Lancement du site IES Alsace

Publié le par Laurent PY

Le site d’IES Alsace vient de se créer….www. ies-alsace.org.  Nous publions son premier article

 

 

Etrange, direz vous, de revenir à des considérations d’ordre philosophiques pour un mouvement qui, lassé des idéologies et des théâtralisations du jeu politique se veut avant tout pragmatique, réaliste et veut dépasser le clivage gauche-droite.

 

 

Étrange peut-être, mais la lassitude, le rejet, le pragmatisme, tel qu’ils sont compris la plupart du temps aujourd’hui, ne sauraient former un projet à eux seuls. Il nous faut donc expliquer notre position. Celle-ci va de pair avec notre diagnostic : ce dont nous souffrons aujourd’hui, collectivement et individuellement, c’est de ne pas savoir vers où nous allons.

 

Cette absence de projet, de vision, de sens, provient justement du fait que l’idéologie a repris le dessus sur l’homme, que les postures politiques, faisant abstraction de la réalité, ont repris le dessus sur la réponse aux préoccupations légitimes de chacun, que, sous prétexte d’un réalisme politicien, la lutte pour les privilèges a pris le dessus sur l’attention portée aux intérêts de chacun et aux moyens nécessaires pour faire respecter les règles définies collectivement, que la prévalence de la marchandisation et de la consommation ainsi que la culture de masse et l’isolement ont plus tendance à uniformiser les modes de vie et les modes de pensées d’individus déjà présupposés, qu’à favoriser leur émergence réelle.

 

Vous l’aurez compris, ce qui nous motive, ce qui nous pousse, c’est avant tout de placer la personne au cœur de toutes les actions et de toutes les réflexions. Rien de neuf, direz-vous ?... Et bien non, justement, parce que ce dont nous sommes convaincus, c’est que la personne est le creuset inépuisable de toutes les identités, le lieu même de tous les dépassements. Faisons lui confiance, donnons lui les moyens de se réaliser et de se dépasser. N’est-ce pas là un programme à part entière ?

 

Face à la cristallisation des situations de dominations, à l’amplification des disparités qui mettent en danger la cohésion des sociétés, face à une paradoxale uniformisation des modes de vie et de pensée, aujourd’hui, plus que jamais, ce que nous affirmons, c’est le primat de la personne et son inaliénable liberté.

 

Notre projet vise à permettre à l’individu de s’émanciper en le protégeant de toutes les tentations absolutrices (qu’elles soient économiques, culturelles, religieuses ou liées à ses propres passions), de toutes formes de dominations et en lui donnant les moyens de faire face et de maîtriser les mutations de notre monde, par son droit à la sécurité, le déploiement de ses initiatives, la participation et l’appartenance multiple, pour lui permettre de donner ou trouver du sens et du contenu à sa liberté. Parce que nous voulons cette liberté réelle, nous la concevons comme une unité : politique, socioculturelle, économique.

 

Devant les limites de la régulation étatique, qui paralyse plus qu’elle n’incite à l’initiative, qui ne protège plus et ne responsabilise pas les individus ou les groupes sociaux, qui perpétue les inégalités par des mesures d’ordre général, et devant les manques et incohérences évidents du marché, nous plaidons pour la recherche de nouvelles formes de régulation, sans dissocier le moyen de la fin : l’épanouissement de la personne en harmonie avec la société, ses groupes et en harmonie avec son environnement, dont nous portons la responsabilité et qui doit faire l’objet de toutes nos attentions.

 

Dans une société de l’information, il doit être possible de dialoguer, de s’observer, de se connaître, d’évaluer et de critiquer son action, de définir de manière démocratique et transparente des objectifs et des formes de régulation. Nous voyons dans ce processus critique de réflexion sociétale un facteur d’intégration et d’efficacité.

 

L’approfondissement de la démocratie est ainsi au cœur de notre programme. La réforme devra proposer des modalités d’articulation entre la société civile et l’État et redéfinir le rôle de ce dernier tout en fortifiant ses structures afin d’intégrer de façon permanente les évolutions toujours plus rapides et foisonnantes de notre société. Elle devra aussi recadrer le travail législatif et endiguer certaines évolutions contemporaines comme l’omni prévalence du principe de précaution ou la judiciarisation de la vie sociale.

