La fin d'ATTAC

Publié le par Gilles Norroy

Avec la démission de son président Jacques Nikonoff au motif de fraude électorale, le mouvement Attac entre dans une phase de déclin inexorable comme le constate son fondateur Bernard Cassen.

 

Cette disparition programmée d’un mouvement qui a eu ses heures de gloire il y a quelques années amène quelques commentaires :

 

Le premier est que l’alter mondialisme ne fait plus recette. Les débuts enchantés du Forum de Porto-Allegre, ont fait place à des forums sociaux européens dont la mobilisation a été très faible. L’espoir d’un monde autre n’a pas été au-delà du rêve et il n’est sorti aucun projet de ces assemblées au demeurant sympathiques et colorés.

 

Attac représentait un objectif considérable pour la gauche anti-libérale, il s’agissait d’élargir la base « gauchiste » en créant un espace de partage et de dialogue avec la gauche traditionnelle, celle du parti Communiste et du parti Socialiste.

 

Attac avait été créé pour l’essentiel par des militants organisés dans l’association des Amis du Monde Diplomatique à l’initiative de son ancien secrétaire général Bernard Cassen. Cette association s’était vue dotée de moyens matériels non négligeables par une grande entreprise de service public dont le président était sympathisant de la cause.

 

Le Monde Diplomatique est la référence intellectuelle de ceux qui n’ont pas abandonné l’espoir d’une rupture avec le modèle libéral et l’économie de marché.

 

Intellectuel dans sa forme mais stalinien sur le fond, son « distingué » rédacteur en chef, Ignacio Ramonet n’hésite pas à se produire à Cuba dans des salons du livres, ce qui dénote toute la considération qu’il peut avoir pour la démocratie. On pourrait aussi parler d’Alain Gresh, ancien rédacteur en chef du mensuel de l’union des étudiants communistes. Ce dernier, fils d’Henri Curiel, fondateur du Parti communiste Egyptien, s’est fait une spécialité d être le promoteur de Tarik Ramadan en France.

 

On chercherait en vain dans le Monde Diplomatique une critique des derniers pays marxistes.   Cuba, Corée du Nord, Biélorussie échappent à toute critique de ce journal qui concentre ses attaques sur le reste de la planète, celle de  «  l’impérialisme américain »,  avec une hargne plus particulière pour les pays sociaux-démocrates, qui, on l’a compris, sont d’abord des sociaux traîtres..

 

Le Monde Diplomatique obéit a une rhétorique immuable  que l’ont peut résumer par ces trois propositions :

 

- tout va de plus en plus mal dans le monde,

 

- les Américains et le libéralisme en sont responsables,  

 

- les sociaux démocrates n’apportent aucune solution.

 

 

Bien évidemment le Monde Diplomatique se garde, lui-même,  d’apporter une ombre de solutions aux problèmes qu’ils soulèvent, il se veut le journal d’une opinion, celle de la critique systématique du monde libéral et de l’économie de marché. Le style reste inspiré par celui de sa maison mère le Monde, le journal se prévaut d’une autorité intellectuelle et ne s’aventure pas sur le terrain du débat, il affirme de manière péremptoire.

 

Mais cette posture d’intellectuels, contents d’être mécontents trouvait ses limites, d’où l’idée astucieuse sur le plan politique de lancer Attac.

 

Attac représentait une sorte de pont entre la gauche de gouvernement et la gauche de contestation comme le Mouvement Européen représente un espace de débat entre l’UDF et le parti Socialiste.

 

Son succès grandissant amena le Parti Communiste à vouloir en prendre le contrôle en y détachant un de ses meilleurs sous-marins, Jacques Nikonoff.

 

Ce dernier ne tarda pas à démontrer ses méthodes staliniennes et son autoritarisme heurta rapidement les malheureux sociaux-démocrates qui s’étaient aventurés dans cette galère.

 

Pour assurer sa suprématie le Parti Communiste n’hésita pas à reprendre ses habitudes et son savoir-faire en matière de fraude électorale. Fort heureusement quand même, le stratagème fut dénoncé entraînant l’implosion de l’association.

 

Le coup a donc raté, dommage pour les amis de Marie Georges Buffet et de Besancenot.

 

Il n’y a qu’une leçon a tirer de cette aventure : les communiste et gauchistes ne changeront jamais, les sociaux-démocrates et sociaux libéraux n’ont rien a gagner à leur fréquentation.

