Petit traité de manipulation de l'opinion à l'usage des politiciens honnêtes

Publié le par Gilles Norroy

Le troisième article de Gilles Norroy sur « l’opinion »……

 

 

Le titre veut, bien  sûr,  parodier celui  de l’ouvrage de Jean-Léon Beauvois et  Robert-Vincent Joule intitulé « petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens ».

 

Au fond peut on reprocher à nos politiques de manipuler l’opinion ?

 

On pourrait caricaturer la situation politique en distinguant deux archétypes :

 

Le populiste démagogue de droite ou de gauche qui se nourrit de sondages, vit dans une obsession médiatique et un souci compulsif de son image (non je ne vise pas que Ségolène !) et se préoccupe uniquement de plaire à l’opinion…. de l’autre côté un moine soldat de la politique, se moquant du quand dira-t-on,  retiré sur son Aventin, comme le Général de Gaulle pendant sa traversée du désert.

 

L’un flatte les électeurs et  se condamne à ne rien entreprendre de sérieux et d’utile, l’autre peut  se condamner à l’impuissance politique (n’est pas De Gaulle qui veut…).

 

On voit aussi dans le personnel politique français des hommes et des femmes qui ont un capital médiatique important  (Bernard Kouchner, Nicolas Hulot aujourd’hui, Simone Veil hier), qui sont naturellement en phase avec l’opinion mais qui ne trouvent pas le moyen, ou  refusent de l’utiliser, pour une action politique qui les attirent mais  qu’ils craignent.  (Je t’estime beaucoup Bernard, mais entre nous, quel dommage !). Il leur manque la volonté d’entrer dans la mêlée  et de livrer des combats pas toujours très nobles ou de niveau très relevé.

 

Entre les deux que peut on faire ? La sagesse populaire dit que l’on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. Comment obtenir l’adhésion des français sans se compromettre dans les promesses vulgaires des démagogues ? Comment éviter de faire un principe de la duplicité Mitterrandienne qui veut que l’on prenne le parti sur sa gauche pour ensuite gouverner à sa droite ?

 

 Un homme politique ne peut ignorer les modes et ne pas tenir compte des « moments pour le dire » qui font la fortune des grands noms de l’histoire. On ne peut s’opposer frontalement à ce qu’un peuple ou une opinion publique pense ou croit fermement. Avoir raison seul et contre tous ne sert politiquement pas à grand-chose et n’est pas utile aux idées mêmes auxquelles on croit…

 

Une bonne cause justifierait elle une ruse de la raison qui lui ferait utiliser les armes des adversaires pour vaincre ?

 

Regardons ceux qui ont eu le courage de provoquer des ruptures, qui n’en déplaisent à Nicolas Sarkozy ne peuvent être tranquilles sauf à croire que l’on pourrait inventer l’eau sèche.

 

Gorbatchev a fait de l’entrisme, comme le proposait Trotski. Il a gravi un à un les échelons du Parti Communiste de l’URSS, avalé un nombre incroyable de couleuvres et, porté au pouvoir par les hommes du KGB qui disposaient d’une vraie connaissance des réalités des deux camps, a fini par faire sortir son pays du système. Il a finalement fait plus pour la fin du communisme que tous les malheureux qui ont finis au goulag.

 

Certes, dans le fond c’était une froide manipulation de l’opinion mais cela n’en valait- il pas la peine ?

 

Henri IV avant lui, s’était vite persuadé  que Paris valait bien une messe et il fut, nous dit-on, un bon roi…

 

Tony Blair a eu la patience d’attendre que le vieux Parti Travailliste n’en finisse pas de payer le prix de la bureaucratie et de la démagogie du Guy Mollet britannique qu’était Harold Wilson. Il a su s’entourer d’une équipe de penseurs capables de renouveler les paradigmes d’un parti moribond. Bien évidemment il n’a pas attaqué bille en tête mais a préparé et mûri un projet, qu’il a, sans renoncer à ses valeurs, su adapter aux attentes de l’opinion.

 

Savoir utiliser, sans se renier,  les armes des populistes, retourner les mots des adversaires, saisir ce qui fait l’esprit d’une époque pour préparer la suivante sont de vrais enjeux. C’est dans une double exigence d’écoute et de pédagogie que se situe la difficulté et la grandeur de la politique.

 

Tenir un langage de vérité, sans perdre de vue la nécessité de l’efficacité,  pourrait aussi être la différence qui deviendra à la mode.

 

Qui saura la lancer ?

 

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Gilles NORROY

 

DECEMBRE 2006

 

Publié dans Démocratie

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Uguen Bernard 06/01/2007 13:50

UNE SOLUTION;   LE PACTE DEMOCRATIQUE POUR 2007
Il y a le pacte écologique de Hulot, la Charte du canal Saint Martin , etc.. pour lesquels le président ne peut agir seul.  Il y a aussi une crise démocratique profonde et pour laquelle le Président élu a la légitimité, la capacité et la responsabilité personnelles d'agir par l'article 11 de la constitution pour rénover la démocratie, pour peu qu'il se soit engagé en tant que candidat. D'où la proposition 
DE PACTE DEMOCRATIQUE DE 2007le pacte démocratique est un contrat que passe le candidat aux présidentielles avec ses électeurs. C’est un engagement solennel qui porte sur 3 objectifs.  Les trois Objectifs du Pacte
01- Obtenir, dans la première année de mandat du nouveau Président élu en 2007, l’organisation d’un référendum institutionnel par l’article 11 de la constitution, précédé d’un débat citoyen transparent et responsable.
02 - Promouvoir dans cet esprit de clarté démocratique un référendum selon les modalités du « référendum à options. » afin de permettre un vrai choix constructif et éviter le détournement du référendum en un plébiscite sur la personne du président.
03 - Afficher des orientations, des questionnements et approches lors du débat démocratique préalable au référendum.
(Informations complémentaires ; http://changerlarepublique.over-blog.com/)

LE GALL 18/12/2006 11:19

Soit, encore que l'exemple de Gorbatchev ne me paraisse pas très pertinent puisque, d'après mes info, il souhaitait réformer le communisme sans pour autant le voir disparaître.....
On pourrait aussi citer Mendés-France même s'il n'a pas réussi à se maintenir longtemps au pouvoir.
Dans l'immédiat en France, on manque vraiment de personnalités politiques charismatiques et je ne suis pas emballé à l'idée de voter un François Bayrou au premier tour, histoire de manifester mon opposition aux duettistes Ségo-Sarko, et de me résigner à voter Ségo au deuxième tour, histoire de ne pas désespérer Billancourt!
Yves Le Gall

J.M. Bouquery 14/12/2006 14:08


Oui sir Gilles ! Ce qui transparait et que l'on peut souligner c'est qu'il y a des tendances mais aussi des rythmes, des périodes et des moments de la société, de l'opinion, de la constitution....et que les opportunités sont des rencontres parfois des heurts souvent des quiproquos entre des personnes-images-idées et des foules-media-désirs .....et qu'il faut votre talent pour ne pas manipuler l'opinion sur les manips de l'opinion.
jm bouquery