Qu'est-ce que le libéralisme

Publié le par Jean-Paul Lahaye

De l'inculture politique au retour du politique.

 

Je reproduis ci-dessous le contenu d'un mail que j'ai reçu, suite à mon précédent article :

"monsieur, vos emails ne sont que tissus de conneries............  je ne suis inscrit a aucun parti... la politique me dégoutte a un point que vous ne pouvez pas imaginer,,,,,,,,,,,,,,, je devrais dire les politiques me dégouttent, Pizani également .::::::: Si je devais me situer je serais plutôt libéral même ultra libéral alors je vous remercie de m'oublier dans l'envoi de vos courriers".

J'avoue que j'ai d'abord réagi assez vivement et envoyé vertement paître ce monsieur, tout en respectant sa demande de le radier de mon fichier.

Ensuite, je me suis dit qu'il y avait peut-être une interrogation intéressante derrière cette disjonction entre "libéralisme" et "politique".

D'une certaine manière, le politique serait-il l'ennemi du libéralisme et réciproquement ?

Mais alors, de quoi parle-t-on ?

Que faut-il entendre par "libéralisme" ?

Je me demande si ce n'est pas, aujourd'hui, la question essentielle si l'on veut aller au cœur du débat.

Essayons d'en poser l'alternative.

D'un côté, la plupart d'entre nous sommes "libéraux", dans la mesure où nous reconnaissons les vertus de l'économie de marché, comme étant certainement le plus performant des moteurs en termes de création de richesses, de progrès technologiques et de développement.

De l'autre, nous sommes de plus en plus nombreux à nous inquiéter des effets pervers du marché dit "globalisé", en termes d'accroissement des inégalités, de dégradation des relations de proximité (donc des relations tout court), d'insécurité planétaire et d'agression de notre environnement.

D'où la critique des dérives d'une certaine forme de libéralisme, que l'on a pu qualifier "d'ulta-libéralisme", même si certains continuent de s'en réclamer.

D'où également - et plus récemment - l'émergence d'une forme nouvelle de libéralisme, revendiquée sous le terme de "libéralisme social", avatar dépoussiéré, voire novateur de la "social-démocratie".

L'hypothèse que j'entends poser est la suivante et s'articule en trois affirmations qu'il conviendra de vérifier.

Premièrement, que "libéralisme social" n'est rien d'autre que le parfait synonyme de "Démocratie".

Deuxièmement, que derrière cette évidence réinventée - et ce serait une bonne nouvelle - se profile peut-être le retour du politique.

Troisièmement, et à l'inverse, que la disjonction entre "politique" et "libéralisme" n'est rien d'autre que l'avatar d'une profonde inculture politique.

Commençons par le troisième terme - puisqu'il est le fruit, vénéneux, du processus - pour dire que l'inculture politique est une "inculture organisée", dans le cadre archi-dominant de l'économie.

Cette soumission flagrante du politique à l'économie - qui commence seulement à être énoncée par les politiques eux-mêmes - a conduit fort logiquement au rejet du premier.

Cependant, en rendre responsable "la" politique ou "les" politiques, c'est confondre l'effet et la cause. Ils en seraient plutôt les victimes. Des victimes consentantes, au demeurant, puisque l'organisation de l'inculture politique dans le cadre archi-dominant de l'économie leur a permis jusqu'ici de préserver l'essentiel à leurs yeux : le pouvoir.

Cela pourrait ne pas durer. Car, la véritable victime - "le" politique, c'est-à-dire la démocratie, c'est-à-dire, encore, nous tous - est entrée en rébellion.

Néanmoins, ne nous trompons pas de cible. Nous n'avons pas à nous rebeller contre "la" politique, ni contre "les" politiques. Il nous faut plutôt réinventer "le" politique. Et cela ne dépend que de nous. Car, nous aussi sommes très clairement des "victimes consentantes". Puisque nous en sommes arrivés, du fait de notre inculture politique, à accepter le joug d'une entité fantasmagorique, "l'économisme" - cette idéologie de la consommation et de la croissance - au point de la considérer comme un horizon unique et indépassable. Ce qu'elle n'est certainement pas. Et pour qu'elle ne le soit plus, il suffirait que nous le décidions

Maintenant, venons-en à l'essentiel : qu'est-ce que l'inculture politique ?

C'est l'ignorance, l'oubli de nos devoirs ou, si l'on préfère, de nos obligations.

Et, si l'on regarde bien, cette ignorance ou cet oubli, ce déni de réalité, est le principe même du marketing : "Jouissez de suite, payez ensuite !". Sur le marché, tel qu'il est organisé - y compris par le "marketing politique", de droite comme de gauche - nos droits sautent aux yeux et nos obligations sont écrites en petites lettres.

Les plus petites possibles, s'il vous plaît !…

Ainsi conçu, accepté ou subi, le marché ne peut qu'organiser notre irresponsabilité, notre incivilité et, finalement, notre insolvabilité. Ce, jusqu'au plus haut niveau : l'Etat.

Ce libéralisme-la, effectivement, semble être à l'opposé "du" politique. Pourtant, c'est faux. Tout est politique et ce libéralisme l'est aussi. Simplement, il n'est plus véritablement démocratique.

A partir cette analyse, il y a peut-être une ouverture, une possibilité de réinventer "la" politique, c'est-à-dire de relancer le moteur dialectique d'un clivage droite-gauche plus fécond.

Dans ce débat réinventé, on ne sépare plus l'économie et le politique. On ne met plus l'un à la remorque de l'autre. On organise leur synergie et, si l'on choisit l'ordre démocratique, dans le respect des principes de celle-ci. Dès lors, la question essentielle devient la suivante : dans le contexte national, européen, planétaire qui est le nôtre, où placer le curseur, pour que chacun se sente à la fois responsable et respecté ?

N'est-ce pas cela "l'ordre juste" ? 

 

Jean-Paul Lahaye

Publié dans Réflexion politique

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J. M. Bouquery 29/11/2006 08:34

Non, tout n'est pas politique . Y compris dans le social et l'économique. C'est d'abord ça être libéral. L' organisation des pouvoirs n'est pas un Salut universel !  Il n'y a guére que l'écologie (jusqu'à l'eugénisme ! ) qui doive être d'abord politique. Ce qui est récent et nouveau donc problématique. Le libéralisme est un humanisme, à réguler en tant que tel; l'écologie doit devenir un socialisme à organiser. Il est proprement idiot d'opposer conceptuellement libéralisme et socialisme qui ont chacun leurs domaines de pertinence, l'homme individualisé et la nature globale humanisée, et des domaines partagés comme la Ville, et des complémentarités, par exemple sur l'espace et l'énergie....
jm bouquery

marc d HERE 27/11/2006 09:24

Jean-Paul,
J'aimerais te voir détailler dans un prochain article  ce que tu appelles le libéralisme social et que nous appelons le socialisme libéral...Tu le définis comme le synonyme parfait de la "démocratie" et c'est certainement juste.
Libéralisme dans la production, préoccupation sociale dans la distribution il est aussi l'alliance de la responsabilité et de la solidarité. Cette notion  représente la colonne vertébrale de notre engagement politique et il est important de travailler collectivement à son approfondissement.