 

 

Gilles NORROY

 

Publié dans Vie politique

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Laurent Py 06/11/2006 12:32

Il est une chose difficilement pardonnable à ATTAC, c’est dans leur aveuglement idéologique antilibéral, de ne pas avoir vu que l’Europe pouvait représenter un contrepoids et un pôle de réorientation d’un capitalisme mondial financier de plus en plus instable, injuste et dangereux. D’avoir contribué à cette prise de conscience est une chose que l’on peut leur reconnaître, mais que la critique destructrice ait pris le dessus au point de saper les derniers moyens d’agir et de risquer de produire ainsi l’effet inverse au discours, cela me paraît tout simplement irresponsable et honteux. Notre modèle de pensée libéral européen souffre de ne pas être assez un modèle parce qu’il n’est pas assez pensé. Il ne souffre pas d’être libéral.
 

marc d HERE 05/11/2006 20:49

En partie d'accord avec Pierre Tardieu, sur l'intérêt que représente (ou avait représenté à l'origine) un mouvement comme Attac dans sa recherche d 'un monde moins inégalitaire, où règne moins qu'aujourd'hui la loi du plus fort......Leurs solutions pouvaient être discutées mais leur volonté, comme il le dit d'aller contre le statu quo, méritait attention et débat.
Le libéralisme pensée unique?...;Dans le reste de l'Europe peut-être plus ou moins, mais en France c'est l'anti libéralisme qui est à coup sûr la pensée unique.
marc

pierre tardieu 05/11/2006 20:06

Le libéralisme est devenu en Europe à la fois une pensée unique et un programme politique. La libéralisation des services publiques (GDF aujourd’hui et
la Poste
et  SNCF demain avec la directive sur la libéralisation du transport des voyageurs)  est en train de se faire à l’insu d’une grande partie de la population et avec un contrôle démocratique on ne peut plus diffus. Il faut aujourd’hui plus que jamais une réflexion sur ce qu’implique la mise en œuvre de ce programme. La mort d’un mouvement associatif porteur d’une critique du statu quo ne devrait réjouir personne, même dans un forum où s’expriment les idées libérales. Il faut garder en tête que la critique enrichit que la pensée unique que nous sommes si prompts à dénoncer mène systématiquement à des travers et des excès. Etre libéral c’est aussi être attaché à la pluralité politique !

J.M. Bouquery 05/11/2006 15:37


Oui mais la faim continue d'attaquer là bas et ici.
Sachant que monsieur Oulianov, peu lénifiant, a tout dit, il y a un siécle, du "gauchisme, maladie infantile" et du dilemme des prolétaires co-exploiteurs (ici) des derniers exploités (là bas), il serait temps de passer des oraisons critiques (des autres) à une  raison pratique de nos actions. S'il faut cela, sur notre blog, pour montrer une liberté de pensée démocratique, je propose cependant ( avec le sourire )une interruption de sarkoïte et l'intromission de l'icone Bouttin aux côtés des Lepage, Royal, etc., en attendant OM(e)Ssie  BK.
Avec ses 300 euros de dividende social à tous et toujours et son droit opposable au logement pour tous, caritative ou pas, hugolienne si l'on veut, elle affirme la priorité à  l'éradication de l'inacceptable . Oui je sais, ma citation récente de Martin Hirsch n'a pas eu d'écho...Oui elle n'est (peut être) pas libérale dans tous les domaines et je n'ai pas saisi sa perspective européenne. Mais elle échappe à la faute fabiusienne (originelle mais pas originale) et à la DSKive qui visent d'abord les corporatismes et le clientélisme dans les classes moyennes.
Oui, Marc, Gilles,  Robert....il nous faut être radicalement centristes, au Centre électoral, lieu de compromis, sans doute mais Au Devant de la société, pas dans l'Utopie de la bonne conscience mais aux pointes de l'exigence, de la rigueur et de l'initiative, les plus européens, les plus sociaux, les plus libres.......
Ma messe est dite.  Bon dimanche.         
jm bouquery

Jacques Heurtault 03/11/2006 16:23

Pour une excellente nouvelle, c'est une excellente nouvelle! Je dirais même plus : c'est une excellente nouvelle ...Et maintenant, que vont-ils faire ? La catta?