de recourir à la force armée et aux services secrets pour les neutraliser. Dans ces domaines où les décisions échappent chez nous au contrôle démocratique, la liberté d’expression, si chère à tout ce beau monde, n’a pas sa place et cette idée est si profondément ancrée dans leurs esprits distingués qu’ils n’ont pas songé une seconde à contredire le premier ministrable du candidat Sarkozy, quand bien même ils auraient en leur for intérieur été vaguement choqués par sa sinistre rhétorique, ce qui reste à démontrer.

 

                                                                      

                                                                                              Yves Lenoir, Paris

Publié dans Démocratie

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Candide 13/02/2007 16:18

Quand l'hoptal se moque de la charité...Il n'y a rien à ajouter !

Piotr 13/02/2007 15:54

La polémique n'est pas si mesquine qu'il n'y parait. Nous sommes loin d'un régime totalitaire... Il n'empêche que la défense de la liberté et des libertés fait bien parti du combat politique des socio-libéraux. Le fait que le porte parole de Sarkozy, et quel porte parole ! n'ait même pas un mot d'excuse ou de regret ... peut laisser augurer de ce que pourrait être un régime policier sarkozyste : la même chose qu'un régime policier mitterrrandiste ! C'est à dire que c'est pas brillant, brillant ... et qu'on reste toujours dans une logique franco-française avec une police qui se controle et se justifie elle-même. Non, je pense aussi, avec Bayrou qu'à partir du moment où il était candidat, le ministre de l'intérieur devait démissionner, c'était là la moindre des choses...
Pointer ces carences, n'est pas dramatiser.  La gestion mitterrandienne n'était pas une dictature... La mort de quelque militant de greenpeace est une malheureuse bavure... Mais la police reste un problème politique majeur, et le sera toujours tant qu'il  y aura de la politique. Il est, il sera, toujours utile de fixer ses limites et son équilibre avec les libertés individuelles..
 

marc d HERE 13/02/2007 13:39

Je ne suis pas d'accord avec cet article (même si je l'ai publié....).

Assimiler indirectement la France à des régimes totalitaires est tout à fait inadmissible et loin des réalités.....

Cette polémique (s'ajoutant à d'autres ) contre le candidat Sarkozy est assez mesquine.    On peut lutter contre Nicolas Sarkozy, ne pas partager ses idées, ses objectifs ou ses propositions, mais lancer des polémiques comme celle-la, l'affaire du scooter ou d'autres, n'est pas la meilleure façon de faire de la politique....D'ailleurs toutes se sont dégonflées et n'ont sans doute pas profité à Royal.....

Tout cela n'enlève rien à mon amitié pour Yves Lenoir

BODIN Claude 13/02/2007 13:36

Bien que nous soyons respectivement dans deux partis différents et opposés ( UMP et PS ),je connais François Fillon comme un homme loyal et courageux,en particulier quand il faut se coltiner une réforme impopulaire,celle des retraites que la Gauche a évité,une nouvelle fois de mettre en chantier.Sur cette histoire de RG,je ne comprend pas cette réaction épidermique à un travail ordinaire des RG qui,certes déchargés du suivi des activités politiques des partis,doivent quand même tenir à jour des fiches relatives à des personnes  dont les activités associatives et publiques au plan national et international sont notoires : c\\\'était le cas pour Bruno Rebelle.Pas de quoi fouetter un chat ! Ou alors  quelle est la mission des Renseignements généraux que nous,socialistes au pouvoir pendant  15 ans,avons utilisé au moins de cette manière.Claude BODIN ( sous préfet honoraire ).