Et Bernard Kouchner? Oui si....

Publié le par Robert Bellec

Il y a quelques jours Robert Bellec nous offrait une chronique : « Ségolène :non sauf… » Il nous propose aujourd’hui une suite en quelque sorte…

 

 

 

 

 

 

Dans un excellent développement paru sur ce blog au printemps, Bernard Kouchner déplorait les « chicailleries » intestines et appelait de ses vœux l’émergence d’un vrai débat de fond, avec des idées et un projet.

On l’attend et on l’attendra longtemps.

 

 

 

« Il y aura à coup sûr un perdant à ce combat sans fin : le débat de fond. Où sont donc les idées ? Qu'advient-il du programme si ses concepteurs s'affairent à s'entre-déchirer ? Quand parlerons-nous des vrais enjeux de la France ? A quand le temps du projet ? Par ses divisions et ses querelles de personnes, le parti socialiste est en train d'enfermer la gauche et le pays dans un débat politicien dont les Français ne veulent plus : ils l'ont rappelé avec véhémence à chacun des précédents scrutins. »

 

 

 

 

Tout à fait, c’est juste. Il appelait au débat de fond. Excellent, j’y souscris totalement, c’est ce qu’il faut.

 

 

Mais il l’appelait non au sein du pays réel, mais au sein du parti socialiste… là erreur ! Non pas que ce ne soit souhaitable, ce serait souhaitable pour ce parti et pour la France.

Mais c’est tout simplement illusoire car impossible.

On peut le comprendre, en même temps.

 

 

 

Pourquoi ? On ne peut bâtir un projet au sein d’un ensemble, le parti socialiste, totalement clivé entre deux thèses incompatibles et irréconciliables, en dépit des couches de cosmétique qui visent à le dissimuler. Ceux qui veulent une chose : que la France réussisse à trouver sa voie originale dans le cadre de l’économie de marché et d’une société libérale, et ceux qui veulent le contraire, un Etat tentaculaire, qui sert de papa de maman, de dieu tout-puissant, et de pourvoyeur de bonheur, dans l’égalité de tous et l’allégresse ? Ben voyons ! Et préfèrent à la limite saborder l’existant, que tout s’écroule pour inventer « autre chose » à base de cet Etat fantasmatique− on ne sait quoi au juste, et eux-mêmes n’en savent pas plus, mais enfin…

Entre ceux qui veulent que la France tienne son rôle au sein de l’occident libéral, crée des richesses dans le cadre de l’économie de marché, afin de pouvoir les redistribuer dans le cadre de la solidarité, et ceux qui proclament que tous les maux de la terre viennent du libéralisme, donc la seule chose à faire est d’abattre nos démocraties libérales. A la suite des vieux caciques décatis du fantasme anti-libéral qui habillent comme Alain Cotta leur propagande simpliste de vocables aussi ronflants que creux.

Entre les admirateurs de Tony Blair et ceux de Fidel Castro et Hugo Chavez, et pourquoi pas la Corée du nord !

Et puis entre ceux qui ne préconisent qu’un prolongement réactualisé de Mitterandisme gauchi et ceux qui veulent un projet moderne fondé des idées et sur une vision de notre avenir.

Alors il y a les rêveurs, ceux qui croient à une synthèse possible Blair-Castro. Absurde.

 

 

 

Le parti socialiste est plus clivé que le pays même.

Ce grand écart mal camouflé par un rideau de fumée nommé « synthèse » puis « projet » traduit en réalité le fait incontournable qu’il y a désormais grosso modo deux partis réels au sein de ce parti formel. Ceux qui sont idéologiquement plus proches des thèses de l’ultra-gauche des communistes, trotskistes, d’ Attac, plus quelques « Verts cerise »…. Et ceux qui s’inscrivent dans la tradition réformiste et sont proches des autres socialistes Européens.

Inconciliable, débat illusoire, utopique.

Projet introuvable. Si le débat socialiste est et restera stérile, c’est qu’il ne peut pas en être autrement, tout débat réel au grand jour ferait exploser ce marigot drapé de l’illusion du consensus.

Sur quoi sont-ils d’accord ? Une chose, reconquérir le pouvoir, « battre la droite », c’est entendu, mais au plan des idées ? Rien. Que quelques vœux pieux. Battre la droite ! Quel misérable idéal ! Juste l’idée que forcément « la gauche », à supposer qu’elle existe, ferait « le bien » du peuple mieux que « la droite »… Croyance indémontrable, dérisoire bouée de sauvetage. Et ce en mettant plus d’Etat, plus de contraintes, plus d’égalitarisme décrété.

C’est à peu près tout. Quoi d’autre ? Je serais curieux de le savoir.

Et puis surtout cette « gauche de la gauche » ne fonctionne que sur des dogmes, des croyances, des certitudes quasi-religieuses, négligente des faits, des preuves, des arguments démontrables. Pas de culture du doute, pas d’argument, pas de remise en cause de ce qu’on croit. Prisonnière du vieux tropisme anti-libéral, et de modèles d’un autre age.

On ne peut débattre vraiment qu’avec des personnes qui doutent, se remettent en cause, confrontent les croyances avec les réalités, argumentent pour convaincre, ne terrorisent pas le contradicteur par des anathèmes, en assénant leurs certitudes, en excommuniant celui qui ne pense pas « ce qu’il faut penser ».

