Liberté d'expression, encore

Publié le par Franck Martin

Franck Martin, Maire PRG de Louviers et ami d’IES depuis sa création  se bat concrètement  pour  la liberté d’expression…nous publions un communiqué destiné à ses administrés de Louviers mais qui peut tous nous intéresser.

 

 

Vous le savez sans doute : votre maire est mis en examen par un juge d’instruction d’Evreux.
Que m’est-il reproché ? Face à des manifestants vociférants qui tentaient de pénétrer dans la salle Grand Forum afin d’empêcher, par la force, une représentation théâtrale, j’ai lancé : « Quand on s’attaque à la liberté d’expression, c’est le commencement de la dictature, vous êtes des apprentis-dictateurs ! ». J’ai ajouté : « On commence par brûler des livres, on tente d’interdire des pièces de théâtre, on finit par lancer des fatwas contre Salman Rushdie. ».
Et voilà. Cela suffit pour passer au tribunal. Un an et demi après avoir ainsi défendu la liberté d’expression contre une trentaine d’excités, je suis mis en examen pour « injures publiques ». Plainte déposée par une association, AJIR 27, emmenée par M.Moussaoui, lequel prétend représenter la communauté harkie et s’estime offensé par la pièce de théâtre écrite par M. Benyoussef intitulée « Au nom du Père ».
Voilà tout mon crime, voilà ce que me vaut d’être traité en délinquant, même si mise en examen ne signifie pas condamnation. J’ai beau me dire que ce sont les risques du mandat, je me sens injustement sali. J’ai beau me dire que s’il fallait refaire ce qui m’est reproché, je le referais sans hésiter, je m’interroge sur le fonctionnement de la justice et de notre société.
Car cette affaire prend tout son relief si on la relie à un contexte inquiétant. Sous la menace, l’Opéra de Berlin a déprogrammé un opéra de Mozart parce que Mahomet y serait maltraité. Un professeur de philosophie français se cache pour déjouer les menaces de mort, après avoir publié une tribune sur l’Islam dans le Figaro. Un réalisateur de cinéma a été assassiné aux Pays Bas et l’affaire des caricatures de Mahomet est encore dans toutes les mémoires. A l’avenir, si l’on y prend garde, chaque communauté prétendra avoir le droit de faire sa propre justice, si elle s’estime offensée.
Face à des manifestants hurlant « Martin, tu es une honte » et « Louviers est la honte des harkis », face à M.Moussaoui, qui, pour passer en force dans le hall du Grand Forum, m’a bousculé et jeté à terre, j’ai maintenu que le droit de manifester sa colère sur la voie publique était un droit fondamental, accordé à ces manifestants.
Mais que le débat d’idées et l’expression artistique doit rester libre de toute violence, de toute menace. Que vouloir interdire, censurer, faire justice par soi-même était le début de la guerre de « tous contre
tous » : harkis contre algériens, turcs contre arméniens, catholiques intégristes contre libéraux…
Ma diatribe contre les manifestants visait ce qu’ils faisaient : un crime contre l’esprit, non ce qu’ils sont ou prétendent être : représentants de la communauté harkie.
C’est tout le problème posé quotidiennement dans les halls d’immeuble ou les préaux de collège lorsqu’on leur rappelle les règles à respecter par tous pour vivre en société, et que l’on vous répond : «Raciste ! », confondant ainsi l’odieuse critique de ce que l’on est avec la légitime critique de ce que l’on fait…
J’ajoute qu’il y a des lois qui protégent contre le racisme, le négationnisme, l’insulte liée à l’appartenance à la communauté harkie.
Seule la justice doit dire si l’une de ces idées condamnables figurent dans une œuvre de l’esprit et justifie sa censure. Le 17 octobre 2006, la 7ème chambre correctionnelle de Paris a débouté les associations harkies qui ont porté plainte contre la pièce de théâtre « Au nom du père » que M. Moussaoui a tenté de censurer par la violence à Louviers.
A quelques mois d’élections ou s’exprimera votre jugement sur votre maire, mon honneur est mis en examen. Je fais confiance à la justice de mon pays pour me laver d’une accusation que j’encours pour avoir, me semble-t-il, simplement défendu de toutes mes forces, physiquement et verbalement, la Liberté.

 

 

Franck Martin

 

Maire PRG de Louviers

 

Publié dans Démocratie

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robert Bellec 27/10/2006 19:22

Face à tous ces débordements qui se multiplient, on pourrait répondre par des phrases de Voltaire, entre autres. C'est dire l'inquiétante régression que cela traduit.
Nous en portons une part de responsabilité car souvent aveuglés par les concepts un peu creux de "liberté réelle" face aux liberté soi-disant formelles, n'a-t-on pas un peu délaissé le combat pour défendre et approfondir la Démocratie ?
La gauche Française se videra de son sens si elle ne reprend pas le flambeau de la lutte pour défendre la démocratie, malgré les menaces, risques et anathèmes. 
R. Bellec

Laurent 26/10/2006 12:08

Une préfiguration des situations que pourraient engendrer des jurys populaires ?...

marc d HERE 25/10/2006 10:34

Oui bien sûr....Je ne pense pas que Franck m'en veuille...
marc

Jacques Heurtault 25/10/2006 10:17

Je vous demande l'autorisation de reproduire l'article de Monsieur Martin sur mon blog afin d'élargir le plus possible votre excellent initiative.
Merci

Jean-Pierre 25/10/2006 09:43

Monsieur Martin, vous n'êtes pas seul à vous interroger sur le fonctionnement de la justice et de la société...

Je vous souhaite de sortir grandis, vous et la société française en entier, de cette histoire.