Quelles réformes pour 2007....Bockel répond aux internautes...

Publié le par Jean-Marie Bockel

Débat organisé par debat2007.fr

Karim Qu'est-ce qui différencie la ligne "social-démocrate" de Dominique Strauss-Kahn et votre ligne "sociale-libérale" ? 

Jean-Marie Bockel Peut-être que je parle plus directement, n'étant pas candidat moi-même. Je pense que le terme "social démocrate" est plus politiquement correct, mais qu’il constitue déjà une avancée face à l'archaïsme d'une partie du Parti Socialiste. Mais on sait que les social-démocraties auxquelles on se réfère sont aujourd'hui toutes clairement "sociales-libérales". Après, c'est tout au plus une querelle de mots. 

olivier Bonjour, avec Christian Blanc et Alain Lambert, vous avez créé un Comité d'action pour la modernisation de la France qui doit exposer ses propositions salvatrices pour notre pays en janvier 2007. Où en est ce projet et, par ailleurs quelle sera votre action lors des prochaines échéances si Dominique Strauss-Kahn, que vous soutenez, n'est pas élu par ses pairs ? Merci de votre attention. 

Jean-Marie Bockel Sur la première question, nous nous sommes revus. Et nous nous reverrons. En ce moment, Alain Lambert et moi-même sommes pas mal engagés auprès de nos candidats respectifs, et nous sommes donc moins disponibles pour cette initiative. Mais l'idée de transcender les lignes politiques traditionnelles pour chercher un consensus sur quelques problèmes de fond de la société française reste d'actualité. Pour répondre à la deuxième question, si Dominique Strauss-Kahn n'est pas désigné, je soutiendrai le candidat qui sera désigné par mon parti. Je reconnais qu'avec la ligne politique qu'incarne aujourd'hui Laurent Fabius, au gouvernement duquel j'ai appartenu il y a 20 ans, cela ne sera pas simple pour nous. 

anne Pensez vous vraiment que les militants du PS et in fine les Français soient « mûrs » pour la social-démocratie, voire la ligne sociale-libérale? 

Jean-Marie Bockel Bien sûr. Les Français à coup sûr sont mûrs car ils ont conscience de la nécessité de la réforme, y compris sur les questions auxquelles ils sont le plus attachés (protection sociale, retraites, système de santé). Ils savent qu'avec un président de centre gauche, on veillera à ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain !Quant aux socialistes, au-delà des codes de langage, des propos convenus et d'un certain conservatisme intellectuel, voire d'un certain manque de courage, beaucoup savent qu'une modernisation de notre pensée politique est nécessaire si on ne veut pas disparaître en tant que force politique. 

Reza Vous êtes à la droite du PS mais plus à gauche que l'UDF. Est-ce qu'à votre avis il y aurait matière à bâtir, face aux problèmes que nous connaissons (intégration, violence, chômage...) un programme d'union nationale ? Je sais bien que la France est autant attachée à la bipolarisation qu'au Beaujolais nouveau, mais d'autres pays l'ont fait, et ne s'en sont pas si mal sortis... 

Jean-Marie Bockel Je ne sais pas quelle forme institutionnelle cela doit prendre, mais je suis persuadé que certains problèmes français ne se résoudront dans la durée qu'avec un minimum d'entente. On ne peut se permettre de changer de politique à chaque alternance sans remettre en cause les efforts entrepris. C'est le cas de la crise dite des banlieues, où nous en avons pour une génération de travail acharné avant de revenir à une situation normale. C'est le cas également pour la nécessaire réforme de l'Etat-providence, à l'instar de ce qui se passe en Allemagne, tant sous Schröder que sous Merkel aujourd'hui. La France ne fera pas les réformes nécessaires dans les déchirements et la polémique permanents. La forme de cet accord reste à définir, en fonction des circonstances. 

totor Comment conciliez vous le "programme" du Parti socialiste, avec vos propositions ? M. Strauss-Kahn, dont vous soutenez la ligne, n'est-il pas en porte-à-faux entre un programme « gauchiste » inapplicable mais permettant de se vendre auprès des militants, et les réalités socio-économiques, qui imposent les réformes proposées par la gauche dite moderne ? 

