Des débats qui n'informent pas

Publié le par Daniel Martin

En période électorale, plus de 70 % des Français s'informent sur la situation du pays et les propositions des candidats surtout en regardant la télévision et en écoutant la radio. Les émissions les plus importantes sont les débats animés par un journaliste et opposant deux ou plusieurs candidats.

 

 

 

C'est ainsi que je prends soin d'écouter autant les politiciens qui ont la même opinion que moi que ceux qui ont une opinion différente. Car à n'écouter que ceux qui pensent comme moi, comment apprendrais-je quelque chose ? Et comment pourrais-je mieux comprendre l'opinion de chaque candidat et apprécier son aptitude aux fonctions pour lesquelles il sollicite mon suffrage ?

 

 

 

Il est donc très important que les émissions de débats soient bien organisées, pour que les citoyens soient bien informés et qu'ils votent en toute connaissance de cause. Or je constate, hélas, que les journalistes français ont des habitudes déplorables en matière d'organisation de ces débats, habitudes qui ont pour conséquence qu'une majorité de gens votent sans connaître la situation du pays, les propositions des candidats et leur profil. En voici un exemple.

 

Un débat pour rien

 

Le premier grand débat de la campagne présidentielle 2007 a eu lieu le jeudi 25 janvier 2007 sur France 2, à 20h50. Il fut animé par Mme Arlette Chabot, les deux débatteurs étant MM. Fillon pour Nicolas Sarkozy et Hollande pour Ségolène Royal. Faisant le point sur ce que j'avais retenu à la fin de cette émission de 2 heures, j'ai dû me rendre à l'évidence : à peu près rien, à part l'hostilité et le mépris de chacun des deux débatteurs pour l'autre. Voici ce qui n'allait pas :

 

§           Les deux débatteurs parlaient très souvent en même temps, ce qui empêchait qu'on les comprenne. M. Hollande essayait même systématiquement de couvrir la voix de M. Fillon, pour qu'on ne l'entende pas.

 

§           A cette cacophonie, Mme Arlette Chabot ajoutait sa voix, en général sans réussir à se faire écouter, mais en rendant la parole des débatteurs encore moins compréhensible.

 

§           De ce fait, aucun des débatteurs ne pouvait développer une argumentation sans être interrompu, et les téléspectateurs ne pouvaient en tirer une idée claire sur les propositions politiques défendues de part et d'autre.

 

§           Mme Arlette Chabot n'a jamais été capable de faire la synthèse des propositions présentées par les deux politiciens, comme elle aurait dû le faire pour le compte des téléspectateurs.

 

Au contraire, quand elle estimait qu'on avait consacré assez de temps à un sujet, elle lançait un nouveau sujet : un nouveau débat commençait alors sans conclusion claire du débat précédent. Mme Chabot donnait donc la priorité au nombre de sujets abordés sur la qualité de leur couverture.

 

§           Les deux débatteurs ont fait preuve d'impolitesse, chacun interrompant l'autre, le contredisant ou protestant par exclamations dès qu'il ouvrait la bouche ; à ce triste jeu, M. Hollande s'est distingué plus que M. Fillon, plus réservé.

 

En tant que citoyen et payeur de la redevance télévision, j'estime qu'on m'a aussi manqué de politesse en me faisant perdre mon temps, et qu'on m'a privé des informations politiques que j'étais en droit d'attendre de l'émission.

 

 

 

L'organisation du débat transformait celui-ci en pugilat verbal et donnait une piètre image des politiciens qui débattaient : celle de gens agressifs, toujours prêts à dénigrer un adversaire politique et à accabler son camp de reproches. Seuls pouvaient être satisfaits des téléspectateurs qui en attendaient une sorte de match, s'achevant par la défaite du candidat qui leur déplaisait. Mais une telle attitude est un outrage à la démocratie, qui ne peut fonctionner sans respect de chaque citoyen et chaque politicien pour tous les autres.

 

 

 

Et où est la fraternité inscrite au fronton de nos bâtiments publics, celle qui doit nous faire apprécier d'avoir une histoire commune et une culture commune, au moins pour vivre ensemble au quotidien ?

 

 

 

Comme la plupart des débats politiques à la radio et la télévision ressemblent au précédent, il faut en changer les règles. Ils influent trop sur le résultat des votes pour demeurer aussi médiocres, en informant si peu les auditeurs et en leur donnant le triste exemple de Français malpolis et qui se dressent les uns contre les autres.

