Les valeurs du social libéralisme (2)

Publié le par marc dHERE

L’exigence de liberté (II)

 

 

Cette exigence de liberté et d’autonomie effraie souvent dans la mesure où elle s’accompagne d’une plus grande insécurité personnelle. Il existe, fortement répandu dans nos sociétés dures pour les faibles, un besoin de sécurité que l’exaltation de la liberté peut sembler contredire. Tout en sachant que le risque est inhérent à notre société, à  nous de comprendre de quoi est fait  ce besoin de sécurité  et de voir dans quelle mesure il est possible d’y répondre, sans abandonner pour autant le recours à la liberté. 

 

Reconnaissons d’abord  que sans un minimum de moyens, matériels,  financiers, culturels, il est illusoire de parler de liberté. Quel sens a la liberté de celui  qui  vit dans la misère et la souffrance? Quelle peut être la liberté de celui qui n’a aucun avenir, subit tous les risques ? La liberté exige un minimum de justice sociale, de sécurité « sociale » et ne peut exister sans elles. Au-delà de ce minimum incontournable,   le besoin de  sécurité ne doit pas se traduire  par  la recherche  d’un  refuge protecteur, par  un refus de l’action,  même s’ il est vrai que dans notre « vieux pays », c’est ainsi, parfois,  qu’on le comprend. Parce que toute action  présente un risque, toute initiative un danger d’échec on aura tendance à sacrifier liberté et initiatives au profit d’une prudence confinant à  l’immobilisme et au repli sur soi. Alors on regardera avec méfiance les entrepreneurs,  on favorisera les emplois publics, on interdira les O.G.M., on refusera les réformes, et sur le plan international on choisira la non intervention et le statu quo. Pour nous la sécurité ne vient pas limiter la liberté mais en est une condition, elle  est moins un bouclier ou un abri   qu’un filet de sécurité qui rattrape en cas de chute,  qui garantit  en cas d’échec et qui pousse à l’action puisque les conséquences néfastes éventuellement engendrées par la liberté  seront minimisées et pourront être corrigées.

 

Auxiliaire de la liberté la sécurité permet l’exercice complet de la responsabilité, elle en est une des conditions. La gauche sociale  libérale  veut faire en sorte de concilier ces deux exigences  de l’évolution contemporaine, correspondant à deux  attentes de la société d’aujourd’hui, mêlant désir et besoin : le désir de liberté et  le besoin de repères et de guides, le  désir d’autonomie et le besoin de sécurité dans un monde de plus en plus changeant.  Exigence  d’une sécurité minimum pour pouvoir affronter les risques, pour encourager à l’initiative et à l’action,   nécessité de règles sans lesquelles c’est la loi de la jungle c’est à dire le contraire de la liberté partagée. Cette conception de la sécurité, qui  encourage l’initiative au lieu de la freiner, se traduira concrètement dans les politiques économiques et sociales que nous serons amenés à proposer.

 

L’individualisation des aspirations et des comportements a aussi son versant négatif et peut se traduire par un désintérêt pour le collectif, le sentiment de l’inutilité de l’action collective. Cette tendance ou ce risque   ne doivent pas nous faire  redouter ou chercher à contrarier la mutation sociale en cours qui répond à notre objectif originel et fondamental d’émancipation. L’individualisation  n’est pas forcément  l’individualisme égoïste, elle peut au contraire, dans des conditions qu’il nous appartient de susciter, pousser  à intervenir dans la vie sociale, à créer ou entreprendre, elle  n’interdit pas le lien social, mais elle  permet à l’individu d’être à la fois libre et relié aux autres,  de choisir ses liens au lieu d’être prisonnier de ceux  que lui imposent la tradition ou sa communauté. L’individualisation  de la société a été à l’origine d’acquis émancipateurs,  c’est cette exigence d’épanouissement individuel qui a permis l’émergence et les succès des mouvements d’affirmation des droits des femmes ou des homosexuels, qui a conduit à une plus grande égalité dans les relations à l’intérieur des familles. Plus largement,  nous  avons la certitude qu’un grand  projet collectif  ne peut  se bâtir sans la   liberté d’agir donnée à chacun   et sans l’autonomie des acteurs, sans leur capacité d’initiative source de dynamisme, leur concurrence source d’efficacité et leur libre collaboration  source de solidarité et de transformation sociale. Nous pensons qu’il est capital d’asseoir le progrès social et la justice sur l’épanouissement de chacun, nous pensons même que seule cette libération permettra le progrès et lui donnera du sens.

