Le Projet d'IES (6) Education

Publié le par IES

 

L’éducation est la meilleure garantie de compétitivité de nos économies et la meilleure arme qui puisse être fournie aux individus dans le monde changeant d’aujourd’hui.


Le constat

Malgré une des plus fortes dépenses d’éducation des pays de l’OCDE, les performances de notre enseignement ne correspondent pas à nos attentes. Prétendument égalitaire, le système tend à reproduire voire à accentuer les inégalités: l’enseignement favorise ceux qui disposent des meilleures chances au départ et les situations d’échec scolaire touchent d’abord les enfants de familles défavorisées. Les 80 000 élèves qui, à l’entrée au collège ont de grandes difficultés de lecture, les 150.000 jeunes qui sortent annuellement du système sans diplôme viennent essentiellement de ces dernières.

Cet échec de la formation initiale, frustrant pour les individus, pèse sur la réussite collective et la cohésion sociale. Une rénovation du service public de l’éducation doit avoir ce double objectif: le rendre plus performant et plus égalitaire. Lui permettre d’élever le niveau de formation de tous y compris des meilleurs et en faire la condition de la mobilité sociale.


Les propositions

Décentralisation, personnalisation et ouverture sont les maîtres mots d’une nouvelle organisation de l’éducation.

Sans nier la nécessité d’une cohérence nationale, il faut diffuser les responsabilités et les prises d’initiative. Le rôle d’une administration centrale allégée sera concentré sur des fonctions essentielles : fixer les cadres et les programmes généraux, réaliser une péréquation des moyens, contrôler, veiller au respect des normes de compétence des maîtres, valider les diplômes.

Au delà sera laissée une grande part à l’initiative. Les chefs d’établissements et les équipes d’enseignants se verront fixer des objectifs et disposeront d’autonomie pour y parvenir. C’est à eux qu’il appartiendra de donner corps au projet éducatif, d’adapter les programmes à partir du socle défini, de diversifier les méthodes, de déterminer les itinéraires pédagogiques.

La nécessité de ne laisser personne en route, sans abaisser le niveau général, ni limiter les possibilités des meilleurs, conduira à des formes de pédagogie et d’encadrement qui tiennent compte d’aptitudes et d’intérêts différents. On n’apprend pas forcément de la même façon à tous, la lecture ou la grammaire.

L’égalité des chances, condition de la mobilité sociale, ne peut résulter d’une « égalité républicaine » de façade mais exige des politiques différenciées. Elle exige une inégalité des traitements, consistant à identifier les différences existant entre les élèves, et y adapter les parcours et les méthodes d’enseignement. Ceux qui suivent bien ne doivent pas être ralentis. Pour ceux qui ont des difficultés, des dispositifs de soutien doivent leur permettre de continuer à suivre le parcours normal, ou de le quitter provisoirement.

La solution des ZEP a échoué parce que ce n’est pas à l’échelle d’un territoire que l’on doit apporter des moyens supplémentaires. Ce sont des individus qui sont menacés par l’échec scolaire, ce ne sont pas des zones où les efforts se diluent. C’est au niveau d’une école, de quelques classes, de quelques élèves que les efforts doivent être ciblés, c’est comme cela qu’ils pourront être adaptés et apporter des résultats.

Tout en maintenant un socle commun, il faut introduire une diversification des parcours, appuyée sur des dispositifs d’orientation transparents, agissant dans le cadre d’un dialogue avec les élèves et les familles. Des filières professionnelles parallèles à la filière générale doivent mener vers les secteurs porteurs d’emplois et dans lesquelles on affirmera aussi le souci de développer les capacités d’adaptation aux évolutions des techniques et des métiers. Des passerelles existeront entre types d’enseignement, entre classes.

Pour répondre à ce souci de diversification, la situation des enseignants et les conditions de leur travail doivent évoluer. Leur recrutement doit s’ouvrir à des personnes venant d’autres horizons. La formation doit être davantage axée sur la pédagogie, la capacité à « mener » un groupe, à le motiver que sur une accumulation de connaissances théoriques.

Le chef d’établissement aura des pouvoirs de gestion et d’animation de son équipe au choix de laquelle il participera de manière décisive. Il participera à la valorisation des compétences en recourant à des modalités motivantes d’évaluation, en donnant plus de poids au mérite et aux résultats qu’à l’ancienneté.

Le nombre d’enseignants ne peut s’accroître. Une meilleure organisation, la réorientation des professeurs des disciplines en surnombre, une limitation des détachements, l’intervention d’intervenants extérieurs  permettront une meilleure allocation des moyens.

L’autonomie supplémentaire dont les enseignants bénéficieront, associée au développement de formations pratiques, et à des modalités de rémunération incitatives, entraîneront un engagement plus important.

Ils doivent travailler en équipe, être davantage présents dans les établissements, pour l’encadrement d’activités collectives, la participation aux études aidées, les contacts avec les parents, pour le suivi de certains élèves et pour assurer le remplacement de leurs collègues absents pour de courtes durées. Ils doivent se former aux nouvelles techniques de communication et d’information, et y recourir largement.