Jean-Marie Bockel Bien sûr que oui. Mais il faut faire avec. On n'a jamais raison tout seul. Tout le monde sait que le projet socialiste ne peut constituer un projet présidentiel applicable. Dominique Strauss-Kahn le sait comme les autres candidats. En s'affichant social-démocrate, et en voulant inscrire sa démarche dans la durée, il est simplement un peu plus franc que les autres. 

Emmanuelle Quelle est selon vous la première réforme, prioritaire entre toutes, à mettre en oeuvre en 2007 ? 

Jean-Marie Bockel On ne pourra réformer l'Etat-providence (cf. plus haut) sans entreprendre la nécessaire réforme de l'Etat, qui constitue aujourd'hui, tant par sa lourdeur que par la complexité de son fonctionnement et l'inadéquation de ses réponses, le principal obstacle à la réforme. Bien sûr, la réforme de l'Etat suppose également d'aller jusqu'au bout de la décentralisation. 

Olivier Etes-vous favorable à la mise en oeuvre des recommandations du rapport Pébereau (gel pendant 5 ans en volume des dépenses de l'Etat) ? Réponse en oui ou non s’il vous plaît, avec explications qui suivent. 

Jean-Marie Bockel Oui. Il est évident qu’une pédagogie de la réforme est nécessaire car les efforts de désendettement et leurs conséquences doivent être comprises et acceptées par une majorité de citoyens. Cet effort sera accepté s'il apparaît aux citoyens comme juste, c’est-à-dire partagé au niveau institutionnel, entre l'Etat central et les territoires, mais également partagé au niveau des citoyens. Cette réforme doit être entreprise par un Etat responsable qui saura faire la part des choses entre les bonnes et les mauvaises dépenses. Les bonnes dépenses sont celles qui profiteront aux prochaines générations qui doivent comprendre qu'elles seront mises à contribution pour les financer. 

Aristide brillant Les Français se désintéressent en général de l'économie pendant les campagnes présidentielles. Comment les réconcilier avec l'économie ? Et comment faire pour que cette fois-ci, les questions économiques ne soient pas éludées ? 

Jean-Marie Bockel Comme le montre dans mon camp politique quelqu'un comme Dominique Strauss-Kahn, on peut expliquer de manière simple ces mécanismes complexes en se référant notamment au budget des ménages qui, eux aussi, doivent répondre à quelques principes et règles de conduites simples que tout le monde peut comprendre et adopter. A partir du moment où une part très importante et croissante du budget d'un pays va au remboursement de la dette, tout le monde peut comprendre que cela limite la capacité d'investir utilement et de manière productive et que, de surcroît, cela pèsera sur nos enfants. 

totor Compte tenu des failles existant au PS (TCE, réforme de l'Etat, 6eme République), la gauche moderne ne devrait-elle pas s'allier avec l'UDF ? Quelles sont les contraintes qui empêcheraient un tel rapprochement alors que leurs programmes respectifs sont bien plus proches que ceux de la gauche radicale et de l'extrême gauche ? 

Jean-Marie Bockel Pour moi, le projet doit précéder les alliances. Avant de savoir avec qui on s'allie éventuellement, il faut être au clair sur ce que l'on est soi-même. Je considère que la redéfinition et la modernisation de notre pensée politique, qui détermineront les alliances à venir, sont loin d'être achevées. Si des alliances doivent intervenir, il faut qu’elles le soient de manière compréhensible pour le citoyen : ce ne peut donc être qu'entre les deux tours de l'élection présidentielle, entre les deux candidats du deuxième tour. Et dans le contexte actuel, même si une telle hypothèse ne me déplairait pas, je ne la vois possible qu'en cas de nécessité absolue pour le candidat socialiste. 

Morgurgh Bonjour, je suis élève en terminal STG, nouvelle section. Peut-on penser que enfin, les années à suivre se verront revoir le système scolaire Français, qui semble déplaire à de plus en plus de personne? 

