Comment manipuler l'opinion?

Publié le par Gilles Norroy

Gilles Norroy nous avait annoncé trois articles sur l’opinion….Après « Qu’est-ce que l’opinion ? », voici « Comment manipuler l’opinion ? »…

 

 

Dans mon précédent article j’ai mis l’accent sur la fragilité de l’opinion  définie comme « ce qui est tenu   pour vrai ».

 

Cette fragilité source de versatilité et d’inexactitudes ouvre la porte aux manipulations.

 

Il existe bien des façons de manipuler l’opinion qu’elle soit individuelle ou collective.

 

La plus classique mise au point par les régimes totalitaires qu’ils soient nazis, communistes ou islamistes relève de la propagande : on assène de manière répétée par différents canaux des arguments allant dans le sens unique que le régime veut promouvoir. Ce dispositif utilise différents canaux : les médias, les relais individuels (le commissaire politique), la religion etc.

 

Les professionnels de la guerre psychologique et du renseignement ont perfectionné ces méthodes depuis de nombreuses années. La manipulation est d’autant plus forte que l’on  n’en connaît pas l’objectif. Un bon exemple est donné par les charniers de Timisoara, opération organisée par les professionnels du KGB pour accélérer la chute de Ceausescu. Les télévisions mondiales relayèrent une mise en scène macabre qui créa un choc dans l’opinion. Le reste allait suivre…

 

Certains ont même tenté des expériences de communication subliminale à la télévision : une image passant au 1/24 ° de seconde suffit à modifier la perception du spectateur sans qu’il en ait conscience.

 

Le « retournement » des personnes est un des métiers des professionnels du renseignement et aboutissent à changer les croyances d’un individu en agissant par menace, corruption, travail idéologique, utilisation des ressorts psychologiques (orgueil par exemple). Cela donne souvent de bons résultats et l’expérience montre que ce sont les plus « durs » qui se retournent le plus facilement.

 

Le « retournement » des opinions collectives est plus complexe. Il relève du métier de « spin doctors » spécialiste de la manipulation des médias.

 

Les techniques de manipulations collectives des opinions ont profondément changé depuis plusieurs années. Il ne s’agit plus de travailler des relais d’influence (journalistes, intellectuels) pour qu’ils donnent une version positive de la thèse que l’on cherche à promouvoir en s’appuyant sur des palettes d’arguments car cela risque de provoquer en retour une vague d’opinions contraires. Ce qui est le plus fréquent c’est de procéder par une étape d’accoutumance : on ne cherche à rien démontrer, on se contente de faire entendre l’idée.

 

Une autre donnée nouvelle des professionnels de la désinformation est de se préoccuper de l’image perçue et d’en tirer des leçons pour la modifier. C’est à peu près ce que fait la classe politique quand elle se préoccupe de sondages.

 

Quelques autres méthodes complètent assez bien le dispositif.

 

Il faut noter une manipulation fréquente par la notoriété. Un chanteur, un footballeur seront sollicités et mis en scène pour  apporter leur soutien à un choix politique. Tenir la note et courir vite derrière un ballon induiraient des compétences en de multiples autres domaines, et notamment en politique.

 

La manipulation par l’expertise est aussi, à l’inverse,  fréquemment utilisée. Un « sachant » donne un point de vue que l’on ne  se hasarde pas à contester puisqu’il émane d’ un expert. Le procès d’Outreau a montré quelles pouvaient être les conséquences dramatiques des avis des experts psychologues dès lors qu’un magistrat, dont le métier devrait conduire à la prudence,  prend pour argent content les points de vue d’une spécialité dont le caractère scientifique reste à démontrer.

 

 

La classe politique a pris la mesure de toutes ces méthodes en adaptant à la fois sa communication, mais aussi les formes mêmes de l’échange d’arguments.

 

Il y a, lors des réunions politiques, de moins en moins de débat avec la salle mais des tables rondes de « sachants » qui vont exposer leur point de vue, ce qui non seulement  est, le plus souvent,  ennuyeux et  peu spontané mais démontre avant tout l’angoisse des politiques à faire face aux vraies questions qui ne sont pas toujours celles des journalistes.

