Mode et Politique

Publié le par Gilles Norroy

En rangeant vos placards vous trouverez peut-être le manteau Afghan que votre femme portait dans les années 70, la cravate large et couleur prune que vous arboriez en 1990 et le jean taille basse de votre fils.

 

Toux ces objets ont été achetés parce qu’un moment ils ont été à la mode. Ont-ils des correspondants politiques ?  La mode joue-t-elle un rôle dans la vie politique ?

 

 

La mode n’est pas un phénomène spontané. Elle est organisée par des acteurs professionnels : stylistes, tendanceurs qui anticipent l’évolutions des comportements, journalistes spécialisés, industriels du textile ou de la confection pour se limiter au domaine vestimentaire. Ce qui réunit ses acteurs c’est une communauté d’intérêt, tous vivent de cela, du styliste qui crée un modèle au journaliste qui est bien obligé de parler de quelque chose.

 

 

En politique aussi, il y a des modes. Un homme politique peut comme un chanteur être la vedette des medias où se voir ignorer quelques soient ses mérites et sa contribution au débat. Il est jugé non sur sa capacité à être efficace dans son action lorsqu’il est aux affaires, mais sur sa capacité à dire au bon moment, avec les mots de circonstances, ce que les ordonnateurs de caméras attendent de lui.

 

Est-ce  tout simplement une convergence spontanée de symboles qui fait que vous être tendance ou que  vous ne l’êtres pas Y a-t-il pour autant complot, chef d’orchestre clandestin qui fait et défait les carrières politiques,  y a-t-il conjuration médiatique ?

 

On peut pour partie le penser, à la manière de François Bayrou lorsque l’on mesure le poids des fournisseurs de l’Etat dans les médias. La tentation est forte pour les hommes au pouvoir de réclamer leur dû dans l’attribution des marchés d’Etat sous forme de coup de pouce médiatique. Les minutes à la télévision créent les bons sondages, les bons sondages alimentent les ralliements de la classe politique à ceux qui peuvent gagner etc…

 

Cette capacité à être influencé par la pression médiatique, ou la mode intellectuelle est différente selon les formations politiques selon leur sociologie et leurs traditions politiques. Elle est  faible dans des formations comme les verts,  limitée dans le cas de l’UDF, importante à l’UMP où l’on a la capacité à maîtriser l’appui des médias. Elle est assez considérable au Parti Socialiste où le poids des fonctionnaires portés au légitimisme et au suivisme des vainqueurs probables est important.

 

On voit dans cette formation des dirigeants avoir une remarquable capacité à saisir les mouvements « ascendants »  et à se laisser porter par les vents annonciateurs de victoire.  Nous ne donnerons aucun nom, mais comment ne pas penser, sur le plan national, à un flamboyant ex ministre de la Culture et à Paris à un premier secrétaire de fédération ….guides infaillibles pour leurs camarades, sur la direction à prendre vers le pouvoir….Tous les deux, d’ailleurs ont attendu les tous derniers jours (on peut toujours craindre les sautes de vent !) pour se rallier…à Ségolène Royal.

 

 

La mode est aussi un besoin de renouvellement, à défaut de changer soi-même, il convient de se changer au travers de nouveaux vêtements, de se projeter dans un « désir d’avenir », porteurs de rêves et de promesses de jeunesse et de séduction. Ce besoin de renouvellement est d’ailleurs au centre des intérêts des acteurs de la mode.

 

En politique le besoin de renouvellement est également une tendance forte. Depuis 1981 pas une majorité politique n’a été reconduite. Le renouvellement porte d’ailleurs assez peu sur  les politiques car grosso modo la droite comme la gauche à quelques nuances près pratiquent in fine les mêmes.

 

Dès lors le renouvellement porte  sur les personnes et le débat politique au sein des formations politiques des deux bords se centre sur les ambitions individuelles et le style plus que sur le fond du projet.

 

Le phénomène Ségolène est révélateur de cela. Au fond elle n’a pas grand-chose d’autres à dire que le « temps des femmes est arrivé »

 

La dictature des sondages appuie cette peopolisation du débat.

 

Récemment un sondage laissait apparaître que pour les français Ségolène Royal était plus compétente en matière économique que ses deux rivaux. En regardant de plus près le sondage, on pouvait constater qu’il ne portait que sur 245 sympathisants du PS.

 

Une méthode plus rigoureuse aurait consisté à se préoccuper des écrits, des propositions, de la formation, des bilans gouvernementaux des candidats mais c’était sans soute trop demander.

 

 

Enfin la mode est besoin d’appartenance (et non pas d’identité, comme on le confond souvent). Porter un vêtement, c’est adopter des codes sociaux : jeune, branché, classique, gothique etc.…

 

Ce besoin d’uniforme est considérable et d’autant plus fort que la catégorie qu’il rassemble se situe dans la marginalité ( Punk, gothique, caillera).

 

La tentation est grande pour l’homme politique de se vouloir le porte-parole de ce qu’il croit être les autres (les exclus, les jeunes, les français moyens, la France qui bosse etc..).

 

Il lui est facile dans ce cas de dire « mes idées, les vôtres » ou plus moderne : « démocratie participative, jurys citoyens ».

 

 

A IES nous voulons nous aussi créer une mode :

 

Celle de la lucidité et de la franchise par exemple.

 

Pensez-vous  que ça va se vendre au printemps prochain ?

 

 

Gilles NORROY

 

 

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Jani-rah 09/11/2006 21:02

Accepté : Le script d'un tchat avec Jean-Marie BOCKEL http://rfrn.over-blog.com/article-4483429.html Le courage de sortir de la langue de bois, dans sa démarche de vérité et action, pas facile au PS. « Parce que « dire ce que l'on fait et faire ce que l'on dit » suffirait à la rénovation du socialisme français». Extrait du texte de la Motion IV, Jean-Marie Bockel  Réformisme et rénovation ( nous ne sommes pas encore dans vos liens ? ) ;-) http://rfrn.over-blog.com