Jean-Marie Bockel Le système scolaire français est à bout de souffle, tout le monde le sait. Les corporatismes sont puissants et les freins sont nombreux, mais l'édifice craquelle de toute part. Aucun candidat crédible à la présidentielle ne peut se présenter devant les Français sans un projet de refonte complète du système scolaire, universitaire et de recherche - car tout se tient.Même la crise des banlieues ne pourra se résoudre, entre autres mesures, que par un combat acharné et durable contre l'échec scolaire qui a pris des proportions impressionnantes. Cet échec n'est pas l'échec de la seule Education nationale, c'est l'échec de la société française. Mais les volontés existent, y compris chez les enseignants ; il est temps de se ressaisir. 

jacques Sur l’éducation : Que pensez-vous de la création d'un lycée expérimental dans la banlieue parisienne pour lutter contre l'échec scolaire, pas seulement pour faire Sciences-Po comme le proposait Richard Descoings, directeur de Sciences-Po Paris mais aussi pour en faire quelques polytechniciens ? 

Jean-Marie Bockel Toutes ces expérimentations sont bonnes car elles montrent que c'est possible pour les jeunes talents issus de ces banlieues. Mais l'expérimentation réussie comme celle de Sciences Po doit montrer le chemin d'une réforme de l'éducation et de la formation professionnelle qui profitera aussi au plus grand nombre, à l'instar de ce que d'autres pays européens réussissent déjà - preuve que ce n'est pas hors de portée. 

Humfred Pour Alain Juppé, l'université française est plutôt bonne, puisque nous exportons nos étudiants vers des MBA aux US ou au Canada. Dans la réalité, on voit des universités délabrées... Comment améliorer la situation de nos universités ? 

Jean-Marie Bockel L'effort public doit bien sûr être soutenu, mais avec aussi la perspective de l'excellence. Un financement privé, soit de l'université, soit de l'enseignement ou de la recherche dans les universités publiques, ne doit pas être tabou ; c'est même une piste tout-à-fait prometteuse. Je pense d'ailleurs que beaucoup d'universitaires ou de chercheurs savent déjà travailler avec le secteur privé et démontrent ainsi qu'il n'y a pas d'obstacle fondamental à de telles évolutions.Un partenariat public-privé à grande échelle à l'université peut très bien fonctionner en France. Les esprits sont mûrs. 

Juliette Vous vous êtes rallié à Christian Blanc pour ce projet de modernisation de la France. Il est très impliqué dans le développement des pôles de compétitivité. Pensez-vous que ce soit le bon levier pour améliorer l'état de la recherche et de l'innovation en France ? 

Jean-Marie Bockel C'est un bon levier, parmi d'autres. Mais l'idée a été quelque peu dévoyée car ces pôles de compétitivité sont aujourd'hui trop nombreux (et parfois même en concurrence entre eux dans un même domaine) pour avoir leur plein effet – c’est par exemple le cas dans le secteur automobile. Mais je peux constater chez moi que les pôles de compétitivité ont déjà eu pour effet de commencer à décloisonner l'université et les entreprises, les laboratoires entre eux, etc. Une dynamique existe. 

Travailleur Quel bilan faites-vous des 35h ? Faut-il les généraliser (comme le propose Laurent Fabius) ou les supprimer ? 

Jean-Marie Bockel De mon point de vue, le bilan est globalement négatif, même s'il y a d'incontestables aspects positifs. La réforme aurait pu réussir si on avait, comme je le prônais à l'époque en organisant à l'Assemblée un colloque sur le thème "Comment réussir les 35 heures", encouragé la négociation à tous les niveaux, plutôt que de l’imposer par la loi, comme toujours en France.Il faut aujourd'hui assouplir le dispositif, de manière pragmatique et pédagogique. Mais sûrement pas le généraliser ! 

Modérateur Etes-vous opposé par principe au relèvement des droits de scolarité ? 

Jean-Marie Bockel Non. Je ne suis pas opposé au principe d'augmentation des droits de scolarité sachant que des mécanismes de solidarité à destination des étudiants existent et que ceux-ci peuvent être encore améliorés. 

