La sécurité un défi pour la République, un chantier pour les territoires

Publié le par Jean-Marie Bockel

Une tribune de Jean-Marie Bockel dans Le Figaro du 2 janvier....

«Faire société » ne va plus aujourd'hui de soi. Notre pacte social et républicain est confronté à ses failles et à ses échecs. La violence fait symptôme. Notamment aux marges territoriale, économique et sociale de la République. Dans nos « banlieues » vécues comme des territoires de relégation.

Dans ce contexte, toute action en matière de sécurité doit avoir pour horizon le « vivre ensemble ».

Comment rendre légitime et efficace une politique de sécurité publique ? En jouant à la fois sur le temps court de la sanction et sur le temps long de l'action préventive. Soyons tout aussi durs avec l'insécurité qu'avec les causes de l'insécurité.

Nous avons besoin de politiques économique, sociale et éducative adaptées au traitement des causes de la délinquance. Qu'il s'agisse de logements, d'équipements et de services publics, de transports ou d'emplois, les logiques territoriales et partenariales sont à privilégier.

Ces politiques sont nécessaires mais non suffisantes. Car nous ne devons pas pour autant détourner les yeux, nier l'importance prise par les incivilités et les actes de violence, émanant notamment des mineurs. Osons nommer la réalité des violences, osons assumer la nécessité des règles, l'existence de contraintes, la possibilité et la réalité de sanctions. Les discours purement compassionnels et sociologiques ne tiennent pas. Ni à l'épreuve des faits : le travail sur les causes ne peut se substituer à la gestion des effets. Ni à l'épreuve des principes : il n'y a pas de liberté sans règles structurantes et responsabilisation individuelle.

En ce sens, les mesures alternatives à la prison méritent d'être expérimentées lorsque les systèmes d'encadrement ont pour objectif l'insertion et le réapprentissage de la citoyenneté. La mise sous tutelle des allocations familiales peut être légitime si, et seulement si, elle est employée dans une logique éducative en lien notamment avec les « Maisons des parents ». Les internats scolaires de proximité prennent tout leur sens dès lors qu'ils permettent aux parents de continuer à assumer leur responsabilité en relation avec les éducateurs. Ce qu'a d'ailleurs bien compris Tony Blair qui appuie sa « société du respect » autant sur des dispositifs de rappel à la règle que sur la forte augmentation des crédits (plus de 900 millions d'euros pour 2006-2007) pour les écoles primaires et secondaires.

L'équilibre ainsi trouvé doit être décliné au-delà de la seule lutte contre la délinquance des jeunes. Maintenir l'ordre républicain et assurer la cohésion sociale ne relèvent pas de la déclinaison de postures idéologiques mais d'une action pragmatique soucieuse de justice et d'efficacité.

Les élus locaux montrent l'exemple. De nombreuses villes ont développé depuis longtemps la mise en réseau des différents acteurs de la prévention et de la sanction. La ville et les collectivités locales, les représentants de l'État, la police et la justice, l'Éducation nationale, les transporteurs et les bailleurs publics coopèrent dans le cadre du contrat local de sécurité. Des coordinations territoriales sont organisées afin de favoriser les suivis individuels et de traiter en temps réel tous les faits commis. Des actions de médiation impliquant des éducateurs spécialisés et des adultes relais sont conduites. Des « Maison des parents » fonctionnent et permettent à une équipe sociale de soutenir et d'accompagner les parents dans l'exercice de leurs fonctions. Des « Maisons de la justice et du droit » assurent une présence judiciaire de proximité tout en proposant des mesures alternatives à la prison à travers notamment la réparation contractuelle des délits commis. L'aide aux victimes, le développement d'une police de proximité et l'usage centralisé de la vidéosurveillance complètent ces dispositifs.

Allons plus loin. Donnons au maire plus de pouvoirs, ce qui suppose aussi davantage de moyens assortis d'une réelle égalité territoriale, pour remplir des missions de coordination et d'animation sans le transformer en auxiliaire de justice. Organisons mieux le secret partagé sans aller jusqu'à l'injonction. Luttons contre l'impunité en développant une justice de proximité souple, graduée et réactive sans en appeler à la seule comparution immédiate. Réfléchissons à une réforme de l'ordonnance de 1945 relative à l'enfance délinquante à la condition non pas de criminaliser toujours plus mais de responsabiliser en définissant un statut intermédiaire et des réponses graduées. Détectons et traitons les souffrances de l'enfance sans les transformer en éléments déterministes, respectons les actions thérapeutiques sans en faire des instruments répressifs.

La politique de sécurité ne doit pas se réduire au contrôle social, elle est au service du « vivre ensemble ».

À ce titre, une nouvelle « police de contact », concentrée sur les territoires en difficulté, doit être déployée afin de recréer les conditions de l'action efficace. Au-delà des polémiques sur la police de proximité, cette police de contact doit disposer de tous les moyens d'investigation et de contrôle afin d'être respectée. L'efficacité de son travail, notamment fondée sur une présence accrue sur le terrain et un recueil d'informations plus ciblées, est déjà reconnue dans de nombreux pays européens tant en matière de dissuasion que de taux d'élucidation.

La réforme de la police, considérée comme un service public, pourrait s'inscrire dans le cadre de la réforme de l'État. Un débat devrait alors s'ouvrir sur le déroulement des carrières, sur les règles d'affectation, sur la gestion déconcentrée des fonctionnaires afin que la puissance publique réponde toujours au plus près et au mieux des besoins.

Pour une large part, ces différents leviers pourraient faire consensus. Seul le discours moral, rétif à l'exercice de l'autorité, à la possibilité de la sanction, et le discours martial, opposé à tout traitement social des causes de la délinquance, s'excluent mutuellement. Avant d'être de droite ou de gauche, la sécurité est un défi pour tous les républicains. Elle ne va d'ailleurs pas sans une réflexion sur l'identité nationale, sur la réalité des processus d'intégration et d'insertion, sur nos valeurs partagées et sur l'éducation à la citoyenneté. Nous avons besoin d'un compromis minimal qui, sans effacer les différences, ne remette pas systématiquement en question les orientations fondamentales. Il s'agit là d'un enjeu de cohésion nationale qui mérite que l'on soit capable de dépasser les préoccupations partisanes.

Jean-Marie Bockel

Maire de Mulhouse. Sénateur (PS) du Haut Rhin

Publié dans Société

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marc d HERE 06/01/2007 20:45

D'accord avec Jean-Marie Bockel sur sa volonté de prévention et de sanction. Fermeté et travail en profondeur. Malheureusement rien ne semble indiquer que les socialistes soient sur cette position.....