La gauche sans le PS, ou rien de neuf chez Ségolène?

Publié le par Robert Bellec

Prenons Mitterrand : contre Rocard qui avait des convictions, il n’en avait aucune, il promet le « grand soir » (à moitié), rallie les communistes, puis leur fait « le baiser de la mort », et fait machine arrière toute, laisse faire n’importe quoi au plan économique, materne à tout va, puis prépare, juste retour des choses, son fauteuil pour Chirac.

Prenons Chirac : son entourage lui souffle en 95 que pour être élu il faut développer des thèmes « de gauche ». Résultat : exclusion, fracture sociale, droit au logement.

Il a « écouté » « le peuple », il est élu. On a vu quoi ?

Et chaque fois on nous a vendu « du nouveau », du maternage, et tout ce que l’électeur a envie d’entendre.

On n’en a pas assez de se faire prendre pour des billes ? On va remettre ça ?

Les deux ont en commun de ne pas avoir de vision, de surfer sur l’opinion, de vendre du « nouveau », comme s’il en pleuvait, et de se positionner en Mère Toute-puissante et Protectrice.

C’est pas exactement pareil pour la chère Marie-Ségolène ?

Bien sûr que l’enveloppe extérieure, le packaging, a été modernisé.

La madone, la mère protectrice, le sourire comme un masque, un « nouveau » renouvelé, la prétendue écoute (sélective, comme toute écoute politique). Le packaging est bien léché. Sur Mitterrand et Chirac qui eux aussi se sont positionnés en dirigeants maternants, elle a l’avantage d’être une mère biologique. Mieux qu’eux, elle peut incarner Big Mother (cf Gilles Schneider), la Madone, etc.

De l’excellent marketing, bon packaging, bravo, mais on nous vend exactement la même tambouille à l’intérieur. Rien de bien délicat.

 

 

 

 

 

D’abord, il ne faut pas s’obnubiler plus que ça sur les 60%, ils ne traduisent rien de plus que l’insondable désarroi des militants PS, qui sont paumés, plus encore que les Français. Désorientés.

Avoir dû voter Chirac, le non à la constitution, l’effet Ségolène, un pays encore riche mais quand même en vrac, les banlieues qui flambent, résultat d’un modèle social qui prend l’eau, faire une politique libérale assis sur un discours anti-libéral, et j’en passe, couleuvre sur couleuvre. Comme dit la douce Roselyne qui n’en manque pas une, ils ne savent plus à quel ceint se vouer. Mais laissons là la douce Madone Marie-Ségolène.

 

 

 

Oui, scoop, il y a peut-être quelque chose de nouveau.

Ce qui se passe sous nos yeux, c’est rien moins que l’implosion du PS après une lente et douloureuse désagrégation qui a commencé avec le non au référendum sur la constitution. Bien sûr, tous détournent pudiquement les yeux de cette évidence aveuglante. Tous veulent donner le change.

 

 

 

J’avais écris ici que le PS est plus clivé que le pays même, en réalité il était déjà scindé et ne tenait plus guère que par un bout de colle, le fameux « mortier de Hollande », que tout bon bricoleur politique devrait avoir dans sa boîte à outils.

 

 

 

Quand même, Marie-Ségolène ! lancer une campagne ( il y a plus d’un an) dans le dos du PS, puis au fil des mois lancer des thèmes en solo, sans s’occuper des ânonnements  du même parti, tout en jurant la main sur le cœur que, si, si, son « projet » est celui du PS, pour nous annoncer aujourd’hui sans état d’âme que le programme du PS, elle s’assoit dessus ! C’st quand même dur à digérer pour de gentils éléphants, même s’ils s’appliquent à se déclarer cocus mais contents.

 

 

 

En même temps on ne peut pas le lui reprocher complètement, rien n’était plus possible dans ce capharnaüm. Mais quel mépris quand même !

 

 

 

Les observateurs devraient être plus attentifs au fait que le PS se soit jeté ainsi à corps perdu dans les bras d’une « aventurière » plus audacieuse que les autres, ce qui en dit long sur le désarroi de ce parti, et probablement de la gauche, et au-delà.

 

 

J’avais tenté de l’expliquer ici en m’adressant à B Kouchner, par le fait que le grand écart de « la synthèse » leur interdit toute forme de vision cohérente. Sans vision, toute stratégie tourne à vide. C’était donc prévisible.