 

Nous sommes convaincus qu’il est plus urgent de mettre en place une politique qui s’appuie sur une éthique de la responsabilisation pour les acteurs sociaux, individuels ou collectifs que d’agir par la loi. Notre société doit retrouver son dynamisme et sa vitalité. C’est le développement, compris dans toutes ses composantes, qui donnera les moyens de la solidarité qui permet de corriger les situations d’inégalités et de retisser le lien social distendu.

 

Face aux formes d’inégalités nouvelles qui mettent en difficulté l’ambition républicaine de lutte contre les privilèges et les discriminations, nous souhaitons renouveler le pacte social par la concentration des moyens en direction de ceux qui en ont le plus besoin. L’équité doit être un principe qui guide l’action publique pour permettre à chacun de participer à la société et de développer un projet de vie. Face à des conditions de vie de plus en plus disparates et devant la pluralité des comportements, nous ne pensons pas que la solution soit dans un conservatisme rigide ou dans une quelconque uniformisation, mais dans l’approfondissement des pluralités et des intérêts et dans leur dépassement par la prise de conscience et la résolution transparente et démocratique des conflits.

 

C’est pourquoi la définition de processus de négociations, le soutien de la société civile et des associations, la lutte contre les discriminations et la protection de la diversité culturelle sont essentiels à nos yeux.

 

Dans une économie mondialisée et dans un contexte de concurrence accrue entre les territoires notre projet ne prend tout son sens qu’au sein d’une Europe unie qui pourra garantir notre prospérité et notre développement. L’Europe doit offrir un contrepoids des valeurs, mais aussi de l’action, à l’hégémonie des Etats-Unis et de la Chine. Elle doit disposer des moyens d’agir en acteur utile au monde. L’Europe peut et doit jouer un rôle de pôle de réorientation d’un capitalisme mondial, en développant et en exportant un modèle de bien vivre ensemble et en construisant sur la base de son corps de valeurs et de sa volonté de paix et de prospérité un modèle de répartition nouveau.

 

 

Laurent Py

 

www.ies-alsace.org

 

Publié dans IES

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marc d HERE 09/11/2006 00:47

Bonne chance, Laurent et bon travail à IES Alsace.
marc

robert Bellec 08/11/2006 13:25

Oui. L' initiative est belle et a du sens. Mon sentiment, qui va dans le même sens :
De même qu'on n'existe pas sans ses racines et son histoire, de même le pragmatisme sans vision va à vau-l'eau. On le subit aujourd'hui et depuis longtemps.
L'approfondissemnt des bases philosophiques, des valeurs, des options, des choix d'orientation, en est le complément indispensable, c'est la sève qui va irriguer et donner sa force à l'action. 
A condition de ne pas tomber dans le verbiage et les élucubrations oiseuses sans fin, bien sûr, c'est écueil à éviter.
Il faut du réalisme, la prise en compte des faits, du pragmatisme. Mais ça ne sert (presque) à rien sans ce qui leur donne sens et cohérence.
Pour cela il afudrait rompre avec une certaine manière de faire de la petite politique. Avec la politique de clans entre autres. Et essayer de faire de la Politique de vision, de stratégie et de projet. Pas simple, vaste programme, mais ça vaut la peine d'essayer.
Juste un bémol, mais qui justement mérite débat et approfondissement, ne pas s'obnubiler sur le marché. Le marché n'est rien en soi. Le libéralisme bien compris consiste à confier à l'état le soin de bien définir les bonnes règles de fonctionnement du marché et de bien les faire respecter. ( à ce sujet, Karl Popper a fait un travail magnifique) Le libéralisme bien compris, c'est le contraire de la jungle, il ne fonctionne bien que dans des états de droit bien structurés, et démocratiques de préférence ( Le cas particulier de la Chine mérite en soi une analyse spéciale... et n'est pas l'exemple à imiter). Cette affaire du marché est l'un des nombreux points à approfondir, en se débarassant des scories que dépose le fantasme anti-libéral dans lequel nous baignons.