 

Il y a, au moins,  deux conceptions de la liberté : une conception minimale de défense     des libertés fondamentales et  traditionnelles, qui  consiste à protéger et à garantir  la liberté de droits, la liberté politique, la liberté de conscience,  la liberté d’expression, car sans ces libertés  il n’y a  ni liberté, ni justice  ni démocratie possibles. Aucune politique ne sera justifiée si elle n’a pas pour objectif la défense de ces libertés. Il y a aussi une autre  conception positive et dynamique  de la liberté assimilée à une  capacité à agir. Liberté qui se  construit et prend sa véritable signification au moment et dans la mesure  où on l’exerce.  Permettre à chacun d’être libre, c’est pour nous,  lui permettre d’agir, et  d’abord sur  sa propre histoire. C’est lui permettre  d’exprimer son potentiel, de bâtir des projets,  d’entreprendre, d’influer  sur son destin et sur son environnement.  C’est aussi la possibilité d’agir dans et sur une  société   qui lui en donne la faculté et  les moyens concrets.  Est-on  complètement  libre  quand on est seulement spectateur ou consommateur, la vraie liberté n’exige-t-elle pas d’être acteur ou de pouvoir l’être ? Notre conception de la  liberté ne se résume pas à une liberté de droit,  une liberté formelle,   mais c’est celle d’une liberté concrète. Ce  n’est pas celle du « laisser faire » c’est celle du « pouvoir faire ». C’est la liberté réelle  donnée à chacun  d’exercer sa responsabilité.

marc d'Héré

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Réflexion politique

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Oladuc 27/01/2007 12:09

Je vous félicite pour la première partie des "valeurs du social libéralisme", un texte bien enlevé auquel j'adhère.
Libéral de gauche, je suis sympathisant de votre mouvement mais la "proximité" de cap 21 et du lobby obscurantiste "écologique" m'empêchent de vous rejoindre.

A la fin de l'article vous critiquez le "laisser faire"... qui n'a jamais existé dans la pensée libérale. Habituelle confusion entre un soi-disant "laisser faire" et le "Laissez faire" (Avec un z - Laissez faire, laissez passer) des libéraux.
Dans notre pays le droit est devenu l'ennemi de la liberté et même de l'égalité. 14000 lois, décrets et règlements sont publiés chaque année au journal offciel ce qui représente 17 000 pages. Le système est tellement complexe, avec des lois qui se contredisent, qui ne sont jamais abrogées, qui sont sorties à la va-vite pour résoudre un problème ponctuel, que seuls les mieux conseillés donc les plus riches en tirent parti.
L'état prétend border tous nos actes, encadrer toutes nos responsabilités. Son échec est cuisant mais il a trouvé un bouc émissaire : la "mondialisation néolibérale" qui lui permet de - toujours - augmenter ses aides clientélistes et ses dépenses.

Le libéralisme porte en lui-même des valeurs sociales. Les libéraux étaient de gauche avant le virage marxiste. Il est temps que renaisse une vraie gauche libérale.

Daniel DURET 24/01/2007 20:04

Je ne vois pas en quoi s'opposer aux OGM serait vu ou subi comme un repli sur soi!
Quand une sclérose au parfum de scientifisme mâtiné d'opportunisme mercantile vient s'imposer comme un déni à une avancée primordiale pour les nourritures de demain qui devront enfin être autre chose que cancers latents et inévitables, je parle des progrès incessants fait par les tenants d'une agriculture biologique intelligente et prometteuse en rendements susceptibles de convenir aux exploitations modernes, il me semble qu'il serait plus intelligent de mettre en avant ce combat résolument moderne plutôt que réduire cela à un débat entre anciens et modernes...