Résister à la tentation du repli

Publié le par Jean-Paul Lahaye

Jean-Paul Lahaye nous avait présenté le livre d’E. Pisani, « Vive la révolte », dans un article intitulé  « Des racines et des ailes…Merci M. Pisani »….. Depuis il illustre et  prolonge ce livre par une série d’articles que nous publions régulièrement et que vous pouvez retrouver sur ce blog….  Après  « réinvestir le politique dans son rôle de médiation », puis « Qu’est-ce que le libéralisme ? », « Quelle croissance ? », voici « Résister à la tentation du repli »…..

 

 

De la posture à l'imposture

 

Gardez vos promesses et donnez-nous des perspectives !

 

 

Consternation l'autre dimanche, lors d'un "Riposte", de voir, précisément, que nul ne semblait en mesure de riposter à Jean-Marie Le Pen. Il y avait comme un décalage étrange. Ils avaient un métro de retard, les Leroy et Taubira : Jean-Marie ne voulait plus jouer le rôle du vilain et du repoussoir. Ils s'échinaient en vain à invoquer l'image de l'éructant xénophobe. Ils avaient devant eux un homme qui avait changé de registre : presque sympathique, bientôt respectable, disant des choses quasi raisonnables. En tout cas, tranquille. Les agités, les agacés, c'étaient eux. Et il y avait de quoi, sans doute : le voir ainsi jouer les doucereux. Mais, après tout, n'était-ce pas son émission ? Et personne, j'imagine, n'avait obligé Mme Taubira à être là. Alors, pourquoi était-elle venue ? Pour jouer les indignées à contretemps et à contre-emploi ?  Non, Mme Taubira. Quand on accepte d'affronter un Le Pen, il faut répondre, mettre les mains dans le cambouis, c'est-à-dire, de mon point de vue, être capable d'aller le tacler sur sa partie de terrain, même si elle est glissante…

Voilà, en tout cas, une question qui vaut la peine d'être posée pour la suite : comment répondre à M. Le Pen ?

Longtemps, j'ai cru, si ces élections devenaient vraiment intéressantes - comme on peut l'espérer un peu - que Jean-Marie Le Pen n'existerait pas. Depuis cette émission, j'en suis moins sûr. Au-delà du duo star "Sarko-Ségo", on cherche le 3ème homme du côté de François Bayrou. Pour l'heure, ce n'est pas lui. Dans les sondages, c'est encore - osons le dire - "notre Le Pennou national", cette figure désormais familière du paysage franchouillard, ce martinet électoral qui nous revient, fringant et plus éloquent que jamais, à la saison des suffrages. Et le voilà donc à nouveau en maraude, sarcastique et sûr de lui, prêt à jouer encore le rôle du second plutôt que les seconds rôles… Comment l'en empêcher ? En le faisant sortir de sa nouvelle posture d'homme raisonnable et de bon sens à qui l'histoire serait en train de donner raison.  Alors, au lieu de lui opposer une autre posture et de nous boucher pudiquement le nez, comme le fait Mme Taubira, pourquoi ne pas ouvrir nos oreilles et l'écouter un peu ?

Car si Jean-Marie Le Pen a changé de manières, sur le fond, il n'a pas changé de discours.

Que nous dit-il ? Que la dynamique européenne est en coma dépassé. Que la politique d'intégration est un lamentable échec, que les banlieues sont des bombes à sous-munitions qui vont continuer à nous péter, très régulièrement et de plus en fort, à la gueule. Qu'en définitive le monde entier est ainsi fait, avec ses puissants "états-quartiers chics" et ses "tiers pays-banlieues délaissées" où se fomentent les terreurs actuelles et futures. Enfin, et pour faire bonne mesure, pourquoi se priverait-il de brocarder aussi à sa façon cette économie mondialisée qui semble nous soulager de nos emplois aussi aisément que de notre Beaujolais… Alors, pourquoi s'attendre à ce qu'il crache des insultes ? Et pourquoi nous donnerait-il l'occasion de lui faire un nouveau procès en xénophobie ou en révisionnisme, puisqu'il peut dire tranquillement tout cela sans être inquiété ni véritablement contredit ? Et rien ne peut lui plaire davantage, puisque les braves gens opinent du bonnet : n'est-ce pas la vérité ? N'est-ce pas le bon sens même ? Et aussitôt d'en déduire la conclusion de son éternel syllogisme : " La France aux français, replions-nous sur nos frontières et nos valeurs".

Bien sûr, c'est sur cette conclusion qu'il apparaît le plus facile de le contrer. Dans le contexte planétaire tel qu'il est, ce simplisme n'est-il pas une injure à l'intelligence ?  Hélas, justement, les "supposés intelligents", les experts, les décideurs de ce monde politico-médiatique qui distille ses vérités en prêt à penser ne font plus recette. Le peuple n'a plus confiance. La preuve : pendant qu'ils criaient tous oui, il a voté très majoritairement non.