Emilie Dans quel sens doit évoluer le droit du travail pour que la France ne s'englue pas encore plus dans une surprotection du salarié incompatible avec la mondialisation ? 

Arlette Quel niveau honorable pour le SMIC ? Comment faire pour améliorer globalement le niveau des salaires en France ? 

Jean-Marie Bockel Pour répondre à Emilie : Il faut davantage sécuriser la personne dans son parcours de formation professionnelle tout au long de sa vie, que sécuriser le contrat de travail à proprement parler - même si celui-ci doit rester la règle. La flexisécurité, déjà mise en oeuvre dans certains pays d'Europe du Nord, pourrait être adaptée à la réalité française, tout en sachant qu'elle a aussi un certain coût, mais un coût qui pourrait être supporté dans un contexte de croissance retrouvée - laquelle n'est possible qu'avec, entre autres, un peu plus de souplesse. 

Jean-Marie Bockel Pour répondre à Arlette : Les propositions du projet socialiste sont acceptables dans la durée d'une législature, mais les propositions de Laurent Fabius sont démagogiques et vont à l'encontre de la nécessaire pédagogie dont je parlais tout à l'heure. 

fraikin arlette Je n'arrive toujours pas à comprendre pourquoi les politiques ont tellement peur de remanier l'ISF qui est un impôt idiot qui fait plus perdre à la France que gagner. On pourrait au moins l'aménager et enlever la maison principale du décompte, procéder petit à petit. Tout autour de moi tout le monde est contre et rien ne se passe. Les politicients sont-ils tous lâches ? 

Jean-Marie Bockel Les politiciens ont tous peur de bouger sur l'Impôt de Solidarité sur la Fortune parce que nous vivons dans un pays très injuste, avec des écarts de revenus qui se sont creusés. Le jour où un projet politique apportera les vraies réponses à ces injustices et sera perçu par les Français comme équitable et de nature à donner à chacun aussi bien sa chance que sa place dans la société, alors on pourra sans difficulté réformer l'ISF et lui enlever son effet repoussoir tout-à-fait désastreux dans l'ensemble européen. 

Justine y a -t-il une solution pour sauver les retraites de nos enfants (précision : je n'ai que 35 ans, une longue carrière devant moi, j'espère, et peu d'espoir de toucher grand chose à ma retraite). Merci de me donner votre avis. 

Jean-Marie Bockel Il y a beaucoup de pistes intéressantes, mais la retraite par répartition doit rester au coeur du dispositif, même si elle sera de moins en moins exclusive. Mais on sait bien qu'à l'instar de tous nos voisins européens, comme ce qui se passe en Allemagne en ce moment, on n'évitera pas la discussion sur un recul de l'âge du départ à la retraite – en prenant soin de le moduler en fonction des professions, de la pénibilité, entre autres critères, et de laisser une large part au volontariat. 

ludovic Bonjour, la sécurité est un thème phare de la présidentielle 2007, M. Sarkozy et Mme Royal ont des opinions différentes dans la forme, mais qui se ressemble dans le fond. Je suis mulhousien depuis 22 ans, c'est une ville qui a eu et qui a encore des problèmes de délinquance... (avec de l'amélioration). Quel est votre point de vue sur ce problème ? 

Jean-Marie Bockel Je pense que c'est l’un des sujets sur lesquels on gagnerait à sortir de la polémique stérile et qui favorisera toujours les extrêmes pour chercher quelques terrains d'entente. C'est évidemment un enjeu de cohésion nationale. A Mulhouse, j'essaie d'agir depuis bientôt 18 ans sur les questions de la sécurité, avec détermination et pragmatisme, et sans avoir peur d'appeler un chat un chat. 

Moineau Jean-Pierre Chevènement dont vous avez été jadis l'un des soutiens, vient d'annoncer sa candidature à l'élection présidentielle. Est-il de ceux qui, selon vous, peuvent favoriser l'esprit de réforme en France ? 

Jean-Marie Bockel J'ai beaucoup d'affection et de respect pour Jean-Pierre Chevènement. Je l'ai connu capable de réformer, notamment l'enseignement supérieur il y a 25 ans, mais je ne suis pas sûr que sa candidature ait vraiment sa pertinence et son utilité dans le débat actuel. 

