Une politique d'immigration est-elle possible? (1)

Publié le par Frédéric Coste

Frédéric Coste nous annonce trois articles sur le thème « une politique d’immigration est-elle possible ? »….Nous publions aujourd’hui le premier :

 

 

Que signifie le « besoin » d’immigration ?

 

 

La rhétorique au sujet de l’immigration est bien rôdée aujourd’hui : un pays vieillissant aura besoin d’immigration.

 

Le besoin est identifié de deux manières suivant les opportunités par ses « analystes » : besoin en fonction du seuil de fécondité et besoin au regard des pénuries de main d’œuvre -ou même du paiement des retraites.

 

Prenons tout d’abord la première hypothèse. Si l’on s’en tient à une approche sémantique, on ne peut parler de vieillissement de la population, mais on devrait parler de « gérontocroissance ». Pour que vieillissement de la population survienne, il faudrait que le taux de fécondité diminue, or celui-ci augmente –le taux du baby boom doit être considéré comme exceptionnel. D’autre part, le phénomène de la gérontocroissance signifie que la durée de vie des individus s’allonge ce qui est en soi une bonne chose. Lorsque l’on dit que l’Europe est un continent vieillissant, on suggère que la France dispose de la même démographie que ses voisins. Or, c’est méconnaître la situation de notre pays. A la différence des autres pays européens, dans les décennies à venir, la France ne verra pas sa population diminuer et celle-ci augmentera même de 5 millions d’habitants d’ici 2050. Son taux de fécondité de 1.94 enfants par femme en 2005 est très proche du niveau de remplacement de 2.1. Si l’on ajoute à cela les flux d’immigration, on dépasse largement le « besoin » suffisant –sans compter le nombre de naissances des migrants qui l’augmenterait bien davantage.

 

Le recours à l’immigration comme solution au paiement des retraites peut aisément être écarté. Comme de nombreux démographes l’ont mis en exergue, cela s’apparenterait au Tonneau des Danaïdes. En effet, ce serait omettre un élément fondamental : les migrants eux aussi vieillissent et donc il faudra toujours plus de migration pour contrecarrer le « besoin » de contribuables.

 

Qu’en est-il du « besoin » de main d’œuvre ?

On pourrait rappeler en premier lieu que l’adéquation entre le marché du travail et l’immigration est loin d’être parfaite. Le taux de chômage des migrants les plus récemment arrivés en France est bien supérieur à celui de ceux qui sont sur le territoire depuis plusieurs décennies. Par ailleurs, le nombre de créations nettes d’emplois par an est très inférieur aux flux migratoires. 86.000 emplois ont été créés en 2004, pour un niveau constant de 150.000 migrants -sans compter la main d’œuvre française qui légitimement peut concourir à la demande d’emploi.

L’évaluation des pénuries de main d’œuvre est très différente d’un rapport à l’autre . Si le Medef estime qu’elles sont très importantes -voire insurmontables-, la Chambre de Commerce et d’industrie de Paris parlera plutôt de tensions sur le marché du travail dans certains secteurs –tout comme la Cour des Comptes ou l’ex-Commissariat général au Plan. Les syndicats quant à eux évoqueront « la pénurie artificielle ». L’évaluation des besoins est biaisée : cette logique comptable vise à superposer les besoins, estimés par les employeurs –or, on a pu voir l’inflation d’une telle estimation.   Cette pénurie est dite artificielle car il n’est aucunement fait état d’une éventuelle formation de la main d’œuvre existante qui est au chômage. A un problème d’emploi, on répond par une politique d’emploi et non pas par une politique d’immigration, diraient les syndicats. Donc, parler de « besoin » de main d’œuvre, c’est oublier le mode d’estimation de celle-ci qui ne prend pas en compte le versant ô combien essentiel du nombre considérable de personnes qui pourraient –et qui veulent !- travailler dans ces quelques secteurs en jeu. L’institution habilitée à évaluer les besoins est l’ANPE, dont on connaît le manque de pertinence de ses estimations –entre ceux qu’elle « oriente » vers des métiers qui n’ont rien à voir avec leur compétences, ceux qu’elle décourage de travailler (ce qui n’est pas incompatible avec la première remarque)…Or, comment peut-on parler de besoin si aucun organisme en France n’est capable d’évaluer la réelle pénurie de main d’œuvre !

 

Que ce soit du point de vue des migrants ou des chômeurs français, « le besoin » laisse beaucoup de gens dans le besoin.

Frédéric Coste

Publié dans Démocratie

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marc d HERE 27/11/2006 17:47

Frédéric on attend ton 2ème article...

Frederic Coste 23/10/2006 22:58

Frederic Coste 23/10/2006 22:49

Les projections de l'ONU de 2000 montrent que la France avec un niveau d'immigration zéro et malgré son taux de fécondité inférieur à 2.1, non seulement ne diminuera pas en 2050, mais croîtra même de 5 millions d'habitants (c'est une projection de long terme -faite, en plus, avec un taux d'1.7-1.8). Comment cela se fait-il ? Car, il faut renvoyer ce taux de fécondité à l'excédent naturel qui affiche un excédent des naissances sur les décès. On pourrait même montrer que l'ONU, dans ces études publiées au début des années 1990, imaginait que la France atteindrait 62 millions d'habitants d'ici 2050. Ajoutez-y les flux d'immigration et les niveaux atteints seront très grands.

verel 21/10/2006 09:16

Vous remettez en compte le fait que la France ait besoin d'immigrants pour évitez la baisse de population et vous écrivez
"Son taux de fécondité de 1.94 enfants par femme en 2005 est très proche du niveau de remplacement de 2.1. Si l’on ajoute à cela les flux d’immigration, on dépasse largement le « besoin » suffisant "
Donc vous devriez dire: le flux d'immigration actuel ajouté à la fécondité permet le renouvellement, donc il n'y a pas besoin de l'augmenter
Sur l'évolution du taux de fécondité, dire qu'il est en augmentation est peut être vrai à très court terme, mais ce n'est pas l'horizon que vous avez pris. La fécondité est passée depuis 1975 à un niveau non seulement inférieur à celui du baby boom mais aussi à celui des époques antérieures (mais entre temps la mortalité infantile s'est effondrée). D'autre part, l'âge auquel les femmes ont leurs enfants avait diminué sous le papy boom et a beaucoup augmenté depuis 1975 (d'environ 5 ans), ce qui rend difficle pour les démographes les prévisions de fécondite. On ne ssait qu'au bout de 50 ans combien une classe d'âge de filles a eu d'enfants. Il semble cependant que ce nombre soit plutôt en baisse, contrairement à l'indice de fécondité conjoncturel. Il reste cependant largement au dessu de celui de nos voisins
La notion quantitative de besoin de main d'oeuvre n'est guère pertinente. En 1962, avec près de 1 million de réfugiés d'Algérie, le chômage n'a pas bougé: l'augmentation de la population active augmente le nombre d'emplois, toutes les études économiques l'ont montré
 

marc d HERE 18/10/2006 14:33

Une proposition de Bernard Kouchner dans son livre "deux ou trois choses...." concernant l'adaptation d'un certain type d'immigration avec les   "besoins de main d'oeuvre": S'adresser à des pays étrangers , non pas en prévision de besoins éventuels, maids lorsque on constatera un manque dans certains secteurs ou certains métiers....Ceci exigeant une coopération entre employeurs organisations syndicales et aussi avec les pays sources d'émigration.... Ce serait un  des moyens  de faire de l'immigration concertée
A creuser peut-être...
marc