Le retour de la Nation dans la campagne électorale

Publié le par Frédéric Coste

Quelques années auparavant, un certain Jean-Pierre Chevènement avait réussi à regrouper autour de lui bon nombre d´intellectuels qui caractèrisaient une partie de son électorat sans doute bien plus que chez les autres partis . A cette époque, il n´était que marginalement question de faire parler de ses positions très eurosceptiques. Son bras droit qui le secondait dans les débats publics lorsque celui-ci n’était pas présent, n’était autre qu’un certain Max Gallo, auteur d’un livre replacant la nation au cœur de ses revendications, Fier d’être Français. Son rapprochement ouvert auprès de Nicolas Sarkozy favorable à la Constitution européenne montrait que ses préoccupations étaient d’un ordre différent que la ligne de partage présidant au débat de mai 2005.

 

 

L’échec patent du Che –Le Che-vènement- comme il s’amusait à s’appeler, lors de la campagne de 2002 où il n’avait certes pas évoqué ses positions sur l’Europe, a diminué cet enthousiasme qu’il suscitait. Sa prestance un peu trop « IIIème Rèpublique » a sans doute contribué à limiter sa crédibilité. Il n’en demeurait pas mois que cette fibre nationale –dans le bon sens du terme- semblait s’éteindre en même temps que s’évanouissait sa popularité.

 

 

La France contrairement à ses voisins n´a pas connu les religions séculières que sont le nazime allemand et le fascisme italien et a nié l’existence de « la parenthèse de Vichy ». La France devrait donc ne pas souffrir des maux dont devraient être atteints les autres nations en théorie. Comment expliquer alors que la nation reste un tabou dans ce pays ?

 

Plusieurs considérations doivent ainsi être présentes dans notre analyse. La première est due à une baisse de l´estime de soi qui peut affecter tous les empires en instance de décomposition. On peut la dater de l’indépendance de l’Algérie où, du jour au lendemain, la France n´était plus qu’un Etat parmi les autres, elle qui rêvait de grandeur. Mais alors, pourrait-on reprocher : comment se fait-il que ce phénomène ne survint pas avec le délitement de l’Empire britannique. Et bien, d’une part, cette rétrocession ne s’est pas faite dans la douleur outre-Manche, et d’autre part, l´influence du modèle anglo-saxon n’a fait que croître avec l’expansion de la langue ainsi qu´avec le système de libre-échange prôné par le couple anglo-américain. Un autre phénoméne est dû au rôle actif des intellectuels d’extrême-gauche qui depuis la période de la décolonisation jusqu`à aujourd´hui n’ont eu de cesse de « vomir la nation » au profit d’une supposée pureté originelle des peuples primitifs non corrompus par l’oppression occidentale. La culpabilité post-coloniale identifiée très tôt par Pascal Bruckner sera constamment entretenue par ces milieux intellectuels. Leur pensée totalitaire héritée de leur militantisme d’extrême-gauche ne les quittera pas malgré leur récente conversion au réformisme ou progressisme. La figure de l´immigré réhabilitera leur posture révolutionnaire menacée d’extinction après l’effet Soljénetsine qui aurait dû leur montrer qu’ils étaient dans l´erreur et par la déliquessence progressive et structurelle du mouvement ouvrier. Dans les années 80, survint l’idéologie des droits de l’homme, bien ancrés de nos jours, mais que pourtant rien ne prédestinait à devenir à eux seuls un programme politique. La pensée totalitaire pouvait alors se donner une seconde jeunesse en attaquant tous les agnostiques de cette nouvelle religion, stigmatisés de fascistes s’ils refusaient de montrer leur foi envers ce dogme. En même temps qu’ils étaient les porteurs de cette utopie universelle qui n’en était pas moins occidentalo-centrée, elle leur permettait en retour de leur attribuer une auréole immaculée d’humaniste, quitte à oublier d’accomplir l’effort d´aggiornamento au regard des millions de morts du goulag. Face aux représailles latentes de l’inquisition morale, combien d’intellectuels ont osé les contredire par peur de ne continuer à avoir droit de citer dans l’arène publique. La vision post-nationale de ces universalistes allait à l´encontre de celle de la nation. Cela ne les empêchait de se perdre en contradictions en arguant du « droit à la différence » pour certaines communautés. Leur combat était comme le dit Pierre-André Taguieff non pas seulement anti-nationaliste mais aussi « anti-nationiste » ou contre tous ceux qui se réclamaient de l’idée de nation. D´un autre côté, la monopolisation par le FN des emblèmes nationaux, laissait peu de marge pour quiconque se revendiquait de la nation. Ainsi, assiste-t-on à une vision peu universelle des universalistes gauchistes où toutes les appartenances identitaires sont permises sauf pour ceux qui n’ont aucune communauté autre que nationale qui vivent dès lors dans un no-man´s land identitaire. Si Tocqueville voyait comme faille dans la démocratie, la possibilité par la majorité d’obliger au silence la minorité, évoquant la tyrannie de la majorité, il n’aurait pas pu penser que la démocratie puisse être confrontée comme en France à la tyrannie de la minorité.

 

Et la politique dans tout ca ? Les milieux populaires sont sensibles au besoin d’appartenance, et il semble que les candidats favoris l’aient compris. Ségolène en rompant avec la logique de préférer « son parti à sa patrie » et en utilisant dans son discours bien plus d’occurrences proches de « nation » que de « parti ». Sarkozy en fustigeant cette oppressante repentance. Aussi, se veulent-ils tous les deux sincèrement trans-clivages. La fibre chevènementiste nationale purgée de son euro-scepticisme serait-elle de retour ?

Frédéric Coste

Publié dans Réflexion politique

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P 08/01/2007 12:53

Félicitation ! Excellent article !