Léoneck Monsieur le sénateur Lors de votre rencontre avec les membres de R2 à La Rochelle, vous nous aviez fait part de votre point de vue sur l’immigration. J’avais particulièrement apprécié votre vision originale et pragmatique sur ce sujet crucial qui ne supporte ni slogans d’utopie laxiste ni l’oubli de nos valeurs humanistes socialistes. Pouvez-vous brièvement développer ici votre position? Léoneck  

Jean-Marie Bockel Il faut mettre en place une politique de l'immigration en France qui n’existe pas depuis 30 ans. Elle doit être à la fois ferme et généreuse, favoriser réellement le co-développement ; mais elle doit aussi s'attacher, aussi bien au niveau français qu’européen, à une meilleure maîtrise des flux migratoires, à partir d'une règle du jeu connue des candidats à l'émigration. Pourquoi pas des quotas ou des critères ? Cela posé, la personne qui arrive dans notre pays dans des conditions légales ainsi redéfinies devra être accueillie avec, là aussi, fermeté et générosité : fermeté sur la règle du jeu de la République française, et générosité sur les moyens concrets d'une intégration réussie, ce qui passe forcément par un lien entre immigration et économie. 

Ramda Monsieur le sénateur, quelle réforme du Sénat souhaiteriez vous ?  

Jean-Marie Bockel La réforme du Sénat n'a de sens que dans une réforme d'ensemble de nos institutions, avec à la clé une revalorisation du Parlement. Le Sénat pourrait ainsi davantage représenter les territoires, et se spécialiser sur ces questions.Une partie des sénateurs devrait être élue au suffrage universel direct à la proportionnelle, pour lui conférer plus de légitimité ; une autre partie pourrait représenter les territoires, régions, etc. 

Modérateur A travers le patriotisme économique, il semble y avoir un retour au jacobinisme, forme opposée au social-libéralisme que vous prônez. Qu’est-ce que ça vous inspire ? 

Jean-Marie Bockel Le jacobinisme actuel prôné par certains est la maladie sénile d’une démocratie à bout de souffle. Le social-libéralisme, ancré dans les valeurs de la gauche et ouvert à la réalité d’un monde qui bouge, peut non seulement redynamiser les énergies, mais également revivifier à tous les niveaux notre démocratie et notre République. 

Jean-Marie Bockel Merci et au revoir 

 

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Publié dans Vie politique

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André Landesman 16/11/2006 14:35