 

 

 

Mais est-ce bien « une aventurière » ? On peut en douter, tout ceci est probablement concerté. L’entourage de MSR n’étant pas composé que de naïfs et de sots, même s’il y en a là aussi, je ne leur ferai pas l’affront de penser qu’ils n’en sont pas conscients.

Je pense même, sans en avoir la preuve, qu’ils l’ont décidé il y a un an et mené à bien délibérément en considérant cette hypothèse comme un scénario à intégrer.

Ce qu’elle me rappelle Mitterrand !

 

 

 

Car dire que son programme va se faire en « complétant » le programme PS par ce que pensent les Français, c’est quand même ce qu’on nomme poliment et sans langue de bois, du foutage de gueule. Ça veut dire, je vais grappiller mes thèmes de-ci de-là, à gauche, à droite, au centre, et même accessoirement dans le programme en question quand ça m’arrange. En clair, je recompose le tout. En plus clair encore, je m’assois dessus.

 

 

 

Après avoir avalé et bien dégluti la soupe à la grimace, il seront bien obligés les gentils éléphants, de prendre acte de la réalité.

Donc, pour moi la messe est dite, reste à savoir s’il va se scinder en deux ou trois parties. Et s’il va agoniser longtemps avant de plonger.

 

 

 

Imaginons. Dans le meilleur des cas on va voir apparaître un « Nouveau Parti socialiste » de ligne dure, étatiste et un « Parti Social Démocrate » de ligne réformiste.

Mais peut-être aussi − c’est l’occasion inespérée− une troisième tendance qui osera se dire social-libérale.

 

 

 

C’est peut-être −dans leur calcul− un scénario possible. Pas plus mal, au fond.

 

 

 

Ce qui permettrait à tous ceux qui se sentent proches de nos idées de s’inscrire dans un parti destiné à devenir le pivot de cette (petite) composante libérale de la gauche, à coté du PSD de DSK, du NSP de Fabius, et des autres.

 

 

 

Et arrêter enfin cette fiction politique de la synthèse, qui anesthésie à gauche tout effort d’intelligence, de débat, et d’authenticité, voire de lucidité.

 

 

 

 

 

 

Laissons là cet intermède de politique fiction, qui peut faire réfléchir.

En résumé et pour revenir à MSR, la critique que je lui adresse c’est :

-          Sur le fond : si elle (et son staff) a une vision politique, de l’avoir bien cachée. Or c’est pour moi de très loin le plus essentiel de ce qu’on doit attendre d’un dirigeant politique présidentiable. 

-          Et sur la forme cette manière effectivement limite populiste de faire de la politique, poison toxique et parfois mortel pour l’idée de démocratie.

 

 

 

« J’ai vos idées » c’est parfaitement absurde, idiot, mensonger, impossible, démago.

Du pur marketing politique. Du Chirac poussé à l’extrême.

 

 

 

« C’est une vaine ambition que de vouloir ressembler à tout le monde, parce que tout le monde est composé de chacun, et que chacun ne ressemble à personne ».

 

 

 

 

 

Les Français comme les autres humains étant divers, différents entre eux, plus ou moins informés, plus ou moins malins, plus ou moins haineux, plus ou moins égoïstes, plus ou moins conformistes, et je pourrais continuer longtemps, dire « j’ai vos idées », ça ne veut strictement rien dire.

Chacun le sait, pourquoi tout le monde fait mine de ne pas s’en rendre compte ?

 

 

 

Nouveau, ça ? c’est vieux comme la démagogie, on le disait déjà dans l’antiquité.

 

 

 

Et sur le fond, une vision stratégique est nécessaire, essentielle, et ne se confond pas avec un catalogue d’actions disparates additionnées.

 

 

 

Rien de neuf chez Ségolène Royal donc, sauf d’avoir mis une bombe dans un édifice sclérosé et archaïque, ce qui laissera un terrain nu pour, peut-être, reconstruire.

Mais de ce que j’ai vu, j’en suis désolé, elle n’a montré aucune des qualités nécessaires − en profondeur− pour jouer ce rôle.

 

 

 

Du reste, elle a été « populaire » avant d’avoir rien dit. C’est tout dire.

