Ségolène: non sauf....

Publié le par Robert Bellec

J’avais souscrit, ce printemps aux propos de Gabriel Cohn-Bendit sur le trotskisme ses méfaits, ses mensonges, les horreurs qu’il porte, bien cachées dans ses valises.

Et j’ajouterais l’aberration mentale que représente l’effet de séduction qu’il exerce encore à notre époque sur des bobos un peu babas.

C’est atterrant.

 

 

 

En revanche, je ne le suivais pas sur son obsession anti-Sarkozy. Pourquoi s’obséder sur une « menace » Sarkozy qui serait « ultra-libérale » ? bon, le grand mot est lâché, mais quel contenu ? On n’en a pas assez de ce langage automatique et très creux quand même ? On se fait plaisir, on caresse le ventre de ceux qui pensent déjà comme ça. Et puis ?

D’abord, n’y aurait-il pas une petite contradiction entre soutenir Ségolène qui se dit proche de Tony Blair, et diaboliser Sarkozy, dont le programme − franchement − n’est quand même pas tellement plus libéral que celui de ce même Blair !

Il faudrait davantage nourrir les luttes d’arguments bien pesés que d’anathèmes faciles.

Deux, on ne peut pas se dire démocrate et proche du centre et récuser le droit des gens à faire les choix démocratiques qui leur paraissent − à tout prendre− peut-être pas parfaits, mais les plus convaincants.

 

 

 

Et puis, s’arc-bouter, se focaliser contre Sarkozy, en faire une unique cible à abattre revient à s’aveugler sur l’essentiel : quel contenu, quelle vision, quel projet voulons nous construire pour la société de demain ?

C’est là l’essentiel, non ? Projet contre projet, vision contre vision.

 

 

 

Car c’est là ce qui nous a cruellement manqué, et ce qui nous a sapé et détruit à petit feu un pays plein d’atouts, depuis trente ans. Un contenu de progrès et de projet.

Savoir où l’on veut aller, pourquoi, et comment on veut y aller, c’est plus important pour l’avenir d’un pays que de s’obnubiler à « battre » tel ou tel, à cataloguer tel ou tel, à injurier tel ou tel, ce que la classe politique Française s’obstine à faire depuis des lustres, ce qui explique le désenchantement croissant vis à vis de la politique. Non, désenchantement vis-à-vis de la politicaillerie, à vrai dire !

 

 

 

Il faut réenchanter la Politique, et pour réenchanter la politique, il faut revenir aux sources : le Politique est là pour proposer une vision cohérente − et ouverte − pour l’avenir d’une société, et non un catalogue d’actions toujours disparates, parfois imbéciles et souvent inutiles, censées faire plaisir à une clientèle donnée, et appuyée sur des idées générales et des « bons » sentiments.

Réenchanter la Politique c’est à la fois lui donner du souffle, y mettre de l’intelligence, et du sens. Partir de la compréhension des faits – toujours têtus − pour articuler le réalisme de l’action au service d’une vision cohérente et ouverte.

 

 

 

C’est la raison pour laquelle pour tous ceux qui veulent un vrai bain de jouvence, il faut dire un non franc et vigoureux à Ségolène Royal, car elle s’inscrit dans le droit fil de ces coutumes politiques néfastes qui doucement ont sapé la position de la France : la personne plus que les idées, la séduction plutôt que la vision, l’enveloppe même vide, au détriment du contenu. Dans le droit fil du Mitterrandisme qui contre le Rocardisme a préféré la « séduction » au fond, un catalogue d’actions techniques, discontinues, clientélistes, et le vide des projets au courage d’affronter des réalités déjà difficiles dans un plan d’action cohérent. Et dans le droit fil du Chiraquisme, avec ses mots creux, sa rhétorique droite et gauche emberlificotée, le vide sidéral des idées, le simplisme des projets, la faiblesse face aux épreuves… plutôt qu’un contenu cohérent et courageux, utile au pays.

 

 

 

Si les Français tombent à nouveau dans ce même piège, au prétexte que c’est une femme avec un sourire en bandoulière, quelques idées vagues comme en écho, sur l’ordre et la famille, la citoyenneté ou que sais-je, un discours compassionnel, toutes ces choses que je trouve un peu dégoûtantes au niveau Politique − Politique au sens plein du terme − alors à coup sûr le pays va toucher le fond.

Sauf, mais c’est tellement improbable, si la bande à Ségolène faisait le choix clair, franc, cohérent, déterminé, d’une politique courageuse cohérente non pas calquée sur le blairisme, mais de même inspiration, alors oui on pourrait dire que c’est un choix possible pour sortir la France de l’ornière où elle s’enlise.

Mais ça n’en prend pas le chemin on est dans le saupoudrage idéologique attrape-tout, par le petit bout de la lorgnette, qui ne mène nulle part.

 

 

 

On me dira : toucher le fond, c’est peut-être ce qu’il faut pour que les Français prennent enfin conscience des réalités… Peut-être.

Il est possible que les Français soient incapables de remettre en cause des comportement électoraux convenus, et des croyances chimériques avant d’avoir bu la calice jusqu’à la lie. Possible.

Mais quel gâchis, c’est quand même un peu dommage pour les générations suivantes qui vont cher payer toute cette indigence de la nôtre.

Alors, il faut quand même essayer, l’honneur de la Politique, c’est d’essayer !

Robert Bellec

 

 

 

Commenter cet article

Laurent Py 02/11/2006 07:46

Très beau texte ! Très juste !

NORROY 01/11/2006 23:40

Bien d'accord avec toi mon cher Robert.
Le bilan ministériel de Ségoléne tiendrait sur un ticket de métro et son bilan de député sur une carte de visite. Quand à celui de sa région, il est trop tôt pour en tirer quelques conlusions.
Ségolène c'est un mélange de pulsion compulsive envers les médias, d'autoritarisme ( une des rares députés à avoir été déférrée au prud'homme par ses attachés parlementaires) , de mépris sidéral pour tous ceux qui ne sont pas de son monde.
Et on voudrait nous faire le croire qu'elle est tout le contraire de sa réalité..
Résistons..
Gilles NORROY

Fred 01/11/2006 23:07

Le Ps, malheureusement ne laisse que peu de postures à ses représentants s'ils veulent trouver un consensus. La position prépondérante vise à se placer contre quelqu'un, donc à espérer gagner grâce aux échecs des autres (Fabius, DSK) -c ce que vous montrez. Soit à se mettre derrière le magistral Peuple et prendre un risque irréfragable (Ségolène)
Dans les deux cas, ces positions souffrent des mêmes travers : on est dépendant des autres d'une part, et on cherche à ne pas heurter d'autre part.