Monsieur le Sénateur, Monsieur le MaireJe n'ai jamais été enthousiasmé par les propositions faites couramment tant pour l'éducation que pour la recherche. Je me permets donc de vous faire part des quelques remarques ci-dessous.1-Dans le projet de loi de finances 2006, la dotation Enseignement scolaire (60 milliards €)    représentait 22% des dépenses de l'Etat. Si l'on y ajoute la dotation Recherche et Enseignement supérieur, on atteint 29% des dépenses de l'Etat. Mais je décèle déjà une incertitude. D'abord je pense que Recherche et Enseignement Supérieur devraient être deux programmes différents, au sens de la LOLF. Ensuite, je me demande si ce second programme inclut effectivement des dépenses d'enseignement supérieur hors ministère de l'éducation nationale. Cela est le cas de certaines grandes écoles, telles l'Ecole Polytechnique, au budget du ministère de la défense nationale.    Toujours est il que l'Education restera toujours le premier programme de l'Etat, alternance ou pas alternance, et que revendiquer pour ce programme une forte augmentation quantitative est un peu illusoire dans un pays dont la dette publique atteint les 2/3 du PIB.    Une réforme de notre système d'Education devra donc être d'abord qualitative ou structurelle, ce qui ne veut pas dire contingente. En effet notre système présente un certain nombre de dysfonctionnements, dont quelques exemples suivent.L’échec au collège, et même déjà à l’école, est inacceptable. la fracture scolaire entre les élèves qui réussissent et ceux qui échouent préfigure la fracture sociale. La responsabilité de l’institution scolaire est fortement engagée. Chaque année, 150000 jeunes sortent du système éducatif sans diplôme ni formation suffisante.Des réformes structurelles sont donc inévitables, après une  étude préalable attentive de l'organisation politique et sociétale de quelques autres pays européens. La  flex-sécurité à la danoise, qui a d'ailleurs été mise en place par un social-démocrate, Poul Rasmussen, est évidemment un exemple. La flexibilité n'est pas une honte et il est patent que peu de jeunes auront un métier unique et invariable tout au long de leur vie professionnelle. Incidemment la loi sur les 35 heures contenait déjà implicitement une certaine flexibilité. Dans cet esprit, adapter les offres d'emploi aux demandes d'emploi n'est pas un objectif réactionnaire.Mais le contrat nouvelles embauches du gouvernement Villepin n'est qu'une caricature du système danois. En effet la flexibilité n'est accompagnée d'aucune sécurité complémentaire. Celle-ci devrait comporter notamment des systèmes de formation continue, de formation tout au long de la vie, auxquels l'Education Nationale devrait être largement associée2-Depuis peu, on découvre l'existence à l'école de sujets tabous. Dans certains établissements, la violence ambiante interdit l'enseignement de la Shoah, ou de l'histoire des religions, ou du darwinisme, ou des sciences de la vie. Que ces manifestations soient limitées, que des recherches pédagogiques sur ces enseignements soient utiles, n'enlèvent rien à la gravité de ce déni de laïcité.Ces dysfonctionnements mettent également en cause l'autorité des chefs d'établissement, du reste mal préparés à faire face à certains évènements Il est insuffisant pour qu'ils se contentent de simplement faire rapport au rectorat en attendant des instructions. Un exemple de dysfonctionnement avait été le cafouillage qui a suivi l'agression au lycée Montaigne d'un élève juif par des condisciples musulmans. Pourtant la responsabilisation plus grande des chefs d'établissement est indispensable. Un corollaire serait une meilleure évaluation de leurs performances dans le suivi de leurs carrières mais aussi leur implication plus importante dans l'évaluation et les avancements au choix des enseignants de leurs établissements.De nombreux réaménagements sont à envisager: la prise en charge des élèves, l’organisation des études, les procédures pédagogiques, les programmes et la formation des enseignants. Il faudra, entre autres, scinder le grand groupe classe hétérogène en petits groupes homogènes chaque fois que cela est nécessaire ; il faudra instituer le tutorat, c’est-à-dire des moments de dialogue individualisé entre le professeur et chaque élève. De tels réaménagements sont ils possibles dans le cadre du collège unique ou faut il penser à des collèges différenciés? Le principe de la carte scolaire peut elle conduire à la mixité sociale? Un système de "bussing" à l'américaine est il bon ou mauvais?Le débat sur la discrimination positive est un peu surréaliste. En effet les ZEP sont bien une forme de discrimination positive, encore est elle sociale et non ethnique. Peut être la différence de dotation entre établissements en ZEP et hors ZEP devrait elle être accrue.     