 

 

 

Robert Bellec

 

 

 

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J.M. Bouquery 28/11/2006 10:35


Sans doute ! Robert B aime Paul et Mickey, bien. La seule question est sur ce qu'il y a de neuf en nous pour voir ce qu'il y a de neuf dans le monde. Il dit ne rien voir dans les profondeurs de la dame, peut être une simple myopie ? Il dénie toute vision à Tonton et Chichi qui ont pourtant bien vu comment nous étions. Non ? Hypermétropie ? Je suggère de passer de la lunette à la binoculaire. Cordialement.
jm bouquery

marc d HERE 24/11/2006 20:02

Je n'ai jamais utilisé le terme de manichéen dans le sens de "capacité à faire des choix clairs"...ou as-tu vu cela?...;
Peu importe....Sur le fond, relis bien ce qui a été écrit, il n'a jamais été question de "soutien", mais "d'analyse"...
Enfin, le débat fait partie de l'esprit même de ce blog c'est à dire la possibilité d'avoir les uns et les autres des avis différents....
Bien à toi

robert Bellec 24/11/2006 19:36

Marc, ma cervelle grossière n’a pas j’en conviens la subtilité nécessaire pour saisir les beautés et les nouveautés de la pensée Royalienne. Mais tu fais par ailleurs un contresens sur le terme manichéen, qui ne désigne pas la capacité à faire des choix clairs, mais consiste à mettre une ligne de partage arbitraire entre le « bien » et le « mal » absolus. Ce n’est pas ce que je fais : j’argumente par rapport à des critères, des objectifs, je compare, j’évalue, je dénonce les mensonges d’un marketing bien léché. Je ne dis pas qu’il n’y a rien de « nouveau », je n’écris pas « tout mauvais, tout vieux, tout rabâché », je mets en doute le caractère « porteur d’espoir » et « nouveauté authentique » de ce qui m’apparaît davantage comme soit de l’esbroufe soit du gadget, soit de l’ordre du packaging. On peut en discuter point par point.
 

Je n’ai pas cherché ici à faire l’inventaire des qualités et mérites des candidats. Qu’ils en aient, et beaucoup, c’est une telle évidence, mais il ne s’agit pas de ça. C’est plus simple : si on pense que tel candidat est le plus apte à sortir le pays de la mouise, il faut le soutenir, et pas à moitié, complètement. Si au vu de ses options, ses dires, ses façons, on pense qu’il risque plus sûrement de continuer et amplifier la dégringolade en cours, il parait plus logique de le combattre, complètement.

 

marc d HERE 23/11/2006 10:19

Cher Robert,
Pas  de question  de personne là dedans...Il apparaît à Jean-Paul je crois, et à moi aussi tu le sais, que ta vision quelque peu  manichéenne ( tout mauvais, tout vieux, tout rabaché) chez Ségolène, ne te permet pas de distinguer qu'il y a aussi chez elle du nouveau qui peut nous intéresser....Nous nous devons d'avoir une analyse  plus fine et plus ouverte de la situation...Cela dit, globalement bien entendu que je suis plutôt d'accord avec  beaucoup de tes critiques.....DE toutes façons, tu le sais, "ce n'est qu'un début...continuons le débat"...
Et puis l'avenir nous départagera assez vite...

robert Bellec 23/11/2006 10:08

Je comprends.
Mon but n'est pas d'attaquer les personnes, mais les idées qu'elles portent, si besoin. Ni de choquer les supporteurs de Ségolène Royal, ni ceux qui sont dans l'entre deux et sont hésitants.
Mais ne renversons pas les rôles. Mon point de vue est ultra-ultra-ultra minoritaire à gauche. Si en plus je dois parler lisse, gentil et par litote, on sera complètement inaudible. Il me semble, mais je peux me tromper.
Je veux juste secouer les esprits pour faire un tout petit contrepoids au bulldozer médiatique et marketing qui s'est mis en marche, et au cortège d'idées nébuleuses et dangereuses dans son sillage. 
S'il s'agit de ménager celle qui sera notre future figure de proue, ça ne m'intéresse pas, je le reconnais, car alors, autant disparaître tout de suite.
Mais je comprends, le style "coloré" peut choquer. Je peux édulcorer ou faire plus sobre. Moins amusant en même temps, et c'est de l'écriture spontanée... Comme a commenté quelqu'un : " - c'est du brutal... -ouais, une boisson pour adultes... - on n'en donne plus aux clients, y'en a qui sont devenus aveugles... - y'a pas d'la pomme là-dedans?..".
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