Les valeurs du social libéralisme

Publié le par marc dHERE

IES se définit souvent  comme un mouvement social libéral…..Il m’a semblé intéressant de me livrer à une réflexion sur les valeurs qui pouvaient sous-tendre ce que nous appelons  le « social libéralisme »……..Plusieurs articles se succèderont,et seront soumis à débat,  entrecoupés d’articles consacrés à l’actualité…. 

 

 

L’exigence de liberté (1)

 

L’essence du combat socialiste c’est celui entrepris  dès le début du 19ème siècle contre les injustices sociales qui se traduisaient par des inégalités insupportables et une  misère ouvrière qui soulevait l’indignation. Ces injustices n’ont pas disparues et si elles se sont transformées, elles n’en rendent ni moins légitime  ni moins nécessaire   la poursuite de ce combat  pour  l’émancipation des  individus. Car c’était bien la  libération de l’individu qui fondait et justifiait les combats du socialisme des premiers temps, c’était bien la liberté de chacun qui en constituait l’horizon et l’objectif.  Aujourd’hui encore c’est la liberté, première des exigences de notre devise républicaine, condition de la dignité de l’individu et de  son épanouissement  qui demeure  notre objectif prioritaire.

 

Mettre ainsi l’individu ou la personne humaine  au centre de notre réflexion et de notre combat pour la justice   ne signifie pourtant pas, comme certains pourraient le craindre ou nous en accuser,  l’exaltation sans nuance et sans limite  d’un individualisme égoïste.  Notre  vision nous éloigne  de l’idée d’un individu abstrait, existant a priori, et diffère  profondément   de la conception  selon laquelle la société serait constituée  d’une juxtaposition d’individus isolés, uniquement soucieux de leur propre intérêt et  de leur propre devenir. Nous savons bien que nous sommes liés aux autres, et que,    pour l’essentiel,   nous existons   par les autres.  Pour nous, l’individu est « enchâssé »  dans  la société et ces deux entités  sont à parts égales constitutives l’une de l’autre. Comme le dit Edgar Morin,  « nous sommes dans la société mais la société est en nous à travers son langage, ses normes, ses idéologies[1]. » Si la somme des  individus constitue une société, c’est la société qui permet à l’individu de se former, de se construire, de vivre ses expériences, de développer ses capacités et de trouver à les employer. C’est la reconnaissance de  cette complémentarité  de relations mutuelles qui nous fait  concevoir la   société comme  une communauté de personnes considérées dans leurs multiples dimensions. Une communauté  basée sur l’échange social  et  les relations humaines et non un rassemblement utilitariste où la production et la consommation seraient les horizons exclusifs d’individus isolés, aux comportements mécanisés.

 

La  conception qui est la nôtre  d’un « individu social », nous éloigne aussi et   tout autant  des  doctrines qui, affirmant le caractère prépondérant et dominateur   du groupe,  ou ne considérant l’individu que comme le produit de  la totalité sociale qui l’entoure,  ont constitué, avec le marxisme, le fond de la pensée traditionnelle de la gauche française, au rebours de son inspiration initiale. La victoire historique du marxisme sur ce que Engels  a appelé le « socialisme utopique », marqua fortement et  pour longtemps la gauche,  les partis bien sûr  mais aussi dans une large mesure le  syndicalisme naissant qui  préféra la lutte des classes de Marx au mutualisme de Proudhon.  Nous voulons nous extraire  de cette domination  en retrouvant et en  adaptant  cette inspiration libérale du socialisme des origines qui s’est poursuivie de manière plus ou moins avouée et   reconnue jusqu’à aujourd’hui[2], où elle se trouve plus  que jamais  en phase  avec l’évolution culturelle, économique et sociale de  nos sociétés. Cette  inspiration libérale s’exprime  par  le  refus d’une emprise excessive   de la communauté  sur l’individu,  par  la recherche d’une démocratie renouvelée et approfondie faisant largement appel aux initiatives individuelles ou collectives émanant de la société civile. Elle se traduit dans des  politiques sociales s’adressant  à des personnes et non à des catégories,  prenant  en compte les situations individuelles et  les différentes conditions d’existence. Elle exige  le respect de la singularité de chacun, la reconnaissance de l’aspiration de plus en plus répandue à choisir ses engagements mais aussi  sa manière de vivre, de consommer ou d’aimer, elle appelle l’autonomie de la personne.

 

