Qu' est ce que l'opinion?

Publié le par Gilles Norroy

Ceci est le premier de trois articles que je consacre au thème de l’opinion. Bien évidemment c’est avant tout à l’opinion politique que je ferai référence. Je traiterai successivement de  la formation de l’opinion, de  ses manipulations et de  l’usage que les politiques peuvent en faire.

 

Nous parlons beaucoup des sondages d’opinion en cette période d’intense bataille politique.

 

Mais au fond parle t-on bien de la même chose quand on évoque l’opinion individuelle et collective ?

 

Le grec Parménide la définissait comme « tenir pour vrai » et s’en méfiait « en elle on ne peut se fier à rien de vrai » et il l’opposait à la vérité qu’il définissait comme « le chemin auquel se fier ».

 

Tenir pour vrai, Parménide montre bien la fragilité ou la relativité de l’opinion qu’elle soit personnelle ou collective.

 

Au fond, on n’est pas sûr de grand-chose…

 

En politique l’opinion repose souvent sur une perception d’une personne : on aime ou on aime pas (le général de Gaulle disait que la politique ce n’est pas autre chose que du sentiment).

 

Allez savoir pourquoi, car le plus souvent on ne perçoit que l’image médiatique plutôt que la réalité du personnage. Cela n’est pas sans rappeler les prisonniers de la caverne de Platon qui finissaient par croire que les ombres qu’ils discernaient étaient  la réalité du monde extérieur.

 

 

 

Combien de personnes votent en toute connaissance du programme de leur candidat ?

 

Connaissez vous beaucoup d’électeurs qui lisent tous les tracts électoraux avant de se décider ?

 

Et d’ailleurs les programmes on sait ce qu’il en advient…

 

Dans son ouvrage « le suffrage universel contre la démocratie » Philippe Braud parle « des exigences fantasmatiques de l’électorat ».

 

Du fait de la dimension sentimentale c’est le plus souvent dans le rejet d’une personne que dans l’adhésion à une autre que s’effectuera le choix politique.

 

D’ailleurs, le plus souvent quand des personnes parlent d’un homme politique pour le critiquer, ils diront facilement « il m’a déçu » plutôt que « je me suis trompé » rejetant la faute sur l’autre. Cette culpabilité est d’ailleurs à la base des oscillations de l’opinion sur le registre de séduit et abandonné et source de fureur depuis l’antiquité puisqu’il n’y a jamais loin du Capitole à  la roche Tarpéienne.

 

Il faut s’interroger sur ce qui constitue les bases d’une opinion politique et les limites de notre libre-arbitre dans ce domaine.

 

Il faut d’abord ne pas négliger le hasard. L’opinion politique se forme souvent dans le jeune age par suite de rencontres inopinées. Cette jolie blonde qui vous a fait la suivre aux Etudiants Communistes vous  en souvenez vous encore ? Ce camarade de lycée qui parlait si bien de Malraux a-t-il suffi à forger vos opinions gaullistes du moment ?

 

On peut aussi s’interroger sur le poids des traditions familiales : chez moi on est de gauche !

 

Passée l’époque des révoltes adolescentes il n’est pas rare que l’on finisse par revenir aux opinions de sa famille.

 

Dans combien de couples d’ailleurs les opinions de monsieur et madame sont-elles différentes ?

 

Je ne parlerai que rapidement de ceux qui n’ont plus leur libre-arbitre pour du moins exprimer leurs opinions et qui sont tenus de penser comme leur patron. (Je garde le souvenir, vif dans les Hauts de Seine d’une députée européenne très engagée pour convaincre des bienfaits de la constitution et qui sur un coup de sifflet bref de Laurent Fabius se mit à soutenir l’opinion contraire)

 

 

 

Le milieu social peut aussi être un facteur explicatif : plutôt une chance d’être à droite si l’on vient d’un milieu de commerçants ou de chefs d’entreprise, plutôt à gauche si l’on est issu d’une lignée d’enseignants et de fonctionnaires.

 

Il n’y rien d’automatique pour autant dans cela.  En trente ans le vote ouvrier est passé massivement du Parti Communiste au Front National.

 

 

Il y a globalement une grande rémanence des opinions. Les historiens Garlan et Nière ont consacré un ouvrage remarquable à la Révolte du papier timbré en Bretagne( 1675).

 

Il en ressort que les communes qui s’étaient révoltées contre l’édit de Louis XIV furent aussi celles qui plus de cent ans après prirent faits et causes pour la révolution française, puis furent des foyers de résistances et après la guerre des municipalités communistes, encore aujourd’hui le plus souvent à gauche.

 

 

Prendre conscience des déterminants personnels et collectifs de l’opinion, de sa fragilité nous impose un devoir de tolérance vis-à-vis de celles des autres et de modestie vis-à-vis des nôtres.

 

Parménide le disait bien « la vérité est un chemin » J’ajouterai qu’il est vraisemblable que ce chemin soit étroit et tortueux, bordé de précipices, mais qu’importe puisqu’il sent la noisette.

 

 

Gilles NORROY

 

Novembre 2006

 

Publié dans Réflexion politique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

J.M. Bouquery 29/11/2006 11:34


Et que les opinions se forment...Sujet essentiel. Pour sortir du sempiternel commentaire sur l'archaïsme des partis et dépasser la nouvelle glose Ségolène/PS.
Juste une analogie, pour notre époque de citoyens-consommateurs (et vice versa): il ya une génération déja était né un Bureau Européen des Unions de Consommateurs, et financement à la clé,  pour soutenir l'émergence d'un "consumerism" européen ET susciter la contrepartie au mouvement des règlementations bureaucratiques.....
Notre démocratie d'UE à 25 ne justifierait elle pas quelque initiative de ce type ?
jm bouquery

marc d HERE 28/11/2006 11:00

L'opinion se forme davantage  à partir d'émotions, que de raisonnements...., Mais une opinion  basée sur l'émotion sera plus fragile et plus susceptible d'évoluer qu'une opinion fondée sur  le raisonnemnt . Mais ce dernier est beaucoup plus lent à   façonner une opinion que l'émotion....
Les politiques sérieux et estimables ne peuvent donc se passer d'arguments émotionnels, mais ils doivent les soutenir par des arguments fondés sur la raison.....
Autre solution ,choisie  par les "populistes"  compenser le manque de "raison" par la multiplication d'appels à l'émotion ou aux émotions...Le Pen est un populiste...Ségolène et Sarkozy ne le sont pas vraiment ....