L'ONU utile au monde?

Publié le par marc dHERE

Après un article sur « valeurs universelles et droit d’ingérence » je poursuis une réflexion sur les relations internationales en soumettant au débat ce texte sur l’ONU….

 

Le monde est pluraliste  et si nous voulons en assurer  un développement pacifique, nous devrons le rendre plus organisé et plus coopératif, moins soumis aux intérêts nationaux contradictoires et égoïstes. Dans le  cadre de la coopération mondiale, peut-on se satisfaire du rôle et de l’organisation de l’ONU ? A l’évidence non et pourtant, l’ONU étant  le pilier central  de toute coopération internationale, il est  urgent qu’elle retrouve  une légitimité qu’elle a en partie perdue et une efficacité qu’elle  est loin de posséder, y compris  dans un rôle qui devrait être le sien de pacification des conflits. Il lui est difficile de  se voir   investie d’une véritable   autorité morale alors qu’elle  est un rassemblement de puissances politiques, dont bien  peu sont démocratiques,  agissant uniquement  en fonction de leurs intérêts d’Etats.  Quand à l’efficacité, elle ne peut exister  si l’on tergiverse avant d’agir, si l’on   demeure attaché au  respect absolu de l’indépendance de chaque Etat,  à l’acceptation d’une démocratie de façade et à  la liberté d’utilisation  d’un droit  de veto accordé, de manière aujourd’hui contestable,   aux anciens vainqueurs d’une guerre terminée il y a plus d’un demi siècle. Elle n’existera  pas davantage si l’on  refuse les interventions pacificatrices quelques  peu « vigoureuses », se contentant, au mieux d’une présence statique et discrète.  

 

Une réforme de l’ONU passe par une modification de sa  Charte qui n’a pas le caractère normatif d’une déclaration solennelle de droits et  reste soumise dans son application au bon vouloir d’Etats dont l’indépendance de principe est affirmée. Il faudrait parvenir à   la transformer  en  un texte  moins vague et plus   opérationnel,  plus précis dans  la  définition   des principes universels, plus  net   dans l’exigence de leur   respect.  Un texte qui  affirme que la  légitimité d’un pouvoir exige de sa part le respect d’un  certain nombre de principes minimum,   qui codifie le droit d’ingérence  et qui  actualise les conditions de recours à la force pour le   faire appliquer. Certes  une modification de la Charte requiert une procédure compliquée, qui se trouvera en butte à des oppositions affirmées,  et ne peut qu’être très longue, ce qui rend d’autant plus nécessaire de commencer à agir. Certains  Etats démocratiques, émanant des cinq continents et au premier rang desquels figureraient ceux qui constituent l’Union Européenne,    peuvent  élaborer un  nouveau texte et le soumettre au débat. Ce texte  ne sera certainement pas  accepté par tous dans un premier temps et  resterait donc informel et indicatif. Pourtant, par la force des choses, il  recueillerait progressivement de plus en plus d’appuis et, avant même d’être éventuellement adopté, prendrait,  par l’importance et la qualité de ses signataires une légitimité au moins relative et  revêtirait un caractère incitatif. Cette démarche progressive  peut être un moyen pour les démocraties de s’affirmer et de prendre, en tant que telles,  leurs responsabilités, ce qui signifierait pour le monde une importance toute particulière.  En effet, parmi les  principes universels, la démocratie est peut-être le plus essentiel car son respect tend à faciliter celui  de tous les autres, et elle représente un chemin vers la paix : jamais dans l’Histoire deux démocraties ne se sont fait la guerre. Il serait regrettable  de ne pas  tenir compte de l’exemple que peut  représenter la démocratie et de ne pas donner aux pays qui s’en réclament la possibilité d’affirmer leurs valeurs, de se manifester en tant que tels et   d’exercer, en tant que tels,  une influence.