 

Mes propositions

 

§           Chaque débatteur doit parler dans un micro ouvert ou fermé par l'animateur, pour qu'il ne puisse en interrompre un autre.

 

§           Après avoir lancé un sujet de débat et tiré au sort l'ordre de prise de parole, l'animateur doit donner la parole à chaque débatteur aussi longtemps qu'il veut, sans jamais l'interrompre. Si ce débatteur épuise son temps total de parole avant le dernier sujet de l'émission tant pis pour lui.

 

§           Sur un sujet donné, chaque débatteur doit parler une fois, le temps qu'il veut pour être compris.

 

Puis l'animateur doit présenter la synthèse des propos des débatteurs, en mettant en lumière leurs différences pour que les auditeurs perçoivent clairement aussi bien les diverses propositions que ce qui les différencie.

 

§           Cela demande un animateur capable de suivre un débat politique et de le résumer, une personne comme MM. Yves Calvi ou J-M Cavada, pas comme Olivier Mazerolle (parti de France Télévision, heureusement !) ou Arlette Chabot.

 

§           Après cette synthèse, chacun des débatteurs doit avoir le droit de parler pour répondre à l'autre ou à l'animateur, mais une seule fois, puis on change de sujet.

 

§           Il faut renoncer à faire parler, en deux heures, plus de deux ou trois débatteurs. C'est indispensable pour que chacun aie le temps d'exposer des propositions qui demandent une explication et parfois une justification, comme c'est toujours le cas pour les sujets un peu complexes comme l'économie ou la politique étrangère.

 

Il faut aussi renoncer à faire intervenir plus de deux ou trois citoyens poseurs de questions. Sur ce point, le nombre de personnes est l'ennemi de la qualité de leur débat. Et un débat politique n'est pas un spectacle destiné à divertir.

 

§           Parce que ces débats constituent une source d'informations importante pour les citoyens, il faut qu'ils puissent retrouver le lendemain et par la suite ce qui a été dit ou promis.

 

Il ne suffit pas, alors, de mettre à disposition l'enregistrement sur Internet, il faut aussi prendre le temps de le transcrire sous forme textuelle, car un texte se lit plus vite que des paroles qu'on écoute. Cette retranscription demande des ressources humaines, mais nous sommes des dizaines de millions à payer une redevance pour ce service public d'information, non ?

 

Il y a un autre avantage à la possibilité de revenir posément sur les propos d'un débat, celui de faciliter l'identification de raisonnements faux, d'accusations sans preuve, de procès d'intention, d'amalgames, etc. Bien sûr, seul un petit nombre d'électeurs particulièrement sérieux fera cet effort d'analyse a posteriori, mais si des journalistes de la presse écrite le font aussi et informent tous leurs lecteurs des propos contestables des débatteurs, ceux-ci seront bien obligés de respecter leurs auditoires. Et puis les paroles s'envolent, mais les écrits restent.

 

 

 

J'ai envoyé l'essentiel de ce texte au service "Courrier des auditeurs" de France 2. S'ils répondent de manière intéressante, j'en ferai part à mes lecteurs internautes.

 

 

 

 

 

Daniel MARTIN

 

http://www.mediasetdemocratie.net

 

 

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Charles' 02/02/2007 10:34

Je ne suis pas complètement d'accord:
Il y a le fond, qui ne doit pas disparaître et donc suppose d'être bien géré, vous avez raison. Qu'on tire d'un débat quelques idées intéressantes, c'est la moindre des choses.
Il y a la forme, le comportement de ceux qui débattent, qui est un message en soi, d'une autre nature et qui, d'une certaine façon, en dit davantage sur les valeurs du locuteur que ses propres mots, souvent de circonstance.
Finalement, que retenons-nous des grands débats du passé? Les coups de gueule virils de Marchais, Fabius mouché par Chirac, le congé de Clavel... Ces comportements étaient un message politique comme un autre, avec une valeur à ne pas négliger.
Donc encadrons, mais ne tuons pas cette dimension qui a manqué au débat des primaires socialistes, même si chacun pouvait en ressentir la violence containte dans les regards et les souffles...
 

Jacques Heurtault 01/02/2007 22:55

Je suis tout simplement en accord parfait (ou presque!) avec votre article, vos anayses et vos propositions ... audacieuses, comme je veux que les miennes le soient. Bravo!

Fred Coste 01/02/2007 20:05

à Daniel Martin:
Monsieur, je trouve la démarche de votre site intéressante, de mettre à disposition un nombre élevé de synthèses sur différentes thématiques