Cela signifie que la tentation du repli existe bien et constitue un danger réel. Et elle est d'autant plus dangereuse qu'elle n'est en aucun cas une option, mais seulement le sous-produit d'une peur.

La peur et le profit sont les turbos maléfiques de la folle accélération du monde. Et pour faire diversion, on ne nous propose que deux choses : le divertissement consumériste et médiatique d'une part, les bons sentiments de l'autre. C'est-à-dire, en définitive, des postures. Et de la posture à l'imposture, il n'y a qu'un pas, vite franchi et, malheureusement, tout aussi vite oublié dans le galop du temps.

Enfin, regardons-nous un peu ! Ne sommes-nous pas en passe de devenir tous des envoûtés de la posture ? Peu importe, au fond, ce que nous sommes. Ce qui compte, c'est ce que nous paraissons. Et nos femmes et nos hommes publics en sont si obsédés - tout en rodomontades, positionnement tactiques, discours justificateurs, entourloupes minables, promesses fallacieuses et feintes indignations - qu'ils ne paraissent plus capables de s'en défaire. Se rendent-ils seulement compte que cela ne marche plus ? En tout cas, ni Strauss-Kahn, ni Fabius ne l'ont vu et Sarkozy a peut-être déjà plus qu'un orteil dans le piège.

Après cela, ne me demandez pas pourquoi M. Le Pen paraît si tranquille…

Et Ségolène Royal ? Certes, elle n'échappe pas au people et sait même parfaitement en jouer. Pourtant, quelque chose la protège encore. Rien de mystérieux : elle est investie d'un espoir. Qui ne lui appartient d'ailleurs pas et elle le sait très bien. C'est sa force. Pour le reste, elle a tout à prouver.

Justement, que faut-il prouver ? Qu'est-ce qu'on attend d'une Présidente ou d'un Président de la République Française ? Finalement, peu de chose. Un peu de dignité, de vérité. Non des promesses, mais des perspectives, non un programme, mais un projet.

Et au cœur de ce projet, comment ne pas inscrire l'Europe ? Pas seulement celle de l'économie, celle des peuples. Et il ferait beau voir que la femme ou l'homme qui présidera bientôt aux destinées de notre pays ait construit sa victoire sur cette visée. Joli renversement de l'histoire, mais aussi, peut-être, seule solution véritable. Car, dans une situation aussi délicate que la nôtre, il n'y a d'issue que par le haut.

L'Europe politique est une vraie perspective. Les opinions publiques y sont prêtes - plus même que les dirigeants - et c'est la bonne échelle pour surmonter la plupart de nos difficultés actuelles. Au demeurant, en portant un tel projet, la société française n'accepterait-elle pas, tout naturellement, de se réformer enfin pour libérer ses énergies ?

 

Jean-Paul Lahaye.

Publié dans Réflexion politique

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Jacques Heurtault 13/12/2006 21:53

Il n'y a guère que ma farouche volonté de rester indépendant qui m'empêche de solliciter mon adhésion à votre mouvement.Vous semblez avoir renoncé à la candidature Kouchner. Je m'en réjouis si c'est le cas. L'heure n'est pas à la dispersion mais à la concentration des votes sur l'un des trois (cités dans l'ordre alphabétique : Barou, Royal, Sarkozy). Il faut faire progresser certaines idées de bon sens telle la ratification urgente du Traité Constitutionnel Européen.

Piotr 13/12/2006 15:32

J'ai été sur le blog de john paul lepers... et vu l'entretien Ségo/ Le Che ... Bien entendu, je n'ai pas, c'est le moins que l'on puisse dire, la même approche que Chevènement sur l'Europe. Au mieux, cela me donne des boutons ... mais je me dis que forcément, vu l'homme, vu la pratique, je veux dire vu l'expérience, on ne peut se passer de lui en cas d'accord, cela dit, cela ne signifie pas que la politique européenne sera décidée par le Che... tout en pensant toutefois qu'il peut être utile dans cette partie qui constitue aussi l'Europe : une négociation pied à pied entre territoires nationaux ... ce qui n'empêche pas une vision ou un projet plus élevé, lors même que le repli sur soi est impossible... comme le dit très bien Jean-Paul Lahaye

marc d HERE 13/12/2006 11:23

L'Europe comme condition de notre rénovation, comme moyen de nous ouvrir sur le monde et de "libérer nos énergies"....je suis assez d'accord....Mais je ressens à gauche (Ségolène Royal) comme à droite  (Villepin) une tentation de repliement....Le titre de ton article est en cela particulièrement juste et actuel .....et son contenu représente un appel à réagir.

GRX 12/12/2006 18:31

Sur le blog de J-P Lepers, un enregistrement vidéo où l’on trouve Royal organisant la présidence française de l’UE avec Chevènement aux détours d’un couloir. Affligeant !
Européens, faites tourner pour desamorcer la supercherie !
http://www.johnpaullepers.blogs.com/

Norbert 12/12/2006 16:27

Bonjour, nous avons découvert avec plaisir votre blog et ses illustrations; félicitations.