 

Parmi les institutions de l’ONU, le Conseil de sécurité a une place éminente et un rôle décisif. Or, il   ne peut rester ce qu’il est aujourd’hui. Il  doit  d’abord être élargi pour être plus représentatif de l’état du monde. Tous les continents doivent y être représentés de manière permanente, ainsi que  les grandes zones culturelles mondiales – un représentant du monde arabo musulman s’impose-  et des pays comme  l’Allemagne, le Japon, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud, entre autres, doivent  en  devenir  membres permanents.  Il doit voir aussi ses possibilités de décision et d’intervention renforcées. On pourrait, sans en  ignorer, là non plus,  l’immense difficulté,  proposer, en accompagnement  de l’élargissement du Conseil, un réexamen  du droit de veto. Une des propositions  pourrait consister dans  sa non utilisation lors de votes concernant les contraventions flagrantes  à la Charte , les violations massives  des droits de l’homme,  des actes de violence ou de répression contre les populations civiles ou  des minorités  ainsi que ceux prévoyant  les interventions destinées à les faire cesser. Les décisions concernant ces points seraient prises à une majorité étendue. Pour marquer sa volonté d’aller de l’avant, la France pourrait, dès le début des négociations qui s’engageraient pour la rénovation du Conseil de sécurité, annoncer qu’elle appliquera,  avant même tout accord, cette limitation de son droit de veto.   

 

Les organisations régionales supra nationales pourraient être appelées à jouer un rôle à côté du Conseil de sécurité, et constituer un Comité Consultatif que le Conseil pourrait saisir d’une question ou d’un litige particulier.

 

Enfin, l’efficacité  de l’ONU passe aussi  par une réforme de sa bureaucratie, l’adoption de règles de management et de contrôle plus modernes, sans doute aussi plus rigoureuses quand on voit les scandales qui la touchent.  Elle passe enfin  par  la mise en place de moyens d’intervention rapides, dont la responsabilité opérationnelle  serait confiée, selon les types et les lieux  d’interventions, à tel ou tel pays. Ce devrait d’abord être le cas pour les crises humanitaires ou les catastrophes naturelles, pour lesquelles la mobilisation immédiate d’un « Corps humanitaire  d’intervention » devrait être  d’ores et déjà préparée, avec attribution de moyens suffisants et adoption de méthodes et de procédures adaptées.

 

Marc d’Héré

 

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marc d HERE 14/12/2006 17:56

Kofi Annan quitte le secrétariat général de l'ONU en laissant cette organisation dans un piteux état.....plus inéfficace et plus mal organisée que jamais.
Le Coréen Ban Ki-Moon le remplace et il doit lui revenir la tâche de contribuer à une profonde réforme de cette organisation essentielle pour la paix.....
Je soumets à nouveau au débat ces quelques pistes de réflexions pour une réforme de l'ONU....

marc d HERE 30/11/2006 10:34

Selon la presse de ce matin, la France serait parvenue, à Riga, à limiter les ambitions politiques de l'Alliance atlantique....Je ne suis pas persuadé qu'il faille s'en réjouir.

J.M. Bouquery 30/11/2006 09:28


Beaucoup de questions !
L'Europe à l'ONU et la France à l'OTAN ?
jm b

marc d HERE 29/11/2006 11:11

Une tribune de Chirac publiéedans 35 pays vient donner une actualité à la question de l'efficacité des organisations internationales comme l'ONU....et l'OTAN
En fait un débat existe entre Chirac et les E.U.....Ceux-ci constatant l'inefficacité de l'ONU cherchent à la contourner en donnant un plus grand rôle à l'OTAN, qui regroupe desnations  démocratiques.....
Chirac dans cette tribune  s'oppose à la "dérive civile" de l'OTAN, et sohaite que "l'ONU reste le seul forum politique à vocation universelle".....mais n'envisage pas de réforme sérieuse de l'ONU...
Dans l'article "valeurs universelles et droit d'ingérence" j'avais envisagé ce rôle accru de l'OTAN, et dans l'article ci dessus je propose un certain nombre de réformes destinées à donner plus d'efficacité à l'ONU et notamment aux nations démocratiques qui la composent.....
Sur cette question, je ne suis pas en accord avec la position de la France.....Mais j'avoue ne pas être un spécialiste ....Un débat sur ces points me serait utile