Royal/Sarkozy..... le début d'une rénovation?

Publié le par marc dHERE

Le choix de Ségolène Royal comme candidate du PS était attendu mais le score impressionnant  qu’elle réalise – plus de 60% au premier tour-  en fait un évènement politique. Elle va, au moins pendant les premiers mois de campagne ou de pré campagne, bénéficier d’une autorité et d’un prestige indiscutés. Même ceux qui parmi nous – et j’en fais partie- ne soutenaient pas la candidature de Ségolène Royal, et peuvent regretter que son élection ait été pour une large part, celle de l’ambiguïté, de l’image et d’un certain populisme, doivent être attentifs et même intéressés.  Que fera Ségolène Royal de sa large victoire ? Ou, dit autrement,  peut-il y avoir un bon usage de la victoire royaliste ? Y a-t-il une chance que Ségolène Royal change en partie la donne, bouscule fortement le PS et présente un projet présidentiel différent du projet socialiste ? Ce n’est pas le plus probable, mais si cela se passait, il faudrait savoir le reconnaître.

Ce serait quoi ce bouleversement, qui pourrait nous faire reconsidérer notre position ?  Ce serait notamment l’annonce par Ségolène Royal de sa volonté de rationaliser et de limiter fortement les dépenses publiques pour pouvoir réduire les déficits et la dette et retrouver ainsi des marges de manœuvre notamment sociales. Ce serait l’abandon de la volonté de renationaliser EDF et GDF. Ce serait l’annonce de réformes des services publics de la santé et   de l’éducation allant vers une très large  autonomie des acteurs (hôpitaux, écoles, universités…), une collaboration public/privé, dans le cadre d’une concurrence régulée. Ce serait une prolongation de la réforme Fillon sur les retraites, avec l’institution d’une retraite à la carte (financée aussi par des fonds de pension) et l’unification des différents régimes. Ce serait une politique économique développant la recherche et l’innovation et  favorable aux entreprises et à l’initiative. Ce serait un réexamen de la loi sur les 35 heures, et la généralisation des négociations entre acteurs sociaux pour toute évolution du droit du travail comme du droit social. Ce serait la généralisation d’une égalité des chances qui n’est aujourd’hui qu’un slogan, la sécurité pour les plus vulnérables,   une politique active en faveur du logement, de l’emploi (en responsabilisant employeurs et demandeurs d’emploi), une politique concrète d’intégration venant compléter une politique d’immigration concertée. Ce serait une politique d’aide au développement qui ne repose pas que sur l’assistance et la priorité donnée au développement durable. Ce serait un rapprochement avec les gauches sociales libérales européennes, notamment pour relancer l’Europe, et, chez nous, une ouverture des alliances en direction du centre … Rien de tout cela n’est tout à fait contradictoire avec certaines déclarations ou avancées ponctuelles (malheureusement souvent suivies de reculs) de Ségolène Royal…..mais constituerait un ensemble cohérent qu’elle n’a jamais su ou voulu présenter.

Même si Ségolène Royal se trouvait finalement corsetée par le PS et ses alliances (ce qui hélas s’avère le plus probable) et renonçait à  annoncer ce qui précède, on peut penser que sa claire désignation va, avec la probable désignation de Sarkozy dans le camp d’en face, être à l’origine d’une situation politique nouvelle. Une situation politique qui viendra contredire ce sur quoi Bayrou fonde sa campagne et qui était vrai jusqu’au 15 novembre dernier mais ne l’est peut-être plus. L’opposition Royal/Sarkozy ne sera plus l’opposition classique, traditionnelle, archaïque, caricaturale Gauche/Droite que nous avons connue jusqu’ici…… L’un et l’autre défendent des mesures ou affichent des positions qui pourraient l’être ou le sont par l’autre camp : sécurité, immigration, école pour Ségolène, mesures sociales, logement, pouvoir d’achat pour Sarkozy….. L’un et l’autre affirment et montrent une volonté de renouveler les idées, les propositions, les méthodes de leurs camps respectifs. Tout en ayant chacun une culture et une sensibilité nettement à gauche pour l’une, clairement à droite pour l’autre ils se rejoignent dans leur capacité à piétiner les dogmes, à dépasser les clivages, à s’émanciper des appareils, avec une liberté d’autant plus grande que le soutien dont ils disposent est sans discussion. Finalement, l’un et l’autre  sont modernes et indépendants. D’ailleurs au peu de soutien apporté par la vieille gauche (Jospin, Fabius, Aubry..) à Ségolène Royal répond l’hostilité absolue que la vieille droite (Alliot-Marie, Debré, Villepin…) manifeste à l’égard de Sarkozy…

Nous entrons sans doute dans une nouvelle période de la vie politique, plus incertaine, plus fluctuante,  avec des candidats qui ont pris vraiment conscience de la crise du politique et qui, chacun à sa façon, sans éviter les pièges du populisme et de la démagogie, veulent y remédier en affirmant  une meilleure prise en compte de  la réalité,  une plus grande proximité avec les électeurs et leurs préoccupations quotidiennes…..avec les gens….On continue, par habitude à gloser sur la crise du politique qui s’aggraverait de jour en jour….Et si on était entré dans un nouveau cycle, si commençait à se dessiner une « rénovation politique »?…..

 

 

 

Marc d’Héré   

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L 05/12/2006 15:39

Bayrou chez chazal :
http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=16327

marc d HERE 02/12/2006 13:40

Depuis ce matin, Bayrou est officiellement candidat....La surprise n'est pas stupéfiante..... mais sa candidature officielle est importante et, à IES  on l'enrégistre avec sympathie et intérêt......Ecoutons ce qu'il va nous dire, écoutons les propositions qu'il fera... 

Fred Coste 01/12/2006 10:38

J'ai vu aussi la même chose : il n'élude aucune question et il y a souvent bien répondu. Il en arrive même à convaincre des personnes qui a priori devraient lui être opposé comme le rédacteur du Nouvel Obs Serge Raffy -et même Laurent Joffrin d'après ses dires ?!?
D'autre part, il ne renonce pas à sa fermeté -non vu dans un sens autoritaire- qui est donc 'trans-sectorielle". Par exemple, la plupart des personnes peuvent être fermes sur certains sujets comme l'insécurité. Mais, dès qu'un autre leur dit -sachant que c'est parole contre parole- qu'il est victime de contrôles quotidiens, toute personne a tendance à tomber dans la compassion, remettant totalement en cause ce qu'elle avait dit précédemment.
L'attitude qu'il a eu hier à ne pas céder facilement est ce qui est nécessaire pour tout homme po, le rendant crédible.
 

marc d HERE 01/12/2006 10:21

J'ai regardé hier soir " A vous de juger" avec Sarkozy. Une chose m'a frappée: Sarkozy est sans doute le seul homme politique que je connaisse qui n'élude aucune question, même délicate, et qui y réponde clairement.
On peut refuser ses idées, être opposé à ses propositions, il m'apparaît que quand il parle de changement il est crédible....
Je ne sais si d'autres amis, opposés ou pas à Sarkozy,  ont eu la même impression...

marc d HERE 26/11/2006 20:26

Dans "Le Point"de cette semaine, BHL s'interroge sur le destin de Ségolène, estimant qu'elle peut aller dans deux directions, la rénovation ou le  retour à certaines valeurs dépassées ou inquiétante....Tout est  possible dans l'un ou l'autre sens.....
Et il conclut:" Gauche moderne ou populisme?...pragmatisme ou pureté dangereuse sur fond d'idéologie française et de défense du chabichou?.....Nous en sommes là.