Stiglitz et lamondialisation

Publié le par Les Echos

Un ami m’adresse cet extrait d’un article paru en son temps dans « les échos »…..

 

 

Les évolutions technologiques ont contribué à la quasi-stagnation des salaires réels pour les travailleurs peu qualifiés aux Etats-Unis et ailleurs depuis une trentaine d'années, et les citoyens n'y peuvent pas grand-chose. En revanche, ils peuvent influencer le cours de la mondialisation.

 

 

Selon les théories économiques, tout le monde ne ressort pas vainqueur de la mondialisation, mais les bénéfices nets sont positifs, et les gagnants peuvent donc dédommager les perdants sans perdre leur avantage. Mais les conservateurs soutiennent que, pour rester compétitif à l'échelle mondiale, il faut réduire les impôts et la protection sociale. C'est ce qui a été fait aux Etats-Unis, où les impôts sont devenus moins progressifs, et où des avantages fiscaux ont été accordés aux vainqueurs, c'est-à-dire à ceux qui bénéficient à la fois de la mondialisation et de l'évolution techno- logique. Résultat, les Etats-Unis et leurs disciples sont en train de devenir des pays riches aux populations pauvres.

 

 

Les pays scandinaves ont cependant montré une autre voie. Certes, le gouvernement, comme le secteur privé, doit rechercher une efficacité maximale. Mais des investissements dans le secteur de l'éducation et de la recherche, assortis d'une bonne protection sociale, peuvent stimuler une économie plus productive et plus compétitive, avec plus de sécurité et un niveau de vie plus élevé pour tous. Une bonne protection sociale et un marché proche du plein-emploi créent un climat qui incite tous les acteurs - travailleurs, investisseurs et entrepreneurs - à prendre les risques nécessaires pour l'investissement et la création d'entreprise.

 

 

Le problème est que la mondialisation de l'économie a devancé celle de la politique et des mentalités. Nous sommes devenus plus interdépendants, d'où la nécessité d'agir ensemble, mais nous manquons de cadres institutionnels pour le faire de manière efficace et démocratique.

 

Les organisations internationales comme le FMI, la Banque mondiale et l'Organisation mondiale du commerce sont plus indispensables que jamais, et pourtant la confiance qu'elles inspirent est au plus bas. La seule superpuissance mondiale - les Etats-Unis - méprise les institutions supranationales et s'efforce de les affaiblir. L'échec imminent du cycle de négociations commerciales « du développement » et les atermoiements du Conseil de sécurité des Nations unies au sujet du cessez-le-feu au Liban ne sont que les manifestations les plus récentes du dédain des Etats-Unis pour les initiatives multilatérales.

 

 

C'est en comprenant mieux les maux de la mondialisation que nous pourrons trouver des remèdes pour traiter les symptômes et s'attaquer aux causes profondes. Il existe un large éventail de politiques susceptibles de profiter aux habitants des pays développés et en développement, et qui donneraient donc à la mondialisation la légitimité populaire qui lui fait aujourd'hui défaut.

 

 

En d'autres termes, la mondialisation peut changer. Il est même évident qu'elle va changer. Reste à savoir si le changement sera la conséquence inéluctable d'une crise ou le fruit mûrement réfléchi d'un débat démocratique. Une crise risquerait de provoquer des réactions hostiles ou une réorientation désordonnée débouchant à terme sur de nouvelles difficultés. En revanche, en prenant dès aujourd'hui le processus en main, nous pouvons façonner une mondialisation différente, capable de réaliser enfin son potentiel et de tenir sa promesse : un meilleur niveau de vie pour tous.

 

 

JOSEPH E. STIGLITZ, prix Nobel d'économie 2001, est professeur à l'université Columbia (New York).

 

Publié dans mondialisation

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Laurent Py 02/12/2006 15:05

Marc, je n'avais pas vu ton dernier commentaire ! Il m'aura fallu attendre l'article d'Eric pour te rejoindre une fois de plus !

IES 01/12/2006 11:54

Je mets en comentaire un message reçu par ailleurs...
MédiabusinessLe nouvel eldorado, par Danièle Granet et Catherine LamourLa vague de fond de la mondialisation est en train de submerger un des derniers univers encore protégé, celui des médias.Un mouvement profond et durable travaille souterrainement le monde de la presse, de la radio, de la télévision. Parce que l'usage d'internet a fait voler en éclats la notion de frontières. Mais aussi parce que, dans cet univers où l'argent coule à flots, les financiers viennent de prendre le pouvoir. Tous les médias, quels qu'ils soient, sont désormais des proies pour les investisseurs et les grands groupes de communication internationaux. L'enjeu est de taille : un marché publicitaire colossal et le contrôle stratégique des moyens d'information.Pourquoi et comment est survenue cette révolution qui change à notre insu toutes les règles traditionnelles du fonctionnement des médias?A travers le prisme français, les auteurs abordent la question à l'échelle de l'Europe et du monde.Danièle Granet et Catherine Lamour ont mené l'enquête pendant deux ans dans ce milieu fascinant et complexe dont on dit qu'il est le "quatrième pouvoir", mais le seul à être sans contre-pouvoirs. Elles ont voulu comprendre et faire comprendre les transformations radicales qui s'y produisent. Pour la première fois, toutes les pièces du puzzle qui se cache derrière le mot "médias" ont été rassemblées et mises en perspective, faisant apparaître cette industrie soi-disant "pas comme les autres" sous son véritable jour : un business mondial et le nouvel eldorado de la finance.Catherine LAMOURCLIC (Catherine Lamour Images Conseil)

marc d HERE 29/11/2006 10:05

Est-ce que le premier terrain de jeu n'est pas l'Europe?
Organiser mieux  cet espace  économique et politique.....Parvenir à une convergence fiscale et sociale entre les 25 (ou 27), donner plus de puissance à l'eurogroupe,  développer  considérablement la recherche et l'innovation,  rénover notre modéle social, élargir l'Union.....et agir avec toute la puissance et l'autorité ainsi gagnées pour donner plus de responsabilité  aux organismes internationaux...  

J. M. Bouquery 29/11/2006 08:13

Oui Marc. Le problème est le mode d'emploi. Sacrée thermodynamique ! S'ouvrir sans perdre de substance, maitriser ses entrées et ses sorties ( alors que Chine et Usa mondialisent trés unidimensionnellement ), avoir ses observateurs et éclaireurs aux avant-postes, entrainer ses lignes arrières, etc. . Pour une règle commune chaque joueur doit inventer son jeu selon sa surface, sa densité, etc. .
jm bouquery

marc d HERE 26/11/2006 23:18

Il y a une bonne utilisation de la mondialisation. Si on doit chercher à se protéger de ses méfaits , on doit surtout savoir utiliser ses opportunités et ses chances.
La mondialisation  est un processus  sur lequel  nous pouvons agir et que nous pouvons orienter...