 

 

 

Le débat, le vrai, ne peut résulter que du doute, de la prise en compte des faits, de la confrontation argumentée, plus que des constructions idéologiques fermées censées dire « le Bien et le Vrai », totalement et définitivement, tentation totalitaire oblige.

 

 

 

Par conséquent la forme du clivage au sein du parti socialiste n’a aucune chance de produire un débat ouvert et moderne ni une vision cohérente avec un projet crédible.

Peut-être ce parti gagnera-t-il quand même les élections par un machiavélisme appris de Mitterrand et de Chirac, qui emberlificotera suffisamment les Français pour camoufler cette réalité. Et à ce jeu, Ségolène semble la meilleure élève. Très appliquée. Mais alors, ce sera pour entraîner la France vers le fond.

 

 

 

Ce que souhaite du reste l’ultra gauche et Le Pen, qui font un calcul symétrique : lorsque la France aura touché le fond et bu la calice jusqu’à la lie, nous serons le seul recours !

Nous construirons un système Etatique autoritaire, fermerons les frontières, musellerons la presse, restreindrons les libertés publique, restaurerons Notre Morale, nous mettrons le pays à notre botte. Ils ne sont pas très différents vous savez. Et même pas du tout.

 

 

 

Voilà pourquoi il faut enfin dire la vérité sur le désastre de la politique Française.

Sur la politicaillerie, Mitterrandienne, Chiraquienne, Ségolienne, Fabiusienne.

Oui Bernard Kouchner, il nous faut un dessein, des idées, une vision. Mais non, le salut ne peut venir du sein du « parti socialiste » dans son état actuel, ni de Ségolène Royal, ni d’un autre, car ils sont tous ligotés par les croyances, par les calculs, et par une bien-pensance gluante et stérilisante de la mythologie Française.

 

 

 

Il ne peut venir que de quelqu’un, qui saura rompre avec ce qui nous a entraînés dans ces abysses, qui aura le courage, l’énergie, l’intelligence, qui saura construire une vrai projet ouvert et cohérent, et le proposer en l’expliquant quitte à dire des choses qui ne sont pas ce qu’on a envie d’entendre.

Et si Nicolas Sarkozy était malgré tout l’un des plus approchants de cette quête, malgré des désaccords, ne faudrait-il pas le reconnaître ? Et vous, Bernard Kouchner vous sentez vous proche de cet idéal ?

 

La France gagnerait beaucoup à un débat d’idées et un débat ouvert, apaisé, argumenté, entre des personnes non sectaires, pourquoi pas un Sarkozy et un Kouchner par exemple, ou d’autres, non sectaires, qui parlent des réalités, qui proposent de réfléchir à un avenir possible. Bien sûr, elle y gagnerait. Un réel débat pour sortir de cette glaciation de l’intelligence et pour choisir la force bâtisseuse d’avenir. Nous y gagnerions tous un peu d’espérance et de perspective, un horizon un peu plus dégagé.

Le choc des projets, des idées de fond. Et non ce marketing minable fait de recettes de cuisine mises bout à bout. Minable et misérable.

 

 

 

On me dira : « oui mais si un tel homme émergeait en dehors du parti socialiste, ça ferait les affaires de la droite ! »

La belle affaire ! Veut-on une France de godillots parmi les godillots, qui s’enfonce dans le marécage mais toujours « en battant la droite ! » ou des gens debout qui disent ce qu’ils pensent et font ce qu’ils doivent sans crainte et sans calcul ?

 

 

 

Robert Bellec

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marc d HERE 03/11/2006 10:21

Je trouve  sévère (mais brillante comme toujours) la critique de J.M. Bouquery ......J'apprécie le ton volontairement polémique et excessif de Robert .....Je trouve que notre blog gagne à être ainsi réveillé et bousculé....Alors certes quand il ne voit au sein du PS que deux camps, ceux des admirateurs de Blair ou des soutiens de Castro....Il en oublie  un bon paquet qui se situent entre les deux...Mais foin des nuances, il insiste sur les traits forts et les tendances lourdes.
Et je ne peux pas condamner sa "défense" d'un Sarkozy, constamment et à tort traité d'ultra libéral ou de clone de Le Pen par notre intelligentia et nos maîtres à penser qui sont, par ordre d'importance et d'influence décroissante:
les Rappeurs, Les guignols de l'info, Ségolène et Julien, Yannick Noah et Jean-Louis Debré.......
A vous deux, Robert et Jean-Marie, continuez à donner des couleurs à notre blog.
marc

J.M. Bouquery 03/11/2006 09:27


Aprés le " non, sauf....... " à Ségolène.....et le pourquoi pas Sarko, postulés, postillonés, démonstratifs plus que démontrés.
Toute notre compassion à l'auteur qui doit certainement souffrir. Tant de bile et de flatulences autour d'un discours convenu, sur les gauches réelles, mais incomplet sur les droites réelles, et oublieux du Centre cher à Marc. Sur ce fond trés "relativisé" je ne suis pas sur que BK, ni même Sarko ne s' y retrouvent ! Bonne convalescence.
jm bouquery