Le cursus des IUFM est il adapté aux réaménagements ci-dessus? En tout état de cause une évaluation sérieuse et indépendante des IUFM est souhaitable.Augmenter la dotation budgétaire de l'enseignement scolaire peut être nécessaire, après redéploiements possibles, si "le mammouth peut être dégraissé". On peut penser à l'administration centrale, on peut aussi penser à la charge d'enseignement des agrégés, toujours inférieure de 3 heures à celle des certifiés. Il n'est pas anormal que le recrutement se fasse à des niveaux différents pour des diplômes de niveaux différents. Mais il est choquant qu'il en résulte des privilèges tout au long de la carrière, indépendamment des résultats obtenus. Que la Société des Agrégés ne soutienne pas une politique réformiste de gauche est ce vraiment surprenant? De même la gestion des ATOS par les régions n'est pas forcément choquante, si elle se révèle plus économique. Incidemment la gauche avait autrefois mis à la charge des régions la construction et l'entretien des lycées, sans que personne ne s'en plaigne.3-S'il faut disjoindre l'enseignement supérieur de la recherche, c'est que je pense la recherche publique relativement bien évaluée alors que c'est moins sûr pour l'enseignement supérieur. Laurent Schwartz avait souligné il y a vingt ans combien l'évaluation était essentielle. Elle est complémentaire de l'autonomie des universités, qui n'est pas a priori honteuse. Du reste un Comité National d'Evaluation avait été mis en place et placé sous la présidence de Schwartz, il est regrettable que ce comité ait disparu. Son chantier serait vaste. Par exemple on pourrait évaluer les performances des universités nouvelles de 1991 (Evry, Pontoise, Marne-la-Vallée, St Quentin les Yvelines). Si elles sont supérieures à celles des universités anciennes, quelles conséquences tirer de la constatation? D'une manière générale, affirmer l'égalité des diplômes de toutes les universités relève de la démagogie. Sur le marché de l'emploi, un diplôme de l'université d'Issoudun ou d'Ambert vaudra-t-il celui de l'Université d'Orsay ou de Grenoble ?En 1983, Schwartz avait publié un livre intitulé "Pour sauver l'Université". Hélas, il reste d'actualité. L'un des leitmotivs du livre est l'indispensable sélection à l'entrée de l'Université. Avec 2 millions d'étudiants, le bac est certes nécessaire pour accéder aux études supérieures mais ne peut plus en être le diplôme d'accès suffisant et direct. Si une sélection à l'entrée n'est pas pratiquée, il y aura une sélection par l'échec, ce qui est évidemment pire. Que la moitié des étudiants échoue au DEUG en 2 ans est un scandale. D'abord un DEUG en 3 ans ou plus est tout à fait incompatible avec le système européen LMD (Bac +3,5,8 ans). Surtout il résulte de la situation un gâchis considérable en nombre d'heures d'enseignement.Incidemment la France est très mal placée pour accueillir des étudiants étrangers dans le système LMD, tant la situation des universités françaises est mauvaise, par suite de leurs faibles dotations budgétaires.Une sélection peut très bien se faire sur dossier ou sur entretien, comme cela se pratique aux USA. Il ne s'agit évidemment pas de renoncer aux concours des Grandes Ecoles, il faudrait simplement ouvrir le dispositif d'accès sur titre à ces Grandes Ecoles, qui existe déjà. D'abord l'accès sur titre est le seul qui permette l'entrée facile d'élèves étrangers, quelque chose qui a déjà été expérimentée à l'ENS. Par ailleurs l'IEP a expérimenté une sélection spéciale pour des élèves de lycées en ZEP. Ce dernier dispositif, qui relève de la discrimination positive, pourrait être expérimenté dans d'autres établissements.Sur les 50000 enseignants-chercheurs des universités, environ un quart font de la recherche active. Il faudrait remédier à l'impossibilité de décharger ces derniers d'enseignement, en transférant en partie les charges sur ceux qui ne font plus de recherche, ni ne contribuent par ailleurs à la vie de l'établissement. Incidemment la loi de 1984 comportait un tel dispositif, jamais mis en application à cause du courage immense que cela demandait aux présidents d'université.4-Si le PS veut proposer une politique nouvelle pour 2007, il doit préparer et annoncer le budget qu'il proposera, sur lequel s'appuiera cette politique nouvelle, en annonçant clairement les hypothèses faites pour ce "budget-fantôme". Dans cette proposition, les programmes Enseignement scolaire et Enseignement supérieur devront être particulièrement détaillés, sans oublier bien sûr le programme Recherche, à disjoindre du programme Enseignement supérieur.

marc d HERE 16/11/2006 11:25

Je ne peut qu'approuver l'essentiel des propos de Jean-Marie Bockel, notamment sur un plan conceptuel son affirmation que l'on est passé à gauche de la social démocratie au social libéralisme (plusieurs articles de ce blog s'exprimaient en ce sens).
Sur le plan des réformes,  je partage son afirmation que la réforme essentielle est celle de l'Etat. Quels candidats à la présidentielle oseront la faire figurer au rang de leurs priorités.