La culture, l'Etat et les Français

Publié le par Jean-Louis Caccomo

Selon un récent sondage de campagne, 56 % des français estiment que les activités culturelles et artistiques devraient être prises en charge par l’Etat.

Les français sont-ils devenus des bœufs qu’il faille toujours se référer à l’Etat. On ne voit plus que les classifications usuelles et commodes nous cachent une unité profonde. Tout se tient dans la société humaine : quand je mange, je subviens à un besoin physiologique et j’exprime dans le même temps des goûts personnels et une appartenance culturelle qui me dépasse. Autrement dit, manger est tout à la fois une activité économique et culturelle. Pareillement pour le sport, la santé et l’art. Qu’on le veuille ou non, il y a une économie du sport, une économie de la santé et une économie de l’art. Et elles sont essentielles.

Mais voilà, les esprits en France sont profondément collectivisés, résultat d’un endoctrinement et d’une socialisation de l’économie très poussée. Il est quasiment impossible d’échapper au conditionnement opéré par le système éducatif et médiatique qui conduit à faire de l’Etat l’acteur incontournable de l’organisation de notre société. L’Etat a un rôle déterminant à assumer, mais il n’a pas tous les rôles. La vie économique et sociale relève notamment de l'implication d'individus libres et responsables ; c'est à cette condition qu'ils deviennent réellement des citoyens.

On a donc pris l’habitude de considérer, sans aucune discussion critique, que tout est ainsi devenu une affaire publique qui relève du choix politique : la santé, la culture, le logement, le sport, l’économie. Cela traduit une confiance proprement aveugle et suicidaire en l'Etat quand sait l'inertie qui caractérise justement le processus de choix collectif. D'ailleurs, même l’usage de notre revenu échappe à notre libre-arbitre puisque la plus grande part de notre revenu est soit prélevée à la source (charges sociales), soit prélevée de manière indirecte (TVA) et direct (impôts divers). Or, la disposition de ce revenu, devenu argent public, relève de l’arbitrage politique tandis que la décision privée s’exercera sur le revenu disponible (après prélèvements) dont la part rétrécit irrémédiablement. Mais c’est que l’espace privé dans lequel sont susceptibles de s’exprimer nos choix personnels se rétrécit tout aussi irrémédiablement. La chute du pouvoir d’achat, c’est aussi cela : c’est le rétrécissement de notre espace privé dans lequel je peux exprimer ma liberté de choix. En effet, je suis libre d’utiliser aux usages que je décide l’argent que j’ai gagné honnêtement. Par contre, je ne suis pas libre de disposer à ma guise de l’argent des autres (l’argent public). Ce qui est normal et légitime.

Autrement dit, les choix collectifs s’imposent à nous. Autant donc limiter leur emprise.

 Même dans la culture, les arts ou la santé – et surtout dans ces domaines -, la dimension du choix personnel (et donc de la responsabilité individuelle) devrait être déterminante. La culture française dont nous héritons a-t-elle tojours été produite par l’Etat ou n’est-elle pas plutôt l’histoire d’hommes et de femmes libres ? Le jazz a-t-il été produit par l’Etat américain ou n’est-il pas le produit d’hommes et de femmes à la recherche de leur liberté ?

L’Etat doit-il produire une culturelle officielle sur fonds publics au risque de formater nos esprits, nos goûts et nos valeurs ? C’est confondre culture et propagande. L’Etat doit-il s’approprier notre santé au risque de dicter nos comportements dans tous les domaines de notre vie susceptibles d’affecter notre santé.  Mais alors, il lui faudra réglementer toute notre vie car toutes nos décisions affectent plus ou moins directement notre santé. Car si la santé est affaire publique, alors notre santé ne nous appartient plus ! Pourtant, la santé comme la culture dépendent aussi de nos décisions, de notre responsabilité individuelle.

Et si l’Etat a la prétention de s’occuper non seulement d’économie, mais aussi de culture et d’art, comment peut-il avoir seulement les moyens d’assumer les missions régaliennes qui le définissent et le justifient (défense, sécurité, justice) ?

 Il faudra un jour répondre à cette question et en tirer toutes les conséquence : pourquoi l’initiative privée est-elle devenue à ce point suspecte dans notre société ?

 Jean-Louis Caccomo,

Perpignan, le 1er février 2007

http://caccomo.blogspot.com/

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marc d Here 21/01/2008 11:02

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