L’autonomie entraîne la concurrence. Trop souvent à gauche la concurrence est rejetée car  considérée comme le vecteur de l’inégalité et de la destruction du lien social.  Pour nous, elle peut être, comme la langue d’Esope, la meilleure ou la pire des choses. La pire car il est vrai que non régulée  elle peut  permettre  au plus fort d’imposer sa loi, et laisser sur le bord de la route les vaincus de la compétition  que se livrent  les individus, les organisations, les sociétés. La pire aussi quand elle vient contrarier les démarches de  solidarité et la recherche de coopération.  Mais tout autant la meilleure car la concurrence est   nécessaire à la liberté,   au dynamisme et  à l’avancée  de nos sociétés, quand, on le sait bien, son absence  conduit à    une  société immobile, figée,  dans laquelle il est impossible de remettre en cause les hiérarchies et les situations dominantes.  En s’opposant aux  situations acquises ou héritées, aux rentes comme  aux  privilèges, la concurrence  est la condition de  la justice,  de la mobilité sociale et de l’égalité[3].  C’est elle  qui pousse les hommes et les groupes   à se dépasser, à chercher à mieux faire, c’est elle  qui  est à la base du progrès, et les sociétés qui ont cherché à l’abolir se sont écroulées au milieu de désastres économiques et humains. L’inspiration sociale libérale nous   conduit à   refuser une conception de la concurrence symbole du mal et à  l’accepter au contraire, à  favoriser  son expansion, en tant que facteur de progrès. Une concurrence qui devra pour exister pleinement  et pour produire ses effets s’inscrire dans un ensemble de règles  qui auront pour objectif de lui  permettre de s’exercer de manière loyale, sans se trouver troublée par des pratiques de corruption, sans se trouver niée par des phénomènes d’entente ou de concentration, par la constitution de monopoles ou d’oligopoles excessivement dominateurs. Règles d’équité  pour que chacun puisse  participer à cette compétition avec des chances égales, pour permettre aussi  à   ceux qui ne parviennent pas à s’y inscrire de bénéficier du filet social qui leur  redonnera une nouvelle chance ou leur apportera le  soutien dont ils auront besoin. Au lieu de renoncer aux  avantages de la concurrence, comme le souhaite  la gauche traditionnelle pour éviter les risques qu’elle induit,  le social libéralisme veut en permettre l’exercice dans des conditions qui en limitent la dureté et l’injustice, et   lui permettent d’aller de pair avec l’égalité et la solidarité. La liberté  ne peut se concevoir sans règles, comme le montre encore Monique Canto-Sperber, et les lois destinées à  assurer  la libre  concurrence, comme les régulations économiques et sociales, ou le soutien aux contre pouvoirs, sont des  exigences libérales,  parce que ce sont des règles destinées à permettre à la liberté de fonctionner de la manière la plus efficace et la plus équitable qui soit.

Marc d'Héré

 

 



[1] Edgar Morin : entretien, Transversales novembre décembre 2001.

 

 

[2] Monique Canto-Sperber avec Nadia Urbinati «  Le socialisme libéral » Editions Esprit, distribution diffusion Le Seuil février 2003

 

 

[3]«  L’introduction la plus large possible du principe de concurrence – dans l’économie, dans l’administration et la fonction publique, à l’école, dans les milieux de l’université et de la recherche….- accroît l’égalité.  En revanche tout ce qui constitue des trajectoires obligées, des monopoles, des rentes de situation, des décisions prises sans information ni transparence, contribue à renforcer les situations acquises, les positions dominantes… » Nicolas Tenzer : « Les valeurs des modernes » Flammarion octobre 2003.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Réflexion politique

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pingouin094 04/02/2007 10:41

Vous indiquez que la concurrence "pousse les hommes et les groupes à se dépasser et à mieux faire", oui mais à mieux faire quoi ? C'est une question qu'il convient de se poser lorsqu'on ouvre à la concurrence un service public.
Un service public est censé rendre au mieux un service à la population. Une saine et juste concurrence devrait le pousser à se dépasser et rendre meilleur son service, en toute logique.
 Mais lorsqu'on ouvre un service public à la concurrence, on le transpose dans le monde de l'entreprise privée, ou le "mieux faire", ce sont des bénéfices et une augmentation du cours de l'action, ce qui n'a rien à voir avec les objectifs de qualité d'un service public. Et la concurrence ne le pousse pas à "mieux faire" son service public.
GDF et EDF sont ouverts à la concurrence, et leurs tarrfis ont dramatiquement augmenté. A telle point que des entreprises très grandes consommatrices d'électricité qui considéraient la France comme un pays très compétitif du fait de son faible coût de l'électricité envisagent désormais de délocaliser. Pour le gaz, il n'y a qu'à considérer sa facture pour voir qu'il n'y a pas eu grand gain pour le public dans l'ouverture à la concurrence.
Quand au long terme : aujourd'hui, les énergies renouvellables coûtent beaucoup plus cher à produire que l'énergie électrique ou l'énergie thermique (fioul, gaz) et sont revendues au même prix. Sans subvention publique, elles sont donc moins rentables et il ne faut pas compter sur l'initiative privée et sur la concurrence pour les développer et traiter ce problème vital à terme pour notre société.
L'ouverture à la concurrence d'EDF et de GDF fut sans doute une bonne chose pour ses actionnaires (l'état et ceux qui ont acheté des actions suite à la privatisation), mais pas pour l'ensemble de la population à qui ces deux sociétés devaient rendre un service public. Ce n'est qu'un exemple, mais assez révélateur je crois.

Mathieu Andro 02/02/2007 17:21

1- L'homme vit dans un état de solidarité naturelle et nécessaire avec tous les hommes. C'est la condition de la vie.2- La société humaine ne se développe que par la liberté de l'individu. C'est la condition du progrès.3- L'homme conçoit et veut la justice. C'est la condition de l'ordre.(Rapport de Léon Bourgeois au Congrès d'Education Sociale de 1900)

Mathieu Andro 23/01/2007 08:38

Salut Marc et félicitations pour le magnifique texte que tu viens de publier sur le blog.Bien amicalement et salut aux camarades parisiens.Mathieu

J.M. BOUQUERY 22/01/2007 22:46


merci Marc de nous sortir du néant et des soit disant OVNI. Un défaut trop partagé de la vie politique est d'oublier la pensée scientifique et humaine. Vivement la suite.
jm b