L’ouverture de l’école se manifestera par l’acceptation du pluralisme et d’une émulation régulée. Les écoles seront évaluées de manière publique. Cette évaluation permettra de corriger les faiblesses, d’évaluer les moyens nécessaires, de mobiliser les acteurs et les pouvoirs publics. Elle permettra aux familles d’avoir une information objective sur les méthodes, les projets et les performances des différents établissements publics ou privés. La carte scolaire sera supprimée.

L’école doit s’ouvrir sur son environnement social et culturel, développer des rapports de coopération avec les acteurs locaux, renforcer les contacts et les liens avec les familles.

Notre système d’enseignement doit s’ouvrir sur le monde du travail et y familiariser les élèves. L’entreprise doit devenir un des partenaires de l’école, au travers de réunions d’informations, de travaux dirigés, de stages. Une relation plus concrète doit s’instaurer entre les formations terminales et le monde professionnel.

Cette transformation de l’école doit trouver son prolongement dans l’amélioration de l’enseignement supérieur. L’Université est ouverte aux titulaires d’un baccalauréat, mais moins de 40% d’une génération y ont accès contre plus de 60% aux Etats-Unis. Plus grave encore, le nombre de ceux qui en sortent ou qui s’en éloignent sans diplôme (près de la moitié des inscrits en première année), ce qui rend nécessaire une orientation mieux adaptée en fin d’études secondaires, un entretien au moment de l’inscription et la possibilité pour ceux qui sont en échec à la fin de la première année d’université, de bénéficier d’une réorientation.

Notamment du fait de la concurrence des grandes écoles, on a laissé l’université française se paupériser. La France est le seul pays européen où un étudiant coûte moins cher à la collectivité qu’un lycéen.

Des moyens importants doivent lui être fournis qu’il serait injuste de faire reposer uniquement sur l’impôt alors que les universités ne concernent qu’une minorité de familles.

Le financement public, sera complété par deux autres sources de financement. Principalement, une augmentation sensible des droits universitaires. En compensation, des bourses plus importantes en montant mais plus ciblées en nombre de bénéficiaires, fortement variables en fonction des revenus. Les étudiants pourront aussi avoir largement recours à des prêts à taux zéro, garantis par l’Etat, dont les remboursements seront prélevés sur les futures rémunérations, proportionnellement à celles-ci. Ce système qui entraîne sa propre rentabilité, et permet une responsabilisation des individus fait reposer l’essentiel du financement sur les utilisateurs et ceux qui en ont besoin.

Les universités pourront obtenir des moyens supplémentaires par des contrats avec des entreprises ou des collectivités, notamment pour la formation permanente (elles doivent jouer un rôle accru dans la formation professionnelle, en devenant en collaboration avec l’entreprise un des lieux de la formation tout au long de la vie).

Ces moyens ne seront efficacement utilisés que si une réorganisation permet aux universités - et à leurs présidents - d’être responsables. Une pleine autonomie doit leur permettre de gérer leurs moyens en s’affranchissant des règles de la comptabilité publique, de recruter leurs professeurs, d’adopter leurs modalités de fonctionnement. Les universités doivent diversifier leurs échanges, conclure des partenariats avec des universités étrangères, des entreprises et des collectivités locales, des organismes de recherche.

Leur rôle accru dans la recherche ira de pair avec la réorganisation totale des organismes de recherche publique comme le CNRS.

....IES

Publié dans Vie politique

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Marc d HERE 04/06/2007 09:35

La ministre de l'Enseignement supérieur Valérie Pécresse annonce que ''l'Etat va consacrer un milliard supplémentaire par an sur quatre ans'' au budget de la recherche et l'innovation. Dans un entretien au Parisien-économie, elle est estime que "'le problème, en France, vient notamment de l'insuffisance des investissements privés par rapport à la richesse nationale. Ils représentent 1% des dépenses, au lieu de 2% idéalement.(Avec AFP). 

Marc d HERE 24/05/2007 19:28

Une dépêcche AFPLa présidente de la Confédération étudiante Julie Coudry, reçue par la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche Valérie Pécresse, s'est félicitée après cet entretien que "la ministre ait compris les attentes exigeantes des étudiants".

J.M. Bouquery 03/01/2007 17:30


Un seul mot d'ordre: approche globale (en actes).
A la maternelle: de la table et de la cour comme de la classe, pas de ghetto entre les types de fonction et de personnels; en enseignement sup: l'ingénieurie et la pédago. comme la recherche; ce n'est pas le statut qui fait le trouveur ou l'nnovateur ou le maître....
jm bouquery

Piotr 28/12/2006 12:18

Il manque à mon avis un topo sur la fin du mamouth et la fin de l'éducation nationale pour une ouverture à une véritable décentralisation de l'éducation. Que ce soit en région que l'on discute et des programmes (en accord avec une cohérence européenne) et de l'organisation de l'éducation et du recrutement et de la gestion des enseignants et de l'enseignement.
Je propose aussi que l'on aille vers un mode d'évaluation de la qualité de l'enseignement en y faisant participer les acteurs locaux (parents d'élèves, bien sur ... mais aussi société civile ... en ne confondant pas qualité de l'enseignement et qualité de l'enseignant... les enseignants étant d'ailleurs en tant que membre de la communauté éducative d'expliquer le projet collectif de l'établissement.