 

De même le débat politique prend de moins en moins la forme d’un échange d’arguments et de contestation du point de vue de l’autre. Le temps des grands débateurs politiques est passé : les Marchais, Sanguinetti, Mitterrand aussi, d’une certaine façon,  ont disparu. Le seul qui tienne à peu prés cette place est malheureusement Le Pen et des débats récents ont montré que des politiques professionnels connus étaient des poids légers face à lui ( le seul qui  lui ait bien apporté la réplique fut Bernard Tapie)

 

 Aujourd’hui il s’agit avant tout de faire passer un texte soigneusement répété sans se préoccuper de ce que peut dire l’autre et encore moins de prendre le risque de lui répondre. Le « débat » du PS pour les présidentielles a été un exemple parfait de cette nouvelle posture des politiques. Débattre c’est contrer les arguments de l’autre, vous avez vu cela ? ou plutôt des gens qui ne se regardaient même pas car ils ne parlaient qu’à la caméra…..qu’à l’opinion ?

 

Les manipulations de l’opinion ne sont pas nouvelles. Machiavel en a codifié la méthode il y a plusieurs siècles. Ce qui est nouveau c’est le poids des médias qui donnent des moyens extraordinaires à ces phénomènes, les amplifient, les aggravent et, plus ou moins consciemment, y participent. Dans le fond les français en  sont moins  dupes qu’on ne l’imagine et l’abstention traduit,  de leur part,  un  refus de participer à  un jeu faussé.

 

Si on veut  retrouver les chemins de la démocratie, il reste une autre réponse : celle de l’expression de  la compétence démocratique pour tous les citoyens et celle d’un usage honnête de l’opinion par les politiques. J’en parlerai dans un prochain article.

 

Gilles NORROY

 

Publié dans Démocratie

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marc d HERE 06/01/2007 18:24

Un long papier que m'adresse Patrick Rajoelina....Et que je mets en commentaire de cet article.
Royal a le chic pour bluffer. Elle prétend que son entretien  avec Hillary Cliton a été différé. Hors il n'a jamais été prévu. (voir infra) article du Times of india Elle prétend étre invitée par le Gouvernement chinois. C'est en réalité le parti communiste chinois qui l'invite contrairement à ce qu'à annonçé son QG de campagne.  Elle espère que finalement elle aura une réception officielle. Rien de tel est prévu. Dans tous les domaines il en est ainsi. Elle n'aborde jamais les sujets polémiques comme l'ISF. Elle laisse le soin à ses porte-parole de la faire comme Montebourg. Times of India Section :Rest of World Date :Tuesday, December 19, 2006 Hillary and Royal: Sharing dreams, not handshakes? PARIS: One is French. One is American. Both may become the first female presidents of their country. But will Segolene Royal and Hillary Rodham Clinton support or snub each other in their battle? Speculation about the power women's relationship rose in France after a newspaper said Royal had postponed a US trip planned for this month because Clinton did not want to see her. Socialist regional leader Royal, 53, a relative political newcomer with little foreign policy experience, has made little secret of the fact she would like to meet Clinton to bolster her international credentials. But after gaffes by Royal on a trip to the Middle East, the Democratic Senator from New York, who is believed to be eyeing a White House bid in 2008, was less than enthusiastic about being seen together with the French candidate, Le Parisien daily said at the weekend, quoting a Clinton adviser. "Hillary, whose candidature is far from assured, is very vigilant and cannot afford the slightest false move," it quoted the adviser as saying. "She does not want to be associated with Royal's recent comments. It wouldn't be good for her image." A spokesman for Royal said her trip, which was announced last month, had been postponed for scheduling reasons, declining to give further details. Philippe Reines, a spokesman for Clinton, said in Washington that: "There was never a meeting planned or scheduled." Royal earned much criticism from her political opponents after she apparently agreed with comments from a Lebanese Hezbollah politician condemning US foreign policy and analysts said it could be risky for a US candidate to be linked to her. "The Clintons are very popular in France," said Hall Gardner from the American University of Paris. "It would help Royal to be seen with Hillary. But the contrary isn't the case. ... Royal's contacts with Hezbollah may not go down well with Hillary's Democratic supporters." On her recent Middle East visit, Royal waited a day before condemning comments made in front of her by Hezbollah politician Ali Ammar who described past Israeli occupations of the country as Nazism. She said she had not heard his words. She was also forced to clarify her position after she seemed to agree with Ammar's assessment of US foreign policy as "unlimited insanity." The ascent of Royal and her likely conservative opponent Nicolas Sarkozy — known for his pro-American stance — have raised questions about future ties with the US. NYT news service .....
 

marc d HERE 12/12/2006 14:48

Malgré ce que les médias, ou plutôt certains journalistes ont essayé  de nous faire croire, il n'y a pas eu de vrais débats au PS.....
 Les candidats n'avaient pas le droit de s'interroger, de se répondre...de se regarder même.....Questions fournies à l'avance aux candidats (ce qui permettait à leurs collaborateurs de leur préparer des réponses), langue de bois et mise en avant du programme socialiste pour